MATTH. VI
"^ Dimissâ turbâ ascendit solus orare. Matth. xiv, 13.
3 Egressus abiit in desertum locum , Ibiqne orabat. Marc. i. 35. Item Luc. V, 16.
^ Abiit in montem orare. Marc, vi, 46. Item Matth. xvii, 1, etc.
^ Sedete hic donec vadam illuc et orem. Matth. xxvi, 69. — Cf. S. Bben Serm. xl, in Cant. 4.
^ Act. m, 1 ; xn, 12; xxii, 17. — S. Pierre se retirait, comme Juditl ( VIII, 5 ) , dans le lieu le plus élevé de la maison, pour y prier avec plui de tranquillité. S. Charles et S. Ignace de Loyola avaient la même pra tique. On sait que S. Ignace mettait une grande importance au choix d> lieu. Il disait que toutes les fois qu'il avait négligé cette précaution, soi esprit avait été assaili de distractions.
■7 Un concile particulier du xvi^ siècle le défend encore ; et on remarqu dans la vie du P. Balth. Alvarès qu'il ne se le permit jamais.
ait jamais regardé la pratique contraire comme absolument incompatible avec le respect dû à Dieu dans la prière; car on en trouve aussi, dans tous les âges, des exemples autorisés K Quoi qu*il en soit, elle est admise depuis longtemps par les plus réguliers.
On voit même des ecclésiastiques qui ne sont pas taxés de relâchement, réciter habituellement rOffice, comme il 3st écrit qu'Isaac méditait 2, en se promenant dans la campagne. Cette habitude peut aussi se concilier avec toutes les exigences d'une excellente prière. Cependant il faut que :e soulagement accordé à la nature soit compensé par une 3lus grande modestie, que la démarche soit grave et lente ^ ju'on évite les chemins difficiles ou fréquentés, et qu'on lût soin de ne pas arrêter ou interrompre hors de propos a récitation*. A ces conditions, il nous semble qu'on n'a
as à craindre de mal édifier, et que rOffice peut être récité b voyage ou en promenade avec autant d'attention et auant de fruit qu'au fond d'une solitude ou dans le silence
un oratoire *.
* Fortunat, évêque de Poitiers, dit de S. Germain, évêque de Paris au 1* siècle, qu'il récitait son Ofifice, dans ses voyages, avec une attention et un espect imperturbables , malgré les contretemps les plus fâcheux : « Equians in itinere, semper de Deo aliquid aut verbo contulit, aut cantavit, îursum nudo capite dicens, etsi nix aut imber urgeret. Act. Sanct. 8 Mart. Vita, cap. Lxxvin. — Guillaume de Malmesbury rapporte les lômes faits de S. Wulstan, évêque de Wolcester, 1008-1095. Thomassin. Incienne et nouvelle Discipline, 1. 1, 1. II, lxxxii.
^ Deambulabat Isaac et egressus fuerat ad meditandum in agro, incliatâ jam die. Gen. xxiv, 63. — Inter querulas aves psalmi dulciùs cantanur, dit S. Jérôme.
^ Ce serait un phénomène qu'un homme marchant avec précipitation riât posément , avec calme et réflexion. Alain de Solminiac , évêque de ahors, 1693-1659, remarqua un jour, la veille d'une ordination, de jeunes rdinands qui se promenaient ainsi dans une allée, en disant Vêpres fort îstement. Il les appela, dit l'auteur de sa vie, leur fit une réprimande séère et les renvoya pour les Ordres aux quatre -temps suivants. Vie, pa?*
P. Léon Chassenet.
^ C'est le moment de se rappeler Texemple de ce saint prêtre, qui disait :
Opus grande facio, et non possum descendere. » Esdr. vi , 3 ; et la règle 3 S. Bonaventure : « Interruptiones non fiant nisi urgente necessitate. » pec. discipl. I, xvi.
