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CHAPITRE XII

Dans la matinée du vendredi, je reçHs moi-même quantité de présents qui m'étaient envoyéjg par les membres du Medjelès. ' .

Du gouverneur je reçus une peau de tigre, des armes et des ustensiles en usage cliez les Touareg, ainsi que différents objets fabriqués au Soudan.

Si El Hadj Attiya m'envoya des tapis Fabriqués à Tinbouktou^ des chaussures fabriquées à Rhadamès, des plumes d'autruche et d'autres objets de curiosité ; mais un présent qui me fut surtout agréable, ce fut une mesure de couscoussi (£ue l'on m'apporta de sa part dans l'après-midi; il était très-difficile de s'en procurer à Bhadamès.

Après souper, le gouverneur entra dans ma chambre suivi de deux serviteurs chargés de farine, de petits pains sans levain, de dattes, d'œufs, de viande sèche et de quatre poules. J'avais déjà fait acheter un mouton au marché, et avec le supplément que l'on m'apportait, je ne craignais plus de manquer de rien en route.

Ali m'avait encore acheté une forte provision d'excellent moka, du sucre et des bougies de France, à 3 francs la livre.

Le gouverneur me remit ensuite des lettres de lui et de la Djemâa pour l'agha de Touggourt, ainsi que pour les marabouts Tidjani (voir lettres n^^ 12 et 13 de l'annexe), et plusieurs négociants me chargèrent de commissions pour El Oued.

Je me couchai très- tard ce soir-là, car je reçus des visites jusqu'à une heure assez avancée de la nuit.

CHAPITKE XIII.

VlBiie d'nn vteUIttF^. SuBa-gêrç (îe Bel Kacem. Les a<Ileui. La

caravane. Le Tldllard Nacfr beu RboU^o. Zemelet ei Bibu Ham. Oaed Kiaoad el FelLour. Kiemad es Celeba. Le gbourd el Haonamed. Les tombes. Le cainp des Scorpions. La Mliad dea Rebïia. Un champ de batiiUle. Uue tniara. Çahan Tangoer. Le almoum. Mekaeni el AaseL Triste réveil. Une chasse ani cbameani. Caban cl Aharch. Disette d'ean. Une muclie forcée. Arrivée h Blr ed DJedid.

Quoique mes cliameliers m'eusseut tbrmellemQiit promis d'être prêts à charg^er au lever de l'aurore, je connaîssais trop bien mes hommes pour compter sur leur exactitude ; mais j'étais loin de supposer que je no pourrais (Quitter Eliadamèa qu'à 2 L, 15 du l'aprèemidi. C'est pourtant ce qui arriva.

VeTB huit heures du matin, comme j 'attendus dans ma chambre, assis sur mes caisses, je reçus la visite d'nn grand vieillard k longue barbe blanche qni marchait en a'appuyant snr an bftton. Sans attendre qu'il eût achevé ses salutations, je le fis asseoir snr nne natte, et, m' étant assis en face de Ini, j'attendis qn'il m'expoB&t les motifs de sa visite. H s'exprima en ces termes :

f — 0 Sidi 1 Dieu nons aime encore puisqu'il t'a conduit vers nous ,' mais moi je suis bien malheureux, car j'ai dâ rester conché pendant dix-sept joors et ce

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n^est qne ce matin, lorsque je me suis levé pour la première fois, que j'ai appris ta présence dans le pays. Dieu soit loué ! il m'a permis d'arriver à temps pour te voir et pour te parler. >

Je demandai à ce bon vieillard de quelle maladie il était atteint.

Il me répondit qu'il était atteint d'une maladie de vessie qui le faisait horriblement souffrir et que^ si je voulais lui donner un remède, il ne cesserait de prier Dieu pour moi et pour les miens.

Je fus obligé de lui dire que, n'ayant apporté avec moi qu'une faible quantité de médicaments et ayant eu un grand nombre de malades à soigner, il ne me restait rien pour le soulager. Cependant, après un moment de réflexion, je lui demandai s'il mangeait des oignons.

« — Assez souvent, me répondit-il, et lorsque j'en mange je me sens soulagé;

« — Eh bien, lui dis-je, il te faut en manger tous les jours, le matin surtout; chaque soir tu en écraseras un tout entier que tu étendras sur un linge, puis tu te l'appliqueras sur le ventre jusqu'au lendemain matin. > Je lui enseignai en même temps la façon de préparer une tisane rafraîchissante qu'il devait prendre trois fois par jour. « Cela ne te guérira pas radicalement, ajoutaî-je, mais tu en ressentiras un grand soulagement. L'hiver prochain, s'il plaît à Dieu, je t'apporterai un remède plus énergique.

