CHAPITRE II
Des Gomplies.
La récitation des Gomplies n'est presque jamais séparée de celle des Vêpres. Néanmoins l'heure précise pour laquelle cette dernière partie de l'Office a été instituée est la dernière du jour; et à l'origine, c'est-à-dire vers le Yl® siècle, on ne la récitait guère qu'aux flambeaux, lorsqu'on était près de se livrer au sommeiP. Aussi, l'idée de la mort, que la fin du jour fait naître 2, le souvenir du tombeau dont la nuit est l'image, diverses allusions à l'agonie et à la sépulture du Sauveur^, répandent sur toutes ces prières une sainte tristesse et comme une teinte sombre, heureusement tempérée par un rayon d'espérance chrétienne.
^ Completorium : achèvement , couronnement, clôture. — Nous apprenons de Guillaume de Nangis que le roi saint Louis avait une dévotion particulière à cette Heure : « Yolebat quôd ejus liberi essent cum ipso ad Completorium, quod post cœnam suam quotidie solemniter decantari f aciebat. » Yita S. Ludov. — M°i« Legras , devenue supérieure des sœurs de la Charité, recommandant l'âme de son mari à un ecclésiastique, le priait de s'en souvenir à Compiles , « à cause de la dévotion qu'il avait eue lui-même de réciter chaque jour cette Heure pour obtenir une bonne mort. Vie, I , m. Voir P. Durante de Boncrueil, L'Esprit de l'Église dans la récitation des Compiles. 1734.
2 y(B mihi, dit un prophète, quia declinavit dies, quia longiores facUe sunt horœ diei. Jer. vi , 4.
^ In manus tuas... Inpace, etc.
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Dès le début, l'Église, réunissant toutes ces pensées, nous engage à demander une double grâce : celle d'une nuit tranquille et d'une sainte mort : Noctem quietam et finem perfedum. Et, de peur que nous ne nous laissions aller à une imprudente sécurité, elle nous rappelle, par la voix de l'Apôtre, que l'on n'est jamais en sûreté icibas, que le temps des ténèbres est celui des embûches, et qu'on ne saurait être trop vigilant en face d'un ennemi qui ne dort pas et dont la rage est insatiable.
C'est dans cette vue et sous cette impression qu'on doit réciter le Pater noster et le Confiteory c'est-à-dire invoquer la grâce de Dieu, et se disposer par un acte d'humilité et de repentir à toutes les dispositions de sa providence. Car l'Église n'oublie pas notre fragilité, et elle veut que ses ministres s'en souviennent au milieu même de leurs actions les plus saintes. Non contente de nous faire dire à voix basse au commencement de chaque Heure : Dimitte nobis débita nostra.,.^ elle nous oblige encore à confesser hautement devant nos frères, à la fin du jour comme au sortir de la nuit, que nous avons beaucoup péché, par notre faute ^ et par notre très grande faute. Ces prières demandent à être dites avec un sentiment profond d'humilité, et un vif désir d'une pureté de plus en plus parfaite *.
^ Tous et toujours, dit saint Augustin, nous devons nous reconnaître pécheurs et avouer que nous péchons presque à chaque instantr Ecclésiastiques ou laïques, religieux ou séculiers, peu importe : Clericus sisUcet, homo es; episcopus sis, homo es; apostolus sis , homo es, Vocem apostoli audi : Si dixerimus quia peccatum non hahemus, nos ipsos seducimus. (Serm. exiv, n» 4.) « Pour moi, lisons -nous dans nn discours attribué au même docteur pour l'anniversaire de sa consécration, j'avoue que j'éprouve souvent des peines d'esprit et des reproches de conscience. Par exemple : s'il m'est arrivé de rebuter un solliciteur importun ; si je me suis montré peu affable ou peu indulgent; si j'ai ajouté, par une réponse irréfléchie, aux inquiétudes d'une âme agitée; si j'ai renvoyé à un autre temps ou contristé par un regard sévère un pauvre dont les instances me fatiguaient; si je me suis indigné parce qu'on m'a soupçonné d'une faute dont, après tout, je suis capable étant homme, ou bien si j'ai conçu contre quelqu'un des soupçons de même nature, je suis forcé de m'avouer coupable; je reconnais mes torts envers mes frères. Qu'ils me pardonnent, afin qu'il leur soit aussi pardonné : Dimittite , ut dimittatur vohis.y> Serm. clxxxiii. Cf. Epist. HI, ad Victorian,
DES COMPLIES 429
Le Couverte nos vient naturellement à la suite de cette confession. Il nous rappelle que Dieu est notre unique centre, que notre principal intérêt est de ne pas nous détourner de lui , mais que nous ne pouvons nous en rapprocher qu'avec le secours de sa grâce et par la fidélité à ses mouvements.
