FIER-VIL
Mon cher , je ne saurais qu’y faire ;
Mais dans une heure , voyez-vous ,
Je la jette à bas , /
Comme un vrai galetas ,
DoTit vous ne pouvez pas Faire au fond grand cas.
( Il prend à part le procureur. ) Même air.
Serait-ce là votre bicoque ?
Comment bicoque ! ^
Assurément.
Que ce mot vous plaise ou vous choque ,
Je vous le dis confidemment ;
Je la jette à bas , etc.
( Il prend à part le Chanoine. ) ^ Même air.
Pour vous , c’est là votre masure ?
LE CHANOINE-, avec componction.
Cet humble toit me sied , me plaît.
FIER-VIL, sur le même ton.
C’est bien malgré moi , je vous jure ,
Que pour le public intérêt
Je la jette à bas , etc.
Même air.
( Il prend à. part le militaire. } £st-ce là votre maisonnette l
DELABRECHE, d'un ton fier.
Parlez~en mieux : Henri , vraiment ,
A mon ayeul , "pour sa retraite ,
En fit présent , '
L*an mil six cent.
F I E R - V I L , parlant.
L’an mil six/cent ! oh ! parbleu 1 mionsieur..<7 Je la jette à bas , etc.
( Il va pour sortir. }
Les Vieux.
A I R : Ne m' entende'p-vcus pas.
Rendez-nous compte,...
^ î E R - V 1 L , fatigué de leur sollicitation.
Hélas I
Vous devez bien m’entendre.
Quel compte ai-je à vous rendre l Monseigneur en ce cas Lui-même n’en rend pas.
( îl sort en emportant son jalon, )
LES yiEILLAPiDS après un moment de stupéfaction , parcourent la scène avec fureur.
Air : D’un tambourin de Rameau.
Quoi , morbleu ! nous' traiter ainsi,
Nous traiter ainsi ,
Mon ami !
Je sens bouillonner , oui ,
Bouillonner lè sang dans mes veines.'
(Us s'arrêtent tout-à-coup.')
II faut rendre , et dès aujourd’hui ;
Ses menaces vaines.
DELABRECHE.
C’est un fripon.
Les trois autres.
Oui.
DELABRECHE,
Un coquin , oui ;
Mais gare à lui. 1
Un long procès..,.
Les trois autres.
Oui , mon ami.
Cent coups de gaule.,..
Les trois autres.
Oui , mon ami. , ^
LE CHANOINE
Un bon sermon....
Les trois autres.
Oui , mon ami,
DELABRECHE.
La pointe au corps....
Les trois autres.
( Oui , mon ami. ( Trois fois )
Ils tombent dans leurs fauteuils.')
Les précédens , L E S AMOUREUX.’ AïK: Nouveau.
A-H • dans quel état je vous voi 1 Quelle pâleur soudaine ,
Calmez-vous, et sachons pourquoi Vous respirez à peine?
DELABRECHE , se levant brusquement.
Qui l’eût pu prévoir ,
Qu’un commis à face inconnue ,
Fier de son pouvoir ,
Nous vexerait sans retenue !
G R I P O N ; aux Amoureux,
Si le ptojet noir De ce coquin là s’effectue ,
Vous et nous , ce soir ,
Il nous faut coucher dans, la rue.
HORTENCE et ROSETTE.,
Ah ! mon père , c’est s’offenser ,
I Ah ! mon oncle , c’est s’offenser ,
D’un projet impossible,
BASILE et LUCAS, montrant leurs maîtresses..
Il faudrait pour les y forcer Etre bien insensible.
Les quatre Vieux , avec colère.
Quand on vous dit Qu’à bon droit on s’afflige ;
Qu’un agent maudit ,
Que l’Intendant dirige.
Sans nul répit , ,
Et comme par vertige ,
A fuir notre réduit Nous oblige.
BASILE et LUCAS , faisant comme s’ils comptaient de l'argent. Mais il se peut que l’on transige,...
HORTENCE et ROSETTE.
Un placet Fait
! Par fois autant d’effet.
Les Vieux. /
OIi ! c’est trop cher quand on transige.
I Un pkcet
Toujours méilleur eJ^et.
LECHANOINE.
La douceur, la douceur me plaît.
J’adopte son précepte.
MATHÜRIN, faisant le geste de la bastonnade. Nous voulions le.... mais un pUcet.,..
Tous,
Plus volontiers s’accepte.
DELABRECHE.
Air : Nouveau , des BilLts doux.
Fort bien ; mais qui le dictera ? '
LE CHANOINE
Fort bien j mais qui le portera ?
Voudra-t-il bien le lire ?
M A T ri U R I N.
Eb ! messieurs , de ces choses là ,
Pourquoi vous occuper déjà l Commencez par récrire.
