‹ Le Saint OfficeChapitre 2 sur 212 · FEB · texte numérisé non relu

FEB

Ce livre s'adresse à vous, chers et vénérés confrères. Il sollicite votre attention et se recommande à votre piété par son objet aussi bien que par son but.

Une de vos obligations principales , celle que vous avez le plus fréquemment à remplir, c'est la récitation de l'Office divin : notre dessein est d'en faire sentir l'excellence, la sainteté et les avantages. Après avoir dit les fruits qu'elle doit produire et les dispositions qu'elle demande, nous indiquerons les défauts qui peuvent s'y glisser; nous en montrerons les causes, les effets, les remèdes. Puis, prenant pour exemple les prières les plus ordinaires, celles qui se. récitent tous les jours , nous en ferons ressortir le sens et la beauté. Enfin nous signalerons

les exemples que les saints nous ont laissés à cet égard; nous recueillerons leurs maximes et leurs pratiques. Quel sujet plus digne de votre intérêt! Quelle étude plus importante au point de vue de votre sanctification et de votre ministère !

Nous avons tous, assurément, vénérés confrères, l'estime et l'amout du saint Office. La grâce met de bonne heure ce sentiment dans l'âme des ecclésiastiques , et l'éducation qu'ils reçoivent l'aide à se développer. Quel est le ministre sacré qui n'ait compté pour un jour heureux celui où l'Église lui a remis le saint bréviaire entre les mains? Quel est le prêtre qui ait cessé de trouver cette charge douce et ce fardeau léger? Cependant l'Office ne deviendrait-il pas plus cher encore, et n'y apporterait-on pas des dispositions plus parfaites, si l'on s'était fait une juste idée de son mérite, si l'on avait eu soin d'en étudier les beautés et d'en pénétrer les mystères, si l'on savait apprécier la part qu'il a dans le culte divin, et les motifs qui en ont inspiré l'institution à la sainte Église?

A cet égard, peut-être pourrait -on souhaiter quelque chose de plus dans la préparation ordinaire aux Ordres sacrés. Chaque année, nous voyons un grand nombre de jeunes gens, aussi instruits que

fervents, entrer dans nos rangs pour servir aux saints mystères, et s'obliger à payer au Seigneur le tribut de louanges et de supplications que réclame sa grandeur; mais de ces niilliers de sous -diacres, si bien disposés qu'ils soient, en est-il beaucoup qui aient eu le temps, les moyens, la pensée d'étudier à l'avance la prière de l'Eglise dont ils devieonent les organes , qui peuvent se flatter d'en avoir l'intelligence, d'en posséder l'esprit? Non, assurément; c'est le fait d'un petit nombre. Or, si vous voulez y faire attention, vous trouverez qu'il en est moins encore qui savent suppléer, dans les loisirs du ministère , à ce que leurs premières études laissaient à désirer sous ce rapport. Si l'on ne méconnaît pas entièrement un défaut qu'on partage avec tant d'autres, on aime à penser que l'usage y remédiera bientôt, et qu'on ne saurait manquer d'acquérir suffisamment la science d'un emploi auquel on doit consacrer toute sa vie. Mais c'est une illusion. Gomme le travail et l'application sont la condition essentielle de toute connaissance sûre et précise, et qu'une récitation morcelée et rapide ne peut laisser de traces durables dans la mémoire, ni de notions claires dans l'esprit, on continue presque toujours d'ignorer ce qu'on ignorait au début. Aussi, peur la plupart, de

longues années se passent, et souvent la vie s'écoule sans qu'on ait levé un seul voile, sans qu'on ait brisé un seul sceau de ce livre sacré qu'on a eu sans cesse entre les mains; qu'on a relu mille et mille fois, et dont on pourrait dire quelquefois, avec une exactitude étonnante , jusqu'aux moindres formules. C'est cette considération qui nous a porté à composer cet écrit, et qui nous donne la confiance de le présenter au clergé. Nous ne savons si Dieu lui fera la grâce de produire quelque bien , en éclairant et en ranimant quelques âmes; mais nous avons travaillé dans cet espoir. Nous pouvons le dire aussi : l'estime et l'amour du saint Office, qui nous l'ont fait entreprendre, se sont accrus par ce travail, et notre vœu le plus ardent serait de communiquer à nos frères, aux moins âgés surtout, les bons désirs qu'il a plu à Dieu de nous donner.

