OBSERVATIONS
I. La plupart de ces Hymnes s'écartent peu, pour la mesure, des règles de la versification latine.
Elles se composent de vers lyriques de la forme la plus populaire: — iambiques de six pieds [Décora lux œterniiatis auream], — iambiques de quatre pieds [Jesu, corona virginum) , — trochaïques [Pange, lingua, gloriosi Lau^ ream certaminis), etc.
IL Néanmoins il en est un certain nombre dont la versification est toute syllabique, c'est-à-dire qu'elle consiste uniquement, comme celle de la plupart des proses [Veni, sancte Spiritus ; Dies irœ, Stahat mater, Lauda Sion), dans la numération des syllabes, avec l'accent tonique, l'assonance ou la rime; par exemple :
Pange, lingua, gloriosi, Gorporis mysterium.
Sacris solemniis.
Verbum supernum prodiens.
Ave, Maris Stella.
IIL On trouve aussi dans le Bréviaire quelques Antiennes en vers hexamètres :
Aima Redemptoris Mater, quœ pervia cœli...
Antiennes de la sainte Vierge.
Ou en distiques :
0 magnum pietatis opus, etc.
Vêpres de la sainte Croix.
Suive, jubente Deo, terrarum, Petre, catenas.
A Magnificat des Iles Vêpres de Pierre es liens. Hic vir, despiciens mundum , etc.
lies Vêpres des Gonf. Pont.
NOTE Vil 505
NOTE VII , p. 214. — DIFFICULTÉS DES HYMNES
Quant aux difficultés d'interprétation que ces hymnes peuvent présenter, nous expliquons dans la seconde partie (ch. VI et $uiv.) celles qui se rapportent à TOffice quotidien, et , pour les autres , nous devons renvoyer aux commentateurs. Néanmoins nous croyons à propos d'éclaircir ici brièvement quelques strophes plus obscures, qu'on répète assez fréquemment.
i^ On lit au Commun des Apôtres :
A Matines :
iEterna Christi munera , Apostolorum gloriam, Psalmos et hymnes débites Lsetis canamus vocibus.
Canamus lœtis vocibus gloriam Apostolorum, munera ^»terna Christi, Psalmos et hymnos debitos. Subaudi ; canendo, Olim : Laudes canentes débitas, « Chantons le triomphe des glorieux Apôtres; célébrons dignement l'honneur que Jésus -Christ leur a acquis pour l'éternité. »
Plus loin ;
In his Paterna gloria , In his triumphat Filius ; In his voluntas Spiritus.
Cœiuin repletur gaudio.
En ces Apôtres ont triomphé les trois divines Personnes: ^riumphat gloria Paterna, Filius, Spiritus, qui est vountas,etc, — Triumphat, au singulier, pour exprimer 'unité substantielle du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.
A Laudes :
Prsecepta quorum protinùs Languor salusque sentiunt, Sanate mentes languidas, Augete nos virtulibus.
Id est : Vos quorum prsecepta languor et salus sen» \.unt, etc. : « Vous qui commandez à la maladie et à la santé •uc, XI ; Marc, xvi), exercez votre puissance en faveur nos âmes. »
2<^ Le Dimanche :
A Laudes :
Nocturna lux viantibus A nocte noctem segregans, Praeco diei jam sonat, Jubarque solis evocat.
Allusion à Theure des Laudes , dont le chant du coq fut longtemps le signal. Dans les temps reculés, où les horloges étaient inconnues, le premier chant du coq était regardé comme indiquant le milieu de la nuit; et Ton bénissait Dieu de rinstinct merveilleux qu'il avait donné à cet oiseau domestique pour discerner les heures : Quis dédit gallo intelligeniiam ? disait Job, xviii, 36.
Prœcodiei, etc. Déjà le héraut du jour annonce le retour du soleil. — Nocturna lux.,. Son chant est un signal pour les voyageurs; c'est comme une lumière au milieu des ténèbres. — A nocte noctem... Chantant i;égulièrement à minuit et vers Taurore , il semble partager la nuit en plusieurs nocturnes ou phases successives. S. Ambroise y dut| penser durant ces nuits qu'il passa avec son peuple dans sa basilique assiégée, lorsqu'il improvisa et fit chanter aux fidèles ses premières hymnes :
Hoc excitatus lucifer Solvit polum caligine, Hoc omnis erronum cohors Viam nocendi deserit.
Lucifer: L'étoile du matin, excitée, réveillée par ce chant. — Cohors erronum : La foule des malfaiteurs , des vagabonds. La nuit est le temps du crime comme celui de la prière: Qui malè agit odit lucem. Joan., m, 20. — Aliàs : errorum cohors.
