PSALM. CXVIII
îes conséquences pratiques , ce psaume est moins encore me instruction qu'une prière. Du commencement à la in, le Psalmiste s'adresse au Seigneur; son cœur s'é- )anche en aspirations saintes, en témoignages de respect, !n protestations d'amour; il exprime sans cesse à Dieu 'ardeur qui le presse de se conformer à ses désirs et de oir sa sainte loi connue, respectée, observée par toute a terre. Ce ne sont donc pas de simples réflexions que 'Eglise nous donne à méditer, ce sont des affections qu'elle lous demande. Elle veut élever vers Dieu notre cœur n même temps que notre esprit, diriger toutes nos aspiraions vers l'accomplissement de sa volonté, en faire l'objet e nos vœux comme de nos résolutions. Qui ne voit les onséquences d'une telle pratique si souvent répétée? Jui ne sent l'influence qu'une telle prière doit exercer sur e cœur de Dieu et sur 1 âme de ses ministres? [ Sur Dieu d'abord. Pour peu qu'elle soit sincère, animée 'un véritable esprit de foi et d'humilité, est-il possible u'elle reste sans efl'et? Quiconque demande obtient S dit 'Otre- Seigneur. Demandez, et Von vous donnera; cherchez , / vous trouverez ^ Frappez à la porte, et Von vous ouvrira, )uand un enfant demande du pain, y a-t-il un père assez énaturé pour lui donner une pierre ? Que si vous ne pouvez , mt méchants que vous êtes, refuser à vos enfants V aliment n'ils vous demandent, comment votre Fére céleste refuseraitson Esprit à ceux qui le supplieront de le leur donner ^ ? De îUes promesses n'admettent pas d'exception; et s'il est ne demande dont elles garantissent spécialement l'efcacité, n'est-ce pas celle qui a pour objet le respect de la )i divine et son accomplissement*?
D'ailleurs, par cela même que nous faisons cette prière, ous entrons déjà jusqu'à un certain point dans les dispotions que nous demandons. Il y a dans les mots, dans
^ Luc. XI, 10.
2 Matth. VII , 7.
^ Luc. XI. 11.
^ Domine, quas tuorum preces exaudis , si bas non exaudis? S. Aug.
! civit. Dei, xxii, 8.
les paroles de l'Esprit- Saint surtout, une vertu secrète qui agit sur ceux qui les prononcent, et il est ditRcile de s'y soustraire entièrement. Les sentiments tendent à se mettre d'accord avec le langage. A moins d'une distrac tion complète ou d'une résistance de la volonté, on s'humilie en proférant des paroles d'humilité; on tremble ei prenant l'accent de la terreur; on s'attriste , on se rassurej on se réjouit, on aime, selon qu'on exprime du repentir de la confiance, de l'allégresse, ou de l'amour. Or cei impressions se reproduisent chaque fois que les parole! se répètent, et, à force de se reproduire, elles pénètrent l'âme, elles s'y fixent d'une manière durable, elles finis sent par passer dans ses habitudes et dans sa constitution De là en partie, comme nous l'avons fait observer l'importance des prières vocales, celles du saint Office eï ri particulier ^ Un psaume comme celui qui nous occupe qui a pour objet l'accomplissement du bon plaisir divin qui ne respire qu'amour et respect pour la loi de Dieu qui n'est qu'une protestation continuelle de soumissio au souverain Maître, a donc nécessairement une doubi efficacité. D'un côté, il obtient du Ciel des grâces d'obéis sance et de fidélité; de l'autre, il dispose l'âme à profite de ces secours: et, par ces deux moyens, il tend assurer notre persévérance et à nous faire avancer, sur 1( tracesde notre divin Maître, dans la voie de la vraie sainteti Ces considérations justifient suffisamment, ce semble la prédilection de l'Église pour ce beau psaume. EU expliquent aussi l'estime et l'aff'ection qu'il a toujou: inspirées aux ecclésiastiques sages et pieux.