' ^ Notons pourtant, à propos d'édification, cette observation d'un homme a monde, esprit distingué et très savant du xvii^ siècle. « Le Père Sir- .on,rornement de la société (de Jésus), possédait la vertu au même degré aela science. Comme je le voyais souvent, je remarquai qu'il disait tou-
Est -il avantageux de s'unir à quelques confrères pour dire le Bréviaire à haute voix, alternativement? Nous croyons qu'il est bon d'user de temps en temps de cette pratique : c'est un moyen de réagir contre la routine, et de se ranimer dans la ferveur. Pourvu qu'on y apporte de part et d'autre une vraie piété, on s'excite et on s'édifie mutuellement, comme les Séraphins dont parle Isaïe; et l'on a d'autant moins de peine à entrer dans l'esprit de. l'Office qu'on se conforme davantage aux règles du chœur ^ Saint Charles s'était astreint à dire ainsi toutes ses Heures. Il savait, dit l'auteur de sa vie 2, que Notre -Seigneur a promis d'assister spécialement de sa présence ceux qui sont réunis en son nom ; et il avait appris, par l'expérience, qu'en public la prière se fait d'ordinaire avec plus d'attention et de ferveur. Il faut cependant ajouter que cette pratique 1 perdrait ses avantages, si l'on n'était pas libre d'y mettre toutes les conditions de piété, de modestie et de gravitéî désirables. Nous lisons même dans l'histoire de plusieurs saints prêtres, à qui Dieu avait inspiré une dévotion particulière pour le saint Office, qu'ils se trouvaient mieux de le dire seuls, parce qu'ils pouvaient accorder davantage à leur ferveur et goûter plus pleinement les consolations du ciel 3.
jours son Bréviaire à genoux dans sa chambre. Que cela est édifiant I et encore dans un âge si avancé!... Messieurs nos bénlflciers en agissent d'une bien autre manière aujourd'hui! J'en vois qui vont en carrosse au Cours dire leur Office...» De Valois, Valesiana.
^ a. Les anges s'excitent mutuellement aux louanges de Dieu. L'Écriture nous les montre se débattant des ailes les uns au-dessus des autres, s'animant, s'échauffant, et disant : Saint, Saint , Saint, trois fois Saint! Dieu est Saint dans le Père, Dieu est Saint dans le Fils , Dieu est Saint dans le Saint-Esprit ; Dieu est Saint en lui-même I Ainsi les anges se répondent les uns aux autres. Chacune des trois hiérarchies rend tour à tour cet hommage à Dieu de l'appeler Saint. Et Dieu, charmé de ce concert, excite les prêtres, ses anges visibles, à s'associer également pour I3 louer; et il leur fait dire aussi les uns aux autres: Venite, exultemus Domino; juMlemus Deo salutari nostro. Olier, Mémoires, t. V, 304. — Selon l'historien Socrate, c'est à la suite d'une vision, dans laquelle les anges lui avaient été montrés chantant ainsi à deux chœurs les louanges de Dieu, que S. Ignace, deuxième successeur de S. Pierre comme évoque d' An tioche, établit dans son église Tusage de la psalmodie. 1
