‹ Le SaharaChapitre 160 sur 194 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

Après avoir expliqué brièvement le but de mon voyage, voici les demandes que je formulai par écrit :

€ 10 Voulez-vous faire du commerce avec les Français ?

< 20 Si je conduis ici des négociants, y seront*ils bien reçus ?

<ii 30 Leurs marchandises paieront-elles des droits d'entrée ?

€ 40 En payant, seront-ils logés dans la ville ?

« 50 Si les Rhadamesiens sont satisfaits de cet essai de commerce et si l'on établit des puits sur la route, viendront-ils, à leur tour, sur nos marchés de Touggourt ou d'El Oued?

< 60 Si des savants, médecins du. autres, viennent ici avec moi, les Bhadamesiens les verront-ils avec plaisir ? :»

Voici la réponse qui fut écrite par le Conseil à la suite de mes demandes :

4: Il a été lu six articles écrits en plume arabe et en plume française, remis par le SidNacer ben Lardjou, qui est venu du pays d'Alger de la part des négociants de la nation française, la protégée de Dieu^ pour ouvrir un débouché commercial avec le Soudan, et qui a choisi celle des trois routes qui lui fut indiquée par Si Mohammed ben el HadJ ben Driss, et par les chefs Tidjani Si Mohammed el Aïd et son frère Si Mâammar.

4: Réponse a été donnée par cette ville sur tout ce qu'il a proposé, et tout ce qui a été proposé par l'envoyé a été approuvé. Ces propositions ont été faites par devant le Medjelès et plusieurs négociants du pays. Il y a eu échange d'explications et tout ce qui a été dit a été compris par nous.

< Quant à l'envoyé, pendant tout le temps qu'il a

418 deuxiAmb pabtib.

séjourné parmi nous, nous n'avons va en Inî que da bien, et il n'a rien fait qui soit de nature à choquer nos mœurs ou notre religion.

< Pour ces motifs, nous lui avons fut délivrer cet écrit, de la part du Medjelès de Bhadamès qui relève de la province du Djebel-Nefouza, dépendant de Terablous (Tripoli), le 22 Moharrem, an 1292. »

Sceau du caïmacam :

€ Mohammed bou AYoha. »

Cet écrit ne me fut remis que le 4 mars, avant-véille de mon départ

Voyant mon but atteint du côté commercial et étant bien établie Fimpossibilité d'aller plus en avant, je fis tout pour accélérer mon départ. Du reste, la saison des chaleurs approchait à grands pas et je ne tenais nullement à ce qu'elle me surprît dans les dunes, parce qu'alors je me serais vu dans la nécessité de voyager la nuit et je n'avais point de tente pour me garantir, pendant le jour, des ardeurs du soleil.

Le 2 mars, Bel Kacem m'amena un de ses compatriotes, le nommé Aoun ben Menasser,^ homme d'une quarantaine d'années, qui était, me dit-il, fort indécis sur le parti qu'il devait prendre. Aoun se plaignait de ce qu'un voyageur français l'avait fait mettre en prison, à El Oued, parce qu'il n'avait pas voulu le guider de jour dans les dunes, pendant la saison des chaleurs.

Je fis cesser Tindécision du bonhomme en lui offrant d'abord une tasse de café et en lui glissant dans la main trois pièces de rial bou khamsa. Il s'écria alors en riant :

^ Le même qui, en compagnie de Si Saïd ben Driss, avait tué le frère du bandit Bou Saïd.

Page 1