‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 15 sur 227 · PSALM. LXVII · texte numérisé non relu

PSALM. LXVII

3 PsALM. XL, 14.

* Apoc. V, 13.

^ s. AuG. Epist. ad Proh. cxxx, 18. — Domus Dei credendo fun orando erigitur, amando perficitur. Serm. xxvii, 1.

esprit de prière ainsi entendu n'est pas seulement Tes-

lu sacerdoce : c'est celui de la sainteté; c'est celui de

;-Christ même, source première de toutes les louanges,

utes les supplications, de toutes les actions de grâces,

Ims les hommages surnaturels rendus à la majesté

' e au ciel comme sur la terre ; de sorte que l'obliga-

'de l'Office suffirait pour mettre un prêtre, qui tient à

acquitter parfaitement, dans la nécessité de devenir

1 et que la sainteté, dans un ecclésiastique, garantit

'bmplissement parfait de ce devoir, aussi bien que des

s fonctions sacerdotales.

effet, quand on a l'esprit de Jésus -Christ dans la re des saints, ne doit -ce pas être une joie et comme esoin de prier comme eux, et de communiquer avec Seigneur, dit le Psalmiste , figure du Sauveur, je suis ^ivec tous ceux qui vous honorent; et j'entre en partage des ^\mrs qu'ils vous rendent K Tous ceux qui honorent Dieu ablement, peuvent de même se dire associés à l'esprit )n Fils, en union de sentiment et d'esprit avec lui ^ nt de la même source, leurs dispositions doivent ^fe vers le même but. Aussi s'adaptent-elles à son lanet trouvent- elles dans les cantiques inspirés une exion si exacte qu'elles semblent prendre cette forme ie^.s- mêmes et couler naturellement dans ce lit. Ce lanest comme un vêtement divin que l'Esprit-Saint s'est elon son gré : il convient également à toutes ses aspiea|ns, dans quelque âme qu'elles se produisent. On dirait e qu'elles se perfectionnent, qu'elles se complètent, .les deviennent encore plus saintes, plus magnifiques,

une

3ALM. CXXIII, 63.

e plenitudine ejus nos omnes accepimusét gratiainprô gfatia. JoaK.

plus divines, en prenant, pour se manifester, cette for digne d'elles et préparée pour elles ^

« Quelle n'était pas ma consolation , dit saint Augu lorsque, à l'époque de mon baptême, je lisais et méditais la retraite les chants du divin Psalmiste ! Quelle ferveur maient dans mon âme ces sacrés cantiques, si pleins c et de charité , et si propres à guérir de la malheui enflure de l'orgueil! Combien j'aurais souhaité de les retentir par toute la terre, afin de confondre la superb' enfants d'Adam et de les arracher à la vanité et au i songe ! A mesure que ces paroles divines frappaient oreilles, les vérités qu'elles contiennent s'insinuaient mon cœur, et l'ardeur qu'elles excitaient faisait coul mes yeux des larmes délicieuses , l'une des plus d( joies de ma vie ^ »

Heureux le prêtre qui a dans le cœur la même fer^ la même vivacité de foi, d'espérance et d'amour ! Il ^ is au saint Office quelque chose de ces consolations et d e douceurs. Mais s'il était dans une disposition toute traire, s'il n'avait que des sentiments humains, si, aufs de l'esprit de Jésus-Christ, c'était l'esprit du mond l'animât, quel charme pourrait -il trouver dans les pr qu'il récite? Comment se plairait-il à parler à Dieu le gage de ses amis et de ses saints? Il prononcerait de 1: paroles, sans doute : mais pourrait-il croire qu'il pr les prononçant? Quelle conliance peut -on avoir dan.paroles froides , et vides des afTections mêmes qu expriment ?

11 est bien vrai que les cœurs sont naturellement sym,

^ Si cum apostolo psallas spiritu, psallas et mente, cognosces et illius veritate sermonis quem dixit Jésus : Verha qu<s locutus sum spiritus et vita sunt. S. Bern. Serm. in Gant, vu, 5.

