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CHAPITRE II

Division de l'Office quotidien.

Les louanges que les saints offrent à Dieu dans le ciel ne sont jamais interrompues. Il n'en est pas de même des hommages que nous lui rendons sur la terre. Les conditions de la vie présente et la multiplicité de nos devoirs ne nous permettent d'y consacrer qu'une portion assez restreinte de notre temps. Néanmoins l'Eglise a voulu que chacune de nos journées fût sanctifiée par la récitation du divin Office; et afin d'en étendre, autant que possible, l'influence à tous les moments de notre vie , elle a divisé l'Office quotidien en divers actes ou portions distinctes qu'elle a nommées Heures, parce qu'elle les destinait à être récitées à certaines heures déterminées par elle ^

Ces Heures canoniales sont au nombre de sept ; ce qui a fait comparer le saint Office, ce foyer divin de lumière et de ferveur, au soleil, dont les sept rayons éclairent, échauffent et vivifient tous les jours la nature entière * :

1 Dlversag orandl horas habere debemna , ut si forte allquo fuerimus opère detenti, ipsum nos ad officlum tempus admoneat. S. HreRoy. ad Eustoch. — Item S. Are. Ep. ad Prob. cxxx, 18. — Itéra. S. Bonav. de sex alis Seraphim. 8, — Selon Baronius , les apôtres eux-mêmes établirent dans l'Église l'usage de prier à certaines heures et plusieurs fois le Jour. Ann. 34, no/l.

* EUPERT, de divinis Offlciis. I, i.

2o8 LE SAINT OFFICE

1° L Office de la nuit ^ , qui comprend deux parties : l'une appelée Matines, parce qu'elle commençait à minuit ou au premier moment du jour; l'autre nommée Laddes, parce que les psaumes et les cantiques dont elle se compose ont particulièrement pour objet de louer les perfections et les œuvres de Dieu;

2° Prime , qu'on devait réciter au lever du soleil, ou à la première heure, selon la manière de mesurer le temps, à l'origine de l'Église;

3° Tierce, qui était pour la troisième Heure, également distante du lever du soleil et de son midi;

4° Sexte, pour la sixième, ou le milieu du jour;

5° NoNE, pour la neuvième, à égale distance du midi et du coucher du soleil;

G° VÊPRES, pour le coucher du soleil : seras cùm protulit horas Vesperus.

7° Enfin les Complies, qui terminent l'Office, devaient se dire à la fin du jour, et préparer au repos de la nuit.

Les auteurs liturgiques, persuadés que l'Office est une œuvre d'un grand dessein et que tout y porte la marque d'une haute sagesse, se sont demandé pourquoi, dès les premiers temps -, on l'a ainsi divisé en sept parties distinctes , de manière à en distribuer la récitation en sept moments différent* du jour; et ils en ont donné diverses raisons.

Peut-être leurs explications paraîtront-elles d'abord recherchées et subtiles; mais il ne faut pas se hâter de les mépriser, soit parce que les docteurs qui les exposent méritent quelque estime, soit parce que les considérations

* Quand une fête est d'un rang assez élevé, rOfQce se met en harmonie avec elle dès les Vêpres précédentes : on dit alors qu'elle a des premières Vêpres. Ces Vêpres ne sont pourtant qu'une introduction à l'OfQce proprement dit ; et la raison est la même que pour les Vigiles et les Octaves, a Magnitude festi à nobis exigit ut prlùs illud incipiamus et tardiùs terminemus : prsBvenlmus vigiliâ ; prorogamus ciim ad octavum diem festum protendimus. » Radulp. de Can. obs. Prop. XIX.

^ Sur l'origine, l'antiquité, les motifs de cette division, on peut voir Oliv. BoKAHT. De inatiiutione, obligatione et religione Horarum canonicarum , I ; Grancolas , De la Messe etdeV Office divin , p. II , et Commentaire hiatoriqtie tur le Bréviaire.

sur lesquelles ils s'appuient sont loin d'être sans valeur, soit enfin parce que les convenances qu'ils signalent offrent au moins d'heureux aperçus propres à fixer l'esprit en même temps qu'à élever l'âme et à réveiller la piété ^

D'abord , il est certain que ce nombre de parties a été voulu et cherché. Loin qu'il s'imposât de lui-même ou qu'il fût dans l'essence de l'ouvrage, une division en deux ou en trois semblerait, à certains égards, plus naturelle; et même en supposant la distribution actuelle du Bréviaire, qui empêcherait de séparer Laudes de Matines , aussi bien que Compiles de Vêpres, et par conséquent de compter huit heures plutôt que sept dans l'Office du jour? L'Eglise tient donc à ce nombre; elle l'a choisi librement; elle le conserve à dessein et le préfère à tout autre. Dès lors ne convient-il pas de se demander quelles sont ses raisons; et n'est-il pas important de les connaître, afin de s'animer de son esprit et de se pénétrer de ses intentions-?