1 Qui petit a Beo, dum petit, accipit , dit saint Ambroise; ipsum eni petere accipere est. Ces paroles sont vraies à la lettre, et nécessairemeU(|.,p vraies quand la prière a pour objet des vertus, des qualités morales. Ym\ loir être vicieux, ce serait l'être et le devenir de plus en plus; souhaillfrifir la perfection et la demander à Dieu , c'est commencer à se rendre parfai et devenir meilleur par cet acte même. — « Quelle histoire on ferait, g l^j un savant Docteur, si l'on pouvait recueillir toutes les impressions nm^^^^ gieuses, toutes les résolutions, les consolations, les résignations <ï"j|s(ji.j, pour les âmes saintes , se rattachent à la seule récitation des Psaumffllji] p^^^ s'il était possible de constater la place qu'ils occupent dans la vie intiyiujjfg des héros du royaume de Dieu ! » m^^^
On eut, en effet, dans le siècle dernier, des preuves frappantes de ces dispositions. Quoique le goût des innovations dominât généralement, et que d'excellents esprits s'imaginassent ranimer la ferveur en donnant une autre fornie aux prières de l'Église, un grand nombre de plaintes se firent entendre lorsqu'on vit substituer au Beati immaculati une longue suite de psaumes qui donnait à l'Office du matin une signification nouvelle. Bossuet fut des premiers à en témoigner son mécontentement. Dans ses dernières années, on obtint de lui qu'il fit aussi une révision de l'Office; mais sur ce point il résista et fut inébranlable. « Tout occupé de ce psaume, écrit l'abbé Ledieu dans ses Mémoires , il dit qu'il faut absolument le laisser aux petites Heures pour tous les jours; et il est bien résolu de l'y maintenir, tant il le juge nécessaire dans l'intérêt de la piété. » Il avait montré, du reste, en plusieurs de ses écrits, l'estime qu'il en faisait. Non content de le citer avec de grands éloges, il en a mis une traduction à la suite de son Catéchisme pour l'usage des fidèles ; et, dans son Commentaire du Psautier, il s'est appliqué spécialement à en relever le mérite et à en aplanir les difficultés K
Les réformateurs alléguaient aussi les intérêts de la piété. Suivant eux, l'esprit de prière avait besoin de plus d'aliment et de variété. « N'est-ce pas, disaient-ils, se vouer à la routine et se condamner à l'ennui, que de répéter chaque matin le même psaume, un psaume long et monotone, qui reproduit sans cesse la même pensée, sans rien offrir à l'imagination qui la frappe et qui l'occupe ? »
Sans doute, c'est s'exposer à la routine que de répéter souvent la même formule, comme c'est s'exposer aux distractions et au dégoût que de prolonger la prière; mais que conclure de là pour la pratique? Faut- il renoncer à prier, de peur d'être distrait? Faut -il abréger toutes les
1 A l'autorité de Bossuet on peut joindre , si on le désire , le sentiment de Pascal. «Il avait un goût sensible pour tout l'Office, ditM^^e périer, sa sœur, mais surtout pour les petites Heures, parce qu'elles sont composées lu psaume cxvni , où il trouvait des choses admirables. Quand il s'entretenait avec ses amis de la beauté de ce psaume, il était transporté et paraissait hors de lui-même. » Cf. Bliz. Seton, par M"^^ Barberey, p. 24.
