Foureau, ouv. cité
2. Jordan, Mitlh., 1874, p. 8G. — Rohlfs, Drei Monate, p. 169.
d'avoir. Par contre, le Sahara en renferme quelques-unes qui n'ont rien de désertique. Les sources du Sahara central, les petits lacs de Mihero et de Menkhough, les creux du Tasili, où un peu d'eau se maintient d'une crue à Faulre, et. d'autre part, les eaux artésiennes de l'Oued-Rirh abritent toute une population aquatique de joncs, de roseaux, de mollusques, de poissons et même de crocodiles, qui contraste avec les habitants ordinaires du désert». C'est que la flore et la faune d'un pays ne sont pas uniquement Tœuvre du milieu actuel. Si telles espèces manquent à un pays qui pourrait les nourrir, si telles autres se rencontrent dans une région où rien ne les appelle, c'est que les faunes et les flores sont aussi un legs du passé. Elles ont subi bien des vicissitudes au cours des révolutions terrestres; dans ces cataclysmes, les unes ont survécu, d'autres ont péri. Ainsi s'expliquent, par l'histoire géologique, les anomalies remarquées tout à l'heure. Les déserts sont nés à des époques difl'érentes, et sur des continents dès longtemps séparés, et de la sélection exercée par le climat sur des flores et des faunes déjà différentes, sont résultées les flores et les faunes désertiques d'aujourd'hui ; d'autre part, les eaux douces de l'Oued-Rirh et de l'Ahaggar, derniers restes des grandes nappes de l'époque quaternaire, nous ont conservé quelques échantillons des espèces qui vivaient alors au Sahara,
Mais les conditions physiques de l'époque actuelle prévalent de plus en plus sur l'influence du passé. Chaque espèce tend sans cesse à prendre possession de tout le terrain où elle peut vivre. Le Sahara, qui touche à l'Arabie, que les steppes de Mésopotamie relient à la Perse, et le Maroc aux steppes de l'Espagne, a fait déjà de nombreux échanges avec ces pays : sur quatre cent seize espèces sauvages obser-
1. La faune aquatique du Sahara est essentiellement africaine. Des quatre espèces de poissons trouvés dans l'Oued-Rirh, trois sont signalées dans le Nil, en Tunisie, en Guinée ou au Mozambique, la quatrième est commune au Tell algérien et à la Sardaigne. (Pomel, Le Saharaj p. 2:26.)
vées dans le Sahara de Constantine, quatre-vingt-six se retrouvent en Orient, trente-trois à la fois en Orient et en Espagne *. Dix-sept espèces de Calligonum sont aujourd'hui communes au Sahara, à TArabie, à la Perse, au Turkestan; telle autre famille végétale, d'origine turcomane, s'est répandue à la fois dans le Sahara et le Gobi '. Le dattier saharien a fait son apparition dans l'Afrique australe', et des affinités commencent même à s'établir par delà l'océan : l'agave {'Agave americana L.) forme des haies près de Tripoli* et paraît être connue chez les Touareg de l'Ouest ^ ; le figuier de Barbarie (Opuntia Ficus indica Hatv.)^ cette envahissante cactée d'Amérique, se trouve déjà à Zella, au Mzab, et jusqu'à Mourzouk, au cœur du Fezzân*. D'autre part, les espèces archéologiques disparaissent peu à peu d'un milieu de moins en moins favorable à leur existence. Déjà Ton a peine à découvrir les crocodiles dont la présence est signalée dans le massif central ; lorsque les derniers sauriens auront disparu des petits lacs où ils se réfugient encore, on dira d'eux, comme de mainte espèce éteinte de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, qu'ils n'étaient, eux aussi, que des fossiles vivants.
Ainsi, le climat actuel efface peu à peu les anomalies^ restes des anciens âges. Bufl'on, dans un de ces moments de hardiesse, où il entrevoyait plus d'une vérité féconde, a écrit un jour ces lignes remarquables :
« Combien d'espèces se sont dénaturées, c'est-à-dire perfectionnées ou dégradées par les grandes vicissitudes de la terre, et ne sont plus les mêmes qu'elles étaient autrefois! On sera surpris de la promptitude avec laquelle les espèces
•I. Cosson, Lô Régiic végétal en Algérie (Rec. scieiil., 4879, f, p, 1214).