Chez les Hébreux, et par suite chez les premiers chrétiens, le nombre sept était regardé comme un nombre plein et parfait. Sept formait un tout, une sorte d'unité collective, qu'on prenait pour base de numération. On comptait par septaines ou semaines, comme nous comptons aujourd'hui par dizaines; on avait des semaines d'années et de siècles, aussi bien que de jours; et l'usage de faire de sept un tout, une unité conventionnelle, entraînait celui de diviser par sept*.

D'où venait originairement l'espèce de privilège attaché à ce nombre? D'une source toute religieuse et en quelque

* Kameri ratio oontemnenda neqaaqnam est. Kec frustra In landibna Del dlctum est : Omnla in mensurâ et numéro et pondère dlsposulstl. S. Aro. de Civ. Dei, XI, 30, et de Doct. Christ. II.— Quam Institntionem , non temerè, non Inconsultô sancltam, eecretlores causse, symbolicœ ratlones, ac soli3 sapientibns revelata mysteria congecrarunt. Bona, De divinâ Psalmodia, I, xi.

* Sic. Navarr. Enchirîd. de Horis canon., c. m, n" 27. — S. Antokinus. — HCGO o S" Vict. — ■RuDULPH. Tungrertfis, etc.

' Cf. Toiles septena et Beptena. Gen. vn. 2. Septuplnm nltio dabltnr do Gain , de Lamech vero eeptuagies septies. iv, 24 , etc. — Multa in divinis auctoritatibas reperientnr, in quibns septenarius numerus pro cujQsque rei nniversitate poni solet. S. Ava. de Oiv, Dei XI, xxxi. Item S. Ambk. de Noe et arcd, xn; S. Jeb. ad Amos, v.

sorte divine. On savait que Dieu, ayant créé Je monde en six jours, et s'étant reposé le septième, avait voulu que cette semaine servît de mesure au temps, et se reproduisît indéfiniment. Cette mesure était en usage chez tous les peuples ^ Le nombre septénaire devait donc se présenter de lui-même quand il s'agissait de diviser les jours, comme lorsqu'il s'agissait de les compter*.

Mais en outre, il y avait ici, pour l'Eglise, des raisons positives et des motifs spéciaux. David, dont les psaumes forment comme le fond du saint Office, voulant faire entendre que son occupation habituelle était de louer le Seigneur, dit, dans un de ses cantiques, que les louanges de Dieu sont sur ses lèvres sept fois le jour : Septies in die laudem dixi tibi. Elie avait prié sept fois, septem vidbus, avant que le ciel s'ouvrît pour laisser tomber la pluie. Rien ne devait plus sourire à la piété que d'imiter cet exemple, ou plutôt de vérifier à la lettre l'expression hyperbolique du Roi-Prophète'. D'ailleurs Notre-Seigneur nous ayant appris à faire sept demandes à son Père, ayant lui-même divisé en sept parties la prière qu'il a composée pour nous, n'était-il pas convenable que l'Eglise suivît cet exemple, et qu'elle fit aussi sept divisions dans la prière que ses ministres doivent réciter en son nom?

Ajoutez que ce nombre rappelle naturellement à l'esprit les principaux bienfaits de Dieu dans l'ordre naturel et surnaturel, la création du monde ou l'œuvre des six jours couronnée par le repos du septième, les sept sacrements de la loi nouvelle, les sept dons du Saint-Esprit, sacrum septenarium , les sept grandes vertus, théologales et cardinales. Ajoutez qu'il nous remet devant les yeux les ennemis invisibles que nous avons à combattre : les sept démons

' Clem. Alexand. — Theophil. Antioch. etc.

* Quia eeptem diebus omne tempus comprehenditur, rectè eeptenario numéro flgnratur. S. Greg. M. Eomil. xxxm ire Evang. Item S. Aug. Serm. cxviii, 31.

