‹ Le Saint-Graal; ou, Le Joseph d'Arimathie; première branche des romans de la Table ronde, publié d'après des textes et des documents inéditsChapitre 1 sur 23 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

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E roman du Samt Graal est une conception relativement récente, élaborée avec des matériaux anciens. La trame du récit, tel que nous le connaissons aujourd'hui par les romans de Robert de Borron et de Gautier Map, est chrétienne, chevaleresque, tout imbue de ce que l'on aurait pu appeler, au xii« siècle, l'esprit moderne, par opposition avec les idées violentes, barbares d'une civi- ^v^^ lisation encore incomplète ; les éléments de la composition paraissent, au contraire, appartenir à l'ancien fonds bardique, et nous dirons plus, aux traditions gauloises.

Déjà M. de La Yillemarqué^ avait exhumé, avec un rare talent, des poésies des bardes et du Mabinogi^ la donnée de Pérédur, le Chercheur de bassin. Il avait retrouvé les noms d'Arthur, de Gwennivar (Genièvre), I de Mezzir(MerUn), de Tristan, de Gwalhmaï (Gauvainj,

de Key, et les principaux traits de leur caractère propre, burinés en traits irrécusables. A la vérité,

* Contes populaires des anciens Bretons. 1 volumes in-S», Paris, Coquebert, 1812,

ces assimilations ont été contestées, mais on n'a rien pu mettre à la place, et, comme le dit M. Léon Gautier dans ses Épopées françaises, « rien ne saurait scientifiquement nous empêcher de croire à l'antériorité des chants bretons sur la chronique de Nennius, chants dont un certain nombre sont si profondément celtiques. »

Pour nous, qui avons plus particulièrement étudié, dans les médailles, les origines des traditions bretonnes, nous sommes tout disposé, non-seulement à voir dans les poésies bardiques, le point de départ de la conception du Graal, mais encore à faire honneur de l'idée primitive attachée au bassin mystérieux, aux Gaulois eux-mêmes. On sait combien nos médailles ' ont mis en relief le côté fantastique du génie gaulois et son goût décidé pour le merveilleux. Le vase Chanté par Taliésin y est mis en honneur singulier : il est, dans maintes médailles, l'accessoire obligé de la pompe triomphale qui est comme le but, Fobjectif permanent des pensées de nos aïeux.

Rappelons en peu de mots la donnée du vase telle qu'on la trouve jalonnée dans les poésies des bardes du vi<^ siècle.

Il existe un bassin, un vase destiné à contenir des aliments, qui jouit de propriétés merveilleuses. Les plus anciennes traditions galliques, celles qu'on peut appeler mythologiques, d'après M. de La Villemarqué, parlent d'un vase qui porte en roman le nom de Graal et que les Gallois désignent sous le nom de

1 Arl gaulois^ 2 volumes in-i". Paris, Lo Mans, 18G8-

Per. Hélinand dit que c'est un vase large et peu profond dans lequel on sert aux riches des mets dans leur jus.

Taliésin place le bassin bardique dans le temple d'une déesse qu'il appelle la patronne des bardes. « Ce vase, dit-il, inspire le génie poétique, il donne la sagesse, il découvre à ses adorateurs la science de Tavenir, les mystères du monde... Ses bords sont ornés d'une rangée de perles et de diamants. »

Si l'on voulait remonter plus haut que le premier tiers du vi° siècle, époque à laquelle florissait Taliésin, nous pensons qu'on retrouverait au delà de la période romaine et dans le vieux fonds gaulois, ce môme vase mis en lumière et servant à décorer les pompes triomphales représentées sur les monnaies de nos aïeux.

On peut d'ailleurs consulter avec toute confiance ce genre de documents ; c'est le seul, on le sait, qui soit à l'abri de l'erreur. Tous les autres monuments réputés gaulois, peuvent, dans une certaine mesure, être récusés comme appartenant à la période romaine. Les médailles seules nous offrent une série de monuments incontestablement gaulois, jalonnés pendant plus de deux siècles avant l'ère chétienne. Or, dès ces époques reculées, l'idée d'un vase sacré ou tout au moins très-précieux se fait jour sur les plus anciens monuments numismatiques de l'Armorique, notamment chez les Unelles et les Baiocasses, c'est-à-dire dans la partie de la Petite-Bretagne la plus voisine du pays de Galles. Nous avons donné deux représentations très-remarquables du bassin celtique pur dans le N« 1«'" de la planche 100 du premier volume

de l'Art gaulois et dans le N" 2 de la page 6 du deuxième volume du même ouvrage. Nous reproduisons ici cette seconde figure.

On remarquera que le vase dentelé sur ses bords, comme s'ils étaient ornés, l'est sur tous les exemplaires dont nous parlons, ce qui donne à penser qu'on a voulu désigner par là un genre quelconque d'ornement. Il offre d'ailleurs un système très -apparent de suspension, développé d'une manière encore plus sensible dans la figure de la médaille représentée à la page 30 du deuxième volume de l'ouvrage précité ; on ne peut dès lors y voir autre chose qu'un vase en métal destiné à faire cuire des aliments, le Cacabus ou chaudron de guerre des chefs gaulois : il a du reste les caractères décrits par Hélinand, il est large et peu profond.

