DE TRANSPORT
j Rôle du vent dans les déserts. — Transport des poussières. — Accumula-
! tion des sables. — Les mers des dunes du Sahara. — Leur étendue.
! leur formation : hypothèses diverses. — Mobilité des dunes; exemples
î de déplacement. — La formation des dunes, conséquence inévitable du
I climat désertique.
) Altération du relief ancien par les phénomènes désertiques d'érosion et de
! transport. — Disparition progressive des réseaux hydrographiques. —
Erreur qui consiste à diviser tout le Sahara en bassins. — Formation
1 d'un relief nouveau, dit relief désertique.
i Que deviennent tous ces matériaux rendus mobiles et
I sensibles à raclion de la pesanteur? Ailleurs, les eaux cou-
* rantes s'en emparent; ici, ils sont livrés au vent. Le vent
agite ces masses confuses, les triture, les classe peu à peu
selon leur pesanteur : il laisse généralement les graviers en
place*, sépare par le frottement les grains siliceux des
particules terreuses, pousse les uns devant lui, emporte les
autres en fines poussières dans les airs.
Tous les voyageurs qui séjournent au désert, soit en
1. Le vent transporte quelquefois des pierres. M. Rohlfs cite un simoun « pendant lequel des pierres grandes comme la main étaient chassées sur le sol comme des chiffons de papier ». {Quer durch Afrika, I, p. 2 16.)
La force du vent est encore plus grande dans le Gobi. « Il faut avoir, dit Prjewalski, observé de ses yeux les tempêtes du désert, pour apprécier leur puissance de destruction. Ce n'est pas seulement de la poussière et du sable qui remplissent l'atmosphère; de petits cailloux sont projetés dans l'air et d'autres plus gros roulent sur le sol Nous avons vu des pierres de la grosseur du poing s'arrêter dans un fond de roche à gros grains et y creuser en tourbillonnant des trous profonds, ou même percer de part en part des roches de 2 pieds d'épaisseur. » {VierU Reise, Milth., 1889, p. 3.)
Afrique, soit en Perse, soit dans TAsie centrale, sont frappés, certains jours, de Taspect particulier du ciel. Il est assombri, et pourtant sans nuages; une sorte dç voile blanchâtre, ou jaune, ou même couleur de plomb *, flotte dans les hauteurs de Falmosphère; souvent même, au Borkou', à Yarkand', un épais brouillard intercepte la vue, sans que Tair perde sa sécheresse ordinaire : ce sont les fins détritus du désert que le vent soulève et qui restent en suspension dans Tair. Au Borkou, où le vent vient le plus souvent du désert libyque, et sur le Tarim, où il souffle du Gobi, le ciel reste presque constamment voilé et ne s'éclaircit que lorsqu'une forte pluie a lavé l'atmosphère *.
Ces particules ténues voyagent très loin. On a appelé dès longtemps l'attention sur les pluies de poussière qui ont lieu à Touest de la côte d'Afrique, dans cette partie de l'Afrique qu'Edrisi déjà nommait la mer Ténébreuse. L'analyse de ces poussières, faite par Ehrenberg, a démontré leur provenance saharienne' : c'est à 600, 800 et 1,000 lieues de la côte qu'elles sont portées par les courants atmosphériques, et le cube qu'elles représentent est certainement considérable, puisqu'il est arrivé à un navire de voir leur chute se prolonger pendant six jours*. Le harmaltan, le vent du désert, apporte souvent en Guinée de semblables nuages de poussière. A Madère, le « leste », ou vent d'Est-Sud-Est, est accompagné environ trois fois par an de chutes de poussière rouge avec ciel plombé; en 1844. il y eut une pluie de sauterelles ^ L'Europe même reçoit de temps à autre des détritus du Sahara. Le 23 et 24 février 1879, deux cyclones venant du
i. HorDemann, Irad., î, p. 111. — Rohlfs, Kufra, p. 456.