CHAPITRE P
Des Vêpres.
Les Vêpres et les Complies, qui terminent l'Office du jour, sont comme le sacrifice du soir de la loi nouvelle : sacrifice tout spirituel, qui a pour fin principale de remercier Dieu des grâces reçues dans la journée, et dont le fruit doit être de calmer les agitations de l'âme, et de la faire soupirer après le repos de l'éternité.
Mais les vues de l'Eglise sont toujours larges et saintes. A ses yeux le jour est l'image de la vie entière et même de toute la durée du monde. Comme elle nous fait honorer en Dieu chaque matin le principe de notre existence, et qu'elle nous oblige à lui en renouveler l'olTrande, comme si nous ne faisions que de la recevoir, ainsi elle nous montre en lui chaque soir le terme de notre carrière; et nous exhortant à considérer, dans la chute du jour la fin de notre vie et dans la nuit qui s'approche la figure de la mort vers laquelle nous marchons, elle nous
invite à porter nos regards vers un autre jour plus radieux et plus durable, dont les jours de ce monde ne sont qu'une préparation et un faible reflet.
C'est dans l'Heure des Vêpres surtout que domine cette idée du jour éternel qui doit succéder pour les élus aux ombres de cette vie. Telle a été la pensée de l'Église dans le choix des psaumes qu'on y récite. Elle nous présente le Sauveur ressuscité , goûtant dès à présent au ciel , avec ceux de ses élus qui ont achevé leur épreuve, les prémices de la béatitude; elle nous fait entendre leurs chants d'allégresse, d'admiration, d'action de grâces; elle nous invite à nous unir à eux par la foi et par le désir, en attendant que Dieu, nous associant à leur félicité et à leur gloire, fasse succéder aussi pour nous, à la religion passagère et obscure du temps, la religion immuable et lumineuse de l'éternité *.
La meilleure pratique à suivre dans cette partie de l'office, c'est, à notre avis, de s'unir à Jésus -Christ et à ses saints régnant au ciel , de considérer les psaumes comme l'expression de leurs sentiments et de leurs pensées, et de nous associer à leurs dispositions avec toute l'ardeur de notre âme.
Néanmoins si quelqu'un préférait considérer le Seigneur dans sa vie terrestre, et demandait en quelle circonstance particulière l'Heure des Vêpres peut nous le représenter, nous indiquerions, d'après l'Evangile, le mystère de la dernière cène, ce moment solennel où, préludant à son immolation sanglante et opérant pour la première fois l'auguste sacrifice et le sacrement adorable de l'autel, ce divin Maître conféra à ses apôtres, avec le caractère du sacerdoce , le pouvoir de perpétuer ici-bas l'une et l'autre de ces merveilles, a C'était l'heure des Vêpres, » dit l'Evangéliste : Vespere facto, discumbebat cum discîpuUs suis *.
* Oratlo non est nisi Indlgentinm : transibit oratlo : snccedet In cœlla landatio. S. AuG. in Psalm. xxn, Enar.IÎ, 14. VacablmuB et Tldeblmus; Tldebimus et amabitnns ; amablmus et laudablmas. Hoo erlt in fine Bine fine. ID., De civ. Bel, XXII, xxx, 6,