Mais dès que les Gaulois eurent subi l'influence du génie romain, le vase perdit cet aspect rudimentaire, il s'affina, en quelque sorte, au contact d'une civilisation relativement raffinée, et alors il prit d'autres proportions; l'image des vases grecs qui servaient d'Athlon et récompensaient les vainqueurs dans les luttes publiques, cette image, plus attrayante, prit faveur et le chaudron rustique disparut.

Dans le N'» !•"• de la planche 91 de notre premier volume de PArt gaulois^ nous avons représenté une médaille des Aulerces Cénomans ou Diablintes qui offre un vase conique et allongé comme ces seaux de bronze du Musée de Copenhague, N»^ 296, 297, 300 et 302 de la section Jernalderen I ^ Il a une anse, non plus à chaînette ou brisée comme dans les exemplaires précédents, mais rigide et circulaire, à l'imitation de ces derniers échantillons. Il est porté à la main par le Génie qui sert d'acolyte à la Victoire symbolique, entre les mains de laquelle flotte le drapeau sacré. Dans l'exemplaire plus moderne du N« 2 de la même planche 91, ce vase se rapproche beaucoup, par ses anses, l'étranglement central et l'importance de son pied, des vases mérovingiens, présumés eucharistiques, qui sont reproduits en nombre considérable sur les triens de Banassac (Gombrouse, pi. 157, 158) et dont le trésor

* Nordiske oldsager i det Kongelige muséum i Kjôbenhavii af J. J. A. Worsaae. 1 volume in-8«>, Copenhague, 1859, C'est là un ouvrage que nous devons envier aux Danois ; on ne peut renfermer plus de choses intéressantes et admirablement interprétées dans un moindre espace.

de GoLirdon a produit un remarquable exemplaire. Cette circonstance n'est pas indifférente pour l'objet qui nous occupe; elle rattache le Graal eucharistique aux graals bardiques et confirme l'idée qu'un vase précieux a servi, depuis les temps les plus reculés, dans les Gaules et surtout dans l'Armoiique, à laccomplissement de certains rites sacrés, et plus tard, a pu s'identifier avec le calice chrétien qui lui aurait emprunté même sa forme extérieure : le vase à anses très-développées qui semble l'expression la plus moderne. Le héraut qui le porte, pareil aux Éphèbes des vases grecs ou étrusques, est un des éléments essentiels de la scène représentée sur nos médailles, et nul doute que le vase ne se rattache par un côté mystérieux à l'idée de victoire qui y est partout burinée.

Ce héraut était d'ailleurs simplement pourvu d'ailes dans les médailles primitives, et c'est la dégénérescence de l'art qui, en supprimant les ailes, a placé dans ses mains des accessoires liturgiques, comme il est arrivé partout ailleurs dans l'antiquité, où les détails du culte ont fini, aux basses époques, par usurper tout le champ des médailles, au grand avantage de la science qui a gagné en notions intéressantes ce que perdait l'art en simplicité et en harmonie. On peut encore consulter les passages de rArt gaulois relatifs aux monnaies des Turones et des Garnutes qui offrent Y Athlon de forme grecque ou romaine, mais surtout la curieuse médaille des Véliocasses ou des Calètes où l'on voit deux animaux affrontés et béants devant un vase ( page 36 du deuxième volume de l'Art gaulois).

Voici la figure de cette curieuse médaille :

Nul doute donc que le vase mis en tel honneur sur nos médailles ne jouisse de propriétés précieuses ; peut être donne-t-il la victoire comrne celui de Bran ^ ou la sagesse comme celui chanté par Taliésin.

Dans tous les cas, il est fort curieux de voir un

1 Contes poimlaires des anciens Bretons, par Th. de La Villemarqué. Myvyrian, tome I, page 196. — « Bran ayant envahi a l'Irlande, chaque soldat que perdait l'ennemi, recouvrait c( la vie par la vertu du vase merveilleux. Les Gallois ne « pouvaient les vaincre et ils allaient prendre la fuite, quand tt un chef ennemi nommé V esprit mauvais ayant été tué et sa « tête jetée dans le bassin, le vase, dont les méchants ne « pouvaient approcher pas plus que du Graal, se brisa de c( lui-même. »

Sur nos médailles gauloises, le même héraut qui porte le vase magique, tient aussi parfois une tête coupée de chaque main. Enfin, comme nous l'avons dit, sur certains bronzes des Garnutes et des Turones. on voit le vase accoster l'aigle avec la foudre ( planche 5, n» le*", premier volume), et le môme vase placé devant un bœuf beuglant, en signe de déli, très-probablement (planche 54, n» 2, premier volume). Évidemment la présence du vase n'est pas fortuite et il y a là une intention symboliqne se rattachant à l'idée de victoire.

vase, un bassin, jouer en Armorique un rôle important dans l'antiquité gauloise, et rien n'empêche de penser qu'il y a là comme l'indice, nous n'allons pas plus loin, de l'origine des traditions bardiques, et, par conséquent, le point de départ du mythe chrétien du saint Graal.

