‹ Le Sahara algérienChapitre 77 sur 92 · D’ALGER A IN S AL AH · texte numérisé non relu

D’ALGER A IN S AL AH

Quoi qu’il en soit, leurs guerres sont les plus cruelles que se livrent les habitants du Sahara; car ils ravagent jusqu’aux palmiers, malgré la convention tacite, respectée partout ailleurs , de ne s’en prendre qu’aux hommes et d’épargner l’arbre nourricier des vainqueurs à la fois et des vaincus. Ils ont d’ailleurs à leur service un élément de destruction qui leur est propre ; ils excellent dans l’art de faire des mines. Leur réputation, comme mineurs, depuis longtemps établie, s’est encore augmentée clans deux occasions maintenant historiques.

En 1793, quand le bey Moh'ammed el Kebir s’empara d’Oran, il avait avec lui des habitants de Figuig qui minèrent et firent sauter presque tous les forts avancés de la place; et, lorsque A’bd el K'ader faisait le siège d’A’ïn Mad'i, en \ 838, il appela à lui un nommé Taïeb ben Beza, de Figuig, pour enseigner à ses fantassins la science de destruction qu’il avait apprise de ses compatriotes.

Dans leurs sièges de k/sar à k'sar, c’est toujours par des mines que procèdent les assiégeants. Le sol généralement ferme et solide du territoire favorise l’opération; ils savent d’ailleurs prévenir les éboulements. Après avoir marché sous terre à des distances considérables, quelquefois de deux ou trois cents pas , arrivés sous le point indiqué, ils y déposent une grande quantité de poudre, la pressent entre les parois d’une maçonnerie solide, en ménageant, sur l'une des faces,

DISTRICT DE F1GUIG.

une ouverture d’où part une traînée de poudre dans toute la longueur du souterrain , et à laquelle ils mettent le feu ; si les assiégés n’ont pas été assez heureux pour contre-miner ces travaux, il est rare qu’une horrible explosion ne les ensevelisse pas sous les décombres de la place.

Cependant les instincts industrieux de cette population singulière ne se révèlent pas seulement dans la guerre : chaque ldsar a ses brodeurs , ses cordonniers , ses forgerons, ses selliers, ses bouchers, ses menuisiers, ses armuriers. Le bois de palmier est le seul qui s’emploie aux Ouvrages de menuiserie ; la fibre en est naturellement un peu lâche ; mais il acquiert avec le temps de la dureté, et passe pour être incorruptible. Les bois de fusil sont faits en noyer ou en tremble venus du Tell.

Tous sont d’ailleurs jardiniers et surtout commerçants. S’il y a deux frères dans une famille, il est rare que l’un des deux ne soit pas à courir les marchés de Fez, de Tafilalet, de Touat, où il porte

Des vêtements tissés et confectionnés sous la tente.

Des broderies de soie faites avec beaucoup d’art.

Des bottes et pantoufles, piquées de soie, trèsrenommées.

Des bernous noirs et blancs, d’un tissu si serré qu’ils sont imperméables; ils peuvent durer dix ans, et se vendent 10 douros d’Espagne.

Des h'aïk', nommés djerbi ou figuigui, teints à

D’ALGER A INSÀLAH'.

raies rouges, avec du kermès : meme prix que les bernous.

Des h'aïk' d’hommes , communs , qui se vendent

2 douros.

Des h'aïk' d’hommes , fins , 4 ou 5 douros.

Des gandoura, ou chemises de laine, 2 douros. Des ceintures de femmes de couleurs bigarrées ,

3 douros.

Des cordes de poil de chameau pour turban ,

1 ou 2 boudjous.

Des coiffes de femmes , nommées bekhnoug ,

2 boudjous.

Ils rapportent de Fez :

Des cachïa très-hautes.

Du calicot anglais.

Des draps anglais.

Des ceintures en soie.

Des mouchoirs d’indienne.

Des foulards.

De la mousseline.

De la soie.

Du cumin.

Du kermès.

Du benjoin pour parfumer les marabout'.

De l’acier.

