‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 16 sur 227 · CCLI. II · texte numérisé non relu

CCLI. II

qu'on les exprime, mais encore il est à craindre qu'or démente trop souvent, au fond du cœur, par des disp( tions toutes contraires, les pieux sentiments dont on l'interprète. Dès lors, que devient la récitation du s Office? Ce n'est plus qu'un langage menteur, en opposi avec la réalité , contre lequel proteste la conscience mt de celui qui le profère K On dit à Dieu qu'on ne veut lui pour partage, et Ton n'a d'estime et d attrait que p les biens du monde. On lui répète qu'on a soif de sa j sence, qu'on ne goûte de repos que dans son sanctua qu'on ne veut d'autre règle que son adorable volonté : et se présente à regret devant lui, on ne demeure dans tabernacles qu'autant qu'un ministère impérieux l'ex on ne craint pas de transgresser ses préceptes les plus mels. Chaque jour on proclame heureux ceux qui craigi le Seigneur, qui méditent sa loi, qui chantent ses louan^ et l'on ne porte son joug que de mauvaise grâce, on fu méditation comme un tourment, on n'éprouve en c< mençant le saint Office d'autre désir que celui de l'a bientôt achevé ^. Dieu pardonnerait sans doute ces se ments charnels, s'ils n'étaient que les mouvements ir lontaires d'une concupiscence rebelle; et, quelles que sent les révoltes de notre nature , il ne laisserait d'agréer les gémissements que l'Esprit- Saint inspirera notre âme ^ : mais si telles sont les dispositions même notre volonté, ses dispositions habituelles et consent comment pourrait-il se plaire dans nos louanges pré dues et accepter comme un hommage des protestât auxquelles nous refusons de souscrire? C'est aux ce droits qu'il appartient de louer le Seigneur; c'est pour qu'il réserve ses complaisances et ses faveurs ^ : il

^ A minimo ad maximum, à prophetâ usque ad sacerdotem, cunc cîunt mendacium. Jerem. viii, 10.

'^ Dilexerunt eum in ore suo, et linguâ suâ mentiti sunt ei : cor a eorum non erat rectum cum eo. Psalm. lxxvii, 36, 37. — Qui roga que, semper roget; et si non semper precatur, paratum semper h precantis affectum. S. Ambr. in Psalm. cxviii; Octon. 19.

^ Ipse cognoYit figmentum nostrum; recordatus est quoniam pulv mus. Psalm. cri, 13.

^ Quemadmodum pedi obtorto atque obliquo calceus rectus non s

et collaudatio. Quant bonus Israël Beus his qui recto sunt ie'l

l est rapporté dans la vie de la vénérable Victoria , fonrice de l'ordre des Annonciades célestes 2, qu'un jour, dis qu'elle était en oraison, Notre-Seigneur lui apparut et ppela plusieurs fois par son nom , comme pour lui connu secret ou pour lui donner un ordre. Que voulez- \s de moi. Seigneur? lui dit cette sainte âme. Le Sauveur répondit : fai des séraphins au ciel : je voudrais en avoir la terre! Puis il disparut, lui laissant à méditer le désir it il brûle de voir la majesté de son Père honorée dans glise, et la pureté, la charité, la ferveur qu'il faudrait es ministres, pour exercer dignement une fonction qu'ils rtagent avec les esprits du ciel ^.

Etre pur, être fervent , être saint : voilà donc à quoi un ître est appelé et à quoi il doit tendre. N'eût -il pas Lutre ministère à remplir que celui de la prière publique, serait un devoir pour lui d'aspirer à cet état, par conséent d'employer les moyens nécessaires pour y parvenir : méditation, les pieuses lectures, les retours fréquents vers ïu, en un mot, toutes les pratiques d'une vie intérieure sacerdotale.

