‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 211 sur 227 · TOURNURES PROPRES A LA VULGATE ET EMPRUNTEES A LA LANGUE HÉBRAÏQUE · texte numérisé non relu

TOURNURES PROPRES A LA VULGATE ET EMPRUNTEES A LA LANGUE HÉBRAÏQUE

Le traducteur latin, ayant calqué sa version sur la traduction grecque des Septante , a fait passer comme eux dans son travail une foule d'hébraïsmes. C'est ce qui apparaît dès la première vue.

1° Un grand nombre de substantifs sont employés comme

qualificatifs d'autres noms, soit au nominatif, soit au génitif, soit à d'autres cas, avec une préposition; par exemple :

Omnia mandata tua veritas, pour vera sunt; Umbra

mortis, pour mortalis; — Dominus gloria^, pour gloriosus .

— Vir dolorum, pour doloribus affectus; — Mons Dei, cedrus Dei, pour divinus, divina, éminent, excellent, divin;

— Conventicula de sanguinihus^ pour sanguinea; — Propositiones ab initio, pour antiquœ; — Mortuus saeculi, mort depuis des siècles.

2» Le genre féminin est souvent mis pour le neutre dans les pronoms : H sec me consolata est, pour Hoc me consolaium est; — Pro hâc, pour propter hoc,

3° Les deux formes du verbe en hébreu exprimant indifféremment le passé, le présent et l'avenir, les traducteurs grecs et latins ont employé souvent ces trois temps l'un pour Tautre : Dispersit, dédit pauperibus, pour dispergit, dat; — Os justi meditabitur sapientiam, pour meditatur;

— Credidi, propter quod locutus sum, pour Credo, ideo loquor,

4^ On trouve souvent des mots répétés. Cette répétition n'a ordinairement pour but que de donner plus de force à ridée : Eœpectans expectavi, Deus, Deus meus, Spiritus procellarum. Lutum fœcis. Quelquefois cependant elle exprime la multitude: Generatio et gêner atio ; Homo ethomo; et d'autres fois la variété : In corde et corde : c'est-à-dire in corde duplici.

Du reste, on s'habitue aisément à ces tournures ; et l'usage apprend à en discerner la véritable signification.

NOTE IV, p. 179. — VIII® LEÇON des martyrs

Parmi les leçons des Pères qui offrent à la lecture quelque difficulté, il n'en est pas de plus obscure que la VIIl® du Commun des Martyrs, secundo loco. Elle est tirée du Commentaire de saint Ambroise sur l'évangile de saint Luc, ch. vi. Comme elle revient assez fréquemment, nous croyons devoir nous y arrêter quelques instants.

Quatuor tantiim beatitudines sanctus Lucas dominicas posuit, dit le saint docteur, octo vero sanctus M atthseus : sed in mis octo istdc quatuor sunt et in quatuor istis illse octo. Hic enim quatuor velut virtutes amplexus est cardinales :

ille in itlis octo mysticum numerum reservavit ( ou reseravit), Pro octavâ enim multi inscribuntur Psalmi, et mandatum accipis octo illis partent dare fortasse benedictionibus. Sicut enim spei nostrse octava perfectio est, ita octava summa virtutum est.

On peut consulter, pour l'explication de ce passage, un passage analogue du même docteur, leçon YIII® de la fête de saint Louis, 25 août, et deux textes de saint Augustin, IX® leçon des 5« et 7® jours de TOctave de la Toussaint.

La principale difficulté vient de Tavant- dernière proposition, dont les deux membres : Pro octavâ entra, et : Mandatum accipis, ont besoin d'éclaircissement.

Dans le second, il est certain que le saint docteur fait allusion au verset de TEcclésiaste : La parlera septera necnon et octo, XI, 2. Ce verset lui-même n'a pas un sens bien clair; mais comme le mot septera est souvent employé , chez les Hébreux, pour signifier la plénitude, on peut affirmer que septera et octo signifient surcroît, surabondance, excès; et l'on doit traduire ainsi le verset : Donnez l'aumône, c'est-àdire une part de vos biens à tous les pauvres, sans exception. Luc, VI, 30. Necnon et octo : plutôt à plus qu'à raoins, comme le Psalmiste a dit : In seternura et ultra; et Notre- Seigneur : Non usque septies, sed usque septuagies septies. Saint Grégoire de Nazianze assure que son père entendait et pratiquait ainsi cette maxime : Parlera dans non soliira septera, veriira si octavus etiara accéder et, libentius sua profundens quàra alii acquirant. In encom. pat. Cf. Job, X, 19.

Pour ce qui est du premier membre , Pro octavâ, il fau savoir que, selon les Pères, selon S. Ambroise en particulier, le huitième jour, octava, est le symbole de la régénération chrétienne et de la vie bienheureuse. La raison en est que Notre- Seigneur a choisi ce jour pour y opérer sa résurrection, et que l'Église l'a consacré à un saint repos, image de celui où Dieu est entré après la création et où i veut faire entrer avec son Fils tous ses membres ressuscites : Relinquitur sabbatisraus populo Dei, Heb., iv, 9. Tel est l'ordre d'idées auquel le nombre huit élève naturellement l'esprit : Orane prsesentis vitdd terapus septera diebus evolvitur, et ideo seterna dies quse , eœpletâ horura dierura vicissitudine , futur a est, octava vocatur, S. Greg. de Sept, psal, pœn. In proœra. De là, ce semble, l'idée de

saint Ambroise : qu'il y a une certaine octave pour la perfection comme il y en a une pour la béatitude, que c'est par Toctave des vertus qu'on doit s'élever au terme des récompenses, et qu'il pouvait entrer dans les vues de TEsprit- Saint , en ce texte de l'Ecclésiaste , de nous indiquer le rap port de l'une avec Tautre. La réserve exprimée par ce mot for tasse donne à entendre que c'est de sa part une conjecture plutôt qu'une assertion proprement dite.

Saint Grégoire le Grand exprime plus clairement la même pensée lorsqu'il dit : Partem simul septem et octo damus, quando sicea quœ septem diebus evolvuntur disponimus ut per hœcadbona seternaveniamusANEzECH,, 1. II,Hom.iv,2.

Voici un essai de traduction , où l'on a cherché à faire comprendre la pensée de saint Ambroise sans trop s'éloigner de ses expressions :

« Saint Luc ne mentionne que quatre béatitudes, tandis « que saint Matthieu en énumère huit. Mais les huit dé « saint Matthieu comprennent les quatre de saint Luc, et « ces quatre dernières équivalent aux huit autres. Le pre- « mier de ces évangélistes a tout réduit aux quatre vertus (c cardinales; l'autre, en s'élevant jusqu'à huit, nous a « donné la clef de ce nombre mystérieux. En effet, beauce coup de psaumes portent pour titre : Pro octavâ, et le a Saint-Esprit nous recommande en un certain endroit « huit choses auxquelles il faut faire une part. Or n'est-ce « pas ces béatitudes qu'il avait là en vue? L'octave, le « nombre huit , exprimant l'accomplissement de nos espé- « rances, exprime aussi naturellement la plénitude de la « sainteté ou la totalité des vertus. »

NOTE V, p. 203. — ACCORD de l'office

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