‹ Le SaharaChapitre 206 sur 346 · Sahara und Sudan, I, p · texte numérisé non relu

Sahara und Sudan, I, p

leurs descendants, affranchis ou esclaves • Et tout ce monde s*est croisé, reproduit, croisé de nouveau pendant des siècles : les Romains ont possédé le Fezzân, les Arabes Font envahi à leur tour, les rois de Kanem Tout gardé quelques cent ans, des marchands étrangers sont venus de partout s'y fixer avec leurs esclaves, les Turcs enfin Tont occupé, et Ton veut que cette population, forte au plus de 100 000 âmes, submergée par ce flot d'étrangers, ait gardé le teint et les traits des anciens Garamantes? Elle a dû, au contraire, les perdre jusqu'au dernier*. Nachtigal a bien défini cette race bâtarde lorsqu'il écrit qu'elle « ressemble un peu à tous les peuples et d'une façon absolue à aucun » et qu'il la traite de c mélange sans caractère *» .

Mais on peut en dire autant de toutes les oasis situées sur les grandes routes du désert. Nous avons à ce sujet un exemple concluant, celui de Kaouar. Longtemps on a jugé les Téda ou Tebou d'après les habitants de cette grande oasis, située sur la route de Mourzouk à Kouka : rien de plus instructif que la série d'idées fausses qu'ils ont fait naître. Sur la foi de Léon l'Africain, on les a crus d'abord des Berbères '. Cette opinion tombe du jour où Barth, passant par Kaouar, trouve des Tebou noirs et démontre d'une façon irréfutable que leur idiome a une parenté étroite avec celui des Kanori du Bornou, tandis qu'il n'en a aucune avec le berbère*. Barth émet donc une nouvelle théorie ; les Tebou sont des nègres, frères de race des Kanori, qui, aujourd'hui

i, Ihren ursprûnglichen Charakter efabassen musste. (Ibid., p. 487.) S. Charakierloses Gemisch, ibid., p. 188. — Rohlfs : ein Mischlingsvolk {Pelerm, Mittk., Ergânzungsh. no 25, 1868, p. 9).

3. Voir Ritter, Erdkunde. — Vivien de Saint-Martin : Les Tibou sont un des anneaux d'une chaîne immense... (Le nord de l'Afrique, p. 80).— On s'étonne de trouver encore cette erreur dans Tissot : c Les divers membres de cette grande famille ont reçu les noms de Kabyles, Zouaoua, Zenata, Chaouïa, Touareg. Tebou. » {Géogr, comparée» I, p. 386.) W. Mercier. {Revue africaine, 187i, p. 422.)

i. Sammlung und Bearbeitung Central-Afrikanischer Vokabularien, Gotha, 1863, 8-, I, p. 66 et suiv.

encore, forment la classe dominante au Bornou >. Cette

explication avait tout pour elle : le teint noir des Tebou de

Kaouar et du Fezzân, Taffinité linguistique indubitable;

M. Duveyrier l'acceptait'; Behm, en Allemagne, faisait de

même'; le général Faidherbe écrivait : « Ces Éthiopiens

troglodytes, ces noirs habitants des cavernes, aujourd'hui les

Tebou, c'étaient des Soudaniens chassés par les guerres et

qui s*étaient réfugiés dans les cavernes de l'aride Fezzàn

méridional *. » M. Rohlfs, qui avait passé à son tour par

Kaouar, se rangeait à l'opinion de Barth, avec le correctif,

qu'il y avait en croisement des nègres avec les Berbères*.

La question de race semblait donc tranchée. Survient Nach-

tigal. Il pénètre dans le Tibesti, cette citadelle de rochers

restée jusqu'ici inexplorée, y trouve la race teboû à Tétat

pur* et constate qu'elle est très différente de ce qu'on la

supposait. Au lieu de noirs semblables à ceux du Bornou, il

voit des hommes dont le teint oscille entre le bronze foncé

et le bronze clair ^ ; au lieu de la tournure épaisse des Tebou

abâtardis de Kaouar, des formes sveltes et fines, des traits

réguliers •, qui rapprochent les Tebou des Touareg, et font

d'eux une race incontestablement supérieure aux peuples

qui vivent au sud du désert*. La parenté de langue avec les

Kanori est confirmée, mais ce ne sont pas les nègres qui

1. Aïs eigentlich aethiopischer Stamm im Gegensatz zu den libyschoi Vôlkem (ibid.), auf das Entschiedenste fur nahe Verwandten der Kanori (Reisen, lU, p. i4i).

â. t Les Tebou, également nègres... > (Toudreg du, Nord, p. 276.)

3. Land und Volk der Tebu. {Paterm. Mitth,, Erg&nzungsband II, 186S p. 32.)

i. Revue africaine, 4867, p. 61.

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