2 Vie, par Giussaxo, VIII, 11.
3 Dupont, Vie de Balth, Alvarès,
SEPTiÊME PRATIQUE 131
Mais de quelque manière qu'on le récite, seul ou en mmunauté, le lieu le plus convenable, quand on a toute )erté à cet égard, celui où le recueillement est le plus cile, où Ton se pénètre plus aisément du ministère que m remplit, c'est l'église, et le pied du saint autel \ église est proprement la maison de la prière , parce i*elle est la maison de Dieu sur la terre : Domus mea dois orationis vocabitur'^. C'est là que le Seigneur appelle 3 enfants, qu'il les invite à lui offrir leurs vœux % qu'il ir promet une attention et une bienveillance toutes par- ;ulières. Là rien ne disirait l'esprit : tout porte au recueilnent et à la ferveur. Dans les moments surtout où se èbrent avec solennité les saints offices et les divins mys- 'es, ne semble-t-il pas que la majesté de Dieu se mani- ;te sensiblement et qu'on est transporté au ciel au milieu s bienheureux et des anges ^ ? Dominus in templo sancto ) ; Dominus in cœlo sedes ejus ^ Quelle consolation, alors,
redire avec le peuple chrétien, devant l'Agneau immolé ur le salut des hommes, ces divins cantiques que David îhantés dans le temple de Sion , mais que l'Esprit-Saint
dictait, comme un écho des concerts célestes, et qu'il stinait à retentir jusqu'à la fin du temps dans tous les ictuaires du vrai Dieu ^ ! Et dans l'intervalle même des nts Offices, quand l'église est vide et silencieuse, quelle e n'est-ce pas pour le cœur d'un bon prêtre, de venir se icer au pied du divin tabernacle, comme le représentant
son peuple, de penser qu'il est délégué auprès de Dieu
Te decet hymnus, Deus, in Sion... Replebimur in bonis domûs tuas , ctum est templum tuum ; mirabile in sequitate. Psalm. lxiv, 2 , 5.
Matth. XXI, 13.
In templo ejus omnes dicent gloriam. Psalm. xxviii , 9. — Cf. S. Thom. * , q. 84, art. 3.
Cf. S. Chrys. de Sacerd. 1. III, c. m. Dum conspicis Dominum immoim et illic situm, etiamne te inter mortales versari atque in terra conere censés ? etc.
' Psalm. x, 4; Hab. ii, 20.
' Benè mari comparatur Ecclesia, qu^e primo ingredientis populi agminc Ls vestibulis undas vomit, deindè in oratione totius plebis tanquam lis refluentibus stridet, cum responsoriis psalmorum cantus virorum, lierum, virginum, parvulorum, consonus undarum fragor résultat. iMB. Hexam. HT, v. — Cf. S. Aug, Conf, IX, iv, et VI, vi.
par FEglise universelle , et de s'unir, au nom de tous i frères , aux honimages infinis qui s'élèvent de cet au vers le trône du Père éternel , aussi réellement et au incessamment que de Tautel sublime du ciel ! Quelle ce solation de lire, dans la parole sainte, l'expression auth( tique des sentiments dont l'Homme -Dieu est embras comme un perpétuel holocauste , en son adorable sac» ment! Quelle jouissance de lui prêter son cœur et ses lèvr pour étendre, multiplier et produire au dehors les affii tions qui surabondent dans son âme ! C'est alors qn" psalmodie, comme David, au milieu des anges*, qu s'unit sensiblement, comme les élus du ciel, aux adoi tions de l'Agneau % qu'on voudrait s'associer toutes créatures, afin d'offrir ensemble au Maître souverain ( hommages que la dignité du Sauveur élève à une dign infinie : Venite , exultemus Domino^ jubilemus Deo salut nostro 3 /
Il serait superflu de citer des exemples à l'appui de i paroles. Bornons-nous à rappeler encore une fois ce véi rable curé d'Ars, suscité de Dieu pour nous montrer quoi la sainteté rend capable , et à quel prix elle mé: d'être achetée. Il ne récitait ses Heures que devant l'aui d'où il ne s'éloignait du reste presque jamais. Dans premières années de son ministère, lorsqu'il était enc inconnu et son église peu fréquentée, il disait toujours ; Office à genoux , sur le pavé du chœur, sans aucun apf . Ses paroissiens aimaient à venir à ce moment pour ( témoins de sa ferveur. « Souvent, dit un témoin oculaire faisait des pauses en priant : il regardait le tabernacle a des yeux où se peignait une foi si vive qu'on aurait dit < Notre-Seigneur était visible à ses regards. Plus tard, église étant continuellement rempHe d'une foule atten à ses moindres mouvements, il avait soin d'éviter toul qui était de nature à exciter l'admiration. Néanmoins onp