SECONDE PRATIQUE
Sedmti in throno et Agno, beriedictio, et honor, et gloria, et potestas in sœcula sœculorum ' . »
Orant dum socii , precibus dum cuncta résultant , Fac tua vox, fac ne taceat, vel dissonet una.
Ce n'est pas seulement une jouissance pour l'âme fidèle de voir son Dieu béni et gloritié par tout l'univers, c'est encore un encouragement et un soutien. Si elle se trouvait seule, en face de ce Dieu intini, chargée d'offrir à sa grandeur les hommages qu'il mérite, elle serait comme accablée par ce fardeau et absorbée par son néant. Son isolement la découragerait. Mais la vue de tant d'âmes saintes, de tant d'esprits célestes, appliquant toutes leurs puissances à cet auguste emploi, anime sa confiance et soutient ses efforts*. « Il est vrai , dit- elle, que je ne suis rien devant vous, ô mon Dieu; je suis indigne de fixer vos regards, ne sachant pas prononcer comme il faut votre saint nom. Mais ma prière n'est pas seule ; elle s'unit aux hommages de toutes vos créatures, aux louanges que vous offrent tous les membres de votre Eglise : Apud te laus mea in Ecclesià magnà^. Ce n'est qu'une voix, mais c'est une voix de plus dans un concert immense; ce n'est qu'un flot, mais qui se joint à des flots sans nombre dans ce large et puissant fleuve qui réjouit votre cité \ Uni de toute mon âme à la multitude de vos enfants et de vos serviteurs fidèles , j'ai la confiance d'obtenir une part à leurs mérites, et de vous voir étendre jusqu'à moi la faveur dont vous les honorez : Confiteantur tibi omnia opéra tua, Domine^... Particeps ego sum omnium timentium te".
' Apoc. V, 13.
^ Oratio quae non est comprecatores nacta multô est seipsâ languidior atque (lebiUor. S. Basil. Ep. Lxviii.
3 PsAiAT. XXI, 26. Pour s'animer à chanter les louanges de Dieu, le Psalmiste aime à se représenter au milieu de TÉglise, au sein d'un peuple nombreux, dans une immense assemblée dont il est l'âme : Confltebor tibi in Ecclesiâ magnâ. Psalm. xxxix, 10. In Ecclesià sanctorum, Psalm. ixxxvaii et cxux. Tel est aussi le spectacle que l'Église met sous les yeux du prêtre au moment où il commence à l'autel les prières du Canon: Et ideo cum ancicUs et archangclis, etc.
^ PSALil. XLV, 5.
^ Psalm. cxliv, 10.
^ Psalm. cxviii, 63.
Il est naturel d'entrer dans ces sentiments, lorsqu'on récite l'Office en chœur. Nous avons connu un pieux fidèle, voisin de religieux fervents, qui, les entendant la nuit chanter les louanges de Dieu, ne pouvait s'empêcher de se lever pour unir sa prière à la leur ; et saint François de Sales témoigne que c'était une de ses plus douces consolations d'aller réciter l'Office dans les communautés où Dieu lui semblait dignement honoré '. Mais, fût -on dans la solitude, il suffit de rapprocher par la pensée ceux que la distance sépare , pour que l'imagination supplée dans une certaine mesure à la réalité -. La forme dialoguée des prières ecclésiastiques suggère naturellement celte pratique ; et c'est sans doute pour cette raison que l'Église n'en modifie pas les paroles pour la récitation privée. Loin de s'en étonner, comme on l'a fait quelquefois, il y a lieu plutôt d'admirer sa sagesse ; et il convient d'entrer dans ses intentions, en bénissant le Seigneur dans un esprit d'union, de charité et de sainte ferveur'.
' Hajion, Tic de S. François de Sales, I, ui.
"■^ Attende Carthusienses, Cistercienses et divei'Eîe rellgionis monachos et moniales, qnaliter omnl nocte ad psallendam Domino assurgunt. Idée turpe esset in tam sancto opère pigritare ubi tanta multitudo religiosorum inclpit Dec jubilare. liux. I, xxv.
3 Voir plus au long les motifs de bien dire l'Office, dans Navarre, de Oralione, xcvrii, xcdc, c.