Ces idées que nous avons présentées pour la première fois dans le second volume de VArt gaulois, nous semblent si simples et si plausibles que nous n'avons pu résister au désir de les reproduire ici, où elles servent naturellement de prologue à tout un cycle littéraire. Elles pourront, si elles sont agréées, corroborer et compléter celles que M. de La Villemarqué a si ingénieusement développées dans son beau travail sur l'origine des épopées chevaleresques de la Table ronde.

Ajoutons que la pensée de m ettre le vase en honneur n'est pas particulière à la nation gauloise. Les Grecs avaient VAthloîi, vase de victoire, et en cela encore les Gaulois, qu'on s'étonne de trouver, à chaque instant, en rapport d'idées avec les peuples plus civilisés, subissaient les traditions ayant cours dans le vieux monde païen.

Pourquoi les peuples chrétiens, arrivant, à leur tour, dans l'évolution séculaire de l'humanité, n'auraient-ils pas eu, eux aussi, leur vase mystérieux, source de grâce, de bonheur terrestre, de victoire sur l'ennemi ?

Ce vase a été le saint Graal, cette écuelle bénie, dans laquelle Jésus fit d'abord « son sacrement » dans la maison de Simon le lépreux et que plus tard un Juif recueillit et porta à Pilate.

Ce dernier ne voulant pas garder quelque chose qui avait appartenu à Jésus, le donna à Joseph d'Arimathie qui l'avait servi « à cinq chevaliers » depuis longues années, et qui « pour ses soudées » lui demanda le corps de Jésus, dont il était « covers créans. »

Pilate le lui ayant accordé, Joseph se rendit «' au despit, » détacha avec Nichodème ce corps aimé, « tiergit » ses plaies à son vase et y recueillit les gouttes de sang qui en découlaient. Puis il s'empressa de le porter chez lui, et il « l'estoia en plus net lieu qu'il pot trover. »

Cependant les Juifs irrités de la résurrection de Jésus, voulurent faire expier ce miracle à Joseph et l'enfermèrent dans un pilier creux, placé, « dans une grande maraichière,» que possédait Caïphe à quelques lieues de Jérusalem.

Là, le Sauveur, qui n'oublie jamais les siens, apparut à Joseph, lui apporta le saint Graal et lui « guerredonna » amplement ses souffrances; une vive lumière jaillit aussitôt dans ce cachot obscur jusque-là, et cette lumière persista pendant les quarante-deux ans que Joseph resta enfermé dans cette prison.

La présence du saint Graal suffit pour faire oublier au prisonnier les angoisses de la faim et lui conserver une jeunesse de formes qui le rendit méconnaissable à ses proches.

A l'expiration de ces quarante-deux années, qui n'avaient été pour Joseph qu'un long jour et une longue nuitj Vespasien, empereur de Rome, ayant été guéri miraculeusement de la lèpre, par la simple vue de la Véronique, voulut tirer vengeance des

outrages que les Juifs avaient fait subir à Jésus, et se rendit en Judée avec « son oirre atournée. »

A la suite d'une enquête, il trouva Joseph et le fit sortir de prison. Ce dernier n'eut garde d'oublier le saint Graal; il l'emporta précieusement et commença à prêcher « la divine créance par les étranges terres. »

La version de Robert de Borron n'indique que très-sommairement son passage en Angleterre, cependant il en parle dans le manuscrit Cangé; mais Gautier Map en fait l'épisode principal de son roman, et c'est là qu'il faut aller chercher tous les développements qui manquent dans la version française.

Le saint Graal rend partout les plus éminents services. Dieu accorde à Joseph d'entendre une voix divine, toutes les fois qu'il aura besoin d'un avis et qu'agenouillé devant le précieux vaisseau il implorera, d'un cœur contrit, le secours de Dieu. Dans maintes circonstances, le saint Graal rassasie les compagnons de Joseph en mettant à leur disposition « grant plenté » de mets. De plus, il jouit encore de ces propriétés rares que tous ceux qui sauront apprendre et retenir les secrètes paroles du sacrement du Graal, « ne pourront estre forjugié en cort, ne vaincu de leur droit par bataille. >»

Bref, le Graal est une source inépuisable de grâces et de « bienfaits terriens. »

Telle est la donnée capitale du vase divin ; esquissée par Jésus dans la cène qui est la première table, cette donnée est développée par Joseph au moyen de l'institution d'une seconde table, carrée, dit le roman, et autour de laquelle se réunissent les nouveaux chrétiens; au milieu est placé le saint Graal. Enfin,

l'enchanteur Merlin, ce génie bienfaisant, complète, à la suite des temps, l'institution divine par l'érection d'une troisième table, la Table ronde, dont le nom devait retentir dans le monde entier, et dont la possession du saint Graal est encore le motif et le but.

Ces trois tables, comme le dit la voix mystérieuse à Joseph, réahseront le symbole de la sainte Trinité.

