‹ Le Sahara algérienChapitre 78 sur 92 · CIRCONSCRIPTION DE GOURA RA · texte numérisé non relu

CIRCONSCRIPTION DE GOURA RA

Elle est située au sud de la première, et, comme elle, peuplée de nombreux villages. Son chef-lieu est Timb moun , de cinq cents à six cents maisons seulement, coupées de jardins , et par conséquent jetées sur une très-grande étendue ; quelques-unes sont à deux étages. Le tout est entouré par un mur d’enceinte en pisé, crénelé, et par un fossé sans eau, profond d’une douzaine de pieds, large de sept ou huit.

Timimoun est divisée en quatre quartiers, dont trois seulement ont chacun sa mosquée. Dans le centre à peu près de la ville s’élève, sur un mamelon, une petite forteresse carrée qui prend le nom de k'asbalV ; on n’y entre que par une seule porte. C’est une espèce de garde-meuble divisé en quatre compartiments dans chacun desquels tous les citoyens, selon qu’ils appartiennent à tel ou tel quartier, viennent déposer, sous la garde permanente de quelques individus, leur argent et leurs effets les plus précieux en cas d’une attaque des Berbères. 11 y a dix ou douze ans à peu près que ces peuplades des montagnes de l’ouest, secondées par les Malfarza, tentèrent sur Timimoun un coup de main dont elle n’a pas oublié les terribles conséquences.

Malgré sa muraille et son fossé, elle est vulnérable en cela que, recevant l’eau des sources ou des puits extérieurs, elle ne peut soutenir longtemps un siège si,

CIRCONSCRIPTION DE GOURARA.

comme il arrive presque toujours, les assiégeants commencent par détruire les conduits qui alimentent les assiégés. Dans l’attaque dont nous parlons, l’armée ennemie s’était divisée en deux bandes, dont l’une s’était cachée dans les palmiers, et dont l’autre se porta ouvertement vers les puits. Les assiégés, trompés par cette ruse , coururent en masse à la défense de leurs eaux menacées, et, à la faveur du combat qui s’engagea sur ce point, le corps de réserve escalada la place dégarnie et s’en empara. Pendant huit jours ce fut un horrible pillage ; tout ce qui pouvait porter une arme fut massacré, toutes les femmes, et même les petites filles furent violées; toutes les maisons furent ruinées, détruites, et les vainqueurs ne se retirèrent qu’ après avoir mis le feu aux magasins à dattes. Ils n’avaient pas découvert cependant toutes les cachettes où les habitants de la malheureuse ville avaient enfoui leur argent ; et beaucoup retrouvèrent leur petit trésor où ils l’avaient mis, sous les conduits des eaux. Les magasins d’approvisionnement étaient d’ailleurs si abondamment pourvus qu’on put retrouver assez de dattes pour suffire aux premiers besoins. En face de cette calamité publique, la djema’ rendit un décret par lequel il était ordonné à chacun de déclarer ses ressources et de les mettre à la disposition de tous. Des distributions furent faites ; les tribus arabes des environs qui commercent avec Timimoun , et dont l’intérêt était de venir à son secours, lui apportèrent des grains, des

D’ALGER A 1NSALAH'.

moutons, etc.; quelques mois après, enfin, elle renaissait de ses ruines et recommençait à vivre.

Cependant la djema’ avait envoyé des émissaires se plaindre à f empereur du Maroc, de qui relevaient à la fois Tirnimoun et les Berbères ; mais, avec la meilleure volonté du monde, Moula A’bd er Rah'man n1 aurait pu atteindre les coupables, qui, par leur position, échappent complètement à son autorité, et de ce moment Tirnimoun a cessé de lui payer des impôts; elle s’est déclarée indépendante.

Maintenant, tout à fait reconstruite, elle est, comme autrefois, un des grands centres de commerce du Sahara.

Les tribus et les gens des villes qui fréquentent ses marchés, sont :

1° Les Chamba de Metlili, de Gueléa et de Ouargla, qui y apportent tous les objets que nous avons nommés ailleurs, et qui sont tirés de Tunis par les Béni Mzab et par Tougourt ;

De l’huile provenant de Bou Sa’da.

Des chameaux engraissés pour la tuerie.

Des moutons.

Des vêtements de laine fabriqués chez les Béni Mzab et à Metlili.

Une espèce de gomme appelée mesteba.

Ils en rapportent :

Des peaux tannées, qui viennent de Tafilalet.

Des h'aïck fins, fabriqués sur les lieux.

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Du henna , qui vient de Tidikelt.

De l’antimoine tiré des mines du Touat.

Un bois, nommé acerr'ïa, que les femmes font brûler pour se parfumer.

De la poudre, fabriquée dans le Touat; elle y coûte 9 à 10 sous la livre.

Du plomb et des balles qui viennent de Fez.

Des étoffes noirâtres , appelées saïe , qui viennent du pays des nègres , par les Touareg , et par R'damês, et que recherchent les femmes arabes pour leur toilette.

Des chaussures de Fez et de Tahlalet.

Des plumes d’autruche, qui viennent des Khenafsa. De la poudre d’or.

Des esclaves.

Des jeunes chamelles.

Des dattes , quand elles sont à très-bon marché.

2° Les gens de R'damês y apportent :

Toutes les provenances de Tunis.

Des saïe qui leur viennent du Soudan par les Touareg.

3° Les gens de Tidikelt y apportent :

Des nègres qui leur sont amenés par les Touareg.

