II
]n effet, on peut rapporter toute la vie terrestre du iveur à quatre faits principaux : sa naissance, sa mort 1 la croix, sa résurrection , son triomphe au ciel et dans glise. Or ces quatre faits forment la division de l'Office iîn caractérisent les diverses parties. Placés k une disiCe convenable les uns des autres, et entourés des faits iOndaires qui s'y rapportent, ils se succèdent assez lentent pour que nous puissions nous pénétrer parfaitement chacun, en méditer toutes les circonstances, en com- ;ndre toutes les raisons, en recueillir toutes les grâces. D'abord, c'est la naissance du Sauveur qui signale et isacre le commencement de l'année et celui de l'Office. e est précédée par le temps de l'A vent, c'est-à-dire par atre semaines de préparation et d'attente, destinées à is rappeler les quatre mille ans écoulés avant la venue Rédempteur. Elle est suivie des fêtes qui se rattachent 'enfance du Verbe fait chair : la Circoncision, l'Épiphalî, le saint Nom de Jésus , sa Présentation au temple, etc. Après avoir honoré l'enfance du Sauveur et sa vie caée, l'Église dirige nos regards vers sa passion et sa
Ecclesia in toto anni curriculo reprœsentare studet Christl actiones à cno adventu in carne usque ad secundum In fine mundi adventnm. Ga- :t. Thésaurus sacrorum Rituum. — Beprœsentat : en effet , ce ne it pas les anniversak'es que l'Église entend célébrer, mais les faits mêmes les anniversaires rappellent. Elle se les rend présents; elle suppose ils s'opèrent , qu'on les voit , qu'on les a sous les yeux. Gras erit voMs us, dit -elle. Hodiè natus est voMs Salvator. C'est qu'étant toujours ante et toujours la même depuis son institution, elle a droit de se pla-
à toutes les époques de son histoire, de remonter à son origine et de se mer pour témoin des faits qu'elle retrace ; d'autant plus que la substaî\ce ces mystères persévère dans son sein , et qu'elle en perpétue les fruits en renouvelant la mémoire.
mort. Mais, pour nous faire apprécier le bienfait d rédemption et nous pénétrer de l'esprit de sacrifice, commence par nous rappeler, durant deux mois enti le besoin que nous avions d'un Sauveur et les motifs nous pressent de faire pénitence; elle nous prépare souffrances de l'Homme-Dieu par le récit de ses tentatii et à son crucifiement par son jeûne de quarante joi qu'elle nous propose à imiter.
La Résurrection, qui a inauguré pour nous une desti nouvelle, toute glorieuse et toute céleste, ouvre dans 1" fice une nouvelle période liturgique qui se distingue ^^ la précédente par l'allégresse et la jubilation ^ Cette riode se prolonge naturellement jusqu'au retour du de Dieu au ciel par l'Ascension, et même jusqu'à la d[ cente visible de l'Esprit -Saint dans l'Eglise le jour d Pentecôte.
Le reste du temps, de la Pentecôte à l'A vent, répc au règne du Sauveur dans le ciel et dans l'Eglise. T( incomplet qu'il est, ce règne est déjà magnifique et inco parable , et il éclatera dans toute sa splendeur au jour jugement universel, dont l'annonce termine l'année liti gique '.
'' Illud quod est ante Pascha significafc tribulationem in quâ modo mus, quod ver6 post Pascha beatitudinsm in quâ erimus... Quid habit sumus in illâ patriâ? Quid acturi sumus ? In sœcula sœculorum laiu tuntte, inquit : hoc erit totum negotium nostrum sine defectu Alleln S. AuG. In Ps. cxLViii. L'Alleluia qu'on reprend et qu'on répète si souv»! au Temps pascal, est un chant du ciel. Il a été chanté pour la promit fois ici-bas, par le prophète Aggée, à la vue du temple rebâti suivant prédiction de Tobie : Per vicos Jérusalem alléluia cantabitur. Tob. xiii, S Apoc. XIX. — In Septuagesimâ intermittitur , quia peccato hominis ve ris a conventu angelicse jubilationis expulsi in hujus miserœ vitse Baby! nem, super flumina ejus sedemus et flemus, dum recordamur illius Si lu quâ Deum decet hymnus. G. Ili duo; De Consec. dist. 1.
