‹ Le Saint-Graal; ou, Le Joseph d'Arimathie; première branche des romans de la Table rondeChapitre 21 sur 24 · LE ROMAN EN VERS · texte numérisé non relu

LE ROMAN EN VERS

DU

Ml. no 20047 de la Bibliothèque nationale; fondi St-Germaln, no 1987.

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S ORSQUE M. Francisque Michel publia ce poëme en 1841, il ne savait à qui en attribuer la composition : on trouve, en effet, cette phrase dans sa préface si judicieuse, mais si discrète : « C'est dire que nous ignorons complètement le nom du trouvère qui a mis en rimes le roman du Saint-Graal, et que le fragment qui nous en reste ne nous donne aucun moyen de le connaître. »

« Je crois avoir dit que le manuscrit de la Bibliothèque royale où se trouve ce morceau est unique : quant aux manuscrits du roman en prose, ils ne sont pas bien rares, rétablissement dont nous

venons de parler en possède plusieurs sous les N« 6769, etc., etc. »

On sait que M. Francisque Michel veut parler dans ce dernier passage des Mss. du Grand Saint-Groal de Gautier Map et nullement des Mss, Cangé, Didot, Huth, et de l'Arsenal, dont l'existence n'a été révélée que postérieurement.

Mais eût-il connu ces manuscrits, je doute qu'il eût modifié ses conclusions. Pour lui, comme pour nous, le roman envers, tel que nous le possédons, est l'œuvre d'un inconnu qui a rimé, à la fin du xiii« siècle ou au commencement du xiv, un roman en prose existant depuis longtemps, qu'on est fondé à attribuer à Robert de Borron et qui est représenté, non par les Mss. 6769, etc., mais par les rares spécimens connus sous les noms précités de leurs propriétaires anciens ou actuels.

Toutefois, est-ce à dire que Robert de Borron n'ait pas rimé, de 1160 à 1180, un poème du genre de celui que nous possédons? Aujourd'hui que quelque lumière s'est faite sur le caractère de Robert de Borron, que nous le voyons si désintéressé et si pieux, que nous connaissons sa grande modestie, que nous le voyons entreprendre des voyages lointains, se mettre à la solde du frère du sire de Montbéliard, ce qui n'impliquait, du reste, nullement une déchéance *, et ensuite, ou avant, entretenir des rapports avec Gautier Map *, archidiacre d'Oxford et

< Joi avilie, à court d'argent, ne s*est-il pas mis à la solde de saint Louis ?

* L'auteur de la biographie de Gautier Map dans la NoilveUe biographie générale^ publiée en 1857, sous la direction

chapelain de Henri II, probablement par Tentremise des sires des Barres, alliés aux Leycester; sa personnalité se dessine plus nettement et se rapproche davantage de celle du trouvère. On se préoccupe moins du titre de chevalier que la postérité lui a décerné, peut-être un peu gratuitement, et que Hélie de Borron, son parent, semble lui avoir donné dans rivresse de ses succès littéraires et sans doute pour rehausser sa propre personnalité. On ne voit plus en lui qu'un de ces trouvères de noble maison comme Wolfram d'Eschenbach , plus rêveur que guerroyeur, un de ces poètes populaires mais profondément chrétiens, comme ces époques de foi en ont tant produit. Rien n'empêche dès lors d'admettre que Robert de Borron a pu rimer le Saint- Graal; mais nous ne possédons pas son œuvre, il faut nous y résigner.

Le poëme que nous offre le Ms. N<» 20047, fonds Saint-Germain, N*> 1987, est, comme nous Pavons vu, contemporain du Ms. D., c'est-à-dire de la fin du

du D' Hoëfer, a relevé un fait fort important pour le sujet qui nous occupe. « Il fut chargé (Gautier Map) d'une mission auprès du roi de France, Louis le Jeune, qui l'accueillit avec faveur. » Il est assez naturel de penser que Gautier Map. admis \k la cour, vint à Fontainebleau et y rencontra Robert de Borron, dont les vastes possessions côtoyaient la forêt royale et qui devait, dès ce moment, jouer un rôle à la cour; le bienfaiteur insigne do l'abbaye do Barbeaux ne pouvait être indifférent au roi Louis qui avait fondé cette abbaye. La première entrevue de ces deux romanciers célèbres, a donc dû avoir lieu à cette époque et ainsi se trouverait expliqué un rapprochement qui, jusqu'ici, semblait extraordinaire.

xiii« siècle ou des premières années du xiv«. Tel qu'il est, il n'en est pas moins fort précieux, puisqu'il est unique et que son identité de forme et de facture avec les romans en prose C, D., H. et de l'A., en fait comme une variante importante d'un thème unique, qui est Tœuvre incontestable de Robert de Borron.

Nous allons en donner un passage remarquable parla similitudedes expressions qui se retrouvent absolument les mêmes dans les romansenprose ; iln'est pas douteux que ce poème, plus moderne de diction, n'ait été rimé sur ces derniers qui, dès lors, reproduisent mieux la facture de l'original .

