‹ Le Saint-Graal; ou, Le Joseph d'Arimathie; première branche des romans de la Table rondeChapitre 20 sur 24 · MERLIN · texte numérisé non relu

MERLIN

Appartenant à M. HENRY HUTH

NÊGOGIAMT A LONDRES.

( Nous n'avons eu en communication qu'une copie quelquefois fautive de ce manuscrit ; nous indiquons, plus bas, les erreurs les plus graves du copiste; quelques-unes de ces fautes peuvent être dans l'original. )

Ducange paraît avoir mis la note suivante en tête du Ms. H. : « Messire Robert de Bourron ou de Berron est auteur de cet « roman. Il se dit compagnon en armes de messire Hélies a qui a fait celuy de Lancelot du Lac. » ( Nous avons reproduit plus haut le passage du roman de Tristan où Ducange aurait puisé ce renseignement.)

Au dessous est le mot « Corbière. »

Le premier feuillet manque.

La première colonnedu deuxième feuillet commence ainsi : « fust boins desciples Jhésu-Crist. Et quant Judas les vit tous taire, si parla et lour dit : « Pourcoi

ÊAyv(^

estes- VOUS chi assamblé? » Et il li dirent : « Où il est Jhésu-Grist ? » Et Judas lour dist le liu où il estoit et pourcoi il estoit là venus. Et quant li Juif entendirent qu*il enfraingnoit la loy, si en orent moult grant joie et li disent : « Judas, car nous ensegne comment nous /J> le porrons prendre? » Et Judas respont : « Je le vous venderai, si vous volés. »

E manuscrit paraît plus moderne que celui 'de Paris, il abrévie certains passages; d'un autre côté la copie paraît altérer Foriginal dans quelques endroits, ainsi on lit (page 2) :

Et si gardaissent bien que il ne pasissent Jake. » Notre Ms. de Paris dit : « Que il se gardassent bien que il ne préissent se lui non, et que il ne préissent Jaque en leu de lui. •

Le Ms. Huth dit plus bas : « Et Judas respondit : « Chelui que je baiserai premiers : >» Celui de Paris met : « Et il lor dit : « Celui cui je baiserai, prenez. »

Le Ms. H. dit ensuite : « A ches paroles et à tout che fait faire fu Joseph de la irmathie qui moult en pesa, q is il n'en osoit plus faire. »

Le Ms. de Paris met plus correctement : « A ces paroles dire et à toz ces afîeires fCi Joseph d'Abarimathie à cui moult en pesa; mes il n'en osa plus dire ne plus faire. »

Le Ms. H. met comme le Ms. D. et le poëme : « Le jeudi au soir fu nostre sires chiés Symon le liépreus. »> Nous avons vu plus haut que le Ms. C. dit : « Lou mercredi à soir fu nostres sires chiés Symon lou liépreux. »

Dans le Ms. H. on lit ensuite : « Et lors moustra

examples que je ne vous puis ne ne doi recraire. » Celui de Paris met plus correctement : « Et lor mostra essamples que je ne puis ne ne doi toz retraire.. .. >»

Ensuite le Ms. H. semble avoir une légère lacune... « Tant vous puis-je bien dire que avoec lui mengeoit et buvoit qui le traïroit. »

Le Ms. C. met : « Que il dist que avoc lui menjoit et bevoit qui lou traïroit. »

Puis vient un passage incompréhensible dans le Ms. H. : « Et si en demandèrent nouvieles, la soir que il n'i avoient coupes et si dist Jhésu-Crist. »

Le Ms. de Paris rétablit le texte ainsi : « Et si en demendèrent noveles, et à cels qui n*i avoient corpes, lou dist Jhésu-Crist. »

Plus loin le passage : « El sire sires Ten donne congié » est simplement interprété ainsi dans le Ms. de Paris : « Et il l'en donc lou congié ; » il faut peutêtre : « Et ses sires l'en donne congié. »

L'expression elliptique du texte de Paris : « Cest essamples est Perron » est conservée dans le Ms. H. : « C'est li examples Pierron. »

Le Ms. H. supprime ce passage : « Et en ces autres péchéors se porront les autres genz laver qui seront ort. »

Le Ms. H. met ensuite : « Chis examples est Piercoi et as autres menistres. »> Il faut évidemment, comme dans le Ms. de Paris : « Cist essamples est Perron et as menistres. «

Ensuite vient une phrase inintelligible dans le Ms. H. : « Qui sont en sainte Eglyse et en son nom, cil seront ort, et en lour ordure laveront les péchéours ; »

le texte de Paris donne ceci : « Et as menistres de sainte Eglise, dont il i aura moult des orz, et en lor ordure laveront-il les autres péchéeurs. »

Mais ici Ton rencontre un passage qui manque dans le Ms. de Paris : « Tout aussi ne porroit nus de nous savoir qui me chraïra, se on ne li avoit dit, fors cil meismes qui Ta em pensé. » Il semble que cette phrase se rapporte à ce passage assez obscur de la version poétique :

Aussi les péchiez ne set mie Oe nului devant c*on li die, N*il des menistres ne sarnnt Devant ce que il les dirunt.

Il est probable qu'au lieu de « chraïra » il faut lire dans le texte « traira. »

Une autre faute de copiste doit exister dans cette phrase : « Ensi monstra nostre sires cest example à saint Jehan telle ange liste. »

Le Ms. de Paris dit simplement : « Ensinc mostra nostres sires Jhésu-Criz cest essample mon seignor saint Johan évengéliste. »

Plus loin le Ms. H. met : « Quant li maisons fue phe et que Judas vit.... »

Le Ms. de Paris porte : « Et qant Judas vit que la mesons ampli et que cil. » « phe »> est sans doute pour « pleine. »

Le Ms. H. met ensuite : « Ensi firent li Juif grant pitié de leur volonté de Jhésu. » Celui de Paris rectifie cette lecture : « Et ensinc firent grant partie de lor volonté de Jhésu. »

Le Ms. H. se reprend encore à la version rimée en cet endroit peut-être mal lu : « Anici li.foibletes

de la justiche et chou qu'il ne voloit pas aler contre ses Juis, de lour volenté faire, si le souffri ensi. » Le texte en vers avait dit :

Meis trop feule fu la joustice

Dont moût de seigneur sunt en vice, etc.