^ Ecclesia sanctissimâ prudentiâ ita distribuit iotius anni Officium non solùm nobis proponat omnem vitam Christi Domini , sed praeter ita tempérât eum ordinem ut nobis proponat statum vitas nostrae q hic peregrinamur à Deo. Liturgicon, t. III, p. 585. Duaci, 1605.
omme ces mystères, tableau vivant des dispositions Sauveur, les livres de la sainte Écriture, autre expres-
de son esprit, remplissent le saint Office et se par- :nt le cours de l'année. Or il y a entre les uns et les •es un rapport trop sensible et une harmonie trop soule pour que cette correspondance puisse venir du ird. Voici, du reste, dans quel ordre ces livres se èdent, et à quelle époque ils se trouvent placés ■. urant TAvent, c'est-à-dire dans l'attente de la Nativité, t les prophéties d'Isaïe, l'évangéliste anticipé du Verbe chair.
p Noël à la Septuagésime, alors qu'on doit commencer
vie nouvelle avec Jésus -Christ, on lit saint Paul, ôtre par excellence du Dieu Sauveur, celui qui a prêché
le plus de zèle sa venue en ce monde, et qui fait lieux connaître les fruits qu'il doit produire dans les
la Septuagésime, où s'annonce le temps de la péniî, on prend la Genèse, pour se rappeler le péché premier homme, cause de notre chute, et toutes misères dont Notre -Seigneur nous a déUvrés par sa
rémie se lit entre la Passion et Pâques, parce qu'il édit et figuré, plus clairement qu'aucun autre, les Tances du Sauveur.
3rès Pâques viennent les Actes des apôtres, qui trent les fruits de la résurrection du Sauveur et reînt les origines de l'Église, la ferveur des premiers es^; puis l'Apocalypse, évangile du Sauveur triom-
!f. Dist. 15 c. Sancta Bomana Ecclesia de S. Gélase. Voir la derpartie , de S. Grégoire VII , relative à l'Office. — Rupert. De divU ^fflciis XII, XXIV et xxv.
Jsage déjà établi du temps de S. Augustin et mentionné par lui, , cccxxv, 1 , et ccxLVii.
pliant, révélation merveilleuse du royaume qu'il s'est quis et de la gloire où il est entré par son Ascension ; ei les épîtres de saint Jacques, de saint Pierre, de saint Je de saint Jude, qui toutes rendent hommage au Sauv ressuscité et à la puissance merveilleuse de sa grâce.
Aussitôt après la Pentecôte, on reprend la suite livres historiques, interrompue au temps de la P sion ^
Les ecclésiastiques , destinés à remplacer sur la terr Pontife suprême, trouvent, dans les livres des Rois, modèles en rapport avec leur vocation. C'est Samuel, lévite selon le cœur de Dieu, qui mérita, par son in cence et son dévouement, d'être substitué aux enfa d'Héli dans le gouvernement d'Israël ; c'est Saûl , ch d'abord pour ses excellentes qualités, puis rejeté pour orgueil et son ingratitude ; c'est David , tour à tour past de troupeaux et pasteur des peuples, persécuté et vie rieux, pécheur et pénitent; c'est Salomon, si sage e fidèle dans sa jeunesse, ensuite si aveugle et si coupât enfm ce sont les prophètes Elie et Elisée , qui soutienne au péril de leur vie, le culte du vrai Dieu. Suivant Rupc les deux premiers de ces livres, où l'on voit David, butte à mille ennemis, sortir de toutes les épreuves s'asseoir glorieux sur le trône , rappellent les combats ( l'Eglise eut à soutenir aussitôt après la Pentecôte, et victoire qu'elle finit par remporter sur ses persécuteu Les derniers, qui s'ouvrent par la séparation des d( royaumes et qui sont pleins des récits les plus affligean sont une allusion aux schismes et aux hérésies qui suc< dèrent aux persécutions , et qui enlevèrent plus d'enfa à l'Église que les tortures des plus cruels tyrans.
A la suite des hérésies et des persécutions , sont vei les grands docteurs, appelés de Dieu à éclairer l'Eglise à faire estimer et respecter sa doctrine. Aussi les liv Sapientiaux, les Proverbes, l'Ecclésiaste, la Sagesse, 1'] clésiastique, succèdent- ils aux Rois. On les lit dans
^ Voir Frenicle, Explication des cérémonies et Offices, t. III, p. sect. II, c. VII.
is d'août pour fortifier la foi et animer la charité et la
reur.
|)ans les mois de septembre et d'octobre, les exemples ment encore à l'appui des conseils. On voit dans les :oires de Job, des deux Tobies, de Judith, d'Esther, les s beaux traits de force, de justice, de tempérance et de dence. Chacune de ces vertus est mise à l'épreuve , et tes sont récompensées suivant leur mérite. Les victoires Machabées nous rappellent en outre que la vie présente une lutte continuelle, que notre âme est entourée memis aussi bien que TEglise, et que, pour l'une lime pour Tautre, il n'y a de vrai soutien qu'en Dieu, le repos qu'au ciel.
pnfm, dans le dernier mois, Ezéchiel, Daniel, et les
jes prophètes, dont les oracles ont soutenu, animé,
sole l'ancien peuple jusqu'aux approches du Messie,
ment renouveler leurs exhortations et leurs promesses,
nnoncent l'avènement prochain de Fils de Dieu^
insi chaque livre, soit de l'Ancien Testament, soit du
veau , vient à son tour, au moment de l'année où l'on
e mieux disposé pour le comprendre et pour en pro-
; et loin de distraire l'esprit du mystère que l'on cé-
e , il offre un moyen de plus pour en saisir le sens et
r s'en pénétrer ^.
