‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 34 sur 227 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Huitième pratique : se garder de tout empressement.

Rien de plus difficile à éviter dans la prière vocale qi la précipitation, parce que ce défaut est la suite naturel de presque tous les autres. La dissipation, la routine, désir de la liberté, les préoccupations, et surtout cette ao vite inquiète qui nous fait aspirer sans cesse vers un obj nouveau, tout conspire à rendre cette fonction importun à en faire abréger la durée. Aussi est-ce une dispositi très commune, et y a-t-il peu d'ecclésiastiques qui tombent fréquemment ^

S'il n'est pas de défaut plus facile à contracter dani récitation de l'Office, il n'en est pas non plus qui en fà perdre plus sûrement les fruits. « L'empressement estperte de la dévotion , » dit saint François de Sales. P( peu qu'on s'y habitue, il tarit l'esprit intérieur, source tous les mérites. A l'emploi le plus sublime de notre int ligence et de notre cœur, il substitue un simple exerc

^ C'est Tobjet de la première recommandation qui leur est faite daiw vers latins si souvent cités sur la manière de dire rOfRce :

Clerice , pausando die Horas, non properando ; Dirige eor sursum ; bene prof cr ; respice sensnm, etc.

On peut voir la suite dans Pouget, Institutiones catholicœ, t. JI, o| Note.

es lèvres; il remplace les saintes pensées, les nobles sen-

inients, les pieuses émotions de l'âme, par une routine

veugle et toute machinale. Une fois asservi à ce défaut ,

'est en vain qu'un ecclésiastique multiplie les formules.

'lus de retours salutaires, plus d'applications personnelles,

lus de sentiments affectueux ni de pieux mouvements. .

es paroles qui se pressent sur ses lèvres ne disent rien

son cœur, et ne laissent pas d'empreinte en son âme :

es ne sont plus qu'un verbiage inutile, semblable à

ui que Notre-Seigneur reprochait aux païens, et dont il

gnalait la vanité à ses disciples : Orantes nolite multûm

mi y sicut ethnici : putant enim quod in muîtiloquio suo

audiantur *.

Et comment Dieu agréerait- il des prières qui scandaent ou qui contristent ceux qui les entendent? On lit dans vie d'un laïque fervent, d'un de ces gentilshommes rétiens, si nombreux encore au dix-septième siècle, qu'il pouvait voir sans une peine extrême des ministres de glise s'acquitter de leur Office avec précipitation, et 'il déplorait souvent la généralité et l'excès de ce dés- Ire. Où est la foi? disait-il avec un douloureux étonnent; où donc est la foi-? Il n'est pas douteux qu'à la vue du me abus, un grand nombre de fidèles ne fassent encore même remarque. « Est-ce donc ainsi, se demandent-ils,

Matth. VI, 7.

Vie du 'baron de Renty, par le P. Saint- Jure , IV, vi. — S. David 1er,

|d'Écosse, étant sur son lit de mort (29 mai 1153), remarqua que «les

îs réunis pour l'administration des derniers sacrements récitaient les

[Limes avec quelque précipitation. Il leur fit signe de les dire plus posé-

it. Il en suivait lui-même les versets avec attention , et répondait à

:es les oraisons. » Le B. Ethelred, abbé de Riéval, à Henri, duc de Norm.

ja vénérable Marie-Clotilde , reine de Sardaigne, morte en odeur de

[teté (1802), avait l'habitude de réciter l'Office divin tous les jours.

Ind elle était indisposée, elle le disait avec son confesseur; ou bien

|l-ci le récitait tout haut, et elle s'y unissait de cœur, mais toujours

beaucoup d'attention et de recueillement. Elle n'en avait pas seu-

mt étudié la lettie, elle en connaissait aussi les règles ; et quand elle

3rcevait de quelque manquement, elle avait soin d'avertir, avec les

\ds convenables. « Elle avait peine à souffrir, dit son historien, les

ïiastiques qui s'acquittaient de leur fonction précipitamment, ou dont

Prieur témoignait peu de religion. » Vita délia Ven, serva del Dio Ma-

Uotilde, da L. Bostiglio postulatore, p. I, c. iv, et p. II, c. n- — Cf.