3 Septem eynaxes omni die debemus sollicité reddere Deo pro iiobis et pro omnl populo christiano, slcut Psalmlta testatur dlcens : Septies In die laudem dixl tibi. De Excerptionibus Egbcrti, Eboracensis. Ep., circa ann. 747. — Dist. xci, c. Presbyter.

qui cherchent à surprendre ceux qui ont recouvré la liberté des enfants de Dieu, et les sept vices capitaux vers lesquels la nature corrompue cherche sans cesse à nous entraîner *. Ajoutez enfin que la succession de ces sept Heures rend plus frappant encore le rapport qui fait assimiler constamment le cours de la journée à la durée de notre vie et à toute la suite des siècles.

Le cardinal Bona, dans son docte et pieux ouvrage sur la divine Psalmodie, s'est plu à faire ressortir particulièrement ce dernier rapport. Partant de ce principe, que le jour est l'élément de la vie, que devant Dieu la vie entière n'est pas plus qu'un jour : de mane itsque ad vesperam -, qu'ils ont l'un comme l'autre leur commencement, leur progrès, leur plénitude, leur déclin, il expose de la manière la plus sensible l'analogie des sept heures de la journée avec les sept âges de la vie humaine. Dans la nuit où nous reportent les Nocturnes de la première Heure , il montre l'image de ces ténèbres où nous étions plongés avant de venir au jour : obscurité profonde qui faisait de notre existence même un problème et un mystère. L'Heure de Laudes, qui répond à l'aurore, nous rappelle notre enfance et ces premières années pendant lesquelles, la raison commençant à nous éclairer de quelques lueurs, nous recevions si avidement et avec tant de confiance les notions élémentaires des choses. Prime , qui se récite aux premières clartés du jour, est comme l'adolescence, cette douce saison de la vie , où l'esprit commence à s'éclairer, et où le cœur est à la fois si calme et si sensible. Tierce , inondée des feux du soleil , c'est la jeunesse ardente et généreuse, croissant toujours, et pensant croître sans fin.

^ Septem nequiHa sunt in corde. Prov. xxvi. Hostls antlquus septem Bplrltus assumlt nequlores se ; adversùs quos praevalere non possnœus nisl Beptlforml Spirltûs gratJâ adjntl. Itaqne ad Impetrandam septiformem gratiam , septies Deo sacrlflclum laudis oflerri mandaTit Ecclesia. S. Hier. in Job.

2 IsALE xxxviii , 12. — Notre - Seigneur désigne aussi la Tle tout entière par co nom de Jour : Oportet operart donec diea est : venit enim nox quanda nemo potest operari. Joan. dc, 4. De même V Apôtre : Donec hodie cogno' minatur. Hebr. m, 13.

A Sexte, milieu du jour, où le soleil est à son apogée et brille de tout son éclat, correspond l'âge viril, où l'homme est en possession de toutes ses forces, où l'ardeur et la prudence se tempèrent par un juste équilibre. None , qui annonce le déclin du jour, est l'image de la première vieillesse, cet âge toujours trop hâtif, dont la nature voit le progrès avec peine. Le coucher du soleil, qui est l'heure de Vêpres, figure la décrépitude, cette arrière-saison froide et morne durant laquelle les forces tombent et la beauté s'efface. Enfin les Compiles, qui se disent dans l'obscurité, donnent l'idée de la mort, et font penser au tombeau..» Ainsi à chaque Heure répond un âge particulier, et la ra-pidité avec laquelle ces Heures se succèdent devrait nous rappeler sans cesse la brièveté de notre vie, la proximité de nos fins dernières et la nécessité d'appeler les bénédictions du ciel sur toute notre existence ^

On s'étonnera peut-être de ne pas voir signalée au premier rang parmi les raisons de partager l'Office quotidien en sept Heures différentes , l'intention d'honorer les sept scènes principales de la Passion du Sauveur. C'est que cette intention ne paraît pas avoir, à l'origine, influé sur le partage. Assurément c'est une dévotion très ancienne dans l'Église d'honorer chaque jour la mort et les tourments de Notre-Seigneur aux heures où il les a endurés. On en trouve des traces dans les Constitutions apostoliques * et dans les ouvrages des premiers Pères ^. On peut donc croire que cette considération a contribué à établir l'usage de prier à certains moments du jour; mais, si l'on allait plus loin, on se mettrait en contradiction avec l'histoire, et l'on prendrait l'effet pour la cause. Ce n'est point parce qu'on distinguait à l'origine sept scènes dans la Passion du Sauveur qu'on a été conduit à diviser l'Office en sept Heures; c'est plutôt le désir de rapporter chaque Heure de