Tous.
Commençons par l’écrire. ^
DELABRECHE.
A I R : J'ai du bon tabac.
J’ai de bons canifs, j’ai de bonnes plumes,
J’ai du papier blanc,...
Mais le peignait tremblant.
LE CHANOINE, montrant son bréviaire.
Moi , j’ai les yeux un peu délicats.
J’ai tant lu....
LUCAS, à part. <
. Ce qui ne se dit pas.
J’ai de la bonne encre , et propre à nos coutumes; Mais, les doigts perclus, <
Me sont restés crochus.
LUCAS
A I R î De la contre-^danse des plaisirs de Channau ' Ah 1 si dans l’art de récriture ,
J’étais aujourd'hui plus savant ,
Ce ne serait pas, je vous jure,
Pour gagner monsieur l’Intendant,
( à part , CL Hortence. )
Le joli placet Que mon cœur t’ofFriraît !
En deux mots , il tiendrait :
Maimei~vous ? sulîirait. . '
HORTENCE.
Ah I j’y répondrais tout de suite.
Les parens.
Ah 1 laissez donc là vos amours.
B A S TL E , qui a été chercher tout ce qu’il faut pour écrire.
Je suis tout prêt : dictez vite.
Qu’est-ce à dire ? écris toujours.
BASILE
C’est mon oncle ici que j’invite A nous prêter un prompt secours. '
LE CHANOINE, dictant.
Mets : à monseigneur , monseigneur....
DELABRECHE, vivement.
Monseigneur ! ..
Quelle horreur J Monseigrupur 1 Non, d’honneur,
J’ai du cœur.
LECHA N OIN E.
Flattons , croyez moi , l’homme en place.
DELABRECHE et GRIPON.
Non , c’est avilir tous nos droits.
BASILE
Comrnent faut-il que'' je fasse ?
Vous criez tous à la fois.
M A T H U^R I N , s’emparant du papier.
Tiens , ddehire ta paperasse.
Le voir est plus sûr. ’
LE CHANOINE
Je le croisi . ;
- Tou5 les Quatre,
Oui , quand ce n’est point une grâce ,
11 faus plaider de vive voix.
BASILE, à Ÿ({rt.
A I Px. : 1/ est minuit , séparons-nous.
Offrons leur , mes bonnes' amies ,
D’aller tous les quatre , pour eux.
Chez l’Intendant porter nos vœux; * lis sont si vieux ,
V ous , si jolies ,
Vous plaiderez mieux d
Notre cause à tous , avec vos yeux. (H*s.)
H O R T E N C E et ROSETTE, A I R : Nouveau , de M. LaMBERTI.
• Oui , restez ,
Permettez Que l’on vous évite Un tra'ét ...
Tous les quatre,
"Qu’à rrg,et,
Toff ours , à votre âgs on fait.
Les Lieillans. >■
Les frir P -ns !
Nous voyons ^
Quel sein v jus “a^ite ;
Ces messieurs Sont pour eux.
Plus que pour vous généreux.
(Aux jeunes gens.')
Non , restez.
Lts Amoureux.
. Permettez , etc.
GRIPON et DELAERECHE , eux deux autres Vieillards, Devons-nous,
J Croyez -vous ,
, Approuver la chose ^
ROSETTE et HO RT E N C É.
Quel besoin , , ’
Que si loin , ^ .
s’expose ?
M A T H U R 1 N et L E H A N O I N E.
Nos enfans.
. Les deux autres.
Sont pressans.
Les premiers.
Et nos ans....
Les deux autres.
Sont pesans....
Les premier^
Consent ns.
Les deux autres.
Oui, cédons.
Tous les quatre , aux Amoureux.
Nous restons. /
Les Amoureux , vivement.
Nous partons.
( Ils font uni fausse sortie et se trouver t tous les quatre en face des Vielîards^
Chers parens ,
Vos enfans ' !
Auront gain de cause;
Jls vont tous ,
( tp )
Cest bien doux ,
Se mettre en avant pour vous.
Chœur de Ÿiîîageois , qu'on apperçoit dans le loinîain, Air : Du berger , dans Nina,
Ah ! dans ces iieux ,
Courons parer îa fontaine Du bienheureux Qui , des deux,
Voit et protège nos feux..,.
Tous bien amoureux ,
OfFrons-Iui nos vœux ,
Deux à deux.
• . Les Vieillards y hors U Chanoine,
Quoi! qu’est-ce encori
, , Ceux
Que îa fêt-e^ du jour amène. ■ DELABRECHE et G R I P O N.
Autre gêne J
Tous les quatre,
■■V Rentrons.
Sur nos fronts
• Aisément ils liraient notre peine.
Us rentrent .che^ eux j en emportant leurs fauteuils.