^ous n'avons pas à établir ici l'importance de ces exeres dans la vie ecclésiastique. 11 nous suffit de remarer en passant qu'ils sont une condition essentielle pour cquitter pieusement et fervemment du divin Office K C'est un grand abus de déprécier la méditation pour ever la prière publique, et une illusion de négliger l'orain quotidienne sous prétexte qu'on doit passer une partie

n probe aptatur, sic obtortis cordibus divina laus minime convenit.

oniam itaque recta est Dei laus, recto opus est corde ut ei laus Dei

gruat, atque convenlat. Quod si nemo Dominum Jesum nisi in Spiritu

icto dicere valet, quomodô laudem réfères, Spiritum in tuis visceribus

tum renovatumque non babens ? S. Basil, in Psalm, xxxii.

^ Psalm. xxii. 1 ; lxxii, 1.

^ Vita délia ven. serva di Dio Madré Maria Vittoria , fondatrice dell' or-

le deir Annontiata. P. Spinola, in Genova, 1649, II, n.

' Spiritus est Deus ; et eos qui adorant eum, in spiritu et veritate opor-

adorare. Joan. iv, 24.

* Voir Thomassin, Traité de V Office divin, partiel: De sa liaison avec raison mentale.

du jour à réciter les louatiges de Dieu. Est-ce que j prêtres fervents se sont jamais fait de la sainteté de le|| fonctions une raison pour négliger les moyens ordina de sanctification qu'ils recommandaient aux fidèles ? L conduite ne témoigne-t-elle pas des sentiments tout op ses? Sans doute le saint Office bien récité suffirait p s'acquitter pleinement du devoir de la prière; mais la ficulté est de le réciter ainsi. Jacob n'est devenu fort cor Dieu qu'après l'avoir contemplé face à face * ; et l'ex rience apprend , suivant la remarque d'un pieux auteu que ceux qui ne feraient d'autre prière que celles de 1' fîce , prieraient fort peu en réalité , parce qu'ils prierai fort mal.

L'oraison et le Bréviaire, loin de s'exclure, s'appell mutuellement et doivent s'entr'aider. Le Bréviaire o pour l'oraison les sujets de réflexion les plus affectu( et les plus utiles ^ ; mais c'est à l'oraison de faire ent dans l'esprit de l'Office, en remplissant l'âme des ser ments et des pensées dont le Bréviaire est l'expression. P pouvoir dire, comme l'Apôtre, qu'on chante les louan; de Dieu intérieurement, spiritu et mente\ il faut comme cer par se recueillir, attirer en soi l'esprit du Seigneui méditer sa parole : Os meum aperui et attraxi spiritum Os justi meditabitur justitiam , et lingua ejus loquetur ju

^ Orig. Hom. II in Joan.

2 Tronson. Méditations. — Falluntur qui volunt semper vel légère, orare vocaliter. Prosunt haec vel non suffi ciunt. Consuescat homo oi Bpiritu, orare et mente, dum etiam vocis strepitus aut libri deerit in tus. Unde, proh dolor! tantararitas contemplantium, etiam apud litterj ecclesiasticos , imô theologos, nisi quod vix sustinet aliquis secum s( esse, secum solus meditari? Gerson. de mystic. Theol. indust. ii, alph. litt. 0.

3 II est peu de sujets de méditation plus convenables pour un pr( que ceux qu'il trouve au saint Office, soit dans les prières communes abondent en pensées et en sentiments admirables, soit dans les fêtes saints, soit surtout dans les mystères du Sauveur, tels qu'ils sont expliq et célébrés par l'Eglise. Toute fête, tout mystère surtout , est une sou d'instruction et de grâces. Un pasteur ne saurait mettre trop d'applicat à les méditer et à les prêcher aux fiçièles , les jours où TEglise en fait 1' jet spécial de son culte.

^ I Cor. XIV, 15.