A Vêpres :
Lucis Creator optime , Lucem dierum proferens, Primordiis lucis novse Mundi parans originem.
Allusion à la création de la lumière et à l'apparition du premier jour : « Vous qui avez créé la lumière, et, en la séparant des ténèbres, en avez fait le jour; vous qui, par
cette création nouvelle, avez préludé à l'organisation du monde..! »
A la strophe suivante :
Illabitur tetrum chaos :
Audi preces cuiri fletibus.
Allusion à Theure de Vêpres et au retour de la nuit : <( Les ténèbres qui planaient sur le monde au temps du chaos, avant le premier jour, vont s'étendre de nouveau sur nous. »
Le même jour, au Carême, A Matines :
Ex more docti mystico...
Allusion aux jeûnes de quarante jours observés par Moïse, Elie et Notre - Seigneur : « Selon les exemples mystérieux, figuratifs, prophétiques, qui nous ont été donnés... »
3^ Le Samedi :
A Laudes :
Ut mane quod nos ultimum Hic deprecamur cernui Cum luce nobis effluat , Hoc dum cancre concrepat.
Id est : Ut ultimum illud consummatum saeculi tempus , quod expectamus cum humilitate , nobis cedat in participationem perpétuas lucis , dum hoc mane quo vivimus personat modulatione divinse legis et in laudem Dei expenditur. — Mane ultimum : le jour du jugement, qui n'aura pas de soir, qui sera le commencement de Téternité. — Dum hoc, sous-entendez mane; celui-ci. — Canor : chants, accords.
40 Le jour de la Pentecôte :
A Matines :
Solemnis urgebat dies, Quo mystico septemplici Orbis volutus septies Signât beata tempera.
Sens : « On arrivait au jour où, après les sept semaines iguratives qui séparent la sortie d'Egypte de la promulgation de la loi , devait se réaliser l'événement le plus heureux Dour l'Église. )> Instabat dies solemnis qui signât beata tem- )ora legislationis olim factae quinquagesimo die post egres-
èum patrum de ^gypto. — Urgehat : instabat, — Orbis volutus septies: la semaine. — Septemplici : quo die septemplici, répété sept fois. <f Sept semaines étaient révolues; quarante-neuf jours étaient passés. » Mystico : figuratif. La promulgation de la loi au Sinaï était la figure de celle de la loi -nouvelle. — Signât: significat. — Cf. S. Aug. de Verb. Dom. In Off, diei VII inf. OcL omnium Sanct. Lect. IX.
A Laudes :
Patrata sunt hœc mystice, Paschae peracto tempore, Sacro dierum circulo Quo lege fit remissio.
Les faits répondent aux figures ; le mystère s'accomplit à la fin du temps pascal ; les âmes sont délivrées , aff'ranchies par TEsprit- Saint, après les cinquante jours figurés par les cinquante années dont le laps ramenait autrefois Taff^ranchissement de la servitude et des dettes.
5** A la fête de saint Jean -Baptiste :
A Laudes :
Serta ter dénis alios coronant Aucta crementis; duplicata quosdam :
Trina te fructu cumulata centum Nexibus ornant.
Il y a dans ces vers une triple allusion : !<> à la strophe précédente, oii il est dit que le Précurseur fut à la fois vierge , docteur et martyr ; 2° à trois auréoles ou couronnes particulières que ces titres lui assurent dans le ciel; 3^ à la parabole de la semence , qui enseigne que la parole de Dieu produit trente, soixante, et jusqu'à cent pour un, dans les cœurs bien préparés. Mat., xiii, !23. La pensée est que ce saint ayant réuni les mérites les plus éminents aux qualités les plus sublimes, il ne doit rien manquer à sa félicité.
« La couronne ou Tauréole des uns brille de trente fleurons; celle des autres en a soixante; la vôtre, les réunissant et y mettant le comble, en a jusqu'à cent.» Serta aucta crementis ter dénis coronant alios ; quosdam coronant serta duplicata, seu duplex corona cum fructu sexagesimo; sed serta trina fructu cumulata ornant te centum nexibus.
Nous bornons là nos explications. Si Ton trouve d'autres difficultés, on les résoudra aisément, soit par réflexion,
soit par la comparaison du texte actuel avec le texte primitif, qu'on a obscurci en plusieurs endroits en cherchant à le mettre d'accord avec la prosodie.
NOTE VIII, p. 230. — ANTIENNES, RÉPONS, CAPITULES
On peut voir dans VElucidatorium de Glichtow l'explication des 0 de l'Avent , des antiennes de la Nativité et de la sainte Vierge, et d'un bon nombre de répons. Nous nous bornerons ici à quelques notes sur certains textes qui reviennent fréquemment.