CHAPITRE l^-- Des Matines
Les Matines sont le commencement de l'Office quotidien et la principale partie de l'Office de la nuit. Chantées autrefois, dans toutes les églises, à l'heure où, le mouvement et la vie étant suspendus sur la terre, les ministres de Dieu veillaient seuls avec quelques âmes ferventes pour glorifier son nom, elles étaient comme un écho du concert des cieux dans le silence de la nature'. On peut encore
* Saint Grégoire de Tours atteste l'usage où étalent tous les prêtres de Bon temps (570) d'assister à cet ofBce. Parlant d'un ecclésiastique qui s'était logé, dans un voyage, chez un hôte assez pauvre, il ajoute : « Juxta morem sacerdotura nocte a stratu suo consnrrexlt et oratlonl astltlt. » Degloriâ rovfess., xxxi. Lui-même, étant venu à Paris et demeurant près
juger, dans la nuit de Noël, des impressions que ces chants produisaient et des effets de grâces qu'ils devaient laisser dans les âmes *.
Le défaut de ces circonstances demande à être compensé, dans la récitation privée, par une préparation plus soigneuse. Nous conseillons de réfléchir un instant sur le mystère, ou sur les vertus du saint qu'on doit honorer, de se proposer quelque grâce à obtenir pour soi ou pour d'autres, de s'exciter vivement à la dévotion et à la confiance, de s'unir en esprit à Notre -Seigneur, aux élus du ciel et à tous ceux qui remplissent avec nous la même fonction sur la terre , enfin d'être fidèles aux avis généraux que nous avons donnés sur la manière de se disposer au saint Office. Quand cette préparation prendrait quelques moments, il ne faudrait pas les regretter; car le fruit de l'Office, le mérite, les lumières et les bons mouvements qu'on peut s'en promettre, dépendent de cette condition.
Afin de réunir ici tout ce qui peut être de quelque secours, nous entrerons, pour cette Heure comme pour les suivantes, dans quelques détails. On saisira d'autant mieux l'esprit et les beautés de l'ensemble que l'on aura mieux compris la signification, la raison, la valeur de chacune des parties.
de l'église de Saint-Julien, se fit un devoir d'assister chaque nuit à Matines dans cette église : « Nos mediâ surgentes nocte Ingressi sumus basilicam explere Cuisutn. » Hist., IX, vi. Cf. vi, 18, 20. Au témoignage de Vincent de Beauvais, saint Edmond, archevêque de Cantorbéry, ne manquait pas non plus, étant professeur à l'Univeisité de Paris (1210-1220), de se rendre chaque nuit à réglise de Saint -Médéric pour le chant de rOfflce. Louis de Eenuraont, archerêque de Paris (1492) , assistait encore chaque nuit an chant de Matines. Saint Antonin , archercque de Florence, n'allait pas à sa cathédrale; mais 11 ne manquait jamais de se lever pour réciter l'Office de la nuit avec ses clercs à la même heui'e que son chapitre le chantait. Pvaixaldi, Ann. Eccl. 1459, n» 33. Voir Thgmassin, Ane. et nouv. Discipl., t. I, 1. II, c. lxxiv, lxxix.
* Scie hominem, qui ccnties in Matutinls horis, et forte in quolibet verRU, ad alti.'simum divinorum secretorum Intelligentiam sursum fuit tractus, quamvis ipse tractui 1111 totis viribus resistcret. P. Uogeb, Ord. S. Franc. Voir S. Franc, de Sales, Traité de l'amour de Dieu, VIII, x» et CÉSAR DB Bus, Inatruct, famil., 1. 1. Sa Vie,