CHAPITRE Vin
posées en attendant qu'elles puissent être dirigées sur Tripoli ; là elles tombent encore entre les mains des Anglais qui les transportent à Malte.
Enfin, les caravanes du Touât s'en retournent à Aïn Çalah par le Tasili et le Mouydir ; à Aïn Çalah elles passent leurs marchandises à d'autres caravanes qui les transportent dans les différents ports du Mar'oc, où elles sont encore vendues aux Anglais qui les entreposent-à Gibraltar.
Tinbouktou est surtout fréquenté par les caravanes des oasis marocaines et par celles d'Aïn Çalah; cependant, les Ehadamesiens s'y rendent aussi, ainsi qnie je Pai déjà dit plus haut; mais les marchandises de Tinbouktou sont surtout transportées à Rhadamès par les caravanes du Touât.
Les caravanes marocaines s'en retournent dans leur pays soit par PAdrar, pour aboutir au cap Noun, soit par Mabrouk pour aboutir au Tafilalet, d'où les marchandises sont dirigées sur les différents ports de la côte, où elles sont toujours livrées aux Anglais qui les entreposent à Gibraltar.
Les caravanes du Touât montent vers le nord-est en passant par le lac d'Anafis et les marais d'Ez-Ziza, et elles arrivent à Aïn Çalah, d'où les marchandises sont dirigées partie vers les ports du Maroc, et partie vers Rhadamès par Temacinin, petite oasis arrosée par deux sources abondantes, située à moitié route entre les deux centres sahariens. D'un côté comme de l'autre, ces marchandises tombent entre les mains des Anglais qui les dirigent soit sur Malte, soit sur Gibraltar.
Ensuite de ces données, on s'étonnera sans peine que nos voisins d'outre-Manche, grands pourchasseurs de marchands d'esclaves sur les côtes orientales et
occidentales de l'Afrique, où ils font le commerce concurremment avec les autres nations de PEurope, soient au contraire si coulants au Maroc et dans la Tripolitaine, où pourtant la traite.se fait sur une très-grande échelle. Et du reste^ pour ce qui regarde la traite des Nègres, pourquoi ne dirais-je pas ici toute ma pensée? Je suis convaincu que la traite est contraire à tontes les lois de l'humanité, *mais je suis tout aussi convaincu que ces mêmes lois de l'humanité nous imposent, momentanément du moins, de tolérer la vente des esclaves sur le littoral africain. Il semble qu'il y a ici contradiction, mais cette contradiction n'est qu'apparente, et ce qui suit en donnera l'explication :
Le Soudan, que les indigènes appellent Tâcrour et que les Arabes sahariens connaissent sous le nom de Berr d Abid ou Terre des Esclaves^ était habité exclusivement par les Nègres, peuples idolâtres mais intelligents et, dans une certaine mesure, laborieux et industrieux. Il y a environ un demi-siècle, une autre race fit son apparition dans le pays. Les nouveau-venus étaient des hommes de haute taille, au visage bronzé, au nez presque aquiliii, aux lèvres minces et à mine intelligente. Quels étaient ces hommes et d'où venaient-ils? Qui ils étaient ?il paraît qu'ils l'ignoraient eux-mêmes; d'où ils venaient? de l'ouest; mais leur pays d'origine leur était inconnu. C'est pourquoi on les appela Foulan (lisez Foulane)^ mot arabe qui signifie un tel.
Les Foulanes donc, qui sont musulmans, mais trèslarges dans la pratique de leur religion, furent d'abord mal vus dans le Soudan, et notamment dans le Haoussa oii ils se portèrent en assez grand nombre. Industrieux, laborieux et économes, ils furent sans cesse en butte aux persécutions des Nègres. Cependant