‹ Le Sahara algérienChapitre 88 sur 92 · PAR LE VERSANT OUEST DU DJEBEL BATEN · texte numérisé non relu

PAR LE VERSANT OUEST DU DJEBEL BATEN

lieues.

1er joui*, de Gueléa au mamelon de Sidi Moh'ammed ou

A’ilel . . . . . 6

| dans les sables, sans eau .

au puits nommé H'assi Touareg .

dans les sables . .

sur l’Oued Guetfaïa, qui descend du Djebel Baten et coule vers l’ouest pour aller mourir dans les sables .

7e . . . dans les sables .

8e . . . à un village abandonné, envahi par les sables,

mais où il y a des sources .

9e . . . dans les sables .

10e ... à Insalah' .

Total

ROUTE DE METLILI A INSALAH'

DIRECTION DE l’eST AU SUD-OUEST.

De Mellili à Insalah' on traverse un grand nombre de rivières , qui rendraient la route impraticable, pendant l’hiver, mais qui ne sont que des ravins pendant l’éte.

Toutes ces rivières descendent d’une petite chaîne de mamelons de sable, située à l’ouest de Gardaïa, et qui s’appelle El Ga’da, coulent du nord au sud, et vont se perdre dans les sables d’une plaine immense, appelée

ROUTE DE METLILI A ÏNSALAH'

El H'amad; elle s’étend au nord-ouest de Ouargla; on n’y trouve pas un seul mouvement de terrain.

Une seule rivière fait exception à cette généralité , c’est l’Oued Mahiguen, qui descend du Djebel A’mour, coule du nord au sud , passe à Tadjerouna , coupe la chaîne de montagnes appelée ElKhobta , fait alors un coude à l’ouest, s’encaisse entre cette chaîne et celle de El Ga’da , et, rencontrant des mamelons de sables dont le principal s’appelle El Or'ris , tourne brusquement au sud , pour aller se perdre dans les sables de Ouargla , sous le nom de El Loua.

lieues.

1er jour, de Metlili sur FOued el Ga’a, à un puits du même

nom . 8

On a traversé quatre rivières qui descendent toutes quatre du Ga’da, et qui sont :

1 0 L’Oued Metlili ; elle vient d’une source appelée Macin , et va mourir dans la plaine de El H'amad , à un endroit appelé El Remta. Elle reçoit, sur sa droite, trois affluents principaux, l’Oued Oudïe Dïeb , l’Oued el Guerfi , FOued Merabba ;

2° L’Oued Mesk ; elle est formée par une source appelée A’ïn Goufafa , et va , comme FOued Metlili , mourir à El Remta ;

3° L'Oued Nechouh', qui va mourir au même endroit ;

4° L’Oued el Gu’a ; elle descend d’un endroit appelé Mek'ta el Meguerna, sous le nom d’Oued el Ga’a , et va se perdre dans les sables sous celui d’Oued el T’ouïl.

A reporter. ... 8

322 ROUTE DE METLILI A INSALAH'

lieues.

Report. ... 8

2e jour, de l’Oued el Ga’a à l’Oued Bou A'ii . 10

Ou a traversé l’Oued el Bïod, l’Oued el Khïar, l’Oued el Fa’l , l’Oued Ter’ir, l’Oued Demran , l’Oued el Loua , qui est l’Oued Mahiguen , dont nous avons parlé, et enfin l’Oued Bou A’ii.

3e . . à un puits comblé, nommé H'assi Neuhuemar. .. , 8

On a traversé l’Oued Sadana et l’Oued Zirara qui descendent d’une chaîne d’a’reg appelée Mezerag.

4e . . au pied d’un mamelon de sable, près d’un puits

sans eau . 8

On a traversé l’Oued Djedid et l’Oued Khoua , qui descendent aussi des a’reg Mezerag.

5e . . au milieu des a’reg, à un puits appelé Meush-

kerdan . 8

6e . . à un endroit appelé Ras el A’reg . 8

7 e . , à un puits entouré de palmiers , appelé Meksa. ... 8

8e . . sur l’Oued Chebaba, près d’un puits . 10

9e . . à un mamelon de sable appelé Oudïe Seder .... 9

On a traversé l’Oued Oudïe Seder.