Plus loin, la qualité de Pilate, très-nettement exprimée dans le texte en prose de Paris : « Et Pilate lor dist étant come prevoz, » n'a pas été saisie : le Ms. H. doit être lu ainsi : « Et Pilate dist as Juis comme pré vos qu'il estoit.... »

Plus loin, au lieu de : « Et il restrient trestout ensemble, » lisez : « Et il s'escrient trestout ensamble. »

Au lieu de : « Et quant Joseph le sot, si en fu trop tristre et mes, » lisez probablement : « Trop tristre et iriés. »

Au lieu de : « Sire je vous ai servi moult longuement je et nu chler, » lisez : « Je et mi chivalier. >»

La phrase : «< Et Joseph respont : Sire, grand mchis » doit être évidemment rétablie : « Sire, grand merchis. »

Au lieu de : « Le cors dou prophète que li Juif ont là fors mordre à tort, » lisez sans doute : « Ont là fors mordri à tort. »

Au lieu de : « Et Pilate s'esmerveille de chou qu'il li ot si poure non demandé, » lisez : « Si poure don demandé. »

Au lieu de : « Si seront, » lisez : «< Si feront. »

Le passage suivant offre une suppression qui est à noter. Elle porte sur le mot « despit » : « Et lors « s'entorna Joseph ; si vint droit à la crois et quant « il vit Jhésu en la crois si en ot moult grant pitié. >»

Le texte de Paris dit : « Et vint droit à la croix que il apeloient despit, » otfrant ainsi une glose redondante existant aussi dans la version poétique qui avait dit un peu plus loin :

Pilâtes m'a cest cors donné Et si m'a dist et commandé Que je l'oste de cest despit.

Cette suppression des mots : « Que il apeloient despit » se fait aussi remarquer dans le texte du Grand Saint'Graal de la Bibliothèque du Mans qui rappelle en tous points le texte de M. Huth.

Du reste, le mot « despit » se retrouve plus loin dans le Ms. de M. Huth, comme dans le Ms. du Mans.

Le Ms. H. dit : « Pylates m'a donné le cors de cest prophète pour oster de cest dépit. » Le Ms. du Mans porte aussi : « Pylate m'a donné le cors d'icel home pour oster d'icest despit. »

Le mot « despit » ne semble pas d'ailleurs déplacé ici, car il signifiait, ainsi que nousTavons dit, uia état de mépris poussé jusqu'à la violence.

Au lieu de l'expression : « Nos vos ocirrsiensencois» du Ms. de Paris, le Ms. H. met : « Nous vous ochirrons anchois, » comme le Grand Saint-Graal du Mans qui porte : « Nous vous ocirons anscois. »

Le mot « despit >» qui revient encore dans le Ms. de Paris dans cette phrase : « Et li coumenda que il alast avec Joseph au despit et lou cors Jhésu en ostast, » est supprimé dans le Ms. H. qui porte : c Et li commanda que il alast avoec Joseph et que il meismes ostast le prophète de la crois. »

Plus loin, une phrase du Ms. H. semble incorrecte : « Joseph vous m'avez moult cest prophète demandé ; » le Ms. de Paris porte : « Joseph, vous amiez moult celé prophète. »

La version poétique donne le même sens :

Et dist moult amiez cet homme.

Enfin le Ms. du Mans dit : « Et li demanda se il amoit moult le prophète. » Il semble donc que le Ms. H. a été mal lu.

Le Ms. H. dit ensuite : « Je ne voel nient détenir de chose qui siue soit ; » lisez : « Qui suie soit. »

Plus loin le Ms. H. s'exprime ainsi : «Et Nichodemus dist as Juis : » « Vous avés tort ; vous avés fait de cest homme che qui vous plaist et canques vous demendastes à Pylate, et je vois bien qu'il est mors et Pylate a donné le cors à Joseph et m'a coumandé que je lui le baille. >»

Le Ms. de Paris repète ici le mot « despit » : « Et m'a comendé que je l'ost dou despit et que je le li bail. » — Le Ms. du Mans donne un moyen terme : « Et m'a coumandé que jou Toste; » sans mettre le mot M despit. »

Dans la phrase suivante duMs. H. : « Et quant Nichodemus les ot, si respont que il ne l'aura nient pour eus ; » il faut évidemment restituer ainsi le texte : ^ Et quant Nichodemus les oï, si respont que il ne laira nient pour eus. » Le Ms. du Mans porte : « Que il n'el lairoit jà pour yaus. » Et cette leçon est conforme à la version poétique et au Petit Saint-Graal de Paris.

Après que Joseph eut enlevé le corps de la croix, le Ms. H. dit : « Et le mist à terre, l'enporta à son

hostel et le mist en une pierre moult doucement. > Cette dernière phrase semble ou mal lue ou incorrecte. 11 n'est pas question de ce transport dans l'hôtel de Joseph. La version rimée, comme le texte en prose et le Saint-Groal du Mans, ne parle que de la déposition du corps à terre et de son lavage.

Plus loin le Ms. H. porte : « Et li membra de la pierre qui estoit fendue au pié de la crois pour la goûte de sanc qui sur li chaï. »

La version poétique avait dit :

De la pierre a donc li membra Qui fendi quant li sans raia De son costé où fu féruz.

Le Ms. du Mans porte seulement : « Et li menbra de la pière qui avoit estet fendue au piet de la crois pour Tautre sans qui fus espandi. »

Le Ms. H. dit ensuite : « Et quant li sans fu recheus dedens le vaissiel, si mist Joseph le vaissiel lès lui, en la pierre, »

Le Ms. du Mans dit seulement : « Si le mist lès lui ; » la version poétique avait été encore plus laconique : « Et et en le. »

La version poétique avait dit ensuite :

Et en une pierre le mist Qu'il à son wès avoit eslist.

Le Ms. du M*ans avait répété cette idée d'élection : « Et puis le mist en un pierre que il ot quise à son oës. » Le Ms. H. ne parle pas de ce choix qu'avait fait Joseph d'un sépulcre pour son propre usage. ■—

Le Ms. de Paris développe cette pensée : « Et puis lou mist en une pierre qu'il avoit gardée moult longuement por lui mètre qant il morroit. » Voici la version du Ms. H. : « Et prist le cors Jhésu et l'envelopa d'un riche drap et le recoucha en la pierre et lecouvri moult bien. ».