Voirs est que Jhésus-^^riz ala

Par terre; et si le baptisa

Et ou fluQ Jourdein le lava

Sains Jehans, qu'il li commanda

Et dist : a Cil qui en moi creirunt

En eve se baptiserunt

Ou non dou Père et dou Fil Crist

Et ensemble dou Saint-Esprist,

Que par ice serunt sauvé,

Dou povoir TA ne mi gité, i

Tant que il s'i remeterunt i

Par les péchiez que il ferunt. » I

A Sainte Eglise ha Diex donné '

Tel vertu et tel poesté.

Saint Pierre son commandement

Redona tout comunalement

As menistres de Sainte Eglise,

Seur eus en ha la cure mise :

Ainsi fu luxure lavée

D'omme, de femme, et espurée ;

LE SÂIMT GRAAL. 371

Et li Déables sa vertu Perdi, que tant avoit eu ....

Meis de tout son povoir issirent Dusqu'à tant que il s'i remirent; Et nostres sires qui savoit Que fragilitez d'omme estoit Trop mauveise et trop périlleuse Et & péchié trop enclineuse (Car il convenroit qu'il péchast) Vout que sainz Pierres commandast De baptesme une autre menniôre :

Que tantes foiz venist arrière A confesse, quant pécheroit Li bons, quant se repentiroit Et vouroit son péchié guerpir Et les commandemenz tenir De sainte Eglise ; ainsi pourroit Grâce à Dieu querre, et il Taroit.

Ce poëme a été écrit, nous l'avons dit, à la suite d'un ouvrage, Vlmage du monde^ dont la composition n'est pas antérieure à 1245; le texte présente tous les caractères non d'une copie, mais d'une œuvre originale et qui n'a pas eu de précédent. On y trouve un certain nombre de corrections de la main du scribe, qui en est peut-être l'auteur. De plus, le dialecte en est normand ou à peu près, ce qui parait décisif, puisque nous savons maintenant que Robert de Borron était issu du Gâtinais français.

Voici ces corrections :

Page 3 du Ms., vers 133 de l'édition de M. Franc. Michel :

Et li 1 toute sa meisnie. — ^ Et ajouté.

Page 3, verso, du Ms., vers 168 :

Redona il comunalement. — Il supprimé, remplacé par « tout » à la marge.

Page 3, verso, vers 188 :

Li bons se il se repentiroit. — Se supprimé et remplacé par « quant » à la marge.

Page 5, vers 271 :

Et quant Judas ilecques virent. — Ques virent supprimés et remplacé par « sentirent. »

Page 6, vers 330 :

Judas tu le diz voirement. — Voirement supprimé et remplacés par a ensement. »

Page 10, verso, vers 628 :

Que se c'est voirs que il ooient. — H supprimé et remplacé par tt dire. »

Page 14, verso, vers 886 :

Has moût de joies commandées. ~ Commandées snipprimè et remplacé par a conquestrées. n Page 17, recto, vers 1051 :

La pute gent qui le traoient. — Oient supprimé est remplacé par a iront. »

Page 22, verso, vers 1380 :

Et se tu viens tu te pourras. — Tu supprimé et remplacé par « bien. » Page 33, vers 2066 :

Nus n'oï palier de si grant. — Tout ce vers supprimé et remplacé par a car nus ne seist autretant. » Page 42, verso, vers 2664 :

En li vooir ha grant delist. — Ha grant supprimés el remplacés par « hunt cil. »

Page 55, on trouve le célèbre passage : A ce tens que je la retreis O monseigneur Gautier en peis Qui de Montbelyal estoit.

Nous avons déjà reproduit en fac-similé, par la gravure, ces curieuses lignes qui ont exercé la sagacité de tant d'érudits.

Nous les donnons encore ci-après avec la représentation fidèle du vers 53, qui offre une idée de la bizarre terminaison des vers lorsque la dernière lettre est un S. C'est l'exagération de TS du mot

Iin «WîiOToit Cm ôoit di<?7>

,Q>tittwnrcj>aiîcune-*e'ratovmaf3.

^paftiirtc paxcic |)aT -foi

tconitixt de eït^-nmciehimcvox Il ua auain? ot couvez .^

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tu ha movccody:aX cftctt-'

ttqtteCt^exrtetce cfte laatictlr

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0 vi ^eCcxt a fôC jpaCtouir lati-

On sait qu'il manque au manuscrit deux feuillets, qui peuvent aujourd'hui se restituer très-facilement, à Taide des deux textes en prose, que nous avons donnés. Ce passage est compris entre les vers 2752 et 2753 ; dès le temps du président Fauchet, ces deux feuillets manquaient au manuscrit, car la pagination

existe complète et le passage est compris entre les feuillets 43 et 44 qui paraissent avoir été paginés par Fauchet lui-même; toutes les observations marginales au moins sont de sa main.

PERGEVAL

ou

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