Recueil cité, 1888, n
2. Un rapport de M. Moore, consul général d'Angleterre à Tripoli, évalue en 1892 les arrivages du Soudan à 3 millions de francs, et les expédiUons en sens inverse à 2 millions, dont 70 "> o en tissus de Manchester. (Recueil cité, no 1 0Î2.)
Qu^on est loin des évaluations fantastiques qui trouvaient encore créance au début de ce siècle, et qui portaient les échanges du seul Maroc à une cinquantaine de millions ! Oq jugeait ce commerce d'après ce qu'on savait du passé, à travers les récits de ces historiens arabes, qui nous montrent des villes sahariennes regorgeant de richesses, desservies par des caravanes nombreuses comme des armées. Et d'ailleurs, qui pourrait faire, dans ces descriptions du moyen âge, la part de l'imagination et celle de la vérité? Mais si le grand désert d'Afriqiie n'a peut-être jamais pris qu'une part restreinte à la circulation du monde, son commerce n'en est pas moins, au point de vue social, un phénomène digne d'intérêt.
Dans ce Sahara où il ne semblait y avoir place que pour des bandes de nomades sans loi ni maître, et pour des agriculteurs pacifiques, leurs souffre-douleur, l'intérêt, ou pour mieux dire, le besoin de vivre, a rapproché ces éléments dissemblables, et qui semblaient destinés par la nature à se haïr. On a vu naître, d'une part, une classe de marchands probes sinon par vertu, du moins par système ; des villes de commerce où l'on néglige la culture et où les vivres sont apportés du dehors; de l'autre, des troupes nomades, on dirait presque des corporations de convoyeurs de caravanes; toute une tradition d'assistance réciproque, de contrats observés par les deux parties, en un mot toute une exploitation savante, dont ces populations sahariennes prennent chacune leur part.