Puis vient un passage incompréhensible dans le Ms. H. : « Si firent aorin une pitié daus et le firent gaitier là où Joseph le mist. >»

Il semble qu'on doive ainsi reconstruire ce texte : « Si firent armer une partie d'aus et le firent, etc. »

En effet, le texte de Paris porte : « Et il si firent de genz armées une partie et Joseph s'en ala. »

Plus loin, le Ms. H. paraît devoir porter, au lieu de: « Sèche est vous que il soit résuscités, » ces mots : « Se che est voirs que il soit résuscités. »

Ensuite le même Ms. offre la variante ci-après : « Et se il dient : nous le fesimé gaitier là où nous le mesimes ; demandés à nos gaites, et li un d'iaus respont. »

Dans cette phrase du Ms. H. : « A che conseil ot Nichodemus amis qui li firent sauour et il en fui.» Il faut évidemment lire : « A che conseil ot Nichodemus amis qui li firent savoir, et il s'en fui. » Conformément aux Mss. de Paris et du Mans qui tous deux donnent cette version.

Dans ce passage du Ms. H. : « Lors le firent viestir, si l'enmenèrent chiés .L des plus haus hommes de latre^ » lisez sans doute « de la terré. » Le Ms. de Paris porte : « Chiés un des plus riches homes qui fust en la ville. » Le Ms. du Mans nomme cet homme « Tenvesque Caïfas. »

La phrase suivante du Ms. H. : « Et Joseph respont comme cil qui riens ne savoit : Je voel si plaist au signour pour qui je sui en prison, que je imiure et Tocroi bien , » doit évidemment être lue ainsi : « Que je i muire et l'octroi bien. »

« Ensi fu perdus Joseph grant piethe ; » lisez : « grant pièche, » conformément au Ms. de Paris.

Au lieu de : « Et orent enfans de ligiue ; » lisez : « Et orent enfans de lignée, »> conformément au texte de Paris qui donne : « Si orent enfanz et lignées. » Le passage suivant très-développé dans le Ms. de Paris est réduit à ces mots dans le Ms. H. : « Et quant il morurent, si les vaut avoir anemis et tant que il plot à mon père que je vieng en terre et nasqui de la Vierge Marie, par chou que par feme avoit porcachié li anemis qu'il éust les armes; et, tout aussi comme par femes estoient les armes en prison, convenoit-il que elles fuissent délivrées et rayensés par femme. »

Le texte du Ms. H. dit comme le Ms. de Paris : « Joseph mes amis est bons avoec mes anemis et le pues véoir à toi-meismes. »

Mais ensuite on y lit : « Car chose qui est aparté, ma mestier sénéfiance. » Il faut évidemment rétablir ainsi : c Car chose qui est aperte n'a mestier sénéfiance. >» (Car ce qui est apparent n'a pas besoin d'être démontré ) ; le texte de Paris porte : « Car la chose est aperte, bien en est mostrée la sénéfiance. »

La version rimée avait dit :

meis quant avenue

Est aucune descouvenue N'i ha mestier sénéfiance.

Ce n'est pas la première fois que nous constatons que léMs. H. suit assez exactement cette version.

La phrase : « Ha ! biau sire, fait Joseph, ne dites mie que vous soues uuens ; » doit être lue : « Ne dites mie que vous soiiés miens. »

Plus loin, le passage : « Et saches que nostre amours revenra devant tous et sera moult inuisable as mesire ans que tu auras la biensianche de ma mort en garde; » doit être lu : « Et sera moult nuisable as mescréans, que (pour car) tu auras la sénéfiance de ma mort en garde. »

Cet autre passage : « Et nostre sire traist à soi le vaissiel précieus, cors quant il les lava, » renferme une ellipse ou une lacune qui rend la phrase incompréhensible si Ton ne la restitue pas ainsi : « Et nostre sires traist à soi le vaissiel précieus, à tôt lou saintisme sanc que Joseph avait recoilli de ses précieux cors quant il les lava. >

Plus loin : « Et cil. III. la laveront el non dou père, » lisez : « Et cil. III. Taveront el non dou père. » — « Et nostre sires litent le vaissiel, » lisez : « Li tent le vaissiel. »

Le Ms. H. est remarquable par sa concision, ainsi le passage : « Et nostre sires li dist : Joseph tu tiens le sanc où ces .III. virtus sont, » remplace une phrase assez longue et assez inutile dans le Ms. de Paris.

Plus loin la phrase : « Et sés-tu, dist nostre sires à Joseph, que tu as gaaigniet que jamais ne sera saccinens fais que la sénéfiance de l'uevre ni soit, » doit évidemment être restituée ainsi.... que tuas gaaigniet que jamais ne sera sacremens fais que la séné-

fiance, etc. » conformément au Ms. de Paris et à la version poétique.

La phrase qui suit les mots précédents : « Qui le vaurra connoistre et saura à quoi che porra attendre, » remplace un long passage très-déiayé dans le Ms. de Paris.

La phrase : « Tu ses bien que je fui à la chainne chiés Symon et que je dis que je t'avoie trahis, » doit évidemment être rétablie : « Et que je dis que je seroie trahis, » conformément au Ms. de Paris.

La phrase incompréhensible du Ms. H. : « Et ensî sera jusques à la fin dou monde la senefianche dou teuste connue » doit sans doute devenir : « Et ensi sera, jusques à la fin dou monde^ la sénéfianche dou t'euvre connue, » c'est-à-dire la révélation au monde de ton œuvre.

Le passage très-elliptique du Ms. H. : « Ensi aprîst Jhésu-Crist ces paroles à Joseph que je vous ai retraites et c'est li créanche que on tient au grand sacre dou Graal, » remplacent le passage plus prolixe du Ms. de Paris qui commence par ces mots : « Lors li aprant Jhésu-Crist ces paroles. » — Le mot « sacre » remplace celui de « sacrement » qui est dans ce dernier Ms.

La phrase suivante : « Et je pri à toz cels qui cest livre orront » est presque textuellement reproduite dans le Ms. H.

