EN CANOT
Nous sautons dans notre embarcation et nous voilà partis pour la Tuque. Nous sommes cinq voyageurs et nous avons six hommes pour diriger notre embarcation. Nous arriverons à bon port, car c'est Bazile Thibault qui tient le gouvernail, et Bazile Thibault connaît le St. Maurice comme un oiseau connaît son nid. Lorsque l'heure du diner arrive, Bazile Thibault nous prépare à manger. Iltient la queue de la poêle à frire aussi bien que le gouvernail. Tous les hommes d’ailleurs sont de joyeux compères, connaissant bien les Cheneaux et capables de nous guider jusqu’au pôle nord.
Nous naviguons dans ce qu'on appelle une barge de l'Ottawa: c'est une sorte de grand canot svelte, bien fait, et qu’on ne construit en effet que sur les bords de l'Ottawa. Nous sommes onze à bord et l’on pourrait être encore cinq ou six de plus. C'est l’embarcation la plus commode pour les excursions de plaisir. Pour monter les provisions de chantier et les chevaux, les commerçants de bois se servent de préférence de grands chalands où l’on peut s’entasser sans crainte. A l'arrière, il y a une cabine où l’on peut coucher et dormir, quand les puces veulent bien nous en laisser le loisir. Enfin pour les voyages pressés, il y a le canot d’écorce, embarcation favorite des voyageurs du St. Maurice.
Jadis il y avait un bateau à vapeur entre les Piles et la Tuque. C'était une noble tentative que nous devions à l'esprit entreprenant de l’ancienne compagnie américaine de MM. Philipp, Norcross
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& Cie., mais la navigation à vapeur sur le St. Maurice cessa lorsque la compagnie tomba en banqueroute. Aujourd'hui il faut se contenter de la rame et de l'aviron. Pour de longs intervalles on peut cependant aller à la cordelle.
Qu'e:'-ce qu'aller à la cordelle ?
Lor.ue le rivage le permet, un cheval ou des hommes remorquent l’embarcation au moyen d'une corde attachée à l'avant, Tout de mème il faut trois jours pour aller ainsi des Piles à la Tuque. Mais nous avons tout le comfort désirable et nous entreprenons le voyage gaiement en chantant sur l’aviron ces chansons que les échos du St. Maurice ont répétées tant de fois.
DES PILES A MATAWIN.
Le premier colon que l’on tronve, le long de la rivière, après avoir quitlé les Piles est M. Maurice Larivée. M. Larivée est un hardi pionnier. Ilest toujours au premier rang de ceux qui s’avancent à travers la forêt sauvage. Le premier il a été se construire une cabane à l'endroit où est aujourd’hui Ste. Flore. Lorsque Ste. Flore est devenue une paroisse, il à laissé sa terre et s'en est allé plus loin, sur le St. Maurice, aux avant-postes de la civilisation, où nous le trouvons aujourd’hui. Il a plusieurs enfants qui, eux aussi, vivent dans le St. Maurice et quelques uns même ont déjà pris femme.
À notre gauche se montre bientôt la ferme de M. Alex. Oman, vis-à vis l’île aux Fraises. Le paysage en ces endroits est varié et pittoresque. Tantôt le bord de la rivière n’est qu'un rocher escarpé comme les rives du Saguenay; tantôt c'est une plaine unie où le foix bleu remplace en abondance les grands pins abattus pour le commerce, Du moment que nous approchons des habitations, nous entendons le bruit des clochettes qui rappelle le Ranz des vaches des montagnes de la Suisse. Il n’y a pas une vache dans le St. Maurice sans qu’elle porte à son cou cet ornement sonore.
À deux lieues au-dessus des Piles nous souhaitons le bonjour, en passant, à Toussaint Bellemare. Toussaint Bellemare est une des célébrités du St. Maurice. Il n’a pas de supérieur comme chasseur, comme nageur ou comme guide de canots. Cest lui qui retira de l’eau le flls du Gouverneur Head lorsque cet infortuné jeune homme se noya à la Grand'Mère. Un sauvage était
parvenu à trouver au bout d’une perche, l'endroit où il gisait au fond de la rivière, mais c’est Bellemare qui, plongeant hardiment, rapporta sur le rivage le fils du représentant de notre souveraine.
Cette famiiie de Bellemare est presque toute employée dans le St. Maurice. On en retrouve quelques-uns à la Rivière-au-Rat; M d'autres sont emplovés de la compagnie de la Baie d'Hudson. Un % des fils de Toussaint est établi un peu plus haut que son père, sur la ferme commencée autrefois par Vassal. Le sol est excellent en cet endroit; on voit sur la rive gauche comme un immense plateau de sol arable qui s'étend jusqu'au-delà de la Mékinac. Vassal qui avait commencé des défrichements ici était le petit fils de M. Vassal de Monviel, ancien adjudant-général de milice pour le Bas-Canada.
Un autre colon du nom de Beauce est aussi venu s'établir dans le voisinage de Bellemare, depuis quelques années,
Après avoir passé l'ile Pigouinak (mot sauvage employé par euphémisme sur les cartes et dans les rapports officiels pour désigner l’ile que tous les voyageurs appellent l'ile aux Morpions,) nous trouvons encore sur la rive gauche une série d'habitations et de fermes plus ou moins avancées. C'est d’abord Henri Cadorette, homme de canot et guide renommé. MM. Tessier et Lemieux sont
| établis à peu de distance de Cadorette, puis vient la maison du Père $ le | Tournel situé au pied d’une des plus hautes montagnes du St. Mau- \ M: rice, à l'embouchure de la Mékinac. : “ : La rivière Mékinac est à quatre lieues et demie des Piles. C'est 3 À une étape assez ordinaire pour les voyageurs qui remontent la 4 © | rivière, mais comme nous avons des rameurs émérites, nous 4 8 | passons outre. Ily a là cependant une ferme assez considérable à pé commencée, il y a qu ques années par M. Laurent Lajoie et qu’il à a depuis abandonnée à ses gendres, les fils de Larivée. à < Quelques arpents au-dessus de la Mékinac se trouve la Poiute-à- 4 a Château où, dans l'automne de 1869, une dizaine d'hommes se 4 le noyèrent en traversant le remous. D'où vient cenom de Pointe-à- Château ? Assurément, il n’y a pas de château dans le voisinage. 3 ù 11 paraitrait que cette noyade de 1869 n’est pas le premier évêéne- be. ment sinistre dont ces rochers ont été témoins. La tradition É. | rapporte qu'un nommé Château, trafiquant de pelleteries, y perdit 4 q la vie, il y a longtemps, et que son nom s’est attaché à la place. 4 Il est moins difficile d'imaginer pourquoi on a donné au rapide E l | que nous trouvons ensuite, le nom de Raprde de la Manigance. I 4 d | en faut en effet de la manigance pour rebrousser le courant dans L L | ce rapide. Le courant est d’une force et d’une rapidité extraordi- É ue {| |; | 1] | | :
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