Des armes, pas de ïatar'an.

. Des pierres à fusil.

Des pioches.

Des ustensiles de cuivre.

De l’huile ; car ils n’ont pas d’oliviers.

Des chevaux, des mulets, des ânes achetés à bon marché.

DISTRICT DE FIGUÏG.

De la laine.

Du savon.

Du sucre et du café.

Beaucoup de thé.

Du sel.

Des essences.

De l’a’chich.

De l’antimoine pour teindre les cils.

Du mercure.

Du fer.

Des couteaux.

Des ciseaux.

Des miroirs de femmes.

Ils rapportent de Tafilalet :

De la poudre, qu’ils achètent un demi-boudjou la livre et revendent un boudjou.

Des balles.

Du plomb.

Du salpêtre, qu’ils appellent sel de poudre.

Des cuirs tannés (filali).

Des cordes en soie , pour la tête.

Des babouches.

Des petits poignards à fourreaux en cuivre.

Des étriers, des mors, de la sellerie en soie et or. Des épiceries.

Ils rapportent de Touat :

Des esclaves mâles et femelles.

Un beau nègre vaut, à Figuig, de 150 à 200 fr. ; une belle négresse de 200 à 400; car, dans le Maroc , elles sont très-aimées et préférées aux femmes blanches, surtoutaux femmes légitimes.

D’ALGER A INSALAH'.

Des dattes, qui y sont à très-bon marché.

Des fusils, qu’ils assurent venir du Soudan.

Des sabres , qui sûrement en viennent.

De l’ivoire.

De la poudre d’or.

Des h'aïk'.

De la poudre, qui leur coûte de 15 à 16 boudjous le quintal.

De l’a’chich.

Du tabac.

Du sel.

Arrivés chez eux, ils colportent ces marchandises ou les exposent dans des boutiques, où les Arabes viennent s’en approvisionner, soit argent comptant, soit en échange pour des chameaux , des moutons, du beurre, de la laine, etc.

Tous ces éléments de prospérité et de bien-être et l’importance de son commerce ont fait donner à Figuig le surnom de Fas Servir, le petit Fas (Fez).

La nourriture habituelle de la population est le kouskouçou , la datte , la chair des bœufs qui lui viennent du T'ell et la chair de chameau. La graisse de ce dernier animal sert à préparer les aliments , sa peau à couvrir du bois de selles , ou à faire des semelles de chaussures.

Il est assez remarquable que , contrairement aux habitudes des femmes du désert, celles de Figuig ne sortent que voilées de manière même à ne laisser voir qu’un œil. Elles sont, du reste, tenues très-sévèrement.

DISTRICT DE F1GUIG.

Ainsi que nous l’avons dit , Figuig relève du Maroc, mais n’en dépend réellement que depuis une vingtaine d’années. Avant cette époque, les contributions ne s’y percevaient que très-mal et très -difficilement. L’empereur en finit en envoyant une armée qui bombarda les douze villages et les frappa d’une amende considérable. Depuis cette leçon sévère , aucun d’eux n’a tenté de se soustraire à l’impôt, qui est d’un demiboudjou par dattier , payé en argent , et que vont percevoir, chaque année après la moisson, quelques cavaliers marocains.

Les fractions suivantes de la grande tribu des Douï , Menia ou Zegdou , déposent leurs grains à Figuig :

Daou Bêlai.

A’rib.

Sedja’.

El A’ouara.

Ouled Sidi ATi.

Ouled Djerid.

Ouled Seliman.

Ouled Bou H'anan.

D’ALC.ER A INSALAH'.

TRIBU DES DOUI MENIA OU ZEGDOU.

La tribu des Douï Menïa ou Zegdou est tellement considérable que nous ne croyons pas utile de donner le nom de toutes ses fractions , placée qu’elle est en dehors du territoire que nous nous sommes proposé d’étudier.