Le passage : » Je ne t'en mentirai nue de chou que che n'est nue raisons, » doit évidemment être lue ainsi : « Je ne t'enmenerai mie de chou, que che n'est mie raisons, » conformément au Ms. de Paris et à la version rimée.

Dans la phrase : « Car moult sera ta benue et ta delivranche tenue à miervilleuse et àmescréans; » oh doit lire peut-être « Ta venue » et « à mescréance. »

Au lieu de : « Et chelui qui délivrer te verra vienten t'amour; » lisez : * Et chelui qui délivrer te venra, teint en t'amour et parole, etc. »

Le Ms. H. reproduit ainsi le passage du Ms. de Paris qui manque dans la version rimée : « En endroit dist li contes que ensi remest Joseph en la prison comme vous aves oï. Ne de ceste prison ne parolent pas li apostle, ne chil qui establirent les escriptures, que il n'en sevent riens fors tant que nostre sires vaut que ses cors li fust délivrés et donnés; auchune amis (peut-être amor) avait-il en lui. Et quant Joseph fu ensi perdus à la veue dou siècle, si l'oïrent bien dire de teus en iot ; mais il n'en osoient parler de lui, car ils ne mirent onques riens en auctorité de chose qu'il n'eussent oï ne véu : si ne vaurrent rien de che mètre que il ne Torent véu ne oï ; si ne vaurrent pas mètre le siècle en doutance de la foi, ne drois n'estoit mie, et nostre sires meismes le dist en .1. liu là où il parla de la fausse gloire. >>

Les expressions : « Ne son cuivre, ne son vivre, ne son estre » ne se trouvent pas dans le Ms. H. qui dit simplement : « Et par forche pour chou que on ne le pooit souffrir, moult en estoit li emperères dolans. »

Dans la phrase : « Et je le serai parler à vous, » du Ms.H., il faut évidemment lire : « Et je le ferai parler à vous. » Et plus loin : « Aies le me tost guerre, » lisez : « Aies le me tost querre. »

La suite est un peu délayée dans le Ms. H. « Et

puis li dist : « Biaus hostes venés eat avoec moi à remperéour et li contés chou que vous m'avés dit. » Et li pèlerins dist : « Volentiers. » Lors s'entornèrent et alèrent devant Temperéour et quant il furent devant lui, si dist li pèlerins : « Sur (sire) vous m'avés mandé; ore me demandés chou qu*il vous plaist. »> « Je voel que tu me dies chou que tu as dit à ton hoste ; » et il dist : « Sire je le vous dirai volentiers, et tantost 1 conte tout ensi comme il l'avoit dit à son hoste. »

Deux mots non lus dans la phrase suivante ne permettent pas de bien saisir le sens : « Sire je ame

moult Pylate ne je ne q rrai jà que si preudomme

ne si sage nue laissast ochirres Pylate en nule manière se desfendre Ten peut, » lisez : « Ne ne querrai jà que si preudomme ne si sage mire laissast.... » conformément au texte de Paris : « Querrai » pour « cuidrai. »

La phrase : « Je meteroie mon cors et ma teste en aventure que Pylates cèlera la >» est inconpréhensible; il faut : « N'el cèlera jà ; » le texte de Paris porte : « Que Pylate n'el celeroit jà » et la version poétique :

Jà Pilâtes n'ou calera, Quant on ce li demandera.

La phrase suivante est aussi mal lue : « Et sicuicrist que qui troveroit rien; » il faut peut-être : « Et si jou creis que qui troveroit; » cependant cette restitution n'est pas certaine parce que le texte de Paris et la version rimée n'aident pas ici.

La phrase ; « Que veuls-tu que on fâche de ci, » doit être lue : « Que on fâche de toi ou de ti. »

La phrase : « Et quant Vespasiens Toi si se..goi moult et en alega de ces dolours ; » doit être com-

LE SAINT GBAAL. 349

plétée de la lettre s qui manque dans le mot s'esgoi « si s'esgoi moult. »

Le texte de M. Huth dit aussi comme le Ms. de Paris « Car il ne savoient si renmenroient à Romme pour destruire. » Le Grand Saint- Graal du Mans avait dit déjà : » Car il ne savoient encore se il Tenmenroient à Roume pour destruire; > ainsi voilà trois textes en prose qui répètent la même terminaison de phrase qui manque tout à fait, comme nous Pavons vu, dans la version poétique.

Cette tournure est encore très-elliptique dans le Ms. H. : « Et je lour dit que se messires m'en demandois riens, qv^ il fust seur iaus et il dirent que voire. » Le Ms. du Mans avait dit : « Et dis se messire m'en demande riens, sour coi le metrai-je? et ils disent : sur iaus. »

Le passage : « Et quant il fu mors, je avoie .1. mien soudoiier en ceste vile qui avoit non Joseph. Ghis fu à mi à tout, V. chlrs, dès que je vieng en ceste vile. »

Le Ms. du Mans donne la même tournure de phrase : « Quant il fu mors jou avoie.I.mien soudoier ki estoit di ceste vile, ki avoit à non Joseph. Cil me siervi à .V. chevaliers dès que jou ving en cest tere. »

Le mot « despit » se retrouve ici dans le Ms. H. : « Si rot et l'osta dou despit et le mist en une pierre que il avoit fait faire por lui. »

Le Ms. du Mans donne aussi : « Si Téust et Posta del despit et le mist en une pierre ke il avoit faite tailler à son oës. »

Le Ms. de Paris met : « A son hues; » c'est le même mot, au dialecte près.

La version poétique avait aussi employé cette expression, lors du récit de Tensevelissement de Jésus :

Et en une pierre le mist Qu'il a son wès avoit eslist.

Du reste elle répète ici le mot « despit. »

Le prophète ostat dou despit.

Le Ms. H. met ensuite : « Ore esgardés, se jou ai tort, »> au lieu de : « Se ge oi la force vers els toz » du Ms. de Paris.