prières, pour n'être pas surpris par l'ennui^? Ou bien doit- on changer à chaque instant de pensées et d'expressions? Qui ne voit qu'il y a ici une mesure à garder, et que si Ton blâme l'usage que l'Eglise fait de ce psaume, on doit blâmer également les pratiques les plus anciennes et les plus respectables? Est-ce que nous ne disons pas tous les jours à la Messe les mêmes prières, à quelques paroles près? Est-ce que les fidèles comme les prêtres ne récitent pas, chaque matin et chaque soir, la même Oraison dominicale, la même Salutation, le même Symbole, les mêmes Actes de foi, d'espérance et de charité 2? Le danger de la routine fera -t- il abandonner cet usage ou diversifier ces formules? Non, sans doute: la crainte des défauts où l'on peut tomber dans la prière n'est pasj une raison pour ne pas prier ou pour prier rarement. Ce n'est qu'un motif de plus de veiller sur soi pour bien prier, ce qui est toujours possible. Car on peut toujours éviter ce qui déplaît à Dieu; et pour ce qui est de la routine en particulier, loin d'y conduire infailliblement, l'habitude de bien prier en éloigne, par le goût et la facilité qu'elle fait acquérir à l'âme. La routine est le ré-
^ Nempè quo brevior oratio, eô citius cœlos penetrabit? I nunc, dive| Antoni, et properantem nimis solis ortum increpa I... Guyet. Heortologia ,i I, XIV, 7. — Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici la censure por-f| tée en 1517, par l'Université de Paris, contre cette proposition d'Érasme :4j Christus in orando damnât multiloquium. « Erronea est ; non enim.^ damnatur omne multiloquium in oratione , sed illud quod ex infidelitateâ procedit, existimantis Deum non aliter audire aut Intelligere oranteaï nisi multiloquio utentes ; quod explicans Christus , non solum dicit ^ NoUte muUum loqui, sed adjungit : sicut ethnici faciunt; putant enim quàd in multiloquio suo exaudiuntur. » D'Argentbé, Collectio judiciorum, t. II, p. 67.
^ Commemorate vosmetipsos, disait saint Augustin, au sujet des prières; non pigeât repetere. Bona est repetitio , ne subrepat oblivio. Ne dicatis : Dixl heri ; dixi hodiè. Quotidiè die; commémora fldem tuam. Serm. Lvin, no 13. ^— On peut voir, Traité de l'Office divin, p. I, c. vin, avec quelle vivacité Collet répond aux ecclésiastiques qui se plaignent d'avoir trop souvent à répéter les mêmes paroles. Il se demande s'ils pourront chanter avec les élus le Sanctus éternel. Pour nous, ces plaintes nous paraissent simplement irréfléchies et sans conséquence. Nous sommes convaincu que ces ecclésiastiques n'en récitent pas moins chaque jour le chapelet de la sainte Vierge, ses litanies ou celles de Notre - Seigneur ; qu'il» ont même du zèle pour en recommander la récitation aux autres.
sultat de la négligence : elle ne se contracte que parce qu'on s'accoutume à prier mal, sans attention et sans ardeur.
Qu'un si long psaume ait peu d'idées distinctes, qu'il roule tout entier sur une disposition de l'âme , que chaque verset soit une protestation de respect, d'amour, de dévouement pour la loi du Seigneur, c'est ce que tout le monde reconnaît : mais la récitation en est -elle pour cela moins salutaire? En a-t-elle moins de mérite ? DevonsTfïous y trouver moins d'attraits? Tout prêtre éclairé sait que la prière ne consiste pas dans les actes de l'entendement, qu'elle n^ tire sa vertu ni du nombre des pensées ni de la variété des expressions , que l'affection la plus simple suffit pour occuper notre cœur et pour l'attacher à Dieu , enfin que l'efficacité de nos désirs répond à leur ardeur, et qu'il est de leur nature de s'enflammer par l'insistance et la continuité ^ .
