‹ Le SaharaChapitre 125 sur 194 · CHAPITRE yn · texte numérisé non relu

CHAPITRE yn

Deux autres tombeaux étaient en forme de croix ; ces croix faisaient face à l'orient, et le bras de chacune d'elles qui était dirigé vers le sud a complètement disparu.

Les deux autres monuments sont très-dégradés; cependant l'on peut encore distinguer que l'un d'eux était en forme d'aiguille peu élevée.

Les gens du pays prétendent que ces tombeaux ont été élevés par un peuple mulâtre qui habitait la ville de Djerma (l'ancienne Oarama); ils sont convaincus que sous ces mausolées sont cachés d'immenses trésors ; aussi n'est-ce pas dans un but d'utilité pour la science, ni même de simple curiosité, mais bien dans un but de cupidité qu'ils ont été stupidement violés par les gouverneurs turcs.

On a découvert, dans l'intérieur du piédestal, une chambre de forme ovale très-bien voûtée, de la longueur d'un homme de grande taille ; les chambres, qui se ressemblent toutes, renfermaient, m'a-t-on dit, des ossements et de petites lampes en terre cuite, dont le cheikh du Medjelès^ Si el Hadj Moktar, voulut bien me donner un échantillon. Le signe en forme de P tracé au milieu de cette lampe se rapproche beaucoup du monogramme du Christ.

Cependant, les tombeaux en forme de croix, pas plus que le signe gravé, sur la lampe, ne prouvent que la Phazanie fût autrefois habitée par un peuple chrétien. Chacun sait aujourd'hui que la croix est une importation de l'Inde; qu'elle fut, dès la plus haute antiquité, un signe mystique employé chez un grand nombre de peuples et qu'on la trouve même sur des poteries qui datent de l'âge de pierre. On a trouvé des croix dans les stations lacustres de l'Emilie et du lac du Bourget; M. Gozzadini a trouvé ce

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signe, en 1853^ près de Villanova, dans nn cimetière étrusque où il est gravé sur tous les ossuaires; les dieux de l'ancienne mythologie portaient des croix à la main; en Egypte, la croix se trouve dans les hiéroglyphes et à la main des rois ; les Assyriens l'employaient dans leur écriture et la gravaient sur la poitrine de leurs idoles; lesRhadamesiens peignent de grandes croix rouges dans tous les carrefours de leur ville ; les épées, les poignards des Touareg ont la poignée en forme de croix, et le signe -f- iet^ qu'ils emploient dans leur écriture, a la valeur du t français; par la combinaison du -f- iet et du | îerij on obtient le signe "j* ientj qui est exactement celui des chrétiens. Enfin, il existe encore, en Irlande, des monuments en forme de croix bien antérieurs au christianisme, et,* chose singulière, ces monuments, dont M. Alexandre Lchnbard, de Genève, a bien voulu me mettre quelques dessins sous les yeui, ont une certaine ressemblance de formes avec ceux de Rhadamès. ^

Quant au monogramme du Christ, on le retrouve également de toute antiquité avec de légères variantes ; ce signe a dû être également importé de l'Inde par les peuples émigrants qui s'éloignaient du foyer commun, et c'est ainsi qu'on le retrouve à Rhadamès, où il est sans doute arrivé par l'Egypte.

Des chapiteaux et des fûts de colonnes, que j'ai vus plantés à l'entrée d'une mosquée, indiquent en

* Il y a cette différence que les croix d'Irlande sont monolithes, taudis que celles de Rhadamès sont faites de plusieurs couches de pierres plates brutes, en saillie et en retraite, et liées avec du ciment.

J'avoue que sans les précieuses indications de M. Alexandre Lombard, je n'aurais pas été en mesure d'éta])lir cette comparaison.

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