Dans le passage : « Et li Juis respondent et dient : Que tu fus li malvais que tu n*en osas rien faire venjanche; » lisez : « Que tu fus si malvais que. . . »

Puis le Ms. H. développe une idée qui n'est qu'esquissée dans le Ms. de Paris et dans celui du Mans : « Ains t'en pesa par semblant que nous Vochésimes; et nous Vochésimes por chou qu'il disoit qu'il estoit miex sires de nous que vous. »

Au lieu de : « Se vous pâmes que nous Tochierrimes se nous pooiens, » il faut sans doute lire : « Si vous promis que nous Tochierrimes, etc. »

Puis le Ms. H., dans sa concision, rapporte une phrase qui, sans son accompagnement, est incompréhensible : « Et li plus sages des messages dist : « Nous ne savons pas encore la forche de la parole ; » « lors parlèrent li message as Juis. »

Le Ms. du Mans avait dit aussi : « Et li plus sages des messages dist : « Encore n'ai-jou mie la force de la parole ; mais jou lour demanderai. » Evidemment il faut traduire : « Mais je n'ai pas encore attaqué le point principal de la question. »

Puis le Ms. H. améliore au contraire la phrase suivante : « Signour, dont ne le vous juga Pylates tel homme à mort qui se faisait plus sires que rois ni empereres. > Le Ms. du Mans avait dit seulement : « Cet homme à mort qui faisoit plus que empereres ; » celui de Paris : « Qui se faisait plus que empereres. »

Le Ms. H. met ensuite : « Que il savoit une feme qui avoit une ymage que el aouroit. » Le Ms. du Mans avait mis comme celui de Paris : « Qu il savoit une feme qui avoit .1. visage que elle aouroit. » La version rimée dit aussi :

Kl de lui un visage avoit Qu'ele chaucun jour aouroit.

Plus loin le Ms. H. innove aux textes ordinaires en mettant : « Et c'il respondit que ele manoit en la rue de la maistre esçole. »

Le mot « maistre » n'existe nulle part ailleurs.

Plus bas le Ms. de M. Huth se rencontre avec celui du Mans : « J'ai oï dire que vous avés la semblance d'un houme en vo huge. » Celui du Mans avait mis : « J'ai oï dire que vous avés une semblance d'oume en vo huce. » La version poétique porte : « En maison, » et le texte en jjrose de Paris : « E]n votre baillie. »>

La phrase : « Signour, je ne vaurroie une chou que vous me demandés, » renferme sans doute une abréviation qui n'a pas été saisie : « Signour je ne vaurroie vendre chou que vous me demandés. »

Plus loin le mot « taurriesnient » doit être scindé en deux et la phrase rétablie ainsi : « Et que vous ne

me taurries (pour toldriez) nient de chose que je Vous montraisse. »

Le Ms. H. reproduit encore le mot huge dans la phrase suivante : « Et Vérone s'en ala à sa maison et vint à sa huge. »

Du reste, la version rimée dit ici :

Si ha sa huche deffermée Et si ha prise la semblance.

Le phrase suivante : « Dites nous ù vous le persistes, » doit sans doute être lue : « Dites nous ù vous le présistes. »

Voici le récit de Vérone dans le Ms. H. : « Il avint chose que jou avoie fait faire un sydone, si le portoie en mon brac au marchié que jou le vouloie vendre. Si encontrai cheus qui enmenoient le prophète les mains liées et li autre Juif le suioient. Ensi comment je passai par devant lui, si me requist que je li essuaisse son vis et tersisse pour la suour qui li couroit contreval son vis. »

En ce qui touche le verbe tersisse le Ms. du Mans avait mis tiergisse^ le Ms. de Paris tuersisse.

La version rimée a simplement dit :

Au prophète son vis torchasse.

t Il y a là, comme nous l'avons dit, une nouvelle

preuve de l'antériorité de toutes les versions en prose

sur le poëme.

Le mot « toupes » doit être évidemment remplacé

par le mot « coupes » dans la phrase suivante du Ms. de

M. Huth : « Ne Pylates n'i avoit mie si grans toupes

que il cuidoient. »

Aiàlieu de « seroit, > lisez « feroit » dans la phrase suivante : « Et li dist que bien fust-elle venue et il la seroit riche feme pour chou que elle avoit aporté. »

« Vespasiiens demande où celé samblance avoit esté prise, n'a quel homme elle avoit esté qui magair de plus vil maladie, qui soit chose que nus home terriéens ne pot faire ; » lisez sans doute : « L'a gairi » conformément au texte de Paris.

Le Ms. H. abrège plus loin le texte de Paris ; « Mais tel forche et tel pooir a sa samblance que ele m'a gari chou que vous ne autres hom ne péustes faire. »

Le Ms. H. rétablit comme la versioû rimée, et le texte du Mans, le nom de Véronique altéré par le Ms. de Paris, dans le passage ci-après : « Ensi fu la semblance aportée à Roume que on apièle le Véronique; » mais il ajoute assez inutilement : « Pour la garison Vaspasiien. » La version rimée dit ;

Vaspasyanus et Tytus Uec ne séjournèrent plus; Ainz unt tout lor oirre atournée.

Le Ms. du Mans portait aussi : « Tytus et Vespasianus atournèrent lour oirre... »

Le M. H. met seulement : « Vaspasiiens atorna son oure, » lisez sans doute « oirre. »

Un autre passage abrégé dans le Ms. H. : « Et il respondent tout ensamble : « Che faisoît Pylates vostres baillius qui se tenoit deviers lui et se disoit que il estoit rois desus vous. Et Pilâtes dist pour chou» se il auoit dit chou, n'avoit-il point mort deservie. Et nous disient que si faisoit et que nous ne soufferiesmes pas que nus se fésist sires deseure vous. Et

Pylates dîsoit que il estoît sires deseure to\^ les rois. » Ce texte est inférieur comme clarté et logique à celui de Paris.

La fin des révélations des Juifs est la même dans tous les textes : « Si nous en clamons à toi que tou nous en quites des couvenanches que nous i avons. » Ms. H. Le texte du Mans avait dit : « Et si nous en clamons à toi et que tu nous quites de ces convenences. » La version rimée :

Et vouluns que tu nous en quittes Des convenances devant dites.

