‹ Le SaharaChapitre 126 sur 194 · CHAPITRE vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE vn

effet que les peuples de la Phazanîe ont en des rapports- avec les anciens Egyptiens, auxquels ils ont emprunté, en outre, quelques notions d'architecture.

Au sud des mausolées s'étend, sur le même plateau, un vaste cimetière dont les tombes sont formées de quatre pierres brutes, plates, plantées dans le sol et disposées en carrés ayant environ 80 centimètres sur chaque face; On m'a assuré que dans ces tombes, qui ont aussi été violées par la cupidité, on avait trouvé des lampes exactement semblables à celles des mausolées. C'est en vain que i'ai bouleversé plusieurs de ces tombes, toutes avaient été fouillées et, malgré les recherches les plus minutieuses, il m'a été impossible de découvrir la moindre inscription.

A l'ouest et à un kilomètre environ de l'oasis, toujours sur le même plateau, s'élève une tour à* moitié ruinée, dont j'ai pris également un croquis très-fidèle. Les matériaux employés ici ne sont plus des pierres brutes, mais des moellons taillés, disposés en assises horizontales et sans traces de ciment à l'extérieur. Quoique la partie est de cette tour soit écroulée, il est facile de distinguer qu'elle était de forme ronde, légèrement conique, haute de 5 mètres environ, et mesurant douze pas de diamètre; elle était couronnée d'une plate-forme, sur le côté nord de laquelle s'élève encore une autre petite tour ovale ; dans cette tour est une chambre de même forme ovale, longue de 2 mètres, qui devait être voûtée, à en juger par l'inclinaison intérieure des murs. La forme de cette petite tour, et le soin avec lequel ses parois intérieures ont été recouvertes d'un enduit formé de dolomie et de graviers, me portent à croire qu'elle a servi de sépulture. Un escalier extérieur, qui occupait la moitié de la circonférence de la grosse tour, a dû

être ajonté après ^achèvement de celle-ci, car, en s'écronlant en partie, la maçonnerie qui supportait cet escalier a laissé à découvert le mur parfaitement net de la tour.

J'ai d'abord cru que j'étais là en présence d'une construction romaine; mais les renseignements qui m'ont été fournis plus tard par M. Lombard et les dessins qu'il a bien voulu me mettre sous les yeux, m'ont convaincu que cette tour appartenait à une époque bien plus reculée. Elle ressemble, en effet» aux tonrs anciennes appelées nur-hags^ ^ que l'on trouve encore en assez grand nombre en Sardaigne ainsi que dans les îles Baléares. Au pied de ceite tour se trouvent d'énormes blocs de pierres brutes, mais rien n'indique que ces blocs aient été des pierres levées ou des menhirs.

J'ai aussi trouvé, près de Rhadamès, des restes qui peuvent être attribués aux Romains. En traversant à plusieurs reprises le cimetière musulman, qui s'étend presque tout autour de l'oasis, j'ai remarqué, parmi les pierres brutes plantées sur les tombes, des corniches d'un ordre simple, comme l'ordre toscan, mais dont la taille régulière et hardie dénote l'œuvre d'ouvriers habiles, comme Rome et la Grèce pouvaient seules en fournir dans les temps reculés.

Il sera question, plus loin, d'autres ruines trèsintéressantes, celles de Tekout, qui se trouvent au nord-ouest et à une assez grande distance de Rhadamès.

^ Les Nur-Hags de Sardaigne et les vieilles Tours d'Irlandey par Alex. Lombard. — Genève, Ramboz et Schuchardt, 187 S.

CHAPITEE VIII.

Le commerce. La traite des noirs. Itinéraires des caravanes.

Deux villes existent dans le Sahara qui sont admirablement bien placées pour servir d^intermédiaîres entre les riches contrées de l'Afrique centrale et les pays, non moins riches, qui s'étendent le long des côtes méditerranéennes ; ces deux villes sont Rkadames et Aïn-Çalah,

Sentinelle^ ayancées des pays du nord vers le Soudan, elles sont, avec Mourzouk, les points d'appui naturels des caravanes qui traversent Pimmense désert, de quelque côté qu'elles se dirigent; aussi sontelles le séjour ordinaire des négociants qui font le trafic entre les deux extrémités du Sahara.

Aïn-Çalah est le point d'appui des caravanes qui vont du Soudan occidental au Maroc, en passant par Tinbouktou, comme Rhadamès est celui des caravanes qui vont du Soudan oriental à Tripoli, en passant par Rhât, et vice versa. Il existe, en outre, un commerce d'échange très-actif entre ces deux villes, car tel produit qni abonde d'un côté est souvent plus rare, manque quelquefois même de l'autre côté.

Rhadamès va acheter à Tripoli : des toiles de coton d'Europe de toutes couleurs, des tissus divers pour turbans^ des draps de toutes qualités, des soieries

diverses (fils et tissus), des foulards, des indiennes, des chaussettes, des cordons, des aiguilles, des perles pour colliers, du corail brut, des miroirs ronds, des couteaux, des ciseaux, des ustensiles en cuivre, des cadenas, des serrures, des scies, des armes : fusils, sabres et pistolets, de la poudre, des petits chaudrons en fer, des brocs en cuivre (aiguières), des bracelets en argent, en cuivre et en corne, des bagues en argent et en corne, des peignes en corne et surtout en bois, des allumettes, des bougies, du camphre, du thé, dn café, du sucre en quantité, de la cassonnade, enfin des farines pour sa propre consommation : du tout, environ SCKX) charges à 125 kilogs.

Ces objets proviennent généralement : les toiles, la quincaillerie, la coutellerie, le thé, d'Angleterre; les draps, les chaussettes et les perles, d'Allemagne; les soieries, d'Italie ; les armes, de Belgique et d'Angleterre; les sucres et les bougies, de^ France par voie anglaise ; la bijouterie se fabrique dans les villes du littoral.

Les Souafa (gens du Souf) apportent à Hhadamès des bernous et des eksa pour vêtements; des laines brutes, du tabac, des dattes pour suppléer à l'insuffisance des palmiers de l'oasis, en tout annuellement 150 charges à 150 kilos.

En outre, les chasseurs Souafa et Châamba j viennent vendre les produits de leurs chasses. Peu avant mon arrivée daub cette ville, une seule caravane y avait apporté cent antilopes ; une autre, arrivée le 19 février, n'avait pas moins de cinq chameaux chargés de gazelles. Une antilope de bonne taille se vend jusqu'A, 70 fr; une gazelle, moins la tête et les pieds, de 7 à 8 fr. ; la peau seule ne se vend que 75 centimes; les cornes sont abandonnées dans le désert. Les

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