2 Quas tibi, Deus meus, voces dedi, cùm legerem psalmos David, c fidelia et sonos pietatis ; excludentes turgidum spiritum I Quas tibi dabam in psalmis illis, et quomodô in te inflammabar ex eis, et ac bar eos recitare, si possem, toto orbe terrarum, adversùs typhum | humanil... Quantum flevi in hymnis et canticis tuis! Voces illse infli auribus meis, et eliquabatur veritas in cor meum : et exaestuaba afCectus pietatis, et currebant lacrymse , et benè mihi erat cum eis. S Conf. IX, IV et vi. |lj

[ i ESPRIT DE PRIÈRE 77

[ues, et que Ténoncé d\m sentiment tend par lui-même y ire naître un sentiment semblable. L'expérience même aisiiste que les prières de l'Eglise ont une vertu particulière m\Y émouvoir et pour toucher*; mais il ne faut pas en sdgérerla puissance. Généralement elles demandent pour

duire leur effet une certaine harmonie d'états et de dis-

itions. Il ne suffit pas à un avare de prononcer des If oies d'abnégation, pour se détacher de ses richesses; à nivindicatif de lire de beaux sentiments de charité et d'inûtjgence, pour pardonner à ses ennemis. Si donc, au lieu itiTesprit de Jésus-Christ et de la vie de la foi, on n'a en ilfique l'esprit du monde et la vie des sens, c'est en vain Joon récitera de bouche les formules les plus magnifiques;

;t en vain qu'on prononcera les plus beaux éloges de la rvjesté divine, qu'on exprimera au Seigneur les désirs les gs ardents de sa grâce et de ses vertus : en réalité on (l(3ra fort peu; et. Dieu n'agréant que les hommages du (Lir, on sera forcé de se dire dans un autre sens et avec

s de regret que le Psalmiste : Tacui, dum clamarem tota

n ecclésiastique qui manque de ferveur n'entendra me pas, bien souvent, les paroles que ses lèvres proféreit. C'est un principe, qu'on ne peut comprendre un sen- |ient sans en avoir l'expérience. Il faut souffrir ou avoir iffert pour connaître la douleur et pour y compatir. 11 it s'être vu dans le besoin pour bien concevoir le désir, prière, la reconnaissance. Il faut aimer pour entendre langage de l'amour. Numquid intelligis David, dit saint

Verba significantia aliquld ad devotionem pertinens excitant mentes , ^[îcipuè minus devotas. S. Thom. 2^ 2*, q. 83, a. 12.

Si ore petimus, nec tamen corde desideramus, clamantes tacemus. 'fGrREG. In hune Ps. xxxi, 3. Si qusedam anima fidei ipsa dilectio est, d erit fides quae non operatur ex devotione, nisi cadaver exanime ? 3ern. Serm. xxiv in Gant, 7.

Bernard*, donec ipsos psalmorum affectas nonindueris? un ouvrage que l'amour a dicté , c'est au cœur d'éc Tesprit : Quantum quisque diligit, tantum intelligit peut donc appliquer aux psaumes et à tout l'OfTic l'Eglise ces belles paroles de saint Augustin : « Donne, un cœur qui aime Dieu , et le sentiment lui donnera telligence de mon langage; donnez-moi un cœur qui du désir du ciel, qui se regarde comme étranger da désert de ce monde, qui soit altéré des délices étern( et qui ne cesse de soupirer après la vraie patrie, e sentiment lui manifestera ma pensée. Mais si je parle cœur froid, à un homme indifférent, il n'entendra pa.' paroles. Jamais une âme glacée n'a compris un langa feu : Da amantem, et sentit quod dico.,. Si autem frigia quor, nescit quod îoquor ^... »