Le Ms. H. supprime la phrase de Pilate dans le Ms. C. : « Sire ! sire ! or sez tu bien se ge ai nul tort en la mort à la prophése, » et met simplement : « Si dist Vaspasiiens : Pylates tu n'as mie si grand tort... »

Le Ms. H. met en suite : «' Atant fist Vaspasiiens venir grand plenté de ciaus si les fist prendre quatre et .IIII. » Le mot « ciaus » est-il mis pour « chevaux » qui existe dans tous les textes, même celui du Mans qui avait dit : « Et grant plenté de cevaus? »

Le texte de M. Huth se sert du terme « surrexis » comme celui du Mans : « Et li desciple dient que il l'ont puis veut et que il est surreris » sans doute pour « surrexis. »

Dans la phrase du Ms. H. : « Adont en resist Vaspasiiens une grant partie ardoir, » lisez : « en refist, " conformément au texte de Paris.

Le mot « qurtes » doit être lu « quites >» dans ce passage du Ms. H. : « Sire ! serai-je qurtes se je vous ensaigne Joseph. >»

Cetie phrase du Ms. II., incompréhensible : « Et

LE SXim GRAÂL. 385

se os nous demandoit Jhésu, nous diriés tout que il sauroit eut, » doit sans doute être rétablie ainsi : « Et se on nous demandoit Jhésu, nouz dirlens toutjourz que il Tauroit eut. »

Une expression assez moderne du Ms. H. : « Et vit une grant clarté en .1. des angles de la chartre. »

La version rimée dit :

En un clotest esgarde et voit.

Le Ms. de Paris porte : « Et vit une clarté en un requoi de la cartre. »

Le Ms. de Paris avait commis un lapsus en ne nommant pas Vespasien dans cette phrase : « Et dist Joseph : Bien soies-tu venuz et quant il s'oï nomer. » Le texte de M. Huth rétablit ainsi la phrase : « Et dist : Bien viegniés-vous, Vaspasiien ! » En évitant de tutoyer le prince, ce qui nous paraît être encore une recherche ultérieure.

L'expression du texte en vers :

Quant Joseph l'a bien entendu Si s'en rist et dist : n ou sez-tu

se retrouve dans le Ms. H. : « Et quant Joseph l'entendi si s'en rist; celui, fait Joseph, connois-jou moult bien. »

Le Ms. H. ajoute les archanges à la nomenclature des êtres créés : « Et fîst les angles et les archangeles, si en ot de mauvais... »

Les générations des anges y sont décrites absolument comme dans le texte de Paris, à quelques mots près. « Et si tost comme il le furent (mauvais) si le sot nostres sires et les fist pleuvoir .III. jours et .III. nuis

que onques puis si durement ne plut. Et il en plut .III. générations en infer et trois en terre et .III. en élémens (au lieu de « en Pair. ») Les .III. générations qui chaïrent en infer tormentent les âmes et moustrent la voie de péchier et metent en escrit les péchiez que on fait. »

Singulière mission ! La version rimée dit d'une manière moins claire :

Et li angle leur unt moustré Qui sunt en terre demeuré; Et si les mestent en escrit, Ne veulent pas c'en les oblist.

Le Ms. H. commet ensuite un lapsus en disant : « Ensi ces .III. générations par trois fies chaïrent dou ciel et de ces .111. en i ot .IX. qui aportèrent le mal en terre, »

Il était inutile d'ajouter : « Et de ces .III. en lot .IX. » Il fallait dire comme les autres versions : « Et ces .IX. générations apportèrent le mal en terre. »

Le passage suivant est bien obscur dans le Ms. H., il Test déjà dans le Ms. de Paris. « Et li autre qui remesent conferment les hommes et les gardent de péchier pour le despit de cheus qui pourcachoient la mort Jhésu-Crist ; et le haine qu'il avoient fait de si espritel chose comme de sa volenté ; et il par leur péchié pourcachoient que il perdu (perdit) par le conamendement de lui. (Le Ms. de Paris met : « Par le fol déménement de lui, ») la joie espritel. Pour le despit d'aus vaut nostre sire. . . »

Le Ms. H. dit ensuite simplement : « Raempliroit li siège des autre » (sans ajouter .IX.)

Il faut ajouter « sot >- à la phrase suivante, d'ailleurs plus correcte que celle du Ms. de Paris : « Quant li dyable... que si vil chose estoit montées en le gloire dont il est descendus, si en fut moult iriés. »

Dans le passage suivant, le Ms. H. se sert du nom moderne de « Bethléem » en place de celui de <^Belleam » qu'emploie le Ms. de Paris et de « Beauliant » qu'on trouve dans de plus anciens textes : « Et lors fist li pères che que il lour avoit dit, que il envoia son fil en terre Jhésu-Crist qui nasqui des flans à la vierge Marie en Bethléem sans péchié. »

La phrase du Ms. H. : « Et il t'a amené por chou que tu véisses la loy là où il m'a saivie, » doit peutêtre être restituée ainsi : « Por chou que tu véisses le leu là où il m'a sauvé. »

L'expression du Ms. H. : « Si tost comme tu seras issus hors de chaïers, » doit être restituée : « Gomme tu seras issus hors de chaïens (céans). »

Le passage du même Ms. : « Lors commande que il voisent isnelement la tour dépéchia, et si font tantôt, » paraît mal lu ; ne faut-il pas : «« Lors commande que il fassent isnelement la tour dépechier, et si font tantôt. »

Dans le passage où il est dit que Vespasiens fit lancer sur la mer celui qui lui avait enseigné la prison de Joseph, le Ms. H. se sert du terme assez rare «< eskiper; » « si les fist mettre en vaissiaus et eskiper en mer. »

Le Saint-Graal en vers dit :

En veissiaus les empeint en mer.

Le Ms. H. appelle la sœur de Joseph « Enigens » ; il est probable que le nom est mal lu et qu'il faut

« Enigeus » comme dans le Saint-Graal en vers et dans le texte en prose de Paris. »

Le Ms. H. supprime le baptême de Joseph par saint Clément, du reste la suite est la même que celle du Ms. de Paris, dans le passage : « Sire tout li bien et toutes les plentés terriienes que nous foliemes avoir, nous sont faillies; » lisez : « Que nous soliemes avoir. »»

Dans la phrase : « Car nule gent n'orent onques si grant mesquéanche comme nous avons de faim, que por quoi nous ne mengons nos enfans, *» lisez : « Nous ne mengeons nos et nos enfants. »

Le passage suivant du Ms. H. est obscur : «En cel lieu, che dist la vois que je fui chiés Symon, à la chainne, et que je i soe mou tourment (et que j'y su le tourment que je subirais.) Et non de celé table en seras .1. autre. (En souvenir de cette table, tu en établiras une autre.) » A force de laconisme, ce Ms. est parfois incompréhensible.