Nous avons cherché à nous expliquer pourquoi cette tribu a deux noms , et nous avons été conduits à cette observation , que tous deux sont caractéristiques de la force et du nombre : Douï Menïa veut dire , en effet, la tribu qui se préserve, qui se défend ; et Zegdou est évidemment un dérivé du verbe nezer'ed, qui se prononce dans le désert nezegued , et qui veut dire fourmiller.

Placée entre Figuigà l’est, Kerzas au sud et Tafilalet , dont elle possède la moitié du district , à l’ouest , elle a fait donner à son territoire le nom de Belad el Moukah'la (le pays du fusil). Elle est là comme une barrière où viennent se briser les Berbères de l’ouest qui convoitent incessamment Figuig et qui , sans cet obstacle, l’auraient, souvent saccagée, ou tout à fait anéantie. Très-peu soumise à l’empereur du Maroc, pas plus que les Berbères , et presque toujours en guerre avec ces âpres montagnards, elle traite avec eux de puissance à puissance, sans qu’aucun des partis s’inquiète beaucoup de son suzerain, qui ne peut pas être

TRIBU DES DOUI MEN1Â OU ZEGDOU. 271 toujours là avec une armée, et qu’ils ne regardent en réalité que comme leur chef religieux.

Les Zedgou , incessamment tourmentés par un instinct de pillage et de vagabondage, outre qu’ils s’immiscent à toutes les querelles de leurs voisins, notamment à celles des k/sour de Figuig, font souvent des dazia sur les Chamba et les Ouled Sidi Cheikh Cheraga.

Des espions adroits vont à la découverte, et, sur leur indication , une partie de la tribu , douze ou quinze cents hommes quelquefois, montés à deux sur des chameaux aux flancs desquels pendent des outres pleines d’eau et les provisions du voyage, se portent sur le lieu du coup de main, tombent à l’improviste sur les troupeaux mal gardés et les enlèvent. S’ils trouvent de la résistance, des deux cavaliers l’un tient le chameau, l’autre fait le coup de fusil. Ces expéditions hasardeuses sont souvent poussées à de très-grandes distances, et sont toujours conduites par sept ou huit chefs, les seuls de la troupe qui soient à cheval.

Si ces pillards ont leurs ennemis naturels, ils ont aussi leurs amis ; tels, par exemple, les H'amïan Clieraga et R'araba, et les Ouled Sidi Cheikh R'araba. On se souvient que les deux grandes fractions des Ouled Sidi Cheikh ont été pendant quelque temps divisées; les Zedgou avaient alors pris parti dans la querelle, et, malgré la paix qui s’est faite, ils sont restés ce qu’ils étaient, alliés des uns par habitude, ennemis des autres par intérêt.

D’ALGER A INSALAH',

Comme loutes les tribus du Sahara, celle des Zedgou s’occupe avec passion du commerce. Elle fréquente les marchés de Fez, deGourara, deTimimoun, de Tafilalet, y porte et en rapporte les objets déjà connus.

Elle vit sous la tente : elle a des k'ad'i, des t'olba, des écoles, et, bien qu’elle exerce le brigandage en grand, ainsi que nous l’avons vu , les vols d’individu à individu sont, dit-on, des exceptions très-rares, généralement réprouvées et très-sévèrement châtiées sur son territoire. L’assassinat y est puni selon toute la rigueur de la loi mahométane, par le talion. L,e chef le plus influent des Zegdou se nomme Ould el H'adj Yaich H'arak Oudnou.

Les Zedgou parlent l’arabe; presque tous pourtant sont de sang mêlé ; quelques chefs sont même tout à fait noirs. Ils n’ont que peu de moutons, quelques ânes seulement, pas de bœufs, pas de mulets; mais ils sont riches en chameaux, dont ils mangent la chair, quand un accident les rend impropres au service de la guerre ou du commerce.

Leur nourriture principale est le lait de chamelle et les dattes : les plus riches mangent du kouskouçou le soir. Fez et, plus loin, Dermami et A’ïn el Djaba leur fournissent du blé.

Ils sont généralement élancés, bien faits, très-vigoureux comme tous les Arabes du Sahara ; car, selon le proverbe, « le maître de la datte est toujours mince et fort.»