10e . . sur l’Oued Sid el H'adj Brahim , près d’un puits

appelé Tin Kerman . 11

On a traversé l’Oued Tebaloulet et l’Oued Mïa.

11e . . sur l’Oued Mouça Ben A’ich . . . . . 10

12e . . on traverse le Djebel Baten et on s’arrête sur l’Oued

el Bïod . 9

13e .. à un puits appelé H'assi el Mengar . 7

14e .. à lnsalah' . 6

Total . 120

TOUAREG

TOUAREG

Il est difficile de circonscrire exactement le territoire habité par les Touareg. La vie exceptionnelle que mènent ces pillards nomades échappe à toute appréciation géographique un peu certaine; nous les retrouvons partout dans cet immense périmètre cerclé par une ligne qui, du Tidikelt dans le Touat , descend à TimbekTou, longe le Niger de l’ouest à l’est, etremonte par le Fezzan jusqu’à R'damês, le point extrême de la province de Tripoli. C’est là le véritable désert, l’océan de sables, dont les Touareg se sont faits les pirates.

Un grand archipel montagneux égaré dans le centre à peu près de cette immensité, et qu’on appelle le Djebel Hoggar, est le nid, le refuge habituel des véritables Touareg, des Touareg H'arar, ou de race, comme on les appelle. Cependant quelques fractions de leur grande tribu ont fait élection de domicile plus près de notre Sahara. Ainsi :

Les Mouïdir dans le Djebel Sekmaren.

Les A’zeguer dans le Djebel R'at.

Les Foukas dans le Djebel Foukas.

Beaucoup d’autres, sans doute, nous sont inconnus.

Si nous gagnons le sud, nous trouvons campés en avant de TimbekTou, les :

Faradj,

Annaoua,

Ouled Ah'med,

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Agbaïl,

Tallaoui,

qui tiennent cette ville en état de blocus perpétuel. .Talonnés dans le désert , les uns au nord , les autres au centre, d’autres au sud, ils gardent les portes du Sahara et celles du Soudan, prélevant sur les caravanes un droit de sortie, un droit de voyage, un droit d’entrée, et si quelqu’une passe en contrebande, elle est impitoyablement pillée.

Quelle est l’origine de ce peuple singulier morcelé ainsi en tant de bandes, si distantes les unes des autres, et qui toutes, dans le nord au moins, révèlent par leurs traits , par leurs mœurs , par leur langage , une race commune ? Nous renonçons, quant à nous, à résoudr e cette question , et nous nous bornerons à résumer les notes éparses que nous ont fournies cent Arabes qui tous avaient vu les Touareg, avaient commercé avec eux, ou voyagé sous leur sauvegarde.

Les Touareg prétendent descendre des Turcs ; nous croyons inutile de discuter cette opinion accréditée sans doute par leur amour-propre, car ils affectent de mépriser les Arabes qu’ils traitent en peuple vaincu. Quoi qu’il en soit, ils sont grands, forts, minces et de couleur blanche , même ceux qui campent sous Timbeldtou. Cependant les fractions que l’on retrouve autour des autres villes du Soudan sont de sang mêlé ; leurs yeux sont généralement très-beaux , leurs dents très-belles ; ils portent de grandes moustaches à la ma-

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nière des Turcs, et, sur le sommet de la tête, une touffe de cheveux qu’ils ne coupent jamais, et qui, chez certains d’entre eux , devient si longue, qu’ils sont obligés de la tresser. Le tour de leur tête est rasé ; tous ont des boucles d’oreilles. Leur costume consiste en une grande robe qui ressemble à la djellaba ou a'abaia des Kabyles, et qu’ils appellent djeba; elle est très-large, très-ample, et faite de bandes réunies de cette étoffe noire étroite appelée saie, qui vient du Soudan, et dont nous avons déjà parlé. Sous la djeba, ils portent un pantalon qui a quelques rapports avec celui des Européens, mais qui se soutient sur les hanches à l’aide d’un cordon passé dans une coulisse ; une ceinture en laine leur presse la taille. Pour coiffure , ils ont une chachïa très-élevée, fixée à leur tête par une pièce d’étoffe roulée en façon de turban , et dont un des bouts passé dans toute sa largeur sur leur figure n’en laisse voir que les yeux; « car, disent-ils, des gens nobles ne doivent pas se « montrer. » Les chefs seuls portent des bernous.