Plus loin la phrase : « Si apiele Bron tou serourge qui bons est et de qui bien istera, » est la traduction assez fidèle mais bien sèche de la version rimée :

Bros tes serourges est boens bon De lui ne venra se bien non.

Le Ms. de Paris dit : « Qui preudom est et de cui maint preudome istront. »

La phrase : « Et quant il ira peskier, tou couverras la table ; » est pour : « Et quant il ira pécher tu couvriras entièrement la table d'une nappe. » Cette tendance à l'extrême concision produit des phrases inintelligibles sans les autres textes.

Cet autre passage : < Et le meteras celé part ou tu

vourras séjorner, si deseneure le pain de la table, » accuse une mauvaise lecture; il faut restituer : « Si le couvre d'un pan de la toaille. »

Le passage suivant est aussi mal lu : « Et lors verras que se traira arrière tant comme il li accusa .1. homme tient. » Il faut restituer : « Tant comme li lieu... à .1. homme tient. »

Cette phrase peu compréhensible et qui ne Test guère davantage dans la version rimée, qui porte :

Tant comme uns hons de liu tenra

a été élucidée par le texte en prose de Paris : « Tant come li leux à un home tient d'espace, » autrement dit : « La place d'un convive. »

Le mot « espues » de la fin de cette phrase : « Et che fut li premiers lius où il vaissiaus fu espues, »> doit être lu : « esprovés. »

Dans la phrase : « Et cil Vespasiiens que nous avons véu, neonques ne fu moustré, si ne savons que chou est ; » le nom « Vespasiiens » s'il existe dans l'original, est le résultat d'un lapsus ; c'est le mot « veissiaus » qu'il faut restituer.

Le nom du vaisseau qui est régulièrement « Graal » devient « Graaus »> dans le texte de M. Huth : *' Quant cil l'oïrent si dient bien doit avoir non cis vaissial, Graaus. » Il est vrai que le texte de Paris avait dit d'abord : « Lou Graal » puis « Li Graiaus. »

Dans l'histoire de Moyse le passage : « Toutes les fies qu'il véoit .1. de chiaus qui avoit la grasce se lirrioit merchi; » doit être lu sans doute : « Se li crioit merchi. »

Voici un passage évidemment altéré dans le Ms. H.

OU plutôt dans sa copie : « Et dist Joseph : Ort es venus li tans que je t*ai dit de lingnie entre toi et Bron. « Ne faut-il pas lire : « Joseph ! or est venus li tans que je t'ai dit de liu guie entre toi et Bron. » « Li lieu Juif » pour « le lieu Judas, » comme le dit la version rimée :

La table, qu'en liu de Judas Seroit cil lius en remembrance.

Puis dans son laconisme ordinaire le Ms. H. continue : « Et tu pries pour Moys et tu cuides et tout cil (dit) qui t'en ont priet que il sont (soit) teuls comme il se fait, et il atent la grasce dont il cuide avoir, si voist avant et si s'asièce à la grasce. »

La phrase tronquée dans le Ms. H. : Dis, Moys, se il est teuls que il doiue . . . voir la grasce si comme il fait .... semblant, mes ne li puet ... lir » doit évidemment être restituée ainsi : « Dites à Moys, se il est tuels que il doive avoir la grasce, si comme il fait lou semblant, nus ne li puettolir. » C'est l'exacte reproduction du texte de Paris.

Dans le texte Huth l'impératif est aussi en er comme dans celui de Paris, dans cette phrase : « Moys 1 Moys ! ne t'aprochier de chose dont tu ne soies dignes. » Cependant ce texte ne dit pas toujours : « Ne t'esmaier mie » comme ceux du Mans et de Paris, et supprime quelquefois IV.

Un passage légèrement altéré dans le Ms. H. doit évidemment être restitué ainsi : « Et quant il furent tout assis, Moys f u en estant si ot paour et ala entour la table, ne il ne vit où il s'assièche, lès là ù Joseph est, se si assist. »»

Voici le passage du Ms. H. dans lequel Joseph entend la voix du Saint-Esprit : « Et dist : Joseph ! ore est venue la sénéfiance que je te dis quant tu fondas celé table que li liex d'alès toi, seroit vidiés, en la ranoiembrance de Judas qui pierdi son siège, quant je dis qu'il me trahissoit ; et je dis qu'il ne seroit mie raemplis devant le jour dou jugement que tu le raempliroies quant il aporteroies les nouvieles de ma mort (de ta mort) et ta counissance. Ensi dis-je que cis liex ne sera raemplis devant dont que li tiers hom de ton lignage le raempliroit et che iert li fins Brons d'Enigeus dont issir doit cheus qui de son fil istera, qui acomplira cil lieu et ./. autre, » ( Allusion à un passage de la Queste du Saint- Graal qui n'est pas dans le texte en vers).

Plus loin la phrase: « Et cil qui te trairont ma compaignie et la toie si le clamerons cors Moys, » doit être restituée : « Cil qui retrairont ma compagnie et la toie, si le clameront cors Moys. »

Dans le texte du Ms. H. : « Et quant il seront marié si commande au père et à Tame chelui qui ne vaurra. >» « L'âme » doit être « la mère. »

Le Ms. H. met : « Que tu les atomes à la loy terriien et à la loy maintenant, » là où le Ms. de Paris dit : « Que tu les atomes en leu terrien et à la loi maintenir. »

Voici le passage relatif à Alain le Gros, dans le texte Huth : « Li XIL fins ot non Alains li gros, cil ne vaut feme prendre et dist qui le deveroit escorchrer, n'en prenderoit-il nule. »

Ce passage : « Gestui me donrées vous à ma suer » n'est pas correct, il faut sans doute : « Gestui me donrées vous et ma suer. »

362 LE SAIRT GRAAL.

Dans la phrase du Ms. H. : « Biaus dous niés, dist Joseph, vous seréschîevenains de vos frères. » Le mot n chievenains » est sans doute pour « chievetains. »

Au lieu de!: « Joseph, tes niés est simples et dous et vous, » il faut sans doute : « Est simples et dous et

voirs. »