Il ne faut donc pas s'étonner si le roman du Saint Graal, et en général tous ceux qui se rattachent, môme par le plus petit côté, à cette donnée imposante, ont joui, pendant quatre ou cinq siècles, d'une faveur sans égale, et si aujourd'hui notre curiosité éveillée sur tous les faits considérables qui touchent à l'histoire des mœurs et de la littérature de nos aïeux, cherche avidement, dans la poussière des manuscrits, la solution des problèmes littéraires soulevés par l'examen de ces romans célèbres.

Rien n'est plus digne assurément d'exercer notre critique de plus en plus éclairée, que cette littérature essentiellement française qui a répandu nos idées et notre langue jusqu'aux confins du monde civilisé, à une époque où les relations de peuple à peuple, qu'on pourrait croire restreintes, étaient favorisées par les voyages d'outre-mer, les pèlerinages aux lieux saints et ce besoin de locomotion qui a toujours été le propre de la race gauloise.

Nous examinerons d'abord, dans un travail minutieux dont on devra nous pardonner l'aridité, quel était, au xiFet auxiii^ siècle, le sentiment commun à l'égard des auteurs des romans de la Table ronde ; et, la coopération d'un chevalier français une fois admise, nous chercherons, en dehors de tout parti pris, à

quelle province de France appartenait cet ingénieux romancier dont le nom : Robert deBorron, est si souvent répété dans le cours des romans de la Table ronde ; enfin nous donnerons une sorte de généalogie de cette famille de Borron dont nous avons eu le bonheur de retrouver les membres divers échelonnés pendant la seconde moitié du xii° siècle, le xiiie et le commencement du xiv°.

Nous nous efforcerons ensuite de distinguer la version la plus ancienne parmi les cinq ou six que nous connaissons aujourd'hui, et nous espérons pouvoir prouver, d'une manière irrécusable, que ce n'est pas la version rimée, celle que M. Francisque Michel a publiée à Bordeaux, en 1841, avec tant de soin et d'exactitude.

Nous démontrerons que le sens le plus complet et le plus satisfaisant se trouve dans le manuscrit Cangé, qui donne des renseignements si précis sur la personnalité de Robert de Borron.

Enfin nous éditerons, avec ce dernier manuscrit, celui non moins précieux, quoique plus récent, possédé par M. Ambroise Firmin-Didot, d'accord presque partout avec le poëme qui se trouve ainsi forcément placé à la fin du xiip siècle.

Ce dernier manuscrit a le mérite inestimable de nous donner la quête du saint Graal telle que l'a conçue la branche française. Nous publierons ce fragment qui est comme l'esquisse du célèbre roman rimé de Perceval le Gallois, dû à la plume élégante de Chrestien de Troyes, qui n'a rien de commun avec la quête du saint Graal de Gautier Map.

Il nous paraît inutile de rééditer le roman rimé du

Saint Graal, si parfaitement reproduit par M. Francisque Michel; seulement nous donnerons les variantes ou les repentirs du transcripteur lui-même, c'est-à-dire d'un auteur, sans doute original, opérant dans la seconde moitié et probablement vers la fin du xiir siècle.

Les deuxième et troisième volumes renfermeront le Grand Saint Graal, dû sans doute à la collaboration de Robert de Borron et de Gautier Map. Nous n'arriverons peut-être pas à prouver d'une manière irréfragable cette collaboration, accusée cependant par les romans eux-mêmes; mais elle deviendra très-probable par suite des rapprochements que nous ne pourrons nous empêcher de faire entre une série de faits très-caractéristiques, tels que l'origine des familles des Barres et de Borron, le fameux passage relatif à Sévin, comte de Meaux, l'alliance contractée entre Guillaume II des Barres et Amicie, comtesse de Leycester, le séjour des Borron à la cour de Philippe- Auguste, l'illustration qui entoura le nom de Borron après le don si considérable fait par Robert à l'abbaye de Barbeaux, enfin le témoignage formel d'Héhe de Borron, dont nous vérifierons la véracité.

On sait que Gautier Map jouit de la plus grande faveur à la cour des rois Henri II et Richard. C'est là que Robert de Borron dut recourir à sa collaboration, soit pour obtenir le canevas du Petit Saint Graal et du Merlin, soit pour préparer en commun la nouvelle version du Grand Saint Graal qui diffère si complètement du premier essai du chevalier français.

Autant celui-ci est simple et modeste, autant la nouvelle production, résultant d'un travail plus affiné,

est bizarre, emportée, fantastique : ce ne sont que surprises, événements inattendus, presque toujours impossibles, mais qui, à raison de leur étrangeté môme, ravissent le lecteur aux choses de la terre et l'emportent, comme malgré lui, dans le monde des merveilles. Ce roman a des analogies nombreuses avec les littératures orientales, et Ton y retrouve plus d'une scène des Mille et une Nuits.

Nous nous servirons pour l'éditer, cette fois, d'une version du xiii® siècle, tandis que les éditions de Galliot du Pré et de Michel Lenoir (1516) et de Philippe Lenoir(1523) ont été données d'après des manuscrits de la fin du xv^ siècle, ainsi que nous le prouverons plus loin, à l'égard de la version suivie par Philippe Lenoir.