* Ces rapprochements, qui s'offrent d'eux-mêmes .\ l'esprit, sont exprimés dans plusieurs hj'mnes , au commencement des Heures v. g. à Prime : Vt cum dies abcesserit, etc.; à None : Largire lumen vespere, etc., et à rOfflce de la nuit des diverses fériés.

2 CONST. Apost. VIII , 34.

' Vid. Cassian. Instit. III, ni.

l'Office à quelque partie de la Passion , qui a fait distinguer dans les tourments de l'Homme -Dieu sept moments particuliers, ou sept souffrances principales.

Quoi qu'il en soit, cette division et cette pratique sont établies depuis longtemps, comme l'attestent ces vers mnémoniques, qu'on voit à la tête de plusieurs bréviaires et qui étaient autrefois dans toutes les mémoires :

Matutina ligat Christum qui crimina purgat; Prima replet sputis ; causam dat Tertia morli; Sexta cruci affigit; latus ejus Nona bipartit; Vespera deponit; tumulo Compléta reponit : Hœc sunt septenis propler quae psallimus horis.

Cet usage , nous le répétons , est très pieux et très conforme à l'esprit de l'Eglise. Il ne convient pas seulement aux personnes religieuses qui, faute d'instruction, ne pourraient s'occuper du sens des paroles ou de l'objet propre de l'Office : un grand nombre d'ecclésiastiques le suivent, et plusieurs le recommandent vivement ^ Toutefois nous pensons qu'on peut s'en écarter sans inconvénient , au moins en certains moments, dans certaines dispositions. En fait de pratiques, il ne convient pas d'être absolu. Outre qu'on doit respecter les attraits de chacun , il faut tenir grand compte de la circonstance du temps. Si l'on est porté à s'occuper des mystères douloureux du Sauveur aux jours qui leur sont consacrés, par exemple les vendredis, au temps de la Passion, du carême, etc., ne faudrait-il pas se faire violence pour continuer à s'y appliquer tandis qu'on célèbre des mystères tout différents, comme à la Nativité, à l'Ascension , à la Pentecôte? N'est- il pas alors plus naturel et plus avantageux de rapporter les prières qu'on récite à l'objet de la fête, dont on s'est

* Cétalt nne des pratiques de M. Vlanney, curé d'Ara. VieparM. Mannin, 1. V, c. vr, — On trouve en plusieurs auteurs des formules d'Intention spéciales à réciter avant chaque Heure , pour se former à cette méthode. Voir HoRsnus, Vert et pii saœrdotis idea, c. xx, 1645. Lessius, de Quinquaginta nominibtis Dei, 1. II, p. 116. J. Maechastius, Virga Aaronis florens, etc.

occupé à l'oraison et à la messe, et dont les paroles de l'Office renouvellent à chaque instant la mémoire?

Saint Bonaventure, qui recommande ce souvenir delà Passion aux ecclésiastiques, dans un opuscule composé pour leur instruction, modifie légèrement la méthode précédente. II conseille de réciter l'Office de la nuit en l'honneur de la Nativité du Sauveur, Tierce en l'honneur du Saint-Esprit et en mémoire de sa descente sur les apôtres , Vêpres en action de grâces pour l'institution du divin Sacrement dans la dernière cène ••.

Quel que soit du reste le mystère qu'on rattache à chaque Heure, il importe de réciter ces Heures, non seulement dans l'ordre naturel, mais encore au moment de la journée qui leur convient *. Si l'on suppose tout un Office récité sans interruption, si les Laudes ou les Petites Heures sont dites dans la soirée, si les Vêpres le sont au matin ou vers minuit, il n'y a plus de synchronisme possible. Dès lors les rapports établis entre les Heures et les mystères n'étant plus qu'imaginaires, cessent de faire impression sur l'âme.