Leurs mœurs trahissent à la fois et l’ardeur du sang

D’ALGER A INSALAH'.

nègre qu’ils tiennent de leurs mères, et la vigueur de leur tempérament. Ceci s’entend des femmes aussi bien que des hommes.

Pour arriver de Ich, au district de Figuig, où nous sommes maintenant, et dont nous nous sommes un moment écartés pour donner la description des lieux et des tribus qui l’environnent, il a fallu deux journées de marche.

27e jour

lieues.

de Ich à El Ma’ïz, en deux jours . 15

SUITE DE LA ROUTE D’ALGER A INSALAH'

En quittant la montagne de Figuig, on entre dans les sables dont rien n’interrompt la monotonie. Point de végétation , si ce n’est l’herbe rare que font croître au printemps les pluies de l’hiver, et quelques buissons rachitiques épars cà et là. D1 espace en espace des veines de sable, un peu moins prononcées que les a’reg, et que les Arabes appellent koudiat, dessinent les plis du terrain, en courant ver s le sud , pour aller se rattacher aux a’reg de Gueléa à Timimoun.

Après avoir traversé ces a’reg, dans lesquels les chameaux enfoncent et n’avancent que difficilement, nous sommes dans le pays de Touat.

Pour ne pas morceler- la description , nous allons

D’ALGER A INSALAH'.

donner d’un jet la route jusqu’à Insalah', en la reprenant à El Ma’ïz.

29e jour 30e .. .

de El Ma’ïz à l'Oued Zeboudj . 10

à l’Oued Zirek . 10

à l’Oued Ouakeda . 10

à Sa’ïd el Khebiz, mamelon de sable . 10

\ nous sommes au pied des A’reg , que l’on ne peut traverser qu’en trois jours, bien que la distance , en ligne droite , pour arriver d’El Khebiz à Moula Khezas, ne soit que de. . . 10

les chameaux enfoncent dans le sable jusqu’au poitrail.

à El H'assian T'ouïl (puits) . 10

à Timimoun . 10

de Timinoun à K'asbah' el H'amera . 20

que l’on fait en trois jours, en s’arrêtant , au choix , dans un des nombreux villages qui se trouvent sur la route.

de K'asbah' el H'amera à A’oulef . 40

que l’on fait en cinq jours en s’arrêtant, comme précédemment , où l’on veut.

à Inr'er . 6

à Teïd . 7

à Insalah' . 8

D’Alger à Insalah', par la route capricieuse que nous avons prise, on compte donc quarantehuit jours et trois cent soixante-huit lieues.

PAYS DE TOUAT

PAYS DE TOUAT

II est divisé en cinq grandes circonscriptions qui s’étendent du nord au sud sur une longueur de soixantequinze à quatre-vingts lieues environ. 11 renferme une très-grande quantité de villages que les Arabes portent à trois cent soixante ; ce nombre est sans doute exagéré. Nous en avons fait l’observation à celui qui nous donnait ces renseignements. « Vous pouvez me croire, « nous a-t-il répondu, car il est connu qu’un marchand (( ayant fait saillir sa jument dans la circonscription de « Mal/arza, et s’étant mis en route à travers le Touat, (( pour des affaires , il visita chaque jour un village , et (( sa jument mit bas en arrivant à Tidikelt. » Nous n’avons vu là, bien entendu, qu’un conte populaire, accrédité par l’amour-propre des habitants du Touat, mais qui , évidemment, n’aurait pas été inventé s’il y avait une grande différence entre le nombre des jours de la gestation d’une jument et le nombre des villages du pays de Touat.

Les cinq circonscriptions sont , en les abordant par le nord :

1° celles de Mah'arza, chef-lieu, Tabalk'ouza;

— de Gourara, —

Timinoun ;

— d’A’ouguerout , —

K'asbah' el H'amera ;

— de Touat, —

Sba;

— de Tidikelt , —

Insalah'.