Dans cette phrase : « Et li conte l'anus que j'ai eue à toi et que j'ai encore » ; « l'anus » est un mot tronqué^ et doit y avoir « l'amor. »

Au lieu de : « Et comment je fui vendus en terre » lisez : « Comment je fui laidus en terre. »

Dans le discours de l'ange à Joseph, il semble, d'après le Ms. H., qu'il y eut dans le Graal des paroles écrites, « Se li monstre ton veissel et li enseigne et li di que il lise chou que dedens est escrit de moi, ce sera assermement de sa créanche. »

Il y a une négation de trop dans cette phrase du Ms. H. : « Et qu'il ne tiegne, entour soi, la chose qui ■1 plus Postera de pechié et d'ire. »

oici le passage où il est question des vaux d*Avaron, dans le Ms. H. : « Et il te dira quell ira es vaus de valon et icels terres traient viers occident; ore li dites que là où il s'arriestera, que il atende le fil del fil Alains. » Il y a là un nou- \jj^ vel indice que « les vaux d'Avaron » signifient « les ^ " ^i^ vaux d'occident ; » nous avons vu, en effet, que l'auteur joue sur le mot « avalant. »

Dans le passage du Ms. H. : « Et cil qui verra (venra) dira noveles de Moi. » Lisez : « de Moys. »

Le Ms. H. et le texte de Paris supposent ici que Alain a entendu comme Joseph la voix mystérieuse :

« Quant che oï Alains, si en fu moult liés et plains de la grasce dou saint esprit. Et quant Joseph ot oï et entendu chou que la vois li ot dit, si paroles à son neveu. »

La phrase du Ms. H. : « Biaus amis chiers, Jhésu- Grist nous envoie nos pères qui nous raiienst des peinnes d'infer vous a eslit à cest message faire... » est inintelligible; peut-être faut-il : « Jhésu-Crist vous envoie ; nos pères qui nous raiienst des peinnes d'infer vous a eslit.... »

Dans le discours de Petrus, le Ms. H. s'exprime ainsi : « Et Petrus respont : Je le sai moult bien, onques mais message véistes plus tost encargié que cestui. Je m'en irai vaus d'Avaron, en .1. soudain lieu vous Occident » au lieu : « D'en .1. solitaire lieu vers Occident; » Chrestien de Troyes avait employé le mot « soutaine » dans le même sens.

Dans la phrase du Ms. H. : « Et vous sans obédienche ne près avoir la joie de paradis; » lisez : « Ne poës avoir la joie de paradis. »

Dans ce passage du discours de l'ange à Joseph : « Et comment il t'apporta son vaissel et les paroles que il t'aprist ; che sont iceles sourtismes paroles que on tient au secre du Graal. » Lisez évidemment : « Che sont iceles saintismes paroles...

Au lieu de : « Le clameront le riche péchéour, pour le poisson que il peschera, » lisez : « Qu'il pescha. »

Après avoir appris les secrètes paroles au riche pécheur, Joseph dit le Ms. de Paris : « Li mostra l'écrist privéement ; » le Ms. H. dit à tort : « Si li monstra premièrement. »

Il y a encore une erreur dans ce passage : « Et

quant il ot oï que Joseph le dessaisiront dou vaissel, » mais il est assez difficile de remplacer les mots erronés « le dessaisiront » mis peut-être pour « se dessaisissoit. »

Le Ms. H. se termine ainsi : « Einsi remest Joseph et fina en la terre et il pais où il fu nés. Ore dist apriès cis contes que qui bien vaurroit savoir che conte, il li couverroit raconter que il Alains li fiex Bron devint et là où il est aies et où il sera trouvés. Et sj converra que on sace que Moys est devenus et que il le puisse par raison de parole trouver et que il sace où li riches peschierres s'en va, et que il sace Petrus mener par raison là où il aler doit. Toutes ces .lEQ. parties convient assambler. Jou rassamblerai toutes ces .IIII. parties en une seule, ensi par raison comme les ai traites d'une seule partie. Et apriès chou est Diex li tous poissans sires de toutes choses. Et si converra raconter de la chainne meismes. Et ces .IIII. parties lafssier, à tant que je reviegne à ces paroles et à ceste œvre faire chasame (chascune) par soi. Et je le laissoie à tant ester, uns (nus) ne saveroit que ces .IIII. parties seroient devenues ne por quel sénéfiance je les avoie (auroie) départies.

« Chi endroit dit li contes que moult fu iriés anemis quant nostre sires ot esté en infer... »

SUIT LE MERLIN

La copie du Ms. H. a huit cent cinquante-huit pages numérotées et finit ainsi : « A Tendemain s'en parti od toute sa maisnie et li rois remest à Carlion. Si laisse ore à tant li contes à parler et del

dame et del roi, et de toute la vie Merlin et devisera d'une autre matière qui parlera dou Graal pour chou que c'est li commenchemens de cist livre. >>

Il est à remarquer que la page 226 est numérotée 126 et cette erreur continue jusqu'au bout. De plus la page 326 est numérotée 226, ce sont donc deux centaines de perdues..

Ck)mme on le voit le Ms. H. ne fait aucune mention de Robert de Borron, ni de Gauthier de Montbéliard. La concision étudiée de son texte explique suffisamment cette suppression, pour qu'on n'en cherche pas la cause ailleurs.

On remarquera qu'il ne contient pas le Perceval, mais qu'il était dans l'intention de l'auteur de le donner. On lit en effet, comme nous venons de le dire : « Et divisera d'une autre partie qui parlera dou Graal pour chou que c'est li commenchement de cest livre. » Cette autre partie qui doit parler du Graal ne peut être que la Quête de Perceval, suite nécessaire de la première partie du roman.

Cette mention est importante, elle prouve, dans une certaine mesure, que le Perceval entrait dans l'économie du roman de Robert de Borron, et que peutêtre Chrestien de Troyes s'en est inspiré et même en a copié, comme nous le verrons ci-après, des phrases tout entières. Du reste, il faut admettre qu'il y a intercalé des épisodes entièrement de lui, comme l'a fait Gautier Map à l'égard du Saint-Graal de Robert de Borron et que même il a puisé les enfances de Perceval dans les traditions relatives au Pérédur Gallois. Nous traiterons d'ailleurs plus loin ce sujet intéressant.

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