Recueil cité, 1887-1891, no
Ici une observation est nécessaire. Bengazi exporte à Malte et à Tripoli, sans que Ton puisse, en l'absence de statistiques douanières, déterminer la part que ces places prennent chacune à son commerce *. Une partie des envois de Bengazi sont donc réexpédiés par Tripoli, et l'exportation réelle est inférieure au total des sorties de ces deux ports.
Reste à évaluer les exportations de Mogador. Suivant un rapport de notre regretté consul M. Beaumier, cette place a expédié en moyenne, de 1863 à 1874 S pour S07,000 francs de plumes et pour 215 000 francs de gomme par an. Mais ce dernier chifTre comprend aussi bien la gomme qui se récolte au Maroc que celle qui provient du Soudan. Les rapports anglais distinguent depuis 1887 ces deux articles ' :
Exportations de produits soudanais par Mogador (1884-91) :
Gommo. Plume;!. Gomiue. Plume».
1884... ? .375 000 fr. 1888... 290 000 — fr.
Si peu complètes que soient encore toutes ces statistiques, deux faits s'en dégagent avec netteté. Le commerce transsaharien s'est modifié dans le courant de ce siècle : Tor, qui figurait encore pour 400 000 francs dans les sorties de Tripoli en 1855 % a disparu des listes, tout comme le séné, abandonné par la thérapeutique moderne; à leur place, on Irouve les plumes d'autruche, qui représentent aujourd'hui les deux tiers de la valeur des produits exportés, mais dont
1. Rapport de M. Cameron, consul d'Angleterre, Ibid., n« 480. On sait que les négociants de Tripoli font via Bengazi toutes leurs affaires avec le Ouadaï.
± Bfloyenne de 10 ans. {Annales Comm. Ext., 1875, États Barbaresques, Faits eomm* n" 17.)
3. Recueil cité, 1885 et 1886, Commercial n» 10, 12, 1888-92, n^ 181, 326, 553, 857, 1011.
4. Quantité si faible, qu'elle figure sous la rubrique divers.
5. Annales Comm. ext.., 1857, Faits comm., États Barbaresques, n^ 8.
les variations de prix sont telles, qu'en trois ans, de 4884 à 1887, les ventes sont tombées de 5 millions à 400 000 francs! Chose remarquable, dans cette crise qui a presque annulé le trafic transsaharien pendant quelques années, Tivoire n'a pas comblé le vide laissé par l'autre article : « On n'envoie plus guère de marchandises au Soudan, écrivait en 1887 le consul d'Angleterre, M. Drummond Hay, car l'ivoire, la seule chose qu'on puisse aujourd'hui prendre en échange, est rare et difficile à transporter *. »
Ce qui frappe peut-être encore davantage, dans tous ces chiffres, c'est leur extrême- modicité. Deux millions et demi de francs en moyenne d'exportations à Tripoli, — environ cinq millions dans l'année la plus prospère, — plus quelques centaines de mille francs de produits expédiés parMogador. voilà ce que le Soudan, au dire des statistiques, envoîo à l'Europe à travers le désert! Faisons la part de Tinconnu aussi belle que possible : supposons que la moitié des envois similaires de Bengazi ne soit point réexpédiés par Tripoli : tenons compte des marchandises qui peuvent rester en Tripolitaine (2 à 300 000 francs), de celles qui se dispersent en Egypte, au Djerid, au Souf et à Tlemcen (au plus un demi-million) ; admettons que la grande caravane marocaine de 1887 fût exceptionnellement faible, et portons les achats de ce pays à 2 millions; évaluons enfin aux deux tiers des exportations soudanaises la valeur des importations du Nord au Soudan», ce qui est peut-être excessif, puisque les articles européens y sont échangés avec 30 à 100 % de bénéfice : nous obtenons ainsi, dans l'hypothèse la plus favorable, un total d'environ 9 millions, — le mouvement d'un port de vingtième ordre, pour le transit de tout le Sahara!