LA CULTURE EUROPEENNE AU SAHARA
L'Oued-Rirh au moment de la conquête française. — Campagnes de sondages artésiens : 1850-1866, 1873- 1890. — Les entreprises privées de forage et de culture. — Résultats de la colonisation française dans rOued-Rirh. — Les forages artésiens & Dakhel. — Sondages possibles au Sahara.
Les rêves de reboisement: impuissance de l'bomme à fertiliser le désert.
Les Romains ont pratiqué la culture à la lisière du Sahara. Leurs réservoirs, leurs barrages, leurs aqueducs, prenaient Feau dans les vallées méridionales de l'Atlas et ramenaient aux champs du Hodna, et des Zibân, ils avaient même mis en valeur la rive droite de TOued-Djedi *, et, au sud du chott Fcdjedj, la plaine aujourd'hui déserte où les maraudeurs campent près du Bir Sultan». Il était réservé à la France de reprendre leur œuvre avec les procédés modernes et de la continuer plus avant dans le désert.
Lorsqu'après le combat de Megarine le colofiel Desvaux prit possession le 2 décembre 1854 de Touggourt, les cultures n'étaient rien moins que prospères dans TOued-Rirh. L'art primitif des puisatiers ne suffisait plus à leur procurer Teau nécessaire. Malgré les efforts des plongeurs qui en retiraient les sables, les sources artésiennes se fai-
i . Ville, Voyage d^exploration, etc., p. 253 et suiv. — Masqueray, Hevue afHeame, 4879, p. 65 et suiv., etc.
2. Duveyrier» Excursion dans le Djerid. (Revu9 alg. et col,, 1860, IL)
saient de plus en plus minces à rorifice des puits, et plus d'une, comme frappée de malédiction, s'était tarie. On ne réussissait pas souvent à en trouver de nouvelles. Tantôt tout un village s'efforçait en vain d'épuiser avec des outres « l'eau pourrie * » qui sature les terrains voisins de la surface, et les travaux étaient noyés sans retour. Tantôt le sable fln fuyait à travers le boisage, et rendait inutile toute tentative de déblai ; ou bien la pioche du mineur s'émoussait sur un banc de roche trop dure, et on laissait inachevé le puits qui avait coûté tant d'efforts Tamerna-Djedida, Sidi- Amran, Sidi-Rached, Bram, Ksour et d'autres oasis encore se mouraient ainsi. Sidi-Amran était réduite à 15 maisons et 5,600 arbres, le débit des puits de Sidi-Rached était tombé d'une centaine de litres par minute à une douzaine * ; Tamernala Belle n'avait plus qu'un fllet d'eau, et la population allait émigrer, voyant ses palmiers périr. El Berd % abandonnée, disparaissait déjà sous les sables. Le colonel Desvaux fit demander en France des hommes et un matériel de puits artésiens.
En 1856, l'ingénieur Jus débarquait ce matériel à Philippeville, et le 17 mai on donnait le premier coup de sonde à Tamerna. Le 7 juin, après avoir percé une couche de grès très dur, qui flt plusieurs fois douter du succès de l'entreprise, on rencontrait une nappe de 4,000 litres par minute, qui jaillit avec force à la surface du sol. En un clin d'œil, la population accourut : « on arracha les branches de palmiers qui entouraient l'équipage; chacun voulait voir de ses yeux cette eau que les Français avaient su faire venir au bout de cinq semaines, tandis que les indigènes avaient eu
i. El mafasned.
2. R»pport du colonel Seroka, Revue alg. et eol 1859, pp. 359-68. — Ville, Vopnye cCexploralion dant les bassins du Hodna et du Sahara, etc., pp. 345417 et suiv.
3 Jus, Les Forages artésiens de la province de Constantine, ConstanUne, i 870, p. 8 et suiv.
besoin d'autant d'années \ 9 En quelques hivers, sous la direction dulieutenantLehauletducapitaineZickel,Sidi-Prached, Sidi-Aniran, Djàma, Bram, Ksour, Rhamra, El Harihira, furent reconquises, presque toutes les oasis dotées de fontaines nouvelles, et l'on avait achevé une trentaine d'anciens puits ; en même temps M. Jus découvrait des nappes jaillissantes dans le Hodna,et deuxoasisnouvelles étaient créées dans le désert qui séparait Biskra de l'Oued-Rirh '. Les sondages, interrompus en 1866, furent repris en 1873 : le débit de la nappe artésienne avait diminué dans la plupart des oasis, et Sidi-Khelil, où Ton n'avait pu creuser profondément par suite de la fluidité des sables, souffrait de la sécheresse malgré ses 27 puits. Un sondage poussé à 90 mètres lui donna une source de 1,200 litres, tandis qu'une autre de près de 2,000 rendait la vie à Toasis d'El-Berd. Au 1*' janvier 1890, 192 sondages, dont 136 utiles, avec un débit effectif de 201 ,000 litres par minute, avaient été exécutés depuis 1856 dans l'Oued-Rirh : on avait fait en tout 13,280 mètres de forages, qui avaient coûté 694,000 francs et 4,062 journées de travail ; le débit total des puits de cette région avait passé de 52,000 à 308,000 litres, on y comptait 9 oasis nouvelles et le nombre des palmiers avait presque doublé '. A ces chiffres il fallait ajouter à la même époque 38 sondages dans le Hodna (9,200 litres), 6 dans le Zab occidental (oasis de Fougala et El-Amri), 8 puits jaillissants entre rOued-Rirh et Biskra (Chegga, Cedraiat, Mgebra) et une quarantaine dans le bas-fond d'Ouargla.
Enfin, et c'est un fait digne de remarque, tous ces puits