^ PSALM. cxviii, 131,

*. N'est-ce pas ce que faisait le Psalmiste, dont nous tons les cantiques? « Mon cœur s*est embrasé dans la itation; un feu divin s'est emparé de mon âme, et les les se sont échappées de mes lèvres ^. Chaque matin , aeur, mes regards se sont élevés vers vous; j'ai médité [oracles et considéré vos grandeurs 3. Avant de vous imer mon admiration et ma reconnaissance, j'ai invovotre secours, j'ai considéré vos bienfaits*, et mon débordant d'amour et d'allégresse , il a fallu que ma ne lui prêtât ses accents ^ Mes chants résonnent sur lèvres; mais ils sortent de mon cœur^ Ma prière est entière au dedans de moi ^ »

ilà ce que doit dire un ecclésiastique ; voilà ce qu'il

faire. Pénétrons -nous donc chaque matin, comme

1, de ridée de Dieu, de ses grandeurs, de ses bienfaits ,

ilons-nous les grandes vérités de la reh'gion : la briè-

de la vie, la vanité du monde, l'éternité du siècle à

; tâchons de ranimer notre foi, notre espérance, notre

té, dans une oraison fervente : le Seigneur nous en-

i son esprit pour aider notre faiblesse ; lui-même ou-

nos lèvres, et notre bouche annoncera ses louanges.

tant ces louanges volontiers, selon l'inspiration de

cœur % nous croirons chanter chaque jour un can-

j nouveau ^, Ainsi l'oraison sera une préparation au

Office, et l'Office sera comme l'écho de l'oraison; et

eux exercices réunis feront de. notre vie un concert et

3ALM. XXXVI, 20.

ncaluit cor meum intra me, et in meditatione meâ exardescet ignis. xxxvm, 4.

aevenerunt oculi mei ad te diluculô, ut meditarer eloquia tua. Psalm. ipleatur os meum laude , ut cantem gloriam tuam , totâ die magnicn tuam. Psalm. lxx, 8.

me repletum est gaudio os nostrum et lingua nostra exultatione. cxxv, 2.

uctavit cor meum verbum bonum. Psalm. xliv, 2. ud me oratio Deo vitae meae. Psalm. xli, 9.

luntariè sacrificabo tibi et confitebor nomini tuo. Psalm. lih, 8. — voluntariè? dit là-dessus saint Augustin. Quia amo quod laudo. ntabant quasi canticum novum. Apoc. xiv, 3. — Gantantes et psalin cordibus. Bphbs. v, 19. — Audiant hoc, dit S. Jérôme, quibus di in Ecclesiâ ofiicium est. In hune loc.

une fête continuelle : Cogitatio hominis confitebitur tib reliquiœ cogitationis diem festum agent tibiK

Finissons ce chapitre par un trait qui en confirn:i doctrine et en indique nettement les conséquences p ques. Il est rapporté par un évêque d'une grande sa^ et d'une éminente vertu, dans un ouvrage qu'il corn] la cinquantième année de son sacerdoce, afin de se ] mer, dit-il , dans sa première ferveur.

Un jeune prêtre se plaignait à un de ses supérieu la difficulté qu'il trouvait à se recueillir dans la prièn particulier durant le saint Office. Profitant de cette oi ture, celui-ci fait à son jeune confrère quelques ques sur la manière dont il emploie son temps, chaque ser et chaque jour; puis il lui dit avec une douce gra « Si vous voulez bien prier, avec facilité et consola voici ce que je vous conseille. Voyez un peu moins cej frères qui aiment tant les jeux , les courses et les coi sations frivoles. Ayez plutôt un ami de cœur, ave vous parliez de piété de temps en temps, et qui vous tisse de vos défauts. Ne vous livrez pas sans réserva œuvres extérieures, et, quelque pressantes que soie! occupations, ne négligez pas l'oraison. Consacrez-y f ment, chaque matin, vos premiers moments libres. '. la, au besoin, par les rues, dans les chemins, en voir vos malades; mais faites-la toujours ^. Si recueil vous soyez habituellement, recueillez-vous encore, de commencer l'Office; et, pendant que vous le ré donnez une attention particulière à certains verseti touchants. Ne manquez pas de rentrer en vous-m< rentrée de l'église, à la vue d'une croix, d'une ima

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