Sans doute, une exactitude ponctuelle n'est pas possible, et l'Eglise n'impose pas un tel assujettissement à ses ministres. Mais on doit avoir à cœur de ne s'en écarter que le moins possible. Un ecclésiastique appliquait à ce sujet ce que dit Salomon, dans les Proverbes, qu'une bonne parole dite en son temps est comme un fruit d'or sur un vase d'argent : Mala aurea in lectis argenteis, qui loquitur verbum in tempore suo '.

* OfQclum dl\inum in eccleslâ Splrltus sanctns ordlnavit fleri, nt beneflciorum Dei memores certis horis gratias pro his laudando et oracdo ei jugiter referamns, qui natus in nocte ex Maria Virgine, manè jndici passnrns assistitur, dllucnlô resurrexit , horû tertiâ flagellatur et postea Spiritum Banctum mlttit apostolis, eextâ cruciflxns, nonâ in cruce pro nobis mortuns , vespere cœnans corporis et sangninis siii sacramenta conâidlt, et completorio sepulms est. De sex alis Seraphim, 8.

* Omni negotio tempus est, et opportunitas. Eccl. nu, 6.

^ Phov. XXV. 11. — Quand la discipline de l'Église ne restreindrait pas la liberté à cet égard, les paroles mêmes du saint OfiQce protesteraient centre un trop long retard. Bien qu'on ne prie pas pour soi seul, mais pour tous les hommes , est - il raisonnable de réserver pour la nuit ou pour la soirée des prières faites dans le but de bien passer le jour: Deus, Deus ïneus, ad te de luce vigilo... Jam lucis orto sidère... Dirigere et sanctiflcare

Tels sont les principes des meilleurs ecclésiastiques. Ils ne se font pas un devoir de réciter les sept Heures de l'Office à sept moments dilférents; mais, joignant ensemble, dans la récitation, les Heures qui ont entre elles une liaison naturelle , ils en font communément trois parts à peu près égales, qu'ils récitent à quelque intervalle les unes des autres dans les points principaux du jour : Matines et Laudes la veille dans la soirée , les Petites Heures le matin. Vêpres et Cotnpiies un peu après midi; et ainsi ils ont dans la journée, pour ainsi dire, trois Offices distincts et complets : celui de la nuit, celui du matin, et celui de l'après-midi.

Cette manière de distribuer les Heures et de s'acquitter du saint Office est autorisée depuis longtemps; et, tout en laissant une liberté suffisante pour les œuvres du ministère, elle répond au dessein de l'Eglise et elle étend à toute la durée du jour l'influence de la prière. Si l'on ne s'approprie pas dans un sens aussi rigoureux qu'autrefois la parole de David : Septies in die laudem dixi tibi < , on peut toujours dire au Seigneur, avec lui, qu'on consacre à le bénir les moments de la journée les plus importants : le commencement, le milieu et la fin : Vespere et mane et mendie, manàbo et annuntiabo, et exaudiet vocem meam -. On suit l'exemple de Daniel, l'homme de désirs, qui se prosternait trois fois le jour devant l'adorable Trinité *, et l'on peut penser qu'on a comme lui à représenter au Seigneur les besoins de l'Église, sa cité véritable, la Jérusalem des Prophètes et des Saints.

M. Olier caractérise chacune de ces parties avec son élévation et sa justesse ordinaires. Distinguant dans l'esprit

regere et guhernare dignare, Domine Deus, hodie corda et cwpora nostra. — On sait que, d'après tous les théologiens, il y aurait une faute à renvoyer sans raison l'Office de la nuit après la Messe, ou celui du matin après raidi. Ferrakis, Bibliotheca Canon. De Boris, art. iv, n» 15. — La Justice ne demande pas seulement qu'on s'acquitte de sa dette, elle exige encore qu'on la paye en temps convenable : Beatus vir... /ructum suum àabit in tempore suo. Psaul i, 3.

* PSALM. CVllI, 64.