Le manuscrit que nous publions est possédé depuis trente ou quarante ans seulement par la Bibliothèque de la ville du Mans ; c'est pour cela sans doute que Haenel n'en a pas parlé (1823) ( Dictionnaire des manuscrits. Nouvelle Encyclopédie théologique par l'abbé Migne). Ce n'est pas par un sentiment étroit de patriotisme que nous avons choisi ce manuscrit entre tant d'autres, mais parce qu'il est certainement un des plus anciens qui existent et qu'il offre, pour la Passion et la Légende de Vespasien, une version identique à celle de Robert de Borron, circonstance qui ne se reproduit que dans un autre manuscrit, le N° 770 nouveau, 7185 ^^ ancien de la Bibliothèque nationale.

Toutefois nous adjoindrons à notre manuscrit du Mans les variantes du petit manuscrit de jongleur ( No 2455 nouveau, 8188 ancien du même dépôt), le

plus clair et le plus complet de tous les manuscrits du Saint Graal, mais non le plus exact et le plus rapproché de la version originale. Celui du Mans, plus obscur, à raison de la suppression d'un grand nombre d'articles et de prépositions, de la substitution de la conjonction « que » au mot « car, « et d'autres archaïsmes de langage, est bien plus logique et plus voisin du sens primitif.

D'après les vignettes, on peut affirmer que ce manuscrit est de 1250 à 1260, les chevaliers ont des ailettes aux épaules, ce qui ne permet pas de faire remonter l'exécution des miniatures au delà de la première de ces dates ; d'un autre côté, on ne voit encore aucune apparence de plates sur la cotte de mailles, ce qui indique le milieu et non la fin du xiii« siècle; enfin l'écriture et la langue sont d'accord pour fixer à cette époque l'exécution de notre manuscrit.

Or on n'en connaît pas de plus ancien ; c'est un fait assez remarquable, car il n'est pas douteux que la rédaction du Saint Graal ne fut fixée dès les premières années du xiii« siècle, époque de la mort de Gautier Map.

Ce manuscrit, donné à la Bibliothèque de la ville du Mans par la famille Lambert, qui y a résidé, il y a trente ou trente-cinq ans, contenait originairement dix-sept cahiers de six feuilles, petit in-folio; aujourd'hui le neuvième cahier a perdu la sixième feuille tout entière qui contenait huit colonnes (Histoire du « rainseau de farbre de vie »> ); le quinzième est veuf de ses cinquième et sixième feuilles (Histoire de Moïse), soit quatre feuillets ou seize colonnes ; enfin on ne

trouve plus le sixième feuillet du dix-septième et dernier cahier (Histoire d'Alain).

Ces cahiers sont ainsi numérotés :

l»^"" cahier — Numérotage invisible.

2^ cahier —a. b. e. b. c. i.

3" cahier — — • =• =• ^* =* =.

¥ cahier — ao. bc. to. 5o. to. io,

5° cahier — a. b. c. î>. c. f.

6« cahier ~ o/. b/. r/. iV. c/, f/^

7« cahier — i. ii. m. nu. y. n.

8" cahier — a. b. c. D. 77 f.

9« cahier — oa. rb. rr. f^. oc.

-t- + + + + + 10'' cahier — a. b. r. ^. e. f.

11« cahier — |o. |b. |r. |b. |f. |f.

i2« cahier — +• î + i + ±

13« cahier — («). (b). (r). (b). (c). (f)

14« cahier — o- h. «*. î>. e. f.

p p p p 15e cahier — o. b. c. ô.

16« cahier — -a -b -r -b -c -f

p p « p p 17e et dernier cahier — a b c ht

Nous avons suppléé les passages manquants par des extraits faits avec soin dans le manuscrit 770 nouveau, 7185 ^^ ancien, et comme cette version est identique en tous points à celle du Mans, nous avons pu raccorder les textes de manière à ne pas laisser échapper même un mot aux soudures.

Le manuscrit du Mans a été écrit tout entier par un scribe qui nous a laissé lui-même son nom : Walterus de Kayo, dans cette phrase concise placée immédiatement après Vexplicit : Walterus de Kayo scripsit istum librum. (Peut-être Gautier de Caix, Somme.)

Son écriture est généralement très-lisible, nous en donnons un spécimen dans la première page du volume reproduite par nous avec un soin minutieux. De plus, voici un fac-similé d'une partie d'une ligne de la fin d'une page « à la presse desrompre et >» :

^ompre^

on y verra les ornements dont notre scribe surchar geait les lettres de la ligne finale.

Les générations successives qui ont possédé ce manuscrit ont apposé quelques souvenirs à la fin du volume; on y lit en caractères du xv*' siècle : pour la librairie d'Esgreville ; mais cette ligne a été rayée; plus bas on voit en grands caractères du temps de François P"" : Esgreville non plus... Esgreville non plus K

En tête du volume, on voit une grande miniature armoriée du temps de François le»", offrant trois écussons et au-dessous une banderole très-contournée sur laquelle on lit : au milieu, JImn (pour Jehan) du Roux., à gauche, M^ de Géresme, et à droite, C" de Drichanteau.