Seton, par il/me de Barberey, p. 433; et Vie, par M' Babad, p. 440,

qu'il convient de parler à Dieu et de méditer sa loi? Qu6 diraient ces ecclésiastiques, s'ils nous voyaient faire avec tant de hâte les prières qu'ils nous prescrivent au sain tribunal, ou que nous nous imposons à nous-mêmes? Quell raison ont-ils de se permettre ce qu'ils nous reprocheraien comme une irrévérence? »

Une des choses qui affligeaient davantage sainte Made ieine de Pazzi , c'était de voir que , dans son monastèr* même, on ne savait pas se garder de ce défaut. Un jou qu'on récitait les Matines au chœur avec un empressemen inaccoutumé, elle ne put se contenir, et, quittant sa place elle vint se jeter aux pieds de la prieure : « Ma mère, liJ dit-elle avec autant de zèle que d'humilité, d'où vient doni que nous nous pressons de la sorte? Avons- nous à fai pour la gloire de Dieu quelque chose de mieux que ce qd nous faisons ? » La Prieure , qui n'avait pas remarqué c désordre, fit signe d'aller plus doucement. Mais comme o ne laissa pas depuis de retomber dans ce défaut, la saini religieuse, à qui cette faute était insupportable, deman la permission de sortir du chœur ou d'avertir celles qui g| presseraient trop. « Ma mère, dit-elle une fois à l'une d'elle (jui semblait impatiente de finir, puisque vous êtes si pre.j sée, que ne sortez-vous sans retard? » A la fin, comme el était chérie et respectée de toutes, elle vint à bout d'inspP rer les mêmes sentiments à toutes ses sœurs, et l'abus q'p l'affligeait tant disparut tout à fait

Voilà ce qu'inspire l'esprit de prière. Si le jugement d saints paraît sévère, celui des mondains l'est davanta|| encore. Ils ne s'affligent pas, sans doute, de ces prier machinales et précipitées, mais ils s'en raillent, et, n contents d'en faire l'objet de leurs censures, ils s'en servelt comme de prétexte pour autoriser leur indévotion. « jla vaut mieux, disent-ils, ne pas prier, que de le faire d'u manière irrespectueuse et dérisoire ^ » ij""

1 AcT. Sanct., 25 mai. — Sa Vie, par le P. Gepari, son confesseur, -wk^ ^ Un ecclésiastique s'était fait une sorte de réputation par la promptit™,!^ avec laquelle il expédiait son Olfice. On prétendit que sa précipitation «^ faisait souvent confondre les mots, et qu'au lieu de dire : Domine, ad adMkni

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Et, de fait, n'est-il pas à craindre qu'au lieu d'être une

ource de mérites , ces prières précipitées , purement exté-

ieures, ne deviennent un sujet de reproches et de condam-

ation? Non, ce n'est pas ainsi que Dieu veut être honoré.

e n'est pas de cette manière que nous devons être les

iterprètes de l'Eglise auprès de la Majesté suprême..

éduire à un exercice purement machinal la fonction la

kis sublime, faire tourner au détriment de la piété et de

prière ce qui est destiné à entretenir et à développer

ane et l'autre, ce ne peut être une conduite indifférente,

réprochable; et ceux qui en assument la responsabilité,

îrifiant en eux-mêmes cette terrible imprécation : Oratio

us fiât in peccatum ^ , ne sauraient échapper au châtiment

édit par le Psalmiste : Labor labiorum ipsorum operiet eos :

dent super eos carbones ^

D'où vient donc qu'on renonce si aisément aux mérites aux fruits attachés à la récitation du saint Office. Quel antage peut-on trouver à mal édifier les fidèles et à proquer l'indignation de Dieu par une telle indévotion? En n chercherait-on à cette conduite un motif raisonnable, pme au point de vue le moins élevé, à nç considérer que ptérêt, elle est inexplicable : c'est une perte immense et )s compensation, n veut gagner du temps, je le suppose. Mais en réalité, gagne-t-on? que peut-on gagner par un empressement nconvenant? Quelques courts instants sur une heure ou x; dix minutes au plus sur l'Office d'une journée. Està un dédommagement appréciable, je ne dis pas pour aute qu'on commet, pour les mérites dont on se prive, r le scandale que l'on cause, pour les châtiments qu'on ourt, mais seulement pour la peine que l'on prend, et r la contention que l'on met dans un exercice si conso-

Kum me festina, il disait habituellement : Domine, ad festinandum Mjuva... Un jeune homme lui ayant demandé combien de temps pre- Ichaque jour la récitation de l'Office : « Cela dépend, répondit-il, de la jbilité de la langue. — Je croyais , répliqua spirituellement le jeune le, que cela dépendait surtout de la dévotion du cœur. »

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