4° Les A’rib ,

Les Djakana,

Les Daou Relal ,

Les A’bda ,

Les Moula Kerkas.

5° Les H'amïan ,

D ALGER A INSALAH'.

Les Ouled Sidi Cheïch ,

Les El Ar'ouat' K'sal ,

Qui y apportent :

Du beurre.

Des fromages secs.

Des moutons.

Des chevaux.

Des laines.

Du blé.

De Forge.

Tous s’y approvisionnent des objets que nous avons détaillés en parlant des Chamba.

On comprend que ces nombreux étrangers enrichissent Timimoun, et qu’il est de son intérêt de leur accorder la plus efficace protection ; aussi y jouissentils d’une espèce de droit d1 asile. Une fois entré dans la ville, aucun marchand ne peut y être arrêté pour quelque faute qu’il ait commise à l’extérieur. Sur les marchés, qui sont au nombre de trois, et dont le plus considérable se nomme Souk' el Lli'am (le marché de la viande ), règne le plus grand ordre ; chaque denrée y est déposée à part , sous la surveillance d’agents spéciaux. L’hiver et le printemps sont les époques de la recrudescence de ce commerce que paralysent nécessairement les chaleurs de l’été et la récolte des dattes pendant l’automne.

Sous les murs de Timimoun campent ordinairement trois tribus arabes :

CIRCONSCRIPTION DE GOURARA.

Ouled Talah'.

El Khenafsa.

Ouled el H'adj ATi.

Ces nomades n’ont que peu de chevaux; ils font leurs voyages et leurs expéditions montés sur des chameaux. Ils passent l’été, l’automne et l’hiver à leur lieu de campement, et reprennent au printemps la vie errante; leurs bergers vont alors faire paître les troupeaux jusqu’à Gueléa.

Toute la circonscription de Gourara est gouvernée par deux djema’, de cinq membres chacune, qui représentent les deux éléments, blancs et sang-mêlé, dont se composent la population. Les notables sont élus en assemblée générale ; les chefs des villages leur obéissent et s’assemblent tous les vendredis au chef-lieu pour prendre leurs ordres ou leurs conseils.

Il n’y a cependant pas parité de pouvoir entre les deux djema’ ; celle des sang-mêlé est soumise à l’aristocratie de celle des léarar ( gens de race ). C’est là un principe accepté qui ne semble pas souffrir d’opposition, bien que les familles purement blanches soient très-peu nombreuses. Celles qui tiennent le premier rang par leur fortune et leur influence se nomment, l’une, Ouled el Mah'adi, l’autre, Ouled Brahim.

Les environs de Timimoun , comme ceux des villages, sont riches en dattiers et en jardins ; cà et là se trouvent quelques espaces de terre labourable, mais

D’ALGER A INSALAH'.

insuffisante aux besoins généraux ; on n’y récolte guère que de l’orge.

Si nous en croyons les Arabes, ces jardins toujours verts, bien ombragés et rafraîchis par l’eau des mille rigoles qui les fécondent, sont envahis chaque soir par la population, hommes et femmes pêle-mêle, que n’en chasse pas toujours la nuit. La facilité de mœurs des habitants du Touat n’exclut point chez eux un semblant de religion, ce qui du reste est remarquable dans tous les climats méridionaux. Les fêtes du prophète sont célébrées en grande pompe, et par de véritables processions, où l’on accourt de tous les villages, chaque groupe ayant son drapeau en tête, pour aller faire ses dévotions au marabout' de Sid el Il'adj Bel K/acem, qui s’élève entre des palmiers, à l’ouest et très-près de Timimoun.

Les principaux villages de cette circonscription sont :

Sammota , \

El Kaf , \

Ir'ezer, j

El Telalet , I

Badrïan r

Zaouïa Sid el lt'adj Bel K'acem , \ est.

Béni Mah'allan , l

Taducit, 1

El K'achda , |

Temanet,

Bel R'azi , J

CIRCONSCRIPTION DE A’OUGUEROUT.

Ouled el H'adj A’ii , \

Ouled A’bbas , \

Ouled Sa’ïd , J

Kali ou Bou A’ii , i

Zaouïet Moula el T'aïeb , > ouest.

El A’mer, 1

El H'aouïnat , 1

Guentour, I

Our'lana. /

CIRCONSCRIPTION DE A’OUGUEROUT.

Son chef-lieu est K'asbah el H'amera , de cent cin quante maisons à peu près ; vingt-cinq ou trente villages, beaucoup plus petits, sont semés sur son territoire , et obéissent, comme le chef-lieu, à une djernab

Bien que cette circonscription affecte des airs d’indépendance, elle n’en subit pas moins l’influence de sa puissante voisine, Timimoun, à laquelle la rattachent d’ailleurs des intérêts de commerce.

Les chefs les plus influents de A’ouguerout se nomment Sid el H'adj A’bd el K'ader et Ben A’bdallah' el Aden.

Même vie, mêmes éléments de fortune , dattes, jardinage, troupeaux, que dans les autres circonscriptions.

Les tribus qui campent sur son territoire sont les Ouled Talalf, El Ehenafsa et Ouled laïch.

D’ALGER A INSALAH'.

Les principaux villages de la circonscription sont

Bou Guema ,

Charef ,

Zaouïet Sidi O’mar,

A’boud ,

Akhbour,

K'sar el H'adj ,

Tibelr'amin ,

Deldoul ,

Tinr'lili ,

Talah',

Zaouïa Sid el H'adj Mah'moud ,

Oufran ,

Ouled Mah'moud ( fabrique de poudre , /

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