« — Âh I je savais bien, s'écria-t-il, qu'en venant te voir il en résulterait du bien pour moi. Mais moi aussi, je veux te rendre un service. Je vais te préparer un heurtz (talisman) qui te préservera de tous les accidents pendant ton voyage et qui te permettra de revenir ici avec la santé. J'ai déjà chez moi une partie de ce qu'il me faut et vais courir acheter le reste. »

Je ne aaia ri C0 boft yiefllftrd ttojLYi^ <!• q«i I«i Hi«aqniâty maîB il loi faUat bien dn Mnpe pour prtfiiiV son fteiirte, car je ne le reris plita:

Un senritenr du ceïmacam, qui était ^ntsé pendent qne je pariaÎB avec le vièmAid» m'ezpliqiui.qmi pour , préparer le susdit talisman, on commençait d^aîwrd par éloigner les mauvais esprits en jetant| sur des charbons ardents, de Peneens, dn muae et des plantes aromatiques qui répandaient une épaisse fiunée ; puis on exposait à cette ftioié^ un morceau de papier bïiyic . sur lequel les bons esprits venaient écrire.

Cependant, mes chameliers n'arrivaient pas. Je savais que le caïmacam avait mis tout le rhaaou sur pied pour m'accompagner jusqu'aux grandes dunes et j'étais désolé de faire attendre tout ce monde. J'envoyai Ali à la recherche de mes hommes ; il re* vint vers 11 h. avec Messaoud et Aoun ; mais Bel Kacem attendait, me dirent-ils, le paiement d'nne somme qui lui était due.

Le caïmacam avait sans doute prévu le cas, car il nous fit servir, vers 11 h. 30, un excellent déjeuner.

Messaoud partît ensuite de nouveau à la recherch e de Bel Kacem. Je les vis enfin paraître à 1 h. 45^ précédés de mes trois chameaux. Cependant Bel Kacem me dit qu'il n^avait pas encore terminé ses affaires, mais que nous pouvions partir sans lui : il nous rejoindrait vers le soir.

On commença donc à charger et, à 2 h. 16, nous franchîmes Tenceinte de la ville.

Le caïmacam, le bach-agha, Si El Hadj Attiya et plusieurs membres de la djemâa, tous vêtus de leurs plus beaux habits, richement armés et montés sur des chevaux luxueusement harnachés, m'attendaient à la porte avec 50 cavaliers du rhazou. La

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foule des Bhadamesiens^ réunie sur la colline de grès, faisait parler la poudre pour saluer mon départ.

Il avait été convenu avec Bel Kacem qu'au lieu de traverser la sebkhat el Melah, nous prendrions une route un peu plus au nord, afin de passer près des ruines de Tekout; mais les cliameliers qui étaient avec moi m'ayant dit que plusieurs de leurs amis les attendaient, avec leurs autres chameaux et leurs effets, à Foasis de Zaouïa, je dus me résoudre à passer par là.

Il était 2 h. 50 lorsque nous arrivâmes à la Zaouïa ; mais il nous fallut attendre une heure encore, afin de donner aux autres le temps d'abreuver leurs chameaux * et de les charger. En présence de ce nouveau retard et à cause de Pheure avancée, je priai mes amis de ne pas m'accompagner plus loin.

Enfin à 3 h. 50, jayant dit adieu au brave gouverneur et à tous ceux qui étaient venus m'accompagner, je me mis définitivement en marche. J'avoue que ce ne fut pas sans émotion que je m'éloignai de Si Mohammed bou Aïcha, avec qui j'étais demeuré pendant vingt jours au sein de la plus large et de la plus cordiale hospitalité.

Nous ne pouvions aller bien loin ce jour-là ; aussi, après avoir traversé la sombre sebkhat el Melah et avoir franchi la veine de droite du ghourd Menfrouda, nous nous arrêtâmes, à ô h. 20, dans une partie sablonneuse de la plaine de grès qui sépare les grandes dunes de Rhadamès.

Notre caravane se composait de neuf personnes : moi et mon serviteur Ali ,* mes trois chameliers : Bel Kacem ben Bachir, Aoun ben Menasser et Messaoud ben el Bahadi ; un jeune homme d'une vingtaine d'années appelé Bel Kacem ben Amar ; une espèce de

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culosee d'une quatantaiue d'anaées appelé El FeheB; ben Mohammed ; un nègre du nom de Belel, serviteur deMessaoud, et un vénérable vieillard, appelé Nacer beu Rhotaya, ^ui, dèa qu'il m'aperçut, me salua du titre de Bultan, en me disant que lui et ceux qui l'accompagnaient étaient k mon service et qu'avec l'aide de Dieu ils me feraient taire un bon yaynge. Ces geu£, touH chasseurs de profession, s'en retournaient dans le Souf, leur paya, après avoir vendu à. Shadanès les produits de leurs chasBes. Ils avaient acheté, outre nombre d'objets tels que i'usils, poudre, sabres, etc., pour leurs besoins personnels, une demi- douzaine de petits ânes destinés k êti'e revendus dans leur paye, où on les emploie à retirer te sable que les vents transportent dans les jardins. Us avaient, on outre, onze chameaux dont quatre jeunes non chargés. Quatre de ces chameaux portaient des outres pleines d'eau, ce qui m'avait dispensé de faire remplir mes barils, h la grande satisfaction, du reste, de mes chameliers qui, par expérience, considéraient les barils comme le moyen le plus détestable que l'on pût employer pour le transport de l'eau.

