‹ Le SaharaChapitre 151 sur 194 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

devoir en débarrassant la terre de ces bandits ; mais Bou Saïd et plusieurs Hoggaren jurèrent alors une haine à mort aux Français ; ainsi, en allant du côté des Imonchar, Dournaux-Dupéré marchait fatalement à sa perte.

Peu après il retourna à Touggourt, où il décida Ahmed ben Zerma à Raccompagner; le négociant Joubert se joignit à eux dans un but de commerce. Ils prirent pour chamelier le soufi Nacer ben Eana, et pour guide le Châambi Mohammed bel Kheïr bou Rouzgui.

Les voyageurs partirent de Touggourt le 1^^ février 1874 ; ils passèrent à Temacin et à Tamellaht, où Si Mâammar leur fit des présents, et leur donna des lettres pour les chefs Azguer et Hoggaren.

Doùmaux-Dupéré remonta, pendant cinq jours, un bras de VIgharghar, jusqu'au lieu appelé Aïn d Quadra où se trouve le puits que^ sur les faux renseignements de son guide, il crut être Bit d Achiya où il voulait aller ; puis il prit, pour se rendre à Rhadamès, le chemin ordinaire des caravanes, qui est au nord des grandes dunes que j'ai traversées.

Passant par Bir Tôzeri, les voyageurs durent arriver à Rhadamès vers le 18 février ; ils reçurent, dans cette ville, la plus cordiale hospitalité du gouverneur qui, avec les membres de la Djemâaetles principaux d'entre les Rhadamesiens, les mit au courant de la situation du pays des Imouchar, et les engagea à différer leur départ jusqu'à ce que cette situation se fût améliorée. Mais Dournaux-Dupéré et Ahmed ben Zerma méprisèrent leurs conseils, en disant:

c — Que les Touareg se présentent à nous par troupes de quarante, et nous nous chargeons d'en débarrasser la terre. >

400 deuxiâuë partie.

Il en faillit moins de quarante pour leur donner un terrible démenti.

Bel Kassem ben Âbd-er-Kahmaa bel Arbi, vieillard de 70 ans et ancien guide de M. Henri Dnveyrier,

i — Je sois venu à mon tour pour dire aux Fran- ' çaie que la route de Kbât n'était pas libre et qu'il était dangereux de s'y engager ; mais Ahmed ben Zerma me traita de mendiant, et il m'offrit uu douru ponr la peine que j'avais prise: t Nous n'avons pa» t peur des Touareg, me dit- il ensuite ; s 'U a viennent, € nous les tuerons tous I ï

t Deux cheikhs Foggas, qui se trouvaient alors à Khadamès, joignirent leurs inittanceB aux uôtros ; iU allèrent trouver les voyagenra et leur affirmèrent que s'ils partaient, ils seraient tués avant le huitième jour. Ils reçurent cet avertissement avec le même dédain et; ils se moquèrent même des cheikhs Foggas.

< Ënlin, la Djemfia et le moSdir tentèrent un dernier eAtH,'mal»oefiitte«tilûMlit, Nacar baniJCina^ bu chamelier, les pria, les larmes aux'jenx, d'écoater U Djemàa et ils l'accusèrent de trahison. Nacer déclara qu'il ne partirait pas avec eux et ils le firent emprisonner.

< Les autorités exigèrent alors, de Donmsnx- Dnpéré, un écrit certifiant que l'on avait employé tout les moyens pour l'empêcher de partir et que les Bhadamesîens ne seraient pas responsables de ce qui pourrait lui arriver. Le oertifioat demanda fat aossitfit écrit et signé, et les voyagenrs partirent >

Ce qne m'a dit le vieillard Bel Kassem ben Abder-Eahman bel Arbi m'a été certifié conforme à la vérité par nombre de personnes respectables de cette ville. Ce qui sait a été de même sérieusement contrôlé :

OHAPITItB XI. 401

Les voyagetirs prirent pour guide un Foggas nommé Ahmed ben Temiadi, qui s'était engagé à les conduire jusqu'à Ehât; or, ce fut lui qui les vendit aux bandits commandés par Bou Saïd. i

Dournaux-Dupéré et ses compagnons partirent, nie dit-on, vers le milieu d'avril, se dirigeant vers Khât pour se rendre auprès d'El Hadj Khenoukhen, chef des Azguer. Ils marchèrent pendant six jours sans encombre; mais le septième jour, comme ils étaient assis en cercle dans le désert et qu'ils causaient, une troupe de cinq hommes se montra, se dirigeant vers eux. Le guide leur dit : c Ce sont des Foggas et des Châamba qui viennent vous visiter^ :» et ils les laissèrent approcher sans défiance.

Les arrivants étaient : les quatre Foggas, Mohammed ed Delmi; Ihma Boutout ben Idda; Mohammed Guidda ben Guebi, des Oulad Edim, d'Araouân; Sliman Nassamou Soussan, et le Châambi Bou Saïd.

Us saluèrent les Français et s'assirent de façon à ce que chacun d'eux se trouvât placé entre deux voyageurs.

Us causèrent un instant; puis, au moment qu'ils crurent le plus favorable, chacun des bandits se précipita sur son voisin et le poignarda.

Telle fut la fin du voyage de Dournaux-Dupéré : il périt, ainsi que ses compagnons, pour avoir méprisé de sages conseils et pour avoir trop compté sur ses propres forces ; en agissant ainsi, il a fait preuve d'un grand courage, mais il a privé son pays des services qu'il était à même de lui rendre. Pour que le courage porte de bons fruits, il faut qu'il soit allié à la prudence.

J'ai dit plus haut comment les voyageurs avaient été vengés.

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