LE BIEN ENTENDRE
le se diversifie indéfiniment dans son objet et dans sa ►rme. Ajoutez qu'elle perd nécessairement de sa ferveur, ; qu'on ne peut la défendre qu'à grand'peine contre la mtine et la dissipation.
Il est des moments où la prière sort du cœur sans efrt, et s'écoule d'elle-même avec abondance. Alors elle 3 demande ni d'être excitée, ni d'être soutenue. Mais ces [oments sont rares, et l'on ne peut espérer de les voir irev longtemps : Rara hora; parva moraK Le plus souînt l'âme éprouve une vraie difficulté à prolonger sa prière, attention se relâche, le cœur se dessèche, l'imagination échappe, spiritus vadens et non rediens^. On sent le besoin être aidé , soutenu , dirigé. On voudrait entendre Dieu itant que lui parler, savoir au moins ce qu'on doit lui re , quelle grâce lui demander, pour qui s'intéresser.
On trouve tout cela dans l'Office de l'Eglise, quand on Lit le comprendre. On y entend l'Esprit de Dieu , ses as, ses exhortations; on voit ce que l'on doit lui ré- )ndre. C'est une réunion des pensées les plus élevées et îs sentiments les plus purs. C'est une succession variée î louanges, de bénédictions, de demandes, exprimées de
manière la plus touchante et la plus admirable. Rien vplus propre à rendre la prière facile, à élever l'esprit, échauffer le cœur, à écarter les distractions, à prévenir
négligence'. Mais puisque c'est un langage et que ce ngage s'adresse à l'âme, ne faut-il pas que l'âme lecom- •enne, afin d'en profiter? N'est-il pas juste qu'elle l'étu-
1 s. Bern. Serm. xxni in Cant. — Mens humana diù stare in alto non test. Et ideo contingit quôd cùm mens orantis ascendit in Deum per atemplatlonem, subito evagetur. S. Th. 2^ 2*, q. 83, a. 13, ad 2 ; — q. 180, 8, ad. 2; — q. 187, a. 4, ad 3.
2 Ps. Lxxvii, 39. — Cf. 32e prop. de Molinos : VerUs et linguâ grattas ere'Deo non est pro animadus internis, condamnée par Innocent XI.
^ Oratio vocalis incendit animi studium, et religionem orantis Inflammat, od ad Probam scribit Augustinus hoc modo : Nonnunquam verMs et lis signis ad augendum desiderium sanctum nos ipsi acriùs excitamus TECH. CoNC. Trid., p. IV, de Modo orandi, 4. — Sic cùm spiritus proetiae BlissBO deesset, psalteta fecit applicari, ut prophetiœ ad hune Iritus per laudem psalmodiaa descenderet, atque ejus animam repleret. GREa. M. in Ezech, I hom. i.
die? Ubi auditus non est, ne effundas sermonem, dit le Sage' Si ces paroles ne pénétraient pas dans l'esprit, elles ré sonneraient en vain à l'oreille; et si on les entendait mal au lieu d'aider à bien prier, ne deviendraient- elles pa quelquefois un sujet de distraction et une source d'en nui?
D'ailleurs le saint OfTice ne nous fournit pas seulemen les formules les plus parfaites pour prier Dieu et lui rendr nos devoirs : il nous offre, en même temps des conseils des exhortations et des exemples. Il n'est pas une Leçoi où l'on ne trouve des trésors précieux de sagesse et d'édi fication. Si l'on ne comprend pas ces instructions, si l'oi n'en saisit pas le sens, à quoi servira d'en réciter 1; lettre? quel avantage l'âme pourra-t-elle retirer de toute ces richesses? Sapientia enim absconsa et thésaurus abscon ditus, quœ utilitas in utrisque ^ ?