Presque tous, riches ou pauvres, ont les pieds nus ; si on leur en demande la raison : c’est que, répondentils, nous n’allons jamais à pieds. Ceux d’entre eux pourtant qui, faute d’un chameau, sont obligés de marcher dans les sables, portent des espèces d’espadrilles liées à la jambe par des cordons.

Leurs armes sont : une lance très-longue , dont le large fer est taillé en losange, un sabre large et long, à deux tranchants, un couteau fourré dans une gaine en

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cuir appliquée sous F avant-bras où elle est fixée par un cordon, de manière à ce que le manche de l’instrument qui vient s’arrêter au creux de la main, soit toujours facile à saisir et ne gêne en rien les mouvements; un grand bouclier en morceaux de peau d’éléphant, consolidés par des clous, et dont ils se servent avec beaucoup d’adresse, complète cet arsenal portatif. Les chefs et les plus riches seulement ont des fusils dont quelques-uns sont à deux coups.

Très-sobres au besoin, ils resteront deux ou trois jours sans boire ni manger plutôt que de manquer un coup demain; mais très-gloutons à l’occasion, ils se dédommagent largement après la r'azia.

Leur nourriture habituelle est le lait, les dattes, la viande de mouton et de chameau et, par exception, des galettes de farine ou du kouskouçou; car ils n’ont que peu ou point de blé, et celui seulement qu’ils pillent.

Ils sont riches en troupeaux de chameaux et de cette espèce de moutons , dont nous avons déjà parlé , qui n’ont point de laine, mais un poil très-court, et qui se distinguent par une queue énorme.

Les Touareg parlent le targuïa. Cette langue semble avoir certain rapport avec le zenatïa; car, si nous en croyons les habitants du Touat , ils comprennent les Touareg et s’en font comprendre.

Leurs femmes vont la figure découverte ; elles sont très-belles et très-blanches : « blanches comme une « chrétienne.» Quelques-unes ont les yeux bleus, etc’ est,

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dans la tribu, un genre de beauté fort admiré; toutes sont très-sensuelles et très-faciles. Leur costume consiste en un pantalon en saïe noire , une robe large de meme étoffe et de même couleur, et une espèce de coiffe dont nous n’avons pu saisir la description. Les plus riches se chargent de bijoux; les autres n’ont pour tout ornement cjue des bracelets en corne aux avant-bras. Hommes et femmes portent au cou des colliers de talismans.

Leur religion est la musulmane; mais ils prient peu, ne jeûnent point , ne font point les ablutions ordonnées. Ils ne saignent point les animaux comme le veut la loi; ils leur coupent tout bonnement la tête d’un coup de sabre. Aux jours des grandes fêtes de l’islamisme, au lieu de faire des prières , ils se réjouissent par des combats simulés, par des essais de petite guerre , qu’ils mettent en pratique à la première occasion. Il n’ont, en un mot, de musulmans que le titre, et il serait difficile qu’il en fût autrement au milieu de la vie sans cesse agitée qu’ils mènent. Ce mépris du Koran et la terreur qu’ils inspirent aux Arabes n’ont pas peu contribué sans doute à exagérer leur détestable réputation. Sous les tentes du T'ell, on parle des Touareg comme autrefois, chez nous, on parlait du Turc.

11 n’y a, au reste, qu’une voix sur leur compte: a Quels sont leurs ennemis, demandions-nous a un « Touati? Ils n’ont pas d’amis, nous répondit-il. » Un

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autre nous disait : « Je n’ai rien vu de bon chez eux u que leur beauté et leurs chameaux. Braves, rusés, pa- « tients, comme tous les animaux de proie, ne vous « fiez jamais à eux ; ils sont de mauvaise parole. Si vous (( recevez l’hospitalité chez l’un d’eux, vous n’avez rien u à craindre de lui , sous sa tente, ni quand vous serez « parti ; mais il préviendra ses amis qui vous tueront , « et ils partageront vos dépouilles. »

Si nous nous dégageons de tous ces préjugés, nous trouvons chez ces peuplades des vertus de famille qui révèlent de grandes qualités instinctives. Ainsi la polygamie y est très-rare et tout à fait exceptionnelle. La dignité de la race s’y perpétue sans mélange d'alliances étrangères, même avec les Arabes, que les Touareg méprisent et dont ils se disent les seigneurs. Le deuil des morts aimés ou vénérés se porte religieusement et longtemps, et, pendant ce temps de douleur, les amis et les parents du mort laissent croître leur barbe et ne peuvent pas se marier.