Voir à la fin la Note VIII.
Ce n'est pas un des moindres avantages de l'OfiBce divin , dit un pieux ine d'Augsbourg , Mgr Wittmann , d'obliger les ecclésiastiques à relire, .loins une fois chaque année, les passages les plus remarquables des s sacrés : « Quot nostrûm nisi lege ecclesiasticâ ad Horas adstringeresingulis annis totam Scripturam percurreremus ? Et si qui id fecerint , im orandi affectu facturi essent , nisi inter preces quotidiè singula loca e deberent? » De utilitate morali JSorarum canon. Augsb. 1801 ; § 86. e Vén. Odon, évêque de Cambrai, signale cet avantage comme la ière raison de l'institution des Heures canoniales : « Ut assuescant lis litteris quas scilicet imbibere statim ac diligenter debent , ut eas ad em teneant. » Append. de Liturg.
if(
Il en est de même des fêtes de la sainte Vierge. Dis buées dans l'année à des intervalles convenables, et se s cédant dans Tordre le plus parfait, elles complètent la s des fêtes du Sauveur, en y mêlant une agréable varii Un certain nombre , comme l'Annonciation, la Purificati la Visitation, la Compassion, ont rapport à Notre-Seign autant qu'à sa mère. Quant aux autres fêtes, comme l'j maculée Conception, la Nativité de Marie, Ja Présentai au temple..., on peut les regarder comme une préparât permanente aux mystères de l'Homme -Dieu, qui co posent le fond de l'Office; car c'est au moment même la vie du Sauveur, achevant de se dérouler, semble touc à sa fin , que les premières scènes de celle de sa Mè apparaissant au second plan , annoncent pour Tannée s'approche le retour des mêmes mystères et des mêr solennités \
Quant aux fêtes des saints , on chercherait en vain, di leur succession , cette suite naturelle et ce rapport avec mystères du temps. Elles s'y mêlent plutôt qu'elles s'enchaînent. Néanmoins elles n'entravent pas la man générale de TOffîce; et même leur mélange, leur mu! tude, leur variété , présentent à l'esprit un spectacle d'i haute signification. Quand on en considère l'ensemble d' seul coup d'œil, ne semble-t-il pas voir cette foule d'é de toute nation, de tout état, de tout âge , de tout se:
^ La Mère de Dieu a, dans le Calendrier général, une fête de prem classe : l'Assomption; cinq fêtes secondaires de deuxième classe, dont d avec Octave :1a Nativité et l'Immaculée Conception; et huit fêtes de t sième classe. Somme totale, quatorze fêtes.
saint Jean vit au ciel , se presser autour du Sauveur, aire cortège , et recevoir, pour les lui offrir, notre [ration et notre culte : Turbam magnam quam nemo dinurepoteraty ex omni tribUy et lingua, et natione ^? Comme élite glorieuse des Saints honorés par l'Eglise repréî bien ces milliers innombrables d'âmes pures, saintes, tes, que le sang de Jésus-Christ a fait germer dans i rétendue du monde, que sa grâce a nourries, que son it a fécondées et enrichies de fruits si précieux ^ ! ne sa sainteté rayonne dans la splendeur de leurs Ls! Comme ses trésors éclatent dans les dons qui les *ent ! Dominus in eis , in Sinây in sancto ^ N'est-ce point s^êtement de pourpre et de lin que demande sa sainteté, inture d'or dont il se pare, et Tauréole qu'il préfère tes les couronnes^? Te gloriosus apostolorum chorus y ophetarum laudabilis numerus , Te martyrum candidatus t exercitus!
sait que l'Église ne consacre pas à tous les saints le e Office. Pour faire mieux ressortir les vertus de chat mettre dans un plus grand jour les richesses de la
?oc. vn , 9.
Martyrologe romain ne porte que 4,600 noms ; mais Stadler, dans xique des saints , en donne plus de 20,000 authentiques. Les Acta rum ajoutent encore à ce nombre. Et qu'est-ce que cela auprès de itude des saints oubliés ou connus de Dieu seul ? Quand on ne consit que les martyrs, ils sont innombrables , dit Eusèbe. H. E. VIII . uis cœli stellas enumeret, » s'écrie S.Théodore Studite, « ac diffu-
littus arenam ? Tôt sunt martyres. » Serm. x , m Martyr. « Totum m aspicite, » dit S. Grégoire le Grand, « Martyribus plenus est. ne tôt qui videamus non sumus , quot veritatis testes habemus. » txvn in Ev. Le savant P. Florès , résumant les travaux des érudits sujet dans son grand ouvrage sur les martyrs De inclyto agone um, , estime qu'on ne peut pas réduire à moins de onze millions le
de ceux qu'on a immolés dans les trois premiers siècles , ni à de deux millions et demi ceux qui ont versé leur sang dans la jille de Rome. IV, m, 1. Cf. Ferraris. BiUioth. Art. Martyres,