Voilà le sentiment d'un ecclésiastique qui a l'esprit de sa vocation et qui aspire à la sainteté. S'il porte au fond du cœur, comme David , un vif amour de la volonté divine, comment ne serait-il pas heureux d'avoir à l'exprimer par tant de protestations * ? Et s'il n'a pas encore
1 Très souvent , dit un Commentateur sur la prière du Sauveur dans son agonie , nous croyons , comme les païens , qu'en multipliant nos prières nous les rendrons plus efficaces , que nous persuaderons Dieu par nos raisons , que nous le toucherons par une vive représentation de nos besoins. Nos longs discours ne lui apprennent rien. Nos raisonnements et nos réflexions le touchent peu. Il demande seulement que nous soyons touchés nous-mêmes , que notre cœur se fonde et s'écoule devant lui , que nos désirs soient ardents , que notre volonté soit soumise , que nous soyons pleins de confiance en sa miséricorde et néanmoins profondément pénétrés du sentiment de notre indignité. Alors nous pouvons prier longtemps sans tomber dans le défaut des grands parleurs condamnés dans l'Évangile. Alors peu de mots nous suffisent. Alors une seule parole répétée avec de grands sentiments peut tout obtenir. Duguet, Traité de la Croix, t. VI, p. 301. Le P. Lami , combattant Duguet sur un autre point , confirme son sentiment sur celui-ci. Suivant lui, le cœur n'est pas fait de manière à changer aussi fréquemment de sentiments que l'imagination d'idées. D'ailleurs, pour qu'un sentiment pénètre l'âme et puisse la changer, il faut qu'il y séjourne , qu'il ait le temps de la gagner et d'y opérer. « Il en est des passions saintes à peu près comme des profanes. Elles sont filles d'habitudes : 11 faut leur donner le temps d'en former avec le cœur. » Béflex, sur le Traité de la prière publique.
2 L'amour n'a qu'un mot, et en le disant toujours, il ne le répète jamais. P. Lacordaire, s, Dominique.
cet amour au degré qu'il souhaite , s'il gémit de trouver son cœur froid et sa volonté débile, comment tfe trouverait-il pas une consolation dans la facilité qui^ui est offerte d'accroître son ardeur par ses gémissements mêmes, et de réaliser ses désirs en donnant à leur expression toute leur énergie et leur vivacité?
Ce n'est pas qu'à notre avis beaucoup d'ecclésiastiques ne trouvent un écueil dans cette récitation si fréquente, et qu'on n'ait besoin de précautions et de vigilance pour éviter le relâchements II importe, au contraire, d'appliquer ici avec un soin particulier les conseils généraux que nous avons donnés dans la première partie. Avant tout, il faut connaître le sens du psaume et s'en bien pénétrer. Pour y parvenir, on doit faire de chaque verset une étude patiente et approfondie , en relire de temps en temps un bon commentaire, recueillir les remarques les plus touchantes des saints et des docteurs, y joindre les bonnes idées et les sentiments qu'on peut recevoir du Ciel , comparer ensemble les diverses formes que le Psalmiste donne à sa pensée, méditer dans l'oraison les paroles où l'on trouve plus de lumière et de goût, déterminer à l'avance les intentions à prendre dans la récitation , les pauses à faire , les pratiques à observer, enfin s'arrêter un instant chaque matin, avant le Sacrosanctœ ^ pour examiner avec quel soin on s'est acquitté de cette partie de l'Office. Tous ces avis ont leur importance ; il n'est pas d'ecclésiastique expérimenté et pieux qui n'en atteste l'utilité.
Pénétrés de ces sentiments , les auteurs liturgiques ont multiplié les remarques sur tout ce qui concerne les petites Heures. Ils indiquent des convenances, des raisons, des significations pieuses, jusque dans la division du psaume. Ils font observer que l'Eglise a divisé la psalmodie dans chacune de ses Heures en trois parties égales , pour répondre aux trois heures du jour qu'elle est censée comprendre, pour faire penser aux trois vertus théolo-
* Quiescant à dlctando ingénia , labia à confabulando, à scribendo digiti, à discurrendo nuntii : non autem quiescant corda die ac noote meditari In lege Domini , qu8B est caritas. S. Bern. Ep. xc.
aies, dont le concort forme Tessence du culte divin, ou
lutôt pour rappeler l'idée des trois Personnes divines, }ue nous devons glorifier sans cesse, dans le temps comme liians l'éternité.