On dira peut-être: Quel est l'ecclésiastique qui n'eni tende suffisamment l'Office? Pour le comprendre, il suffi d'être attentif. Si Ton s'en acquitte souvent d'une manièr« machinale , inintelligente, ce n'est pas à cause des obscu rites qu'il présente, mais faute d'application et de bonn volonté.
Nous sommes loin de partager ce sentiment. Si l'on se borne souvent à réciter d'une manière machinale la lettre du Bréviaire, ce n'est pas seulement, suivant nous, parc( qu'on manque d'application et de fidélité : c'est encore ei surtout parce que le plus grand nombre ne trouvent paf dans l'Office assez de lumières; parce qu'ils n'y découvreni pas un sens assez clair, des idées assez élevées, des pen
^ EccLi. XXXII, 6. — Et quare dicta sunt nisi ut sciantur ? quare aonuerunt nisi ut audiantur? quare audita sunt nisi ut intelligantur ? S. AuG. tr. XXXI in Joan.
'^ EccLi. XLi, 18; XX, 32. — S. Thomas, expliquant ce verset : Si orem Ihiguâ, spiritus vieus orat, mens autem mea sine fructu est. I Cor. xiv, 14, dit positivement : Constat quôd plus lucratur qui orat et intelligit quàm qui tantùm linguâ orat. Nam ille qui intelligit reficitur quantum ad intellectum et quantum ad afEectum ; sed mens ejus qui non intelligit est sine fructu refectionis. — Cf. d'ARGENTRié, Collectio judiciorum , t. Il, p. 67 ; censure motivée de quatre propositions d'Érasme sur le même verset de rApôtre. A7in, 1526.
LE BÏEN ENTENDRE 161
sées assez précises, un dessein assez suivi. Le pieux et savant auteur qui a publié récemment un Essai sur les raisons intrinsèques et la constitution intime de VOffice divin, exprime avec plus d'énergie la même conviction. « La (raison principale, dit-il, pour laquelle le clergé n'estime [ni ne récite, comme il conviendrait, les Heures canojniales, c'est qu'il pénètre peu la signification de ces prières, et qu'il a encore moins l'intelligence de l'ordre [raisonné qui les enchaîne et en fait un seul tout^ » Eh! qui ne sent quelle différence il doit y avoir entre l'impres- Ision produite sur l'esprit par la lecture de passages dé- Itachés, souvent vagues ou obscurs, tels que paraissent Lu premier regard les éléments du saint Office, et celle jque ferait éprouver cette magnifique composition, aussi (^savamment combinée que parfaitement suivie, si Ton i0n possédait les secrets à l'avance, si l'on pouvait en saisir jusqu'aux intentions les plus délicates et aux allumions les plus ingénieuses?
,1 On ne prétend pas nier qu'un ecclésiastique intelligent, ifjui applique vivement sa pensée aux paroles qu'il récite, ii.ouisse toujours trouver dans son Office des idées caj^j tables de frapper son esprit et de toucher son cœur; mais
m croit pouvoir avancer comme incontestables et décisifs
es deux principes suivants : premièrement, que l'attenf|ion de l'esprit se proportionne naturellement à la clarté,
L la beauté, à l'abondance des objets qui lui sont présen-
és; secondement, qu'à moins d'une étude sérieuse du jjJréviaire, une bonne partie, la principale peut-être, et jjjtjOut au moins la plus intéressante et la plus pieuse, des
eautés qu'il renferme, demeurera toujours inconnue et
le sera pas même soupçonnée.
Si quelqu'un révoquait en doute cette dernière asser-
ion , ce serait pour nous une preuve qu'il est peu versé
■ce
^ Des Motifs intrinsèques des Heures canoniales, par le D' J. Allioli, révôt de la cathédrale d'Augsbourg. Trad. de l'abbé Dodille, in-18, 1865.