Jehan du Roux, écuyer, seigneur de Sigy et de Tachy (fiefs situés au delà de Donnemarie dans le département de Seine-et-Marne), épousa Catherine de Brichanteau, le 16 mai 1490; on le trouve exécuteur testamentaire de son beau-père et investi de la gardenoble de ses enfants, en 1525; le blason des Géresme semblerait indiquer une nouvelle alliance.

La vignette offre, dans î l'écusson du milieu les armes des du Roux (d'azur à trois mufles de hon au naturel) ; dans l'écusson de droite, celles des Brichan-

1 Egreville est une localité du Gâtinais, peu éloignée de Bouron, qui paraît être fort ancienne. Dom Morin dit que le château et l'église furent fondés, en 1282, par Jehan d' Aigreville. A la fin du xv^ siècle, époque de la mention : « pour la a librairie d'Esgreville », le seigneur du lieu qui se qualifiait aussi de seigneur des Barres, était Pierre d'Egreville qui mourut le 18 avril 1507. Il était époux de dame Pasquette de Goligny, qui mourut le 6 juin 1527. On voyait dans l'église d'Egreville les tombes de ces personnages.

teau (d'azur à six besants d'argent 3, 2 et 1) ; enfin à gauche, celles des Géresme (d'or à la croix ancrée de sable).

Jehan du Roux a probablement possédé notre manuscrit après les sires d'Egreville, seigneurs des Barres, qui en étaient sans doute les premiers possesseurs.

Le dialecte de notre manuscrit est picard, ce qui ajoute parfois à l'obscurité; cependant la langue, lorsqu'on s'y est habitué, est presque toujours claire et concise ; quelquefois cependant, la concision est poussée trop loin et devient un véritable fléau : ainsi, par exemple, lorsque deux mots caractéristiques sont répétés dans la même phrase, le scribe élimine de propos délibéré, plutôt que par mégarde, les mots placés entre ceux-là. Ce fait s'est reproduit huit ou dix fois dans l'étendue du manuscrit. On pourrait dès lors douter du sentiment littéraire de notre copiste; mais ce défaut, s'il existe, est précisément ce qui fait la force et l'intérêt de cette version. On sent presque partout qu'on est en présence d'un texte ancien non remanié, soit que le copiste ne l'ait pas pu faire, ses études littéraires n'étant pas suffisantes, soit qu'il ait préféré copier servilement un modèle plus ancien et dont il appréciait la pureté.

Le manuscrit 2155, au contraire, a tout modifié : l'idée souvent, et sans grand profit pour la logique ou l'intérêt du récit, et partout la phrase dans sa construction et son orthographe. Mais son texte est coulant et se lit aujourd'hui encore avec une grande facilité.

Ce manuscrit est un véritable manuscrit de jongleur; on le mettrait dans la poche; c'est pourtant

le plus complet de tous ceux que nous possédons; il paraît appartenir au dialecte lorrain. Sa longueur est de 145 millimètres et sa largeur de 110 millimètres.

On lit au verso du folio premier :

... est livre du saint G.*^ al

. . . eql est au Monchet de

. . . esançon.

G est-à-dire : C'est livre du saint Gréai, lequel est au Monchet de Besançon. .

M. Castan pense qu'il s'agit ici d'un membre de la famille Mouchet de Besançon, dont on trouve des traces dès le commencement du xiv« siècle; j'avais cru qu'on devait interpréter le mot « monchet » par Moustier [monasterium). M. Léopold Delisle qui a revu le manuscrit, à ma prière, a lu, comme moi, Monchet et non Mouchet.

Deux vers qui se trouvent au bas de la même page, font penser que le possesseur du manuscrit était un ascète par devoir ou par penchant naturel ; voici ces vers :

Nos non terra suraus, si terra non est famus ; Sed nichi est fumus, nos nichi ergo sumus.

C'est encore M. Léopold Delisle qui, avec sa sagacité

et son obligeance ordinaires, est parvenu à restituer ce

texte très- effacé et a bien voulu nous en faire profiter.

Au dos du volume il y a une étiquette de papier à

moitié usée et effacée sur laquelle on lit :

Histoire de

José roman,

Sansdoute,Histoirede Joseph d'Arimathie en roman.

Ainsi cette curieuse production littéraire que nous appelons aujourd'hui : Saint Graal, portait, aux xiii« et xiv^siècles, le nom de Joseph d'Arimathie. Du reste, nous l'avions déjà constaté ailleurs.

Ainsi le manuscrit de la Bibliothèque nationale N° 105 nouveau, 6777 ancien, de la fin du xiii« siècle ou du commencement du xiv, débute ainsi :

« Ci commence Joseph d'Arimacie et est le fondement de toute la Table ronde et puis vient toute la vie Merlin, après. ...»