M. Olier fait bien ressortir cette dernière intention *. L'Office du jour ou des petites Heures est, à ses yeux, l'expression de la vie chrétienne, et la vie chrétienne est me initiation à la vie du ciel. Il convenait donc que le
our n'eût qu'un psaume, comme l'éternité n'a qu'un ^hant. De plus, il convenait que ce psaume fût partagé
n quatre heures, pour représenter runiversaHté de l'Édise qui prie. Mais ce qui montre dans l'Office l'intention le faire honorer la divine Trinité, c'est que ces quatre îeures ecclésiastiques se succèdent de trois heures en trois leures, et que chacune d'elles comprend trois psaumes, 3U plutôt continue le même psaume en le partageant en trois ; de sorte que , de trois heures en trois heures , on a une Heure du Bréviaire, représentant ces trois heures du jour, et comprenant trois psaumes , qui pourtant n'en font ^u'un , comme les trois Personnes divines ne sont qu'un seul Dieu. Ainsi l'Eghse témoigne-t-elle son désir de nous voir honorer continuellement l'auguste Trinité pour tous les chrétiens qui lui sont consacrés. Ainsi nous invite-t-elle à une union de plus en plus étroite avec les trois Personnes divines, suivant le souhait de l'Apôtre : Gratia Domini nostri Jesu Christi, et caritas Dei, et communicatio sancti Spiritûs sit cum omnibus vobis ^
D'autres liturgistes remarquent encore que ce psaume, qui, dès son début, élève nos pensées à la vraie béatitude, et qui ne cesse de recommander les bonnes œuvres comme le moyen d'y parvenir, procède par octonaires ou
1 Écrits sur la sainte Vierge, p. 175. — Des Mystères de N.-S. appliqués à la journée , v.
2 II Cor. xiii , 13. — Cette division par trois qui revient à chaque Instant dans rOfflce, ne peut avoir un autre but. Elle n'est pas moins propre à suggérer cette idée à l'âme que les croix et les autres signes religieux qu'on trouve sur les routes. La vraie piété fait son profit de tout. Il est de pjeux fidèles qui pensent à la croix de Notre - Seigneur chaque fois qu'ils voient deux chemins qui se croisent.
strophes de huit vers, nombre des béatitudes évangéliques, et que chacune des sections du psaume, terminées par la doxologie , est composée de seize versets, nombre égal à celui des œuvres de miséricorde que la loi divine prescrit et que le Sauveur récompensera au dernier jour.
Peut-être serait-ce une bonne pratique de séparer par quelque trait ces octonaires, dans le Bréviaire comme dans la Bible. On voit, dans la vie de Lessius, qu'on trouva des signes semblables marqués dans son Diurnal. Ils lui servaient, soit de points d'arrêt pour modérer son ardeur naturelle, soit de signaux pour ranimer sa vigilance et renouveler ses intentions K
Il sera bon de remarquer aussi les divers noms par lesquels le Psalmiste désigne la volonté divine, les effets merveilleux qu'il lui attribue et les sentiments qu'elle lui inspire.
I. Les termes dont il se sert pour l'exprimer sont nombreux, et chacun d'eux, tout en présentant le même objet à l'esprit, le fait envisager sous un aspect particulier, de manière à en faire ressortir quelque propriété. C'est successivement une parole y une loi, un précepte, un témoignage, une carrière, un sentier. On peut voir dans les commentateurs le sens précis et la différence de toutes ces expressions -,
II. Quant aux effets que la loi produit dans les âmes fidèles, le Psalmiste en signale trois principaux :
1° Elle sauvegarde l'innocence et préserve du péché :
^ De Vîtâ et moribus R. P. Leonardi Lessii, x , n» 48 ; in-18, 1644.
^jQuidquid Deus prsecipit, via dicitur, quia fit norma Vivendi; semita, quia rectà ad Deum ducit et incipientibus arcta videtur ; testimonium , quia bonorum malorumque operum testis est, aut potius quia Dei voluntatem hominibus testatam f acit ; lex, quia homines ligat , sicut prœceptum dicitur quia per se Deus tulerit ; eloquium, sermo, verhum, quia per Filium a Pâtre emanarit ; judicium , quia continet regulam unde judicandi sumus ; justitia et aquitas, quia unicuique tribuit quod suum est; Veritas, quia ab illo est qui falli nequit nec f allere ; justiflcatio, quia imperat illa per quse justificamur. D. P. Loycx , m Argumento psalmi : Beati immaculati.
