Ptolémée, L. IV, vi, p. 296, Wilberg
Libye intérieure, se retrouve-t-il à peine change (Gongola) dans le sud-ouest du Bornou, où il désigne à la fois un. village un fleuve et une montagne?* Certes, on ne saurait bâtir tout un système sur une ressemblance de noms; mais lorsqu'on en trouve autant, et qu'elles nous ramènent toujours vers les mêmes parages, n'y a-t-il pas là matière à réflexion? En somme, les habitudes commerciales de Cartilage et des villes voisines, leurs relations certaines avec le Fezzân, l'insistance des Romains à occuper des points qui commandent deux des principales voies naturelles du désert ; la richesse des villes de la côte qui se trouvaient au débouché de ces routes, sont des indices qui contrebalancent, au point de vue historique, le silence gardé par les anciens auteurs. Qu'on se représente alors le Sahara, avec ses oueds, ses oasis, et ses nomades aventureux et avides ; d'une part, la société carthaginoise et romaine, la recherche effrénée de l'or, de l'ivoire, des peaux de bêles, des esclaves noirs; de l'autre, l'Afrique vierge, pourvue de toutes ces richesses: dans l'intervalle, ces villes du désort qui, alors comme aujourd'hui, ne devaient vivre que de commerce ; qu'on se rappelle enfin les affinités, les traditions, qui rapprochent l'Aïr de l'Egypte, les multiples coïncidences qui se rapportent toutes à cette partie du désert, et l'on n'affirmera plus avec tant de certitude, que nul, parmi les anciens, n'a connu le pays des Noirs.
LES VOIES DE COMMERCE SAHARIENNES DANS l'hISTOIRE
Il n'est pas facile de résumer même brièvement l'histoire du commerce saharien au moyen âge. Les Arabes, les seuls à qui l'on puisse demander quelque lumière, n'ont pas été des généralisateurs. Souvent minutieux dans le détail, ils ont avant tout noté des itinéraires; ils n'ont pas toujours
i. Barth, Reisen^ II, p. 504, note. — Rohifs, Quer durch Afrika, II, pp. i-ii-25.
songé à nous donner un tableau complet de toutes ces roules, .eivcore moins à nous montrer, dans une vue d'ensemble, où passait, à telle époque, le grand courant commercial. La plupart des géographes des premiers siècles de rhégire, Ibn-Khordadhbeh, Al-Iaqoub, El-Istakhri, Ibn- Haouqal, sont d'une sécheresse terrible dans leurs descriptions; ils ne dressent guère que des listes de relais de caravanes, lorsqu'ils ne résument pas en une ou deux phrases leur connaissance rudimentaire du Sahara et du Soudan. Maçoudi, le grand voyageur qui a visité aux*^ siècle presque toutes les parties du monde musulman, ne connaît de l'Afrique que la côte orientale : aussi ses Prairies d'Or, si précieuses pour l'histoire des Slaves et de l'Inde, ne nous apprennent rien sur les routes du désert. On doit à El-Bekri un aperçu clair et précis des routes de l'Afrique au xi® siècle; mais on cherche en vain un guide semblable pour l'histoire des siècles suivants. L'œuvre d'Edrisi, loin de marquer, comme on l'a dit, un progrès dans la connaissance de l'Afrique, a mérité d'être appelée au contraire « un modèle de confusion » *. Sa description du Sahara est prise sans discernement à des sources diverses, et il est aisé d'y relever de formidables erreurs. Ibn-Batoutah nous donne un itinéraire qui irrite la curiosité au lieu de la satisfaire, puisque, par une déplorable négligence, il n'indique même pas vers quel point de l'horizon il se dirige. Aboul-Feda, à part quelques citations précieuses, laisse une Afrique fantastique, où les contes d'Ibn-Saïd se mêlent aux réminiscences de Ptolémée. Ibn-Khaldoun, écrivain bien supérieur comme science, mais dont la sagacité s'exerce sur leâ problèmes sociaux et les questions de race, ne donne que de loin en loin une indication succincte, à propos de l'origine ou des migrations de telle ou telle tribu. Notre connaissance du commerce saharien au moyen âge est donc essentiel-