CHAPITRE VI
Antiennes, Capitules, Répons.
1° Il y aurait une étude intéressante à faire sur ce sujet. Quoique les Capitules, les Antiennes et les Répons ne tiennent pas dans l'Office une place considérable, ils y reniplissent un rôle important. Les Antiennes sont peutêtre ce qui contribue le plus à lui donner son caractère, à l'approprier au temps où l'on se trouve, à l'adapter au mystère ou au saint dont on fait la fête.
La première condition pour bien entendre ces Antiennes, c'est d'en connaître la source et de savoir de quel livre elles sont tirées. Elles n'ont pas toutes la même origine : les unes sont empruntées aux livres saints, au moins quant au sens; les autres sont tirées des écrits des Pères, des Actes des martyrs, des Vies des Saints, ou de discours prononcés en leur honneur.
2" Celles du temps sont presque toujours prises de l'Ecriture , souvent des Leçons mêmes qu'on récite ou des livres d'où ces leçons sont tirées. Elles en relèvent les principaux passages, et en montrent le rapport avec la saison liturgique. Il faudrait les étudier à ce double point de vue, voir le sens qu elles ont dans le texte sacré et celui que l'Église leur attribue dans l'Office. Nous n'en citerons que deux comme exemple : l'une qui ouvre le temps de l'Avent : Ecce venit de longinquo et claritas ejus replet orbem terrarum^ ;
^ Isaï. XXX, 27. Pour l'Avent, toutes les Antiennes méritent d'être étudiées, particulièrement celles de l'Octave avant Noël, et surtout les grandes Antiennes de Magnificat : 6 Sapicntia, etc. C'est comme le résumé du livre d'Isaie. D. Guéranger, Ann. liiurg., 17 Dec
ANTIENNES, CAPITDLES, RÉPONS 225
l'autre qui termine l'Office au premier dimanche de Carême : Ecce nuiic tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis. Exhibeamus 7ios tanquam Dei ministros in multd patientid , in jejuniis, in vigiliis, et in caritate non fictd^.
La même remarque s'applique aux Capitules, qui sont toujours pris de l'Ecriture sainte.
3° Aux fêtes de Notre- Seigneur, les Antiennes sont presque toujours tirées du Nouveau Testament. Celles qu'on dit à Laudes et à Vépres-tracent d'ordinaire un tableau du mystère qu'on célèbre; quelquefois elles forment une sorte de drame où les personnages les plus augustes, le Père éternel, le Verbe divin, les Anges, les saints du ciel ou de la terre font tour à tour entendre leur voix.
S'il fallait indiquer ici les plus remarquables, nous aurions peine à faire un choix, tant nous trouvons partout de foi, de religion, de simplicité, de poésie magnifique et touchante. Lisez les Antiennes de Noël, de l'Epiphanie, de la Résurrection , de l'Ascension , de la Pentecôte , de la Transfiguration : ne semble-t-il pas qu'elles ont été toutes écrites à la vue du mystère, ou recueillies des lèvres de ceux qui venaient d'en être les témoins? En les récitant, on croit être soi-même sur les lieux, au pied de la crèche, devant la pierre du sépulcre, sur le mont des Oliviers, ou parmi les Apôtres, animés de l'Esprit de Dieu. Il y a telle d'entre elles que des Saints n'ont pu prononcer sans un ravissement d'admiration et d'amour^.
4° L'Office des Saints est commun ou propre. S'il est commun , les Antiennes n'ont pour but que de faire ressortir dans celui qu'on honore sa qualité particulière d'Apôtre, de Martyr, de Confesseur, de Vierge; mais on doit les étudier avec d'autant plus d'attention qu'elles se représentent plus souvent. Il faut savoir discerner les paroles divines des paroles humaines, le sens textuel du sens dérivé ou accommodatice. Sans cela, une foule d'idées accessoires, d'allusions, d'insinuations, échappent à l'es-
* II Cor. VI, 2, 5, 6.
^ Voir p. 2, tit. m, ch. i. S. Thomas de Villeneuve.
prit , et le passage perd de sa signification , de sa convenance et de sa beauté.
Prenons pour exemple les Antiennes des ConFesseurs pontifes et celles des Viergps, à Laudes et à Vêpres.
Les premières , lues simplement dans l'Office ou à l'épître de la messe Statuit, pourraient laisser de robscuiilé dans l'esprit, ne lui rappeler que l'objet de la fêle, et l'aider seulement à y rapporter les psaumes; mais si l'on remonte à la source et qu'on les rapproche l'une de l'autre , on verra qu'elles forment un magnifique tableau de la sainteté sacerdotale, et l'on saisira la pensée de TEglise, qu'un Pontife doit réunir en sa personne toutes les vertus des saints les plus parfaits.
L'Antienne Ecce saccrdos est le commencement du Capitule. Les premiers mots : in diebussuisplacuit Deo, empruntés à l'éloge d'Hénoch, joints aux derniers, in tempore iracundiœ factus est reconciliatio , tirés de celui de Noé, témoignent que le sacerdoce de la Loi nouvelle exige de ceux qui en sont revêtus l'innocence du premier de ces patriarches avec la foi et la constance du second. Les deux parties réunies font entendre qu'un prêtre doit approcher par sa pureté des Esprits du ciel, et être par sa fermeté le soutien de la religion contre les débordements du vice.
Les suivantes: JSon est inventas... Ideo..., tirées de l'éloge d'Abraham, nous enseignent que la docilité d'un ministre du Seigneur ne devrait pas être inférieure à celle de ce patriarche, sans égal sur la terre. Elle insinue que si nous prenons comme lui les intérêts de Dieu, Dieu aura soin des nôtres, et qu'en récompense de notre générosité, il bénira nos efforts, et accroîtra, par notre ministère , le nombre de ses enfants ^ Si simples qu'elles soient, ces réflexions ne laisseront pas de toucher le cœur et d'animer la piété.
On aurait tort de croire que l'Eglise applique proprement ces paroles au saint du jour. On les dit également quand on honore plusieurs Pontifes à la fois. C'est donc un simple rapprochement, un parallèle qu'elle a intention de faire.
' Cf. Eccll. xuv, 15, 17, 20, Li, 1. Cf. Guyet. Eeorologia, III,xiit, 7. S. François de Sales, Amour de Dieu, n, ".