Le manuscrit 9246, grand in-folio de la Bibliothèque royale de Bruxelles, de 1480, commence aussi de la même manière :

« Gy commence Joseph d'Arismathie quy est le commencement de toute la Table ronde et puis vient toute la vie Merlin, après, etc. . . >»

Le manuscrit 2455 n'est pas complet. Le feuillet d'entre le N» 337 et le N'' 338 a été coupé, et ce dernier est aussi le dernier du volume.

Il renferme une version d'Hypocras, très-différente de toutes les autres, et l'histoire de Grimaud qui ne se trouve que dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale N° 98 nouveau, 0772 ancien, du xiv^ siècle. Nous donnerons ces deux épisodes dans la version du N° 2455. Nous avons désigné ce volume, soit par son numéro, soit de cette manière : Ms. F.

Nous nous sommes aussi servi dans nos variantes du manuscrit anglais : Reg. 14. L. III, du British Muséum. C'est celui qui a été publié par M. Furniwall dans son édition in-'i" du Saint Graal anglais de Loneligh, exécutée aux frais du Roxburghe Club, et tout récemment dans son édition in-8°.

â;2 PRÉFACK.

Nous désignerons ce manuscrit par les mots : Manuscrit anglais ou Ms. A.

Ce manuscrit contient le Saint Graal, mais sans Hypocras ni Grimaud, la Quête et la Mort d'Artus. Le saint Graal occupe quatre-vingt-six feuillets à trois colonnes de cinquante et une ligne ^ chacune et comprend soixante-trois miniatures. On voit dans les marges deux blasons, l'un de gueules au chevron de sinople accompagné de trois étoiles d'or, le second de sable à la bande burelée d'argent, chargée de trois alérions d'or, le fond de la bande est peu visible, un besant à droite de la bande. Ces blasons n'ont pas encore été attribués.

Il existait au xrii« siècle, dans l'Ile-de-France, une famille d'Andeville qui portait de . . . à un chevron accompagné de trois étoiles ; mais on n'a pas les émaux des diverses pièces de ce blason, qui n'est connu que par un sceau.

Jacques de Savary, seigneur de Warcoing en Artois, vers 1530, portait aussi des armes semblables.

Le second blason n'est sans doute pas français.

Au commencement du volume on trouve les autographes suivants : « Elisabeth the kyngys dowther » (Elisabeth la fille du roi), fille d'Edouard IV, épouse du roi Henri YII.

« Cecyl, the kyngys dowther », épouse de John vicomte de Welles, et « Jane Grey. »

On lit encore « cest livre est à moi Richard (rex Anghœ). >) Sans doute Richard III. « E Wydevill », femme du roi Edouard IV ; c'est la belle Elisabeth de Wydevill, veuve de sir John Gray.

Ce volume est écrit avec soin, la phrase y est claire

et très-logique ; elle se rapproche, au dialecte près, qui est moias accentué, de celle du manuscrit du Mans, et diffère par conséquent de celle du manuscrit 2455. Le scribe n'omet ni les articles ni les prépositions, ni aucun de ces accessoires du langage qui ajoutent à la clarté.

Nous ferons encore des emprunts à d'autres manuscrits dont nous devons énoncer ici les numéros et les caractères généraux.

Bibliothèque nationale de France.

i\os nouveaux. A'os anciens. Caractères généraux.

6769 Manuscrit admirable du xiii° siècle, miniatures splendides.

Époque de Charles VII ou Louis XL xiv« siècle. Fin du xiiF siècle.

Fin du xiiF siècle, incomplet.

xv« siècle.

xiv° ou xv° siècle.

Milieu du xiip, identique pour les

miniatures à celui du Mans.

xiii° siècle, mauvais état.

xriF siècle, môme écriture que celle

du manuscrit du Mans.

xiiF siècle, miniatures coupées.

1 33 Milieu du xiiF siècle, mêmes version et miniatures que celles du Mans.

19162 — 1245 Fonds Saint-Germain, xin^ siècle.

Bibliothèque de l'Arsenal.

Muméros, Caractères généraux.

221 Fin du xiii<^ siècle, commencement du xiv«.

223 xv« siècle, sur papier ; prototype de l'édition

de Philippe Lenoir (1523).

224 xv^ siècle, sur papier.

229 xiiP siècle.

230 xv'' siècle.

British Muséum.

Add. 1 E. 10292, 10294. Texte pareil à celui de l'édition de 1514-1516 (d'après M. Maunde Thompson, du British Muséum).

Reg., Ms. 19, C. XII, pas de miniatures, cinq ou six feuilles manquent in fine.

Oxford's Bodleian.

Ms. Douce 178. Commencement du xiv« siècle. Ms. Douce 303. Fin du xiii° siècle.

Bibliothèque royale de Bruxelles.

N° 9246. De l'année 1480.

Quant au Petit Saint Graal, nous possédons maintenant six manuscrits plus ou moins complets, que nous avons mis à contribution pour notre examen préalable du texte rimé.

Le plus ancien est incontestablement celui du manuscrit du Mans, dans la partie que ce manuscrit a empruntée à la version de Robert de Borron. 11 est fâcheux que cette version cesse à l'enquête faite par Vespasien sur la disparition de Joseph. Mais dans tout ce qui précède les mots : « Lors en refist une grant partie ardoir, » ce texte est infiniment précieux comme venant à l'appui des manuscrits suivants.