Beati immaculati in via, qui ambulant in lege Domini! In quo corrigit adolescentior viam suam? Fiat cor meum immaculatum in justificationibus tuis. ISisi quàd lex tua meditatio mea est, tune forte periissem., .
2° Elle donne à Tâme la véritable sagesse : Super inimicos meos prudentem me fecisti mandato tuo... Super senes intelîexi, quia mandata tua quœsivi,,, Lucerna pedihus meis verbum tuum. . . Declaratio sermonum tuorum illuminât, et intellectum dat parvulis.. .
3° Elle excite à la ferveur, par les consolations qu'elle fait goûter : Ambulabam in latitudine quia mandata tua exquisivi.., Hœc me consolata est in humilitate mea.,. In œternum non obliviscar justificationes tuas, quia in ipsis vivificasti me, . . Ignitum eloquium tuum vehementer, et servus tuus dilexit illud, etc.
III. A ces éloges, le Psalmiste mêle l'expression des sentiments les plus vifs et les plus touchants.
Heureux , dit-il , ceux qui n'ont d'autre règle ni d'autre amour que cette divine loi! Beati immaculati in via!,,, Beati qui scrutantur testimonia tua; in toto corde exquirunt eumL,,
Pour moi, je puis dire qu'elle est toute la consolation et toutes les délices de mon cœur : Memor fui judiciorum tuorum, Domine, et consolatus sum.., Cantabiles mihi erant justificationes tuœ in loco peregrinationis meœ.,, Portio mea, Domine, custodire legem tuam.,.Narraverunt mihi iniqui fabulationes, sed non ut lex tua.., Hœreditate acquisivi testimonia tua in œternum, quia exultatio cordis mei sunt,,, Eructabunt labia mea hymnum, cûm docueris me justificationes tuas, etc.
J'estime cette divine loi incomparablement plus que tous les trésors du monde : In via testimoniorum tuorum delectatus sum, sicut in omnibus divitiis.,, Bonum mihi lex oris tui, super millia auri et argenti.., Lœtabor ego super eloquia tua, sicut qui invenit spolia. . . Quàmdilecta faudbus meis eloquia tua!...
Elle est continuellement présente à mon esprit et à mon cœur : Testimonia tua meditatio mea est. , . Et meditabar in mandatis tuis, quœ dilexi ,, Coagulatum est sicut lac cor
eorum: egovero legem tuam meditatus sum... Quomodo dilexi legem tuam! totà die meditatio mea est... Super omnes docentes me intellexi, quia testimonia tua meditatio mea est,.. Freveneruntoculi meiad te diluculo, ut meditarer eloquia tua...
Je tâche d'approfondir ces divins commandements; je m'applique à en découvrir le sens, l'étendue, les motifs : Ego autem in corde meo scrutabor mandata tua... Declinate a me toto maligni, et scrutabor mandata Deimei... Mirabilia testimonia tua : ideo scrutata est ea anima mea...
Le plus ardent de mes vœux, c'efet de les observer avec fidélité : Concupivit anima mea desiderare justificationes tuas in omni tempore... Viam veritatis elegi... Da mihi intellectum, et scrutabor legem tuam et custodiam illam in toto corde meo... Deducme in semitam mandatorum tuorum quia ipsam volui... Juravi et statui custodire judicia justitiœ tuœ. Gressus meos dirige secundiim eloquium tuum, et non dominetur mei omnis injustitia...
Mon bonheur serait de les voir partout respectés : Particeps ego sum omnium timentium te et custodientium mandata tua... Exitus aquarum deduxerunt oculi mei, quia non custodierunt legem tuam... Tabescere mefecit zelus meusK.,
Ces remarques paraîtront peut-être minutieuses. Nous ne croyons pas cependant devoir les omettre ; parce que, si l'on s'en rapporte à l'expérience , elles ne sont pas sans utilité , et que , quand il s'agit d'un acte si important et si saint, d'une prière qu'on est obligé de réciter chaque jour et qui doit exercer une profonde influence sur toute la vie, les moindres secours acquièrent une grande valeur.