Oui, jeunes lévites, vous qui venez de consacrer au Seigneur votre cœur et vos lèvres, et qui avez à le bénir plus longtemps ici-bas, c'est vous surtout que nous voudrions confirmer à jamais dans l'estime et l'amour du divin Office. Vous êtes pleins d'ardeur pour la prière , nous le savons : c'est un des fruits les plus visibles de l'ordination que vous avez reçue. Mais il faut songer à l'avenir, et assurer votre

persévérance. Ne dissipez pas le talent qui vous est confié; gardez-le, exercez-le, faites-le valoir comme le principe et le gage d'une infinité d'autres. Profitez de la paix et de la liberté dont vous jouissez encore, pour vous former de bonnes habitudes de religion et de ferveur. Ce qui est facile au début ne le serait pas également plus tard. L'âme du Prêtre est un métal précieux destiné à prendre les plus belles formes; mais il n'y a qu'un moment favorable pour lui donner ces formes : c'est celui où il sort de la fournaise , amolli et purifié par le feu du divin Esprit.

Pour vous, ministres du Seigneur, qui signalez de tant de manières votre zèle dans l'Église, prédicateurs, directeurs, pasteurs des âmes, c'est cet Esprit même qui vous exhorte par l'organe de l'Apôtre, en ses Épîtres à Timothée : Ne laissez pas votre piété se dissiper dans l'agitation et le tumulte des œuvres extérieures. Veillez sur l'intérieur, comme sur l'essentiel : Corporalis exercitatio ad modicum utilis est : pietas autem ad omnia utilis est *. Pour sanctifier les âmes , il ne suffit pas d'agir, il ne suffit pas d'exhorter : il faut encore prier *. « Les aver-

* I TiM. IV, 8.

* Manu quldem pugnantes, sed Bomlnnm cordibns crantes, prostrave*

<r tissements réveillent, dit saint Augustin, les ins- « tructions éclairent; mais c'est la prière qui change <r les cœurs et qui convertit *. * En négliger le principal exercice, s'en acquitter avec froideur, c'est renoncer au moyen le plus efficace d'attirer sur ses travaux les grâces et les bénédictions du Ciel.

Mais nous tous, vénérés confrères, que Jésus- Christ a honorés de son sacerdoce, quelles que soient nos fonctions et nos devoirs particuHers , ne sentonsnous pas le besoin de réveiller en nous l'esprit do prière? Jamais l'Église n'a eu un plus grand besoin de l'assistance du Ciel. Elle a perdu, nous le voyons, tous les appuis qu'elle semblait avoir sur la terre. Méconnue et délaissée par une multitude aveugle, combattue dans sa doctrine, calomniée dans ses œuvres, outragée souvent dans ses pontifes et ses prêtres, dépouillée et opprimée dans son chef suprême, que lui reste-t-il que de lever les yeux au ciel? Et de quel secours lui seront ses ministres, s'ils ne savent pas invoquer pour elle , avec religion et ferveur, la divine miséricorde? Deus noster,...

runt non minus trlginta quinque millia, praesentlâ Dei magnifiée delectati. II Mach. XV, 27.

* Ut adTertant monemus, ut instruantur docemus, ut mutentur oremus. De verdis apost., Serm, cxxj, 10,

hoc sohim habemus residui ut oculos nostros dirigamus ad te ' /

0 Dieu du ciel, comble de toute grandeur et source de toute grâce, vous savez quelles sont nos obligations envers vous, et ce qui nous manque pour les bien remplir. Daignez nous inspirer, ainsi qu'à tous vos ministres, les sentiments que nos fonctions supposent et que nos lèvres expriment. Mettez dans nos âmes la foi des patriarches , la confiance des prophètes , le zèle des apôtres , la ferveur de tous vos saints; ou plutôt unissez-nous comme eux au Saint des saints, votre divin Fils; donneznous une large part à son Esprit; faites qu'animés de sa vertu, éclairés de ses lumières, embrasés de sa charité , nous sachions vous bénir avec lui , vous prier par lui , vous glorifier en lui , de sorte qu'il soit en tous et toujours, dans cette vie comme dans l'autre, l'unique et parfait adorateur de votre Majesté suprême l Ainsi soit-il.

' II PaRAL. XX, 12.

2 Deus, qui plenissimum religionis Splritum Filio tuo dedistl, ut te pcrfoctè in splrltu et verltate pro omnibus adoraret, concède, quaesHmus, In nos ejus eflfundi Spiritum, ut in ipso et per ipsum, te in splrltu et reritate adoremus, sicque fiât Unigenitus ille tuae Majestatls unicus et perfoctiis adorator. Off. de l'Intérieur de N.-S.

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