Le second, par ordre chronologique, est le manuscrit Cangé 4 de la Biblothèque nationale, portant aujourd'hui les N°s 748 nouveau, 7170' ancien.

C'est un petit in-folio très-lisible et très-bien conservé, il est complet et porte le titre moderne : Merlin. On lit en tête, de la main de Cangé, croyonsnous : « Ce manuscrit, qui paraît être du xii° siècle, « ne contient au plus que le quart de ce roman ; il « y a au commencement un extrait fort abrégé du « roman du Saint Graal qui finit page 18. >> Plus loin : « Codex à Delange, 89. »

Disons tout de suite que ce manuscrit n'est pas du xip siècle, mais du milieu du xiii".

Cette version est précieuse à cause de son antiquité et de la précision minutieuse du scribe qui, voulant tout expliquer, nous a livré plus de documents littéraires que les autres. C'est lui qui donne quelques renseignements sur les rapports de dépendance de Robert de Borron vis-à-vis de Gautier de Montbéhard, connétable de Jérusalem.

Le troisième manuscrit mis à notre disposition est le manuscrit Didot, précieux entre tous parce qu'il porte la date de sa confection 1301, et qu'il est ainsi

un jalon précieux qui nous permet d'apprécier enfin à sa valeur le roman rimé, considéré jusqu'ici comme l'œuvre même de Robert de Borron.

Le manuscrit Didot offre déplus cet intérêt supérieur qu'il est un tout complet dont le Saint Graal est le prologue, le Merlin^ le corps d'ouvrage, et le Perceval qui le termine, l'épilogue.

Nous donnerons le Samt Graal et le Perceval. Cette dernière partie du roman diffère complètement du Perceval en prose que l'évêque de Cambray fit écrire pour Jehan de Nesle, qu'on croit être le seigneur du même nom qui prit la croix avec Baudouin de Constantinople, le 23 février 1200; on sait que ce dernier roman a été publié, en 1867, par M. Ch. Potvin, au nom de la Société des Bibliophiles belges de Mons.

Notre Perceval est fait en vue même de former la suite et le complément du Saint Graal ; ainsi Merlin se réfère, au commencement, aux passages relatifs à Moïse, dont il rappelle la fin tragique et présente dès lors la Table ronde comme étant la troisième table annoncée par la voix de l'ange à Joseph.

On peut donc admettre, en toute confiance, le Perceval que nous allons faire connaître, comme le complément nécessaire et prévu du roman du Saint Graal.

La version du manuscrit Didot est moderne, si on la compare aux manuscrits du Mans et Cangé, et nous la verrons presque toujours d'accord avec la version rimée, pour le sens comme pour la phrase.

Le volume est relié en parchemin vert et sur le plat sont gaufrées les armes du chancelier d'Aguesseau (1717-1751). Sur l'une des gardes on lit: Ce manuscrit

est précieux et très-curieux, vu son antiquité : il est daté de l'an 1301. Puis, quatre lignes effacées et une signature. Nantes, le {^'juillet 1806.

Au-dessous sont des armes assez mal dessinées portant : écartelé au premier et au quatrième d'argent à la fasce de sable accompagnée d'une étoile et d'un croissant de gueules ? et aux deuxième et troisième contreccartelé au premier et au quatrième de gueules, aux deuxième et troisième de sable à la croix d'argent.

4° Nous avons pu encore consulter une copie du manuscrit de M. Huth, négociant à Londres, et y puiser des termes de comparaison précieux. Ce manuscrit est un peu plus ancien, croyons-nous, que le manuscrit Didot et ne contient pas le Perceval. Il est très-concis et abrège tant qu'il peut. Nous en donnerons les variantes principales. Robert de Borron n'y est pas plus nommé que dans le manuscrit Didot.

5° Le manuscrit de l'Arsenal N° 225 est précieux par certains côtés que nous ferons valoir ; c'est un des manuscrits qui nous ont légué les noms de Robert de Borron et de Gautier de Montbéliart.

G-ï Enfin le manuscrit de la Bibliothèque nationale N*^ 1409 nouveau, 7547-"^ ancien, anc. cod. Lancelotti 169, est un in-4<' en papier de cent vingt-deux feuillets, du xv« siècle ; nous nous en sommes peu servi. Robert de Borron n'y est pas nommé.

Ce manuscrit finit au couronnement d'Artus et se termine par ces mots :

Ici linist la prophétie Merlin

Rédigé de picard en francoys, Qui est tel que au mieux que l'enlendoys. A l'escripvain doinst Jliesu Crist bonne tin.

28 PRl^FACE.

Quant au roman rimé, il est assez connu par l'édition très-soignée qu'en a donnée M. Fr. Michel pour nous dispenser d'en parler ici ; d'ailleurs nous reviendrons sur les caractères principaux du manuscrit qui contient cette version, unique jusqu'ici et malheureusement mutilée, dans le travail qui suit immédiatement cette préface.

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