Pour la même raison, nous recommanderons encore d'étudier à fond ce psaume dans les meilleurs interprètes.
^ ce Bien que ces affections passent et se succèdent, elles ne laissent pas de produire en nous un effet durable. Comme chaque flot d'un courant lave en passant celui qui y est baigné et contribue à lui rendre sa blancheur naturelle, ainsi, dit Alvarès , chacune de ces saintes affections contribue à purifier nos âmes et à leur donner une beauté toute céleste : Jam vos mundi estis propter sermonem quem locutus sum vohis, disait Notre- Seigneur à ses apôtres. Joan. xv, 3. » Cf. Alv. de Paz. Op. spirit., t. III de Oratione vocali, p. II, xv, sub fin.
et de revenir de temps en temps à cette étude. On peut consulter les ouvrages les plus répandus sur le Psautier, comme VEœplanatio inpsalmos de Bellarmin, les Réflexions spirituelles sur les psaumes du P. Berthier. Il serait même bon d'y joindre quelque travail plus approfondi; par exemple, VExpositio in psalmum CXYIII de saint Ambroise », les Enarrationes de saint Augustin sur le même Psaume - , le pieux Commentaire du P. Aquaviva sous ce titre : CL Aquavivœ, Prœpositi generalis societatis Jesu^ meditationes in psalmum cxviiis; celui du D^ P. Loycx, intitulé : In psalmum Beati immaculati, etc., reliquorum omnium veré principem^ commentaria moralia; in-folio, 1643*. Mais ce qu'il faut chercher dans ces lectures, c'est moins la valeur de chaque mot que le sens général du psaume , l'esprit dont le Psalmiste était animé, l'ensemble des pensées et des sentiments qui le lui ont dicté; et c'est surtout par la méditation et par la prière qu'on peut s'en pénétrer. Heureux qui parvient à n'avoir plus qu'un même esprit et qu'un même cœur avec David , ou plutôt avec le Fils de Dieu, dont David est la figure et l'organe! Soumis au même principe, obéissant au même mouvement, il n'a au-
^ 22 Discours.
^32 Instructions.
^ Ouvrage posthume inachevé. Il a été imprimé à Rome en 1616 avec des méditations sur le Ps. xliv : Eructavit, du même auteur. Le P. Aquaviva était aussi recommandable par sa piété qu'illustre par sa science. Nous avons cité ailleurs une de ses lettres aux Pères de sa société pour recommander à leur dévotion la récitation du saint Ofiace.
^ Ajoutons un opuscule publié récemment sous ce titre : EncTiiridion Horarum, par M. l'abbé Toursel, où l'on trouve un commentaire très exact et très pieux du psaume cxviii. In - 32 , Laroche, 1866. On pourrait indiquer encore deux ouvrages assez répandus sur le même sujet : 1» Les Heures canoniales contenues dans le comTïientaire du psaume cxviii , tiré des saints Pères; in -12, Paris, 1672; 2° Les Gémissements d'un cœur chrétien exprimés dans le psaume cxviii, in-12 , d'abord publiés en latin sous ce titre : JEgrcB anima et dolorem suum lenire conantis pia in psalmum cxviii soliloquia. 1684. Mais on ne peut guère en conseiller la lecture, à cause des préoccupations jansénistes qui s'y font remarquer en plusieurs endroits. Ces livres ont d'ailleurs tous les caractères que M. de Maistre assigne aux productions religieuses de Port -Royal : le poli, la dureté et le froid de la glace. (Église gallicane, ch. v.) Le premier est attribué à Le Maistre de Sacy, le second à Han^.on , adeptes dévoués et connus.
372 l'E SAINT OFFICE
cune difficulté à entendre son langage ni à s'unir à ses vœux; et il ne voit dans Tobligation dont le charge TEglise qu'un moyen de resserrer chaque jour une union qui fait sa perfection et son bonheur : Beati immaculati ! . , . Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam ^ !
^ Matth. V , 6.