‹ Le SaharaChapitre 132 sur 194 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

leur nombre allait toujotiils croissant sous la persécution qui les accablait, et il arriva qu'un jour ils se trouvèrent assez forts pour secouer le joug.

Sous la conduite d'un certain Bellou, qui fut depuis leur sultan, les Foulanes s'insurgèrent, se rendirent maîtres du Haoussa et des contrées environnantes, asservirent leurs anciens maîtres et vendirent tous ceux qui ne voulurent pas embrasser l'islam.

La conquête du pays par cette ratse supérieure n'est pas encore achevée, et le fils de Bellou, qui a succédé à son père, ne cesse de poursuivre les Nègres partout où ils existent encore à l'état de peuple indépendant. Tous ceux qui sont pris sont divisés en deux catégories : les vieux qui sont massacrés sur-le-champ, et les jeunes qui sont destinés à être vendus ; mais si, pour une cause ou pour une autre, les vainqueurs, ne peuvent trouver l'écoulement de cette marchandise humaine, tous les prisonniers, sans distinction d'âge ni de sexe, sont massacrés sans pitié.

La même chose se produit dans les contrées qui avoisinent le golfe de Guinée, où des peuplades nouvelles tendent partout à se substituer à d'autres.

L'abolition de l'esclavage dans les colonies européennes a été un bienfait, parce que chez les peuples qui se disent les plus civilisés du monde, les esclaves étaient plus maltraités que les bêtes de somme ; mais il est, au contraire, inhumain d'empêcher le commerce des noirs en pays musulmans parce que, outre que ce commerce sauve la vie à des milliers de malheureux, la loi religieuse impose aux Arabes d'être humains envers leurs esclaves, de les affranchir lorsqu'ils les en jugent dignes et de leur procurer les moyens de vivre libres ; or, ces prescriptions du Coran sont presque toujours scrupuleusement observées.

362 DEUXIÈliE PARTIE.

Mais les questions d'humanité ne sont pas celles qui préoccupent le plus les Anglais. Persuadés, à tort ou à raison, que les produits du Soudan sont transportés, de préférence» vers les points du littoral où les marchands de l'intérieur trouvent en même temps des débouchés pour leurs esclaves, ils ont employé tous les moyens en leur pouvoir pour abolir la traite là où ils se trouvaient en présence de la concurrence étrangère; mais ils Font charitablement tolérée là où lé monopole ne leurajamais été disputé. Voilà la vérité.

Quant à nous autres Français, à qui la conquête de l'Algérie a coûté tant de sang et d'argent, pourquoi ne profitons-nous pas des avantages de la position que nous avons su prendre en Afrique ? Cependant, notre mission sur cette terre classique de la barbarie semble nous avoir été tracée par la Providence elle-même.

Du sud de notre colonie nous pouvons nous acheminer, lentement si nous voulons, mais sûrement, avec la certitude de ne nous heurter contre aucun obstacle sérieux, à travers le Sahara, vers les contrées fertiles du Soudan. Outre que l'exploitation de ce pays au point de vue commercial nous permettrait d'augmenter rapidement notre richesse nationale, notre influence civilisatrice ne tarderait pas à se faire sentir depuis les bords du lac Tschad jusqu'aux sources du Niger; sous cette influence bienfaisante, les peuples barbares, qui aujourd'hui ne cessent de s'entre-détruire dans des guerres sans trêve ni merci, en arriveraient progressivement à des idées plus douces ; ils finiraient par comprendre que la véritable liberté et le véritable bonheur ne se trouvent que dans le travail; peu à peu leurs efforts se. tourneraient vers ce sol si fertile que

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