2 Pbalm. nv, 18.

3 8. Cypr. de Orat. 25.

du Sauveur deux dispositions principales, l'une de religion , par laquelle il loue son Père et rend hommage à ses perfections, l'autre d'amour pour l'Église, qui le porte à intercéder en sa faveur et à demander pour nous l'abondance de la vie divine, il fait remarquer que la première de ces dispositions se montre presque seule dans l'Office de la nuit, que la seconde domine dans l'Office du matin, et que l'une et l'autre s'unissent et s'expriment, en une mesure à peu près égale, dans celui du soir. Suivant lui donc, l'Office de la nuit est proprement le sacrifice de louange ^ C'est une imitation , et comme un écho des bénédictions que les esprits célestes offrent à la Majesté divine, et que nous chanterons avec eux , lorsque la nature, après le cours des siècles, sera rentrée dans l'ombre et le silence. Il convient de se tenir en leur présence : in conspectu angelorum *, et de s'associer à leurs sentiments : ad societatem dvium supernorum '. L'Office du matin se rapporte directement à la vie présente, qui est comme l'aurore, le début de notre véritable existence. Aussi ne nous parle-t-il que des sentiments du Sauveur dans sa vie voyagère : in via*, et des dispositions nécessaires à ses membres pour bien faire le trajet de cette vie. Les vœux dont il est rempli n'ont pour objet que la destruction du péché et l'accroissement de la vie chrétienne en nous. Quant à l'Office du soir, il offre à notre admiration la gloire dont Notre- Seigneur jouit au ciel avec une partie de ses membres , en attendant le jour du jugement qui mettra le comble à son triomphe et à leur félicité. Il nous invite à rendre grâces avec eux à la bonté divine; en même temps il doit exciter nos désirs et nous faire aspirer vivement à notre dernière tin *. Voilà, selon M. Olier, l'idée principale que suggère chacune de ces parties. Rien de plus juste, ce nous semble ;

* In die mandavit Dominas misericordiam snam et nocte cantlcixi

ejU9. PSAT.M. XLI.

2 PSALM. CXXXVn.

^ Benkd. ante lect. IX.

* PsALM. cxvm.

^ Mystères de N.-S. appliqués à la journée, et Divers Écrits sur la arin te Vierge.

rien de plus conforme aux principes des auteurs liturgiques et au sens général de leurs explications.

De môme dirons -nous, jusqu'à un certain point, des vues exposées par le docteur Allioli dans son opuscule : Des Motifs intrinsèques des Heures canoniales. Bien que présentées sous une forme propre à l'auteur, elles n'ont rien au fond qui ne soit conforme à l'enseignement des liturgistes et à la nature du saint Office.

On a toujours dit que le jour est une image et un abrégé de notre existence, et que la grâce tend à nous faire accomplir dans chacune de nos journées une œuvre analogue à celle qui doit occuper toute notre vie. Toujours aussi on a regardé les différentes Heures comme des parties d'un même tout, intimement liées entre elles, et destinées à se compléter en se succédant. Quant à l'assimilation faite par l'auteur de la vie surnaturelle, dont l'Office est la manifestation, à la vie naturelle telle qu'elle se montre dans les divers règnes de la nature, on peut dire qu'elle a son fondement dans la comparaison évangélique de la parole de Dieu avec le bon grain répandu sur la terre, et avec la semence qui croît et se multiplie. Or, ces principes posés, n'est- il pas juste de reconnaître avec lui une certaine harmonie entre le développement de la vie divine sous l'influence du saint Office, et celui de la vie naturelle, dans le règne végétal, par exemple? Comme tout acte, comme toute vie, naturelle ou surnaturelle, a un point de départ et tend à un terme suivant une certaine voie, on doit distinguer de part et d'autre trois moments ou trois phases successives. Il y aura donc, des deux côtés, pour suivre l'image adoptée par l'auteur et pour parler son langage, la période de la germination, celle de la croissance et celle de la fruclification ; et par suite on pourra retrouver dans les trois grandes divisions de l'Office les caractères de ces trois périodes : la régénération spirituelle se préparant dans l'Office de la nuit par l'enseignement, la méditation et la louange du Créateur; la vie de l'âme se sentant croître et fleurir à l'Office du jour par l'affection aux lois divines; et enfin le fruit de ceite vie et de ces

actes recueilli et admiré pendant les vêpres et les Compiles.

Ces idées, nous le répétons, ne sont pas simplement ingénieuses, elles sont exactes et bien fondées. Nous ne croyons pas cependant devoir insister plus longtemps, parce qu elles nous semblent moins pratiques que spéculatives , en ce sens qu elles ont plutôt pour effet de faire reconnaître la sagesse de TEglise dans cette œuvre profonde et simple tout à la fois, que de fournir à l'âme, dans le moment même de la prière, des affections pieuses et des pensées salutaires.

Nous réservons, du reste, pour les chapitres suivants, les réflexions qui ont rapport à chaque Heure en particulier.

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