Concluons-en que là, comme partout, le bien esta côté du mal, et que la nécessité seule, peut-être, a compromis une nature sûrement meilleure que ne le disent les Arabes.

L’immense montagne appelée Djebel Hoggar, le refuge principal des Touareg du nord, forme une espèce de quadrilatère. Presque tous ses pics sont boisés de grands arbres ; ses ravins tourmentés et rocailleux sont autant de torrents à la saison des pluies; il y fait alors

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un froid humide contre lequel ces frileux habitants du désert luttent de précautions en s’enveloppant de vêtements de laine, espèce de bernous doublés en peaux de chèvres. Ils vivent alors en famille sous leurs tentes circulaires, faites en peaux tannées qui leur viennent du pays des nègres. Leur seule distraction est la pipe dont abusent les hommes et dont usent largement les femmes.

Au printemps, ils reprennent le désert.

C’est également au printemps que les caravanes se mettent en mouvement. Elles savent d’ avance que les Touareg les guetteront au passage; aussi le chef des plus prudentes s’entendra-t-il avec le chef le plus voisin des bandes errantes, qui lui donnera quelques cavaliers sous la sauvegarde desquels la caravane continuera sa route, changeant de protecteurs d’espaces en espaces, et payant à tous, jusqu’à destination et selon l’importance de ses marchandises, un impôt forcé que l’amour-propre des Arabes déguise sous le nom de cadeau en échange d’une protection. Nous avons dit ailleurs ce qui arrive aux caravanes qui cherchent à s’en affranchir. Les plus grandes cependant passent hardiment, fortes de leur nombre ; mais, alors, de douanier, le Targui se fait brigand ou voleur, et la met encore à contribution.

Dès que les espions ont éventé l’immense convoi, ils le suivent à la piste, de loin, prudemment, en se cachant dans les plis des vagues de sable, pendant que d’autres

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sont allés donner l’éveil à leur bande commune. Elle arrive sur ses rapides mah'ari, ses chameaux de course, se disperse dans l’espace, et quand la nuit sera venue, quand la caravane se reposera, sur la foi de ses sentinelles, des fatigues de la journée, les voleurs s’en rapprocheront ; chacun laissant son chameau à la garde d’un complice et à quelque distance. Les plus adroits s’avanceront en rampant, lentement, sans bruit; et le lendemain, dix, quinze, vingt chameaux, plus ou moins, mais toujours les plus chargés , manqueront au départ de la caravane. Ces tentatives hardies sont fréquentes , non-seulement dans le désert , mais dans nos camps à nous. Les Arabes, comme les Touareg, sont venus bien souvent voler les chevaux de nos officiers et des faisceaux entiers de fusils , jusque sous les yeux des sentinelles.

Les grandes expéditions, soit sur le pays des nègres, soit sur le Tidikelt ou sur les Cliamba, ou sur une caravane qu’on sait être en marche , sont décidées dans un conseil tenu par les chefs.

Tous ceux qui doivent partager les dangers et les bénéfices de l’entreprise partent, quelquefois au nombre de quinze cents ou deux mille hommes , montés sur leurs meilleurs maléari. La selle d’expédition est placée entre la bosse de l’animal et son garrot; la palette de derrière en est large et très-élevée , beaucoup plus que le pommeau de devant , et souvent ornée de franges en soie de diverses couleurs. Le cavalier y est comme dans un

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fauteuil, les jambes croisées, armé de sa lance, de son sabre et de son bouclier; il guide son chameau avec une seule rêne attachée sur le nez de l’animal par une espèce de caveçon , et parcourt ainsi des distances effrayantes, vingt-cinq à trente lieues par jour, sans se fatiguer.

