‹ Le SaharaChapitre 61 sur 194 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la dépression, nous ne tardâmes pas à nous endormir

^u plus profond sommeil. ^

Le lendemain matin, jeudi 28 janvier, nous étions

debout à 4 h. 45. Nous avions été réveillés par le froid,

4îar il soufflait une petite brise du nord peu agréable pour l'heure, et le thermomètre était descendu au

dessous de zéro.

Nous résolûmes donc de nous mettre en marche

tsans tarder; mais, à notre grande surprise, nos chameaux avaient disparu. L'étonnement de Rabah fut

tel que, pendant plus de dix minutes, il ne put arti- <5uler une seule parole; enfin, il se décida à envoyer Ahmed à la recherche des animaux, et il profita de ce contre-temps pour faire sa prière et pour adresser à JSidl Abd'd'Kader ed JDjïlani ^ force invocations, le priant surtout de continuer à nous envoyer du froid^ ^fin que nous ne périssions pas de soif dans les ^andes dunes. Quant à moi, consultant à tout instant mon thermomètre, je remarquai que la plus grande •dépression se produisit à 4 h. 56 ; elle fat d'un demi- <legré au-dessous de zéro.^

A 5 h. ^/2, Ahmed revint bredouille; Rabah parut consterné. J'avoue que je commençai à me demander -à quoi il serait bien possible d'attribuer cette absence. Kabah, sans mot dire, prit son fusil et se disposa à partir à son tour; mais je l'arrêtai court en lui montrant le café qu'Ali venait de servir. Pendant qu'il était accroupi, humant avec amour le contenu de sa

^ Sidi Ah d-el-Kader ed Djilani, patron de Baghdad, est aussi le patron des voyageurs, des mendiants, des voleurs et des assassins, qui l'invoquent également. Les Arabes illettrés du Sahara l'appellent ed Djellalif le faisant ainsi sortir de la tribu des Oulad Djellal, près de Biskra.

* Je n'avais pas de thermomètre a minima.

tasse, j'aperçus à l'horizon^ du côté du sud^ comme plusieurs monticules mobiles qui grossissaient à vue d'oeil; je les montrai à mon guide qui poussa un soupir de soulagement: c'étaient nos chameaux qui, étant allés chercher au loin une nourriture plus abondante que celle de la plaine qui nous entourait, revenaient d'eux-mêmes recevoir leurs charges.

Nous partîmes donc à 6 h. 45 pour marcher droit au sud, laissant à droite, allant vers le sud-ouest , la traverse de Touggourt à Ouargla que nous avions,^ paraît-il^ suivie jusqu'alors. Il ne faut cependant pas juger de cette traverse sur celles que l'on suit, en Europe, pour éviter les sinuosités des grandes routes : depuis Bdet Amer toute trace de chemin avait disparu, et la fameuse route de Biskra à Touggourt n'est ellemême qu'un sentier^ ou plutôt une piste de chameaux marquée sur l'argile.

Nous marchâmes toute la matinée à travers une grande plaine parfaitement unie, toute couverte de graviers à travers lesquels végètent quelques maigres arbustes.

A 9 h. 30, nous déjeunâmes à la hâte d'une galette cuite la veille sous la cendre, d'œufs durs et de dattes ; nous repartîmes à 9 h. 55, laissant à gauche une colline isolée que l'on appelle Koudiat er Remada,

A partir de là nous marchâmes avec une telle hésitation au milieu de cette plame nue, mon guide s'arrêtait si souvent pour interroger tous les points de l'horizon, que je finis par en conclure qu'il avait perdu la route qui devait nous conduire au puits.

A midi et demi, nous sortîmes des graviers pour entrer dans une plaine argileuse toute couverte de beaux pâturages de sfâr, que broutaient avec avidité de nombreux troupeaux répandus dans toutes les

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