‹ Le SaharaChapitre 146 sur 194 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de leurs chaussures et aussi au port de la lance. Ils sont assurément de race berbère et de la fraction qu'Ibn Kaldoun appelle MelMethem ou voilés. Ils ont peut-être été chassés par d^autres conquérants des bords du lac Trîtonide^ où Hérodote signale un peuple blond dont les mœurs se rapprochent de celles du peuple qui nous occupe. J'ai, en effet, remarqué parmi les Imouchar dés femmes ayant les yeux bleus et la chevelure blonde.

Les Arabes et les Rhadamesiens présentent les Imouchar non-seulement comme de très-mauvais Musulmans, mais encore comme paresseux, traîtres, pillards et très-lâches guerriers, ne faisant jamais grâce à quiconque a le malheur de tomber entre leurs mains ; mais il n'est pas besoin de bien grands efforts pour s'apercevoir que tout cela n'est que pure calomnie^ et que les Imouchar sont non-seulement trèscourageux, mais encore doués de belles et solides qualités qui manquent absolument à leurs calomniateurs. Ils sont surtout de bonne foi, fidèles à leur parole et d'un grand désintéressement. Assurément il y a bien, parmi eux, quelques mauvais sujets ; mais chez quel peuple n'y en a-t-il pas ?

Les Imouchar ont un tel amour pour l'indépendance qu'ils n'habitent jamais les villes ; quelques-uns d'entre eux croiraient même faire abdication de leur dignité, s'ils mettaient les pieds dans un centre habité. Quelques tribus se construisent de petites cases rondes, en pierres, couvertes en alfa ; mais la plupart campent sous des tentes en cuir de bœuf du Soudan. Du reste, leur humeur vagabonde ne leur permet pas de rester longtemps stationnaires.

Quoique les Imouchar aient embrassé l'islam, ils sont loin de pratiquer cette religion avec ferveur; ils

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ne prennent du Coran que ce qui n'est pas en contradiction avec la raison et avec leurs anciennes coutumes; on peut même dire d'eux qu'ils sont les voltairiens de l'islam, et pour cela, autant que parce qu'ils sont monogames et qu'ils laissent à leurs femmes une grande liberté, les vrais croyants les considèrent avec le plus profond mépris.

Mais tous ces traits qui les éloignent des Arabes, les rapprochent au contraire de nous. Il est certain que si les intérêts de l'Algérie exigent, comme j'en suis persuadé, que nous établissions un jour une grande voie commerciale à travers le Sahara, nous trouverons en eux des auxiliaires dévoués, courageux et honnêtes qui protégeront cette voie contre les bandes de pillards qui écument le désert.

Chez les Imouchar, les hommes portent toujours un voUe qui leur couvre le visage jusqu'à la partie supérieure du nez ; une sorte de visière, formée par le turban, leur couvre le front et même quelquefois les yeux, au point qu'ils sont obligés de lever la tête pour y voir devant eux. Le voile est noir, ou plutôt bleu foncé pour les hommes murs, et blancs pour les enfants et les adolescents.

Cette mode, qui leur est imposée par leur genre dévie et afin d'entretenir, dans un pays où Pair est très-sec, une humidité suffisante dans les voies respiratoires, est tellement passée dans leurs mœurs, qu'ils ne se découvrent jamais le visage, même sous leur tente, devant leurs femmes et leurs enfants.

Leurs vêtements, fabriqués au Soudan, sont généralement de couleur sombre ; ils se composent d'un seroual (large culotte) et d'une ample blouse bleue, ou gandoura, serrée autour de la taille par une ceinture ; leurs chaussures consistent en de larges semelles

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