L'antienne Miserere indique dans quel esprit doivent être dits les quatre psaumes qui suivent. Ces psaumes , qui rappellent par leur nombre les quatre fins de l'homme, expriment admirablement les sentiments que doivent inspirer à une âme chrétienne l'approche de la nuit et le souvenir de la mort.
Quel accent de confiance et d'amour dans ce psaume XLi® que saint Augustin se plaisait tant à répéter après sa conversion* ! Mais c'est en union avec Notre-Seigneur qu'il faut dire ces paroles: Exaudivit me Deus justitiœ meqs,.. Filii hominum, usquequo gravi corde? Scitote quoniam mirificavit Bominus Sanctum tuum,.. In pace in idipsum dormiam.
Le psaume suivant, xxx®, ne se récite pas en entier. Par une exception singulière, on s'arrête après ces paroles du sixième verset, les dernières que Notre-Seigneur a prononcées sur la croix : In manus tuas commendo spiritum meum. Ainsi l'Eglise nous invite- 1- elle à finir chacune de nos journées comme Jésus -Christ a fini sa vie, et à nous offrir en sacrifice à son Père avec la même confiance et la même soumission que lui.
Aux paroles de résignation succède le chant de l'espérance. Le psaume xc® : Qui habitat, tend à encourager l'âme juste contre les terreurs des derniers combats. L'Esprit-Saint oppose à la crainte du démon l'assurance d'une protection toute -puissante de la part de Dieu et de ses anges : Angelis suis mandavit de te,.. Super aspidem et basiliscum ambulabis. Il semble que les premières paroles : Qui habitat in adjutorio Altissimi, ou, comme traduisent les commentateurs : in sanctuario, en rappelant au prêtre le
1 Vellem ut intuerentur faciem meam et audirent voces meas , quando legi psalmum iv : Cûm invocarem. 0 si vidèrent internum lumen quod ego, legens haec f oris et agnoscens intusl Conf. IX, iv, 3, 11.
psaume chanté sur lui lors de sa première consécration : Quis ascendet in moritem Bomini? aut quis stabit in loco sancto ejus * ? lui donnent droit de s'appliquer d'une manière toute particulière les assurances consolantes qui y sont contenues 2.
Au dernier psaume : Ecce nunc benedicite Bominum, le ministre du Seigneur, regrettant de ne pouvoir prolonger plus longtemps sa prière, se console dans la pensée que de fervents religieux sur la terre et des milliers d'anges et de bienheureux au ciel ^ continueront à louer et Lénir la divine Majesté. Dans l'impuissance où il est de joindre davantage sa voix à leur concert, il unit plus étroitement ses sentiments aux leurs, et après les avoir exhortés à louer éternellement leur Maître commun : Ecce nunc benedicite.., y il demande humblement pour lui et pour toute l'Eglise la bénédiction de Celui qui a fait le ciel et la terre.
Après les psaumes, l'hymne. Celle de Compiles, inspiration de saint Ambroise , est aussi touchante que simple et brève. En demandant à Dieu la pureté du corps et de l'âme, elle fait songer à la double pureté dans laquelle le