III. — CONCLUSION DES NOCTURNES
Te Deum latidamus.
Presque toujours le répons de la neuvième leçon e; remplacé par le Te Beum. Annoncé, ce semble, par la dei nière bénédiction : Ad societatem civium supernorum, ( cantique termine parfaitement la première partie de l'O iice ; et il exprime d'une manière aussi touchante que s( lennelle les sentiments de religion, de louange, de grati tude, de pieuse allégresse, que les lectures précédente ont dû laisser dans l'âme. Il a une grande analogie avec 1 cantique des anges : Gloria in excelsis, dont il ne se sépai presque jamais dans la liturgie.
Tout le monde sait que le Te Beum a été longtemp attribué à deux Pères de l'Église latine, aux grands doc teurs de Milan et d'Hippone. Sur la foi d'une chvoniqu
vatat omnia verha hœc, conferens in corde suo. S. Greg. in Ezech. Peti mus orando , quseramus legendo , pulsemus opérande. S. Greg. lib. VU Epist. XXXVI.
^ On attribue ceux de l'Offlce des défunts à Maurice de Sully, évêqr de Paris, m. 1195, et ceux du dimanche de la Passion à S. Franco; d'Assise.
2 Voir J. Clichtow, Elucidatorium,
dite de saint Dace ^ , on croyait qu'après le baptême d'Augustin, saint Ambroise et son néophyte, transportés d'un égal enthousiasme et inspirés à la fois par l'Esprit de Dieu, avaient exprimé leurs actions de grâces par cette suite d'invocations alternatives : prout Spiritus sanctus dabat eloqui illis ^ Nous aimerions à trouver cette tradition solidement fondée. Malheureusement la chronique alléguée paraît d'une date trop récente, et le silence de saint Augustin sur cette circonstance dans le récit qu'il a laissé de son baptême 3 suffirait pour la rendre peu vraisemblable.
Aussi dans ces derniers temps ce cantique a été quelquefois donné pour l'œuvre de saint Ambroise seul : Hymnus Ambrosianus ^. On l'a même contesté à saint Ambroise comme à saint Augustin. Tout récemment encore, on le revendiquait au nom de saint Hilaire de Poitiers, sur le témoignage d'Abbon de Fleury, auteur du IX^ siècle, et en raison des analogies qu'on remarque entre le langage de ce saint docteur et le ton général du Te Beum ^ I Ce qui est certain, c'est que cette œuvre remonte jusqu'au iv^ siècle au moins, et qu'elle est digne du génie comme de la piété des plus grands docteurs. Jamais la prière publique ne s'est exprimée en termes plus solennels ; jamais l'admiration, la louange, la reconnaissance n'ont inspiré des accents plus sublimes ^
^ Chroniq, 1. I, c. x. — Saint Dace était archevêque de Milan en 540. Saint Grégoire pape en parle avec éloge. Dial. 1. III , iv. Selon Mabillon , le récit qu'on lui attribue était communément admis de son temps; mais ses Chroniques sont loin d'être authentiques. De Azymo, vi. — Cf. D. Cal- MET, Gomment, sur la règle de Saint- Benoit, t. I, c. x.
2 AcT. II , 4.
^ Conf. IX, 6, etc.
^ D. Calmet, supra»
^ Mgr CoussEAu , Mémoires sur l'auteur du Te Deum. Poitiers , in - 8o.
^ Il n'y a qu'une voix à cet égard. « Ce n'est pas une composition , dit r. de Maistre ; c'est une effusion; c'est une poésie brûlante, affranchie de out mètre ; c'est un dithyrambe divin , dû à l'enthousiasme , volant de es propres ailes , méprisant toutes les ressources de l'art. Je doute que la oi, l'amour, la reconnaissance, aient parlé jamais de langage plus vrai ît plus pénétrant. Soirées. Ent. vu. Cf. Wiseman, Dublin Beview, nov. 842, p. 449. — La beauté de cette prière l'a fait respecter même des )rotestants. Malgré ses invectives contre le Bréviaire, De ahrogandâ \£issâj et quoiqu'il ne voulût plus que neuf psaumes pour l'Office, trois le
On trouve dans la Vie des saints et dans l'histoire des ordres religieux un grand nombre de traits qui montrent la vertu de ce cantique pour exciter la ferveur et attirer les grâces du ciel.
Sainte Lutgarde, faisant part à un pieux et docte religieux , Thomas de Cantimpré , des faveurs dont Dieu l'avait comblée, lui dit qu'un jour, lorsqu'elle récitait avec ses sœurs ce verset : Tu ad liberandum suscepturus hominem non horruisti Virginis uterum, elle avait vu la très sainte Vierge lui sourire avec une paix et une douceur ineffables, et qu'elle avait compris alors quelle joie c'est pour cette divine Mère d'entendre exalter ainsi la miséricorde dont elle a été l'objet de la part de son Fils. En conséquence elle le supplia, par l'amour qu'il portait à cette auguste Reine, de ne jamais prononcer ce verset sans se souvenir d^ la grâce que Dieu avait faite à sa servante, et sans lui off*rir avec elle un témoignage particulier de religion et de reconnaissance K
On rapporte dans la vie d'une religieuse cistercienne une apparition semblable. Cette religieuse dit à ses sœurs, sur son lit de mort, qu'une nuit, tandis que la communauté chantait ces paroles : Sanctus, Sanctus , Sanctus BominuSy elle avait été ravie au ciel au milieu des anges et des saints, et qu'elle avait entendu le chœur des élus chanter le même cantique devant le trône de Dieu. Elle leur révélait ce secret pour les engager à dire toujours ces paroles avec toute la ferveur possible, bien convaincues que leurs chants étaient les échos des concerts célestes , et que ce qu'elles bégayaient ici-bas, les bienheureux le proclament et le répètent éternellement à la gloire du Très -Haut.
Ici finissent les Matines, première partie de l'Office de
matin , trois à midi , trois vers le soir, Luther fut obligé de faire grâce au Te Deum, comme au Benedictus et même au Symbole de S. Athanase , si décrié aujourd'hui par les docteurs protestants.
^ Intellexit Lutgardis versum hune Virgini Marias gratissimum esse Atque hoc illa mihi tanquam dilecto fillo revelans , admonuit ut quoties versum illum dicerem , toto me corpore ad laudem sacratissimae Virginis inclinarem. Quod etiam diu feci , et ut idem faciant lectores meos adhor tor. AcT. Sanct., 16 jwi.
1 nuit. Avant d'aller plus loin , nous croyons à propos
'offrir aux ecclésiastiques un petit commentaire spirituel
t moral sur les trois nocturnes du Commun des Confes-
urs. Par ce moyen nous compléterons nos explications,
nous donnerons un exemple du travail que nous avons
)nseillé sur la partie la plus usuelle du Bréviaire. Nous
rons de même pour toutes les Heures de l'Office. Forcé
e choisir entre les divers Offices communs, nous prenons
lui qu'on répète le plus fréquemment et qui intéresse
avantage la piété des ecclésiastiques.