‹ Le SaharaChapitre 62 sur 194 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

directions. A droite et dissimulée par nn pli de terrain, nous aperçûmes une nezla que mon guide reconnut pour appartenir à la tribu des Benï Cour. Il s'y reconnut alors et m'avoua que nous avions laissé^ à une heure vers Pouest, le puits de Bir Çàhan^ où nous devions compléter notre provision d'eau. Ayant détaché une peau de bouc vide, il se dirigea vers la nezla avec Tintention de la faire remplir. Nous suspendîmes donc notre marche pour attendre son retour, -et de l'endroit où nous nous trouvions, nous vîmes •avec plaisir, arrivant à la nezla en même temps que le guide, deux chameaux chargés d'outrés que les Béni Cour venaient de remplir au puits que nous avions manqué; puis un homme ayant détaché une •de ces outres, il la vida dans celle que portait Rabah.

Quelques instants après nous reprîmes notre marche •à travers la même végétation, mais en obliquant un peu vers le sud -est. A 3 h. 25, nous coupâmes, presqu'à angle droit, la route ou plutôt la direction que suivent les caravanes qui vont d'El Oued Souf à Ouargla, et à 3 h. 40 nous établîmes notre bivouac à une faible distance d'une chaîne de collines ayant absolument le même aspect que celles que nous avions traversées la veille, et que l'on me dit s'appeler Koudïat el Archem. ^

L'eau corrompue d'Ain Çahan m'avait quelque peu dérangé, et je ressentais, en outre, une assez forte douleur dans les reins. Je me mis donc à me confectionner un lit avec les grandes herbes sèches au milieu desquelles nous étions campés; j'y étendis ma couverture pliée en quatre et j'obtins ainsi une couche d'une grande élasticité que je n'aurais pas échangée contre le meilleur matelas de laine.

Ayant dégusté l'eau que mon guide était allé cher-

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cher à la nezla, je m'aperçus avec regret que, loin d'être meilleure que celle à^Ain Çàtian, comme il me- Favait dit, elle était au contraire toute saturée de magnésie et par conséquent très-purgative ; elle communiqua au café son détestable goût. Voulant, autant que possible, en pallier les mauvais effets, je fis pré> parer, par Ali, un bon plat de tapioca au beurre que nous mangeâmes avant le couscoussi; on fit cuire aussi la dernière des poules que je devais à la munificence de Si Mâmmar. Ali ayant ensuite servi le café, je lui dis de me passer en cachette une petite bouteille d'excellent Cognac que je conservais soigneusement dissimulée au fond d'un chouarï^ parmi les bouteilles d'huile; l'obscurité était alors assez profonde et mon guide avait le dos tourné ; j'en mêlai donc une bonne goutte à mon café, puis j'en offris à Ali qui en accepta sans vergogne, tout musulman qu'il fût. Je me serais bien gardé de faire la même offre à Eabah, musulman fervent dont les lèvres vierges n'avaient jamais été souillées par le contact impur de la liqueur maudite des chrétiens. Maudite ou non, j'en ressentis les plus salutaires effets, et je ne tardai pas à m'endormir du plus profond sommeil.

Je crois que l'usage journalier du vin et de l'eaude-vie est très-pernicieux dans les pays chauds où, pour se bien porfer, il est urgent d'adopter le costume et, autant que possible, le genre de vie des indigènes; mais l'expérience m'a appris aussi que l'eau-de-vie et surtout V alcool de menthe de Ricqles^ pris le soir dans du café ou du thé, outre qu'ils conjurent les effets débilitants de Peau magnésienne que l'on est obligé de boire dans le Sahara, aident puissamment à supporter le brusque passage de la chaleur du jour à la fraîcheur souvent très-pénétrante des nuits. La char-

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