La population de cet immense district peut se diviser en deux grandes catégories, de races évidemment différentes : 1° Les H'all Touat, proprement dits, qui habitent les villes et les k'sour, et qui sont de sang trèsmêlé, ou même tout à fait noirs, bien qu’il n’aient rien des traits du nègre ; leur nez est aquilin , leurs lèvres sont minces, leurs pieds cambrés; ils prennent le nom de Zenata et parlent la langue appelée zenatïa. Il est à remarquer d’ailleurs que la couleur noire de leur peau, très-peu accusée dans la circonscription de Mah'arza, gagne en intensité de circonscription en circonscription, jusqu’à la plus extrême au sud , celle de Tidikelt. Nous en trouvons la raison, moins dans la différence de latitude que dans les alliances avec les négresses, nécessairement presque générales dans le Tidikelt, et de moins en moins fréquentes en remontant jusqu’à Tabalk'ouza.

La seconde catégorie comprend toutes les tribus d’origine arabe, dont les individus peuvent passer pour blancs, leurs mélanges avec les négresses n’étant que des exceptions, et bien qu’ils soient fortement basanés par le soleil. Elles traduisent le sentiment de leur dignité parle titre de djouad (nobles), et croiraient déchoir en s’alliant de famille avec leurs voisins, qu elles affectent de mépriser, mais avec lesquels des intérêts communs les tiennent en bonne intelligence.

Toutes vivent sous la tente et parlent la langue arabe; elles usent du zenatïa pour leurs relations de commerce

PAYS DE TOUAT

Les H'all Touat proprement dits pratiquent la religion mahométane dans tous ses rites; ils prient, ils jeûnent, font des ablutions , rendent le témoignage au prophète par le chelVada, et sont circoncis. Ils ont des mosquées et des écoles où des t'olba lisent le Koran et des commentaires du livre sacré.

Leurs femmes sont généralement belles, avec de trèsbeaux yeux, des dents très-blanches et la peau dorée ; tout cela ne serait rien pourtant si elles n’étaient pas grasses; les maigres sont déconsidérées. Toutes, à F exception des plus nobles, vont la figure découverte : « hommes et femmes ont beaucoup d’amour dans la a tête et dans le cœur; » aussi, d’un bout à l’autre de la circonscription, les mœurs sont-elles fort dissolues. Les maris ferment volontiers les yeux sur les caprices de leurs femmes; c’est un moyen de se ménager des aventures. Généreux et hospitaliers, ils s’arrachent les étrangers, voyageurs et marchands, qui ne partent jamais sans regretter leurs hôtes, et presque jamais, quand ils sont jeunes, sans emporter bon souvenir des tendres soins de leurs hôtesses.

La population de Touat vit de chair de mouton et de chameau, de beurre, de kouskouçou, ceci s’entend des plus riches, et de dattes; le blé lui vient du T'ell par les tribus nomades.

Ils ont réuni dans un proverbe toute l’histoire de leurs repas :

El ci’ïch, douk :

D’ALGER A INSALAH'.

Dell' an, chemm :

Ou terrier, kouL Le kouskouçou , goûte-le :

Le beurre , sens-le :

Et les dattes , manges-en.

Le costume est à peu près le même pour les quatre premières circonscriptions ; les hommes portent, (< comme les Français, » une espèce de culotte longue, bordée au bas d’un ruban en soie, rouge ou noir; point de chemise, point de ceinture, mais une espèce de robe en laine, nommée abaia, et un h'aïck lié à la tête , soit par un turban en cotonnade , soit par une corde en poil de chameau ; par-dessus le tout un bernous blanc. Quelques-uns ont des boucles d’oreilles, presque tous des amulettes suspendus au cou; aucun n’a de tatouage, si ce n’est pourtant dans les tribus arabes.

Les femmes portent le bfaïck avec une ceinture ; une pièce d’étoffe en laine leur recouvre la tête et vient s’attacher sous le menton. Des bracelets d’or, d’argent ou de corne cerclent leurs jambes nues au-dessus de la cheville et leurs bras aux poignets. De grands colliers en clous de girofle ou en monnaies d’or et d’argent, alternées de corail, ornent leurs cous. Tout ce monde est assez propre, extérieurement au moins. Mais ajoutons que pas un des lvsour n’a de bains publics.