-Oomme le souper cuisait, le vieillard Nacer ben Rhotaya vint s'asseoir A câté de. moi pour me demander si je ne connaissaiB pas un Françtûa du nom de S&ad? Lui ayant répondu que je ne coimftisBaiii aucun Français de ce Dom, il m'expliqua que le S&ad dont il me parlait avait fait le tttyet d'El Oued i. Bhadamès en compagnie du cheikh JSl Hadj Othman, du Hoggar, qui revenait de faire nn voyage à Alger; qu'il avait été leur guide et leur chamelier, et que Sâad voulait absolument voyager de jour, quoique ce fût dans la saison des chaleurs, mais que lui avait persisté à le faire marcher la nuit, parce qu'il aurait

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craint de le voir mourir d'insolation au milieu des dunes.

En suite de ces explications, je n'eus pas de peine à reconnaître, dans la personne de l'intrépide Sâàd, le savant voyageur, M. Henri Duveyrier, actuellement secrétaire général de la Société de géographie. Ayant dit au vieux Nacer que je le connaissais trèsbien et que j'avais même une lettre de lui dans ma djebira (sacoche), il m'accabla de questions sur sa santé, sur ses projets, sur son lieu de résidence, etc., questions auxquelles je répondis de mon mieux.

Ce vieillard avait fait une chute de chameau qui lui avait laissé une très-forte douleur au cou ; il me demanda si je n'avais point quelque remède pour le guérir. Je lui répondis qu'avant de quitter Rhadamés j'avais donné au caïmacam le peu de remèdes qui me restaient, et cela était vrai ; mais je lui ordonnai de sç faire frictionner matin et soir avec de l'huile chauffée, et d'en conserver une compresse pour le restant de la journée.

Je m'aperçus ensuite que les gens de la caravane, et particulièrement le grand El Fehem, avaient pour ce vieillard toutes les attentions possibles. Ainsi, on lui allumait un feu à part ; on mettait de côté, pour lui, les meilleurs morceaux de gazelle ; on le frictionnait régulièrement matin et soir; on l'aidait pour monter et descendre de chameau, etc. De mon côté, j'ordonnai à Ali de lui servir du café matin et soir, et il m'arriva souvent, lorsque les nuits menaçaient d'être fraîches, de lui verser de l'alcool de menthe dans son café, ce qui me valut, de la part de mes compagnons, les Rebaïa, nombre de petites complaisances.

Je sus en route, par l'intermédiaire d'Ali qui se

trouvait tout à son aïse au milieu de ses compatriotes, que Nauer avait perdu sa femrae et ses deux fils et que maintenant il se trouvait sans famille dans un âge très-avaucé. iSi ce vieillard, me dit-il, était obligé de demeurer inactif dans un village ou daoa une tonte, il mourrait bieu vite ; uiaîs les chasseurs &e secourent toujours entre eux ; ils emmènent le vieni Nacor avec eux dans les dunes, où il fait ce qui lui plaît; k la fin do la saisOn, ils le conduisent à Rbadamés, où ou lui remet sa part absolumeiit comme s'il avait chassé. »

Vraiment, ue serait-il pas bon que notre société s'inspirât un pou de la barbarie de ces geus-lÀ ?

Nous Boupâmea assez tard, espérant toujours voir arriver Bel Kacem ben fiachir. Vers 10 benres, voyant qu'il était inutile de l'attendre plus longtemps, nous prîmes nos dispositions pour passer la nuit aussi commodément que possible.

Le dimanche 7, comme nous étions debout au lover de l'aurore, Bel Kacem nous arriva tout joyeux. J'aratB bien préparé une semoucâ & son adresse, mais, en le voyant si allègre, je pris le parti de ne

Noue prîmes donc le café et noua partîmes à 6 li. 15, marchant vers le nord de la boussole, pour aller entrer dans les dunes & 8 h. 45, an lien appelé Zemetet el Baba Sam,

A 9 h. 30, nons traversâmes, pendant une demjhenre, nne petite vallée appelée fiomaïst AR be» Amar, c'est-à-dire la Difenae d'AU ben Amar. Les bords de cette vallée, reconverts par les dunes, sont formés de couches de grès blanc horizontales, taillées en gradins.

A midi, nous aperçâmes, à nne certaine distance

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