Quamvis devotlo magis se habeat ad affectum quàm ad intellectum, prosctô tamen non est devotio sine lumine intelîectûs. S. Bonav. Opusc. ; 6 Processu relig.
clans les études liturgiques. Nous le prierions de vouloi bien jeter un coup dVeil sur l'un des commentaires le plus autorisés du saint Office. Quelque habitué qu'il fû à la récitation des Heures, il s'étonnerait, nous en somme convaincu, d'apercevoir pour la première fois une foui de merveilles ; et il serait forcé d'étendre au Bréviair entier ce que Bellarmin disait du Psautier au pape Paul V (( Il n'est pas de livre dont l'usage soit plus familier au ecclésiastiques et dont le sens leur soit moins connue »
On ne peut donc qu'applaudir à la pensée qui a fai établir dans un grand nombre de Séminaires, comm dans les noviciats d'ordres religieux, des cours de litur gie, où, après avoir exposé aux jeunes ecclésiastique les règles extérieures du saint Office, les Rubriques, o\ cherche à faire comprendre et apprécier le saint Offic lui-même, sa nature, son but, l'origine, la raison et 1 sens de ses diverses parties. Rien de plus conforme à l'es prit de l'Eglise; rien de plus important au double point d vue de l'instruction et de la piété sacferdotales. Car, san vouloir déprécier en aucune manière l'étude du chant e des cérémonies, pour lesquels on semble avoir repris un nouvelle ardeur, nous osons dire qu'il serait peu raison nable de se laisser absorber par les formes sensibles e de négliger ce qui fait le fond même de la liturgie, c dont les cérémonies et le chant ne sont qu'un accessoire* Nous ajouterons encore que les explications donnée dans ces cours élémentaires sont nécessairement for
^ Liber psalmorum quem ecclesiastici omnes legunt, et pauci admoduil iiitelligunt. Bellarm. Comment, psalm. Dedicat.
2 Un docteur du moyen âge, aussi hardi dans son langage que dans g pensée , exprime ainsi ce sentiment : Miramur ut nulla de intelligend Scripturis sint studia, sed de cantu tantùm., vel de verbis tantummoa formandis, non intelligendis : quasi ovium dalatus plus utilitatis hadec quàm pastus. Abailard, Epist. vni, suh. fin. S. Augustin avait dit avt plus de convenance : David docet ut psallamus intellig enter. Non quœrc m.us sonitum auris, sed lum,en cordis. (In Psalm. xlvi, 9.) Et S. Thomas Nobilior modus est provocandi homines ad devotionem per doctrinal quàm per cantum, et ideo Prcelati quibus competit per prœdicationem doctHnam animas hominum provocare in Deum, non debent cantibi insistere, ne per hoc àmajoribus retraJiantur. 2* 2^, quœst. 91^ art, 2. - Cfr Olier. Lett. xciii, sur le Chant.
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irèves, que, même en supposant qu'on les saisît et qu'on es retînt parfaitement, il resterait encore beaucoup à aire pour les compléter, et qu'enfin elles ne sauraient dispenser les ecclésiastiques d'études particulières sur ce lujet.
On peut distinguer, dans l'Office, trois objets d'étude ■ifférents : 1° les textes inspirés ou les passages emprunés à l'Écriture sainte; 2° les paroles dont l'Esprit -Saint /est pas l'auteur, mais que l'Eglise a jugé à propos d'inlérer dans son Office et qui tirent leur autorité de l'usage tu'elle en fait : telles que les Homélies des Pères, les "égendes des saints, les Hymnes, les Répons et les Ansiennes; 3^ la réunion, l'ordre, la combinaison de ces "ivers passages, d'où résultent précisément le caractère *e l'Office, sa physiortomie, le sens et la portée de ses 'iverses parties.
i^ Chacun de ces objets mériterait une étude approfondie 1« demanderait de longues réflexions. Ce n'est pas le lieu ^^entreprendre ce travail. Nous essayerons seulement d'éel^blir quelques principes propres à éclairer la voie et à di- [^fger les premiers efforts.
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