Nous parlerons du costume porté à Tidikelt à la description de cette circonscription.

Tous les villages du Touat ont à peu près la même

CIRCONSCRIPTION DE MAITARZA.

physionomie. Généralement bâtis de pâtés de terre * cuite au soleil, car la pierre et la chaux manquent, ils sont d’un aspect un peu terne , mais qui gagne en pittoresque au milieu des dattiers et des arbres fruitiers qui les entourent.

Dans quelques-uns , comme à Sba et à Ouled Mah'moud, on fabrique de la poudre; tous ont les artisans indispensables. A certaines époques de l’aunée, des juifs viennent s’y établir et y exercer leurs métiers ordinaires, mais ils n’y sont jamais que de passage. L’amour de l’argent les y jattire périodiquement, bien qu'ils y soient assez mal traités.

CIRCONSCRIPTION DE MAH'ARZA.

C’est un pays de sable, monotone , plat, coupé de quelques mamelons. Son chef-lieu est Tabalk'ouza, de deux cents à deux cent cinquante maisons. Comme toutes les villes et tous les villages du Touat , ceci soit dit pour ne plus y revenir, Tabalk'ouza est défendu par une enceinte crénelée, en mauvaise construction, entourée de jardins potagers et de vergers confus, où des vignes nombreuses grimpent aux troncs des figuiers, des grenadiers, des térébintbes, etc. Ces plantations sont arrosées par des puits qui, comme ceux de Tougourt, sont de véritables puits artésiens, non point cependant que l’eau jaillisse au-dessus du sol, mais elle

D’ALGER A INSALAH'.

se soutient toujours jusqu’à un ou deux pieds de l’embouehure du puits, et, par des saignées, elle est dirigée de bassins en bassins, échelonnés suivant la pente du terrain, dans toutes les propriétés.

Tabalk'ouza est gouvernée par une djema’ qui perçoit le zekkat et l’a chour, dont le produit est employé aux frais du culte , aux besoins généraux , à aider les pauvres, et à payer les éclaireurs chargés de surveiller les mouvements des Berbères. Ceci encore s’entend de tous les chefs-lieux du Touat.

La circonscription de Mali'arza est indépendante de sa voisine, souvent même elle est en guerre avec elle, et, bien que Timimoun soit plus considérable que Tahalk'ouza, cette dernière a presque toujours l’avantage, aidée qu’elle est par des tribus nombreuses, et par les Berbères des environs de Tafilalet. Cette alliance s’explique par une espèce de solidarité ou plutôt de sympathie de race; les gens de Mah'arza étant beaucoup moins mélangés de sang nègre que les autres habitants du Touat, les Arabes et les Berbères, à chance égale de bénéfice, leur prêtent plus volontiers assistance. Ils sont d’ailleurs réputés très-braves. Ils croient descendre des Chamba de Metlili; que cette opinion soit fondée ou non , ils tirent vanité de la pureté de leur sang, et ce qui prouverait qu’ils sont en effet d une autre origine que ceux de Timimoun, c’est qu’ils leur disent dédaigneusement : « Nous sommes, nous, des gens de race (h'arar); vous êtes, vous, des nègres. » Ce que nous

CIRCONSCRIPTION DE MAH'ARZA.

avons dit plus haut des mœurs generales du Touat leur est cependant applicable, aussi bien qu’aux autres Touatïa. Leurs femmes vont la figure découverte et sont plus que faciles, mais elles y mettent certain air de mystère.

Les villages que nous connaissons dans cette circonscription, sont :

Tabalk'ouza ,

Stantas , 1

Zaouïa, f s ,,

al est.

Outir'a , (

ïnguellon , \

Sidi Mans'our , J

Reni A’ïça ,

Teganet,

Tinetbou ,

Telamna,

Charouïn ,

Ousfaoun ,

Adjelate ,

Ouled A’ïça ,

à l’ouest.

D’ALGER A INSALAH'.

Page 1