Chacun ayant sa provision d’eau et de dattes, la bande entière se met en marche à jour convenu , ou plutôt à nuit convenue; car, pour éviter les chaleurs du soleil et l’éclat des sables , elle ne voyage que de nuit en se guidant sur les étoiles. A quatre ou cinq lieues du coup à faire , tous mettent pied à terre , font coucher leurs chameaux qu’ils laissent à la garde des plus fatigués d’entre eux et des malades. Si c’est une caravane qu’ils veulent attaquer et qu’elle ne soit pas trop forte, ils se jettent sur elle eh hurlant un effroyable cri de guerre ; ils entrent dedans à coups de sabres et de lances ; non point qu’ils frappent au hasard cependant ; l’expérience leur a appris à frapper leurs ennemis aux jambes : chaque coup de leur large sabre met un homme à bas. Quand le carnage est fini , le pillage commence : à chacun sa part désignée par les chefs. Les vaincus, morts ou blessés, ils les laissent là sans les mutiler, sans leur couper la tête, mais dans l’agonie du désespoir, au milieu du désert !

Si la caravane est trop forte , ils la suivent à quelques lieues, s’arrêtant quand elle s’arrête, et faisant épier ses mouvements par des espions que les Arabes

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appellent chouaf; quand la discipline s’y relâchera, quand, sur le point d’arriver â destination, elle se croira quitte de tout danger, de toute surprise, et se gardera moins bien , ils tomberont sur elle.

Ce qui semble incroyable, c’est que ces brigands redoutés et si généralement détestés dans le Sahara, fréquentent ouvertement et souvent isolément les marchés duTidikelt, de Agabli, de A’oulef, de R'damês, où ils apportent du pays des nègres des esclaves , de la poudre d’or, des défenses d’éléphants , des peaux tannées pour faire des tentes , des espadrilles dont les semelles sont inusables , des saie , du poivre rouge , des dépouilles d’autruches, une espèce de fruit que l’on appelle daoudaoua, produit par un arbre du même nom, que l’on pétrit en galette et qui, séché au soleil, a , dit-on , goût de viande.

Les Touareg du sud font , sur la lisière du pays des nègres , le même métier à peu près que leurs germains du nord sur la lisière du Sahara. On les appelle Sergou â Timbeldtou et Kilouan dans le Bernou et à H’aouça. Ces derniers sont de sang très-mêlé, ainsi que nous l’avons dit. Le pays qu’ils habitent leur fournit en quantité du blé et du millet; leurs troupeaux leur donnent du lait, du beurre, du fromage ; leurs arbres beaucoup de fruits. Matériellement plus heureux que ceux du nord , ils sont, dit-on , plus humains, plus hospitaliers , moins pillards. Aucune caravane cependant n’entre dans le Soudan , sans leur avoir payé un droit

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de passage, ou sans s’exposer à être ravagée. Les Sergou et les Kilouan combattent avec le sabre et avec des flèches qu’ils portent dans un carquois pendu à leur côté ; elles sont empoisonnées : le seul remède à leur blessure est d’enlever la partie lésée. Iis n’ont point de fusils.

Nous avons dit plus haut qu’ils tenaient les villes du Soudan , et particulièrement Timbek'tou , en état de blocus perpétuel ; campés à quelques lieues dans les terres , sous leurs tentes en peaux , et toujours en grand nombre , ils dominent le pays , et font la chasse aux nègres sur les bords du Niger, dans les champs , dans les jardins, jusqu’aux portes des villes, les enlèvent et les vendent aux caravanes. Nous tenons ces détails d’un nègre enlevé par eux et maintenant domestique à la direction centrale des affaires arabes. Ils nous ont été confirmés par le k/aïd des nègres d’Alger. Ils font, au reste , un commerce régulier sur tous les marchés du Soudan , où ils portent les produits de leurs chasses , des peaux, de la poudre d’or, etc., et où ils s’approvisionnent d'une infinité d’objets qu’ils revendent aux caravanes. « Car, nous disait un nègre, les marchés du « pays sont très-riches; tu y trouverais tout, excepté * ton père et ta mère. »

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