Peut-être se flattera- 1- on de comprendre, parce » attache un certain sens à chaque terme et qu'on sai liaison du discours ; mais on comprendra d'autant r qu'on ne se doutera pas même de ce qui échappe à l'e En réalité, il en sera comme d'un enfant qui lit un d'œuvre de littérature ou une suite de raisonnement dessus de sa portée. Chaque mot lui donne aussi qu notion; il voit les rapports des mots les uns avec les an néanmoins l'ensemble ne le fait pas entrer dans l'esp l'auteur, il n'ouvre pas à son regard le même horiz n'éveille pas les mêmes souvenirs, il est loin de lui goûter les mêmes charmes. Bien plus, les mots, i isolés, n'excitent pas en tous les mêmes idées, et, ne nant pas à tous la même lumière, ils sont loin de duire les mêmes impressions. Tandis qu'ils enflam ceux-ci, ils laissent ceux-là dans l'indifférence*. Il ei

^ De Vitâ solitariâ, ad fratres de Monte Dei. Apocr. — Item C Collât. X, X.

2 S. Bern. Serm. yiii in Cant. 9. — Quoniam omninô non potest' ignitum eloquium frigidum pectus. Quomodo enim grsscè loquente intelligit qui graecum non novit, nec latine loquentem qui latin est, sic lingua amoris, ei qui non amat , barbara erit sicut ses sona cymbalum tinniens. Id. Serm. lxxix, 1.

3 S. AuG. m Joan. tr. xxvi, no 5. Brev., Feriâ IV post Peut, lect ^ Les mots n'ont pas la même signification pour tous ceux qui l

ts que le mot de Dieu, de ciel, d'incarnation, ravissait, était vive et brillante l'image qu'il réveillait dans leur ^ Combien d'hommes, au contraire, pour qui ces es semblent couverts d'un voile épais, verba abscon- ^ et qui ne leur trouvent qu'une signification obscure ilgaire , soit qu'ils ne les aient jamais médités avec ition, soit que leur cœur terrestre soit incapable de ver jusqu'à la région sereine des idées et des sentits divins ! Animalis homo non percipit ea quœ sunt Spi- ^ Dei^, Diligite Bominum, et illuminabuntuT corda vestra^. issi, il faut l'avouer, il est bien des ecclésiastiques qui t guère l'intelligence de la partie même quotidienne îur Office. En comprissent-ils du reste la signification , îraient loin d'avoir tout ce qui est nécessaire pour s'en acquitter.

i prière, comme nous l'avons dit, est moins une vue esprit qu'une affection du cœur et un exercice de la Qté. Elle a surtout pour but d'honorer Dieu , de lui re grâces, de satisfaire à sa justice, d'attirer ses bénélons. Or, si l'on n'a pas l'habitude de pareils actes, non ement on aura peine à les produire aussi rapidement

^nt; par exemple: Beatusvir qui non aMit in concilio impiorum...

Yi7nmaculati in via. En les répétant , nous n'avons du bonheur qu'une

iionfuse, qui ne nous émeut pas; mais dans la bouche de David, c'é-

■fine idée qui lui enlevait le cœur. Nicole , Prière. Mabillon , Traité udes monastiques, II, 11,4. Cassiodore cite en exemple cette autre

^3 de l'Exode : Qui est misitme. III, 13. Prgef. in Psalm. xv.

hui ex Deo est verba Dei audit. Joa^. vm, 47. — « Dieu, dit le llemant , donne quelquefois à certaines âmes de si admirables connaiss et de tels sentiments de quelques-uns des objets de la foi , qu'enle seul souvenir, la seule pensée, le seul nom de ces objets est cade leur causer des ravissements. C'est ce qui arrivait au B. Gilles se , quand il entendait prononcer le nom du paradis. C'est ce qui a à beaucoup d'autres saints. » — On connaît ce mot de sainte Thé-

iqui avait été ravie en extase avec saint Jean de la Croix, lorsqu'ils etenaient ensemble du mystère de la Trinité. « Il ne faut parler de au p. Jean de la Croix qu'avec beaucoup de discrétion ; car non seu-

>,it il entre en extase, mais il y fait entrer les autres. » Pour ce qui la de, elle témoigne qu'elle n'entendait jamais sans un transport de joie turel ces paroles du Credo : Cujus regni non erit finis, et celles-ci du cxxviii : Misericordias Domini in aternum cantaho» uc. XVIII, 34.

Cor. n, 14.

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