‹ Le Saint OfficeChapitre 48 sur 212 · II. — CORPS DES MATINES · texte numérisé non relu

II. — CORPS DES MATINES

Des Nocturnes et des Psaumes.

Aux fériés et dans les Octaves de Pâques et de la Pentecôte, les Matines n'ont qu'un nocturne; mais généralement elles en ont trois , composés chacun de psaumes et de leçons. Les psaumes sont aussi d'ordinaire, pour chaque nocturne, au nombre de trois. Il faut excepter l'unique nocturne des fériés et le premier des dimanches , qui en ont douze.

Ces nombres, trois, neuf et douze, au sentiment des lilurgistes, sont symboliques, c'est-à-dire choisis à dessein pour suggérer des idées ou des souvenirs religieux , en rapport avec l'office.

Les trois nocturnes des fêtes, comme toutes les divisions par trois , rappellent en premier lieu les trois personnes divines, d'où découlent tous les dons et à qui toute gloire doit revenir. Ils doivent faire penser aussi aux trois vertus principales, de foi, d'espérance et de charité, qui sont comme l'essence du culte divin et la source des véritables mérites.

A cause de leur succession et de l'intervalle qui les séparait autrefois, ils pourraient rappeler les trois prières du Sauveur à Gethsémani, la veille de son sacrifice *, ou les jours qu'il a passés dans le tombeau avant sa résurrection*; mais on les donne ordinairement comme représentant les trois âges du monde, par rapport à la religion : l'ère primitive, l'ère mosaïque et l'ère chrétienne; et l'on fait remarquer que les leçons deviennent de plus en plus claires, et se terminent par l'évangile ^ et le Te Deum.

Quant aux éléments qui composent les nocturnes, les

^ Theod. Pkltanus, De Orat vm.

2 M. OuKR, AI y Ktères de Notre -Seigneur.

3 Inter omnes divina^ auctoritates Bvangelium meritô excelîit. Quod enim les et prophète futurum praBnuntlarunt , hoc redditum et completum in Eyangelio dcmonstratur. S. Aca. de Cons, evang. I , L

neuf psaumes, considérés dans leur totalité, représentent les neuf chœurs des anges, d'autant mieux qu'ils se répartissent comme eux en trois groupes , égaux en nombre et subordonnés. Ils nous invitent donc à nous unir aux Esprits célestes, comme les saints que nous honorons, et à glorifier avec eux l'adorable et éternelle Trinité. Les douze psaumes des jours fériaux font également penser au ciel. Leur nombre caractérise la cité permanente, qui compte douze tribus dans son sein , qui a douze portes à son enceinte, et qui s'appuie sur douze fondements qui sont les douze apôtres. M. Olier fait remarquer en outre que ces douze psaumes répondent aux douze heures de la nuit, comme les douze psaumes des Petites Heures répondent aux douze heures du jour. Suivant lui, l'Eglise témoigne par là le désir qu'elle aurait d'en consacrer tous les instants au culte de Dieu, et de lui chanter à chaque heure un cantique nouveau'.

Ces observations paraîtront à certains esprits plus ingénieuses que pratiques. Mais une indication importante, dont personne ne contesterait l'utilité, c'est celle qui déterminerait l'objet propre de chaque Nocturne, et le point de vue auquel il convient de se placer pour bien entendre la récitation des psaumes.

Sans prétendre rien établir d'une manière absolue, et tout en nous défiant des exagérations auxquelles porte l'esprit de système , nous croyons devoir exposer ici ce que nous avons trouvé de plus satisfaisant à cet égard, par rapport aux offices du Commun des saints, offices qui occupent, comme on sait, les trois quarts de l'année.

Le premier but de l'Eglise, à Âlatines, est toujours de louer Dieu pour le saint qu'elle honore, d'admirer les voies de la Providence à son égard , de la remercier des grâces dont elle l'a comblé '. Jetant donc un coup d'œil sur la destinée de ce saint et la parcourant du regard, elle y distingue trois parties essentielles, le principe, le milieu,

1 M. Olier, Exercices du Séminaire, p. ICI. ' Olier, supra, p. 290.

la fin; et elle les honore l'une après l'autre. C'est là l'objet des trois nocturnes.

Dans le premier, l'Église contemple le saint dans les idées de Dieu; elle admire le type sur lequel le Seigneur veut le former ; elle vénère l'excellence et le mérite de la vocation qu'il lui destine. Aussi les leçons sont- elles tirées des Écritures, et ont-elles pour objet, si elles sont propres, l'idéal de perfection dont le saint devait s'approcher, comme Apôtre , Martyr, Docteur, etc. Au second nocturne, le saint apparaît dans sa vie terrestre. On considère le profit qu'il a tiré de ses grâces et la manière dont il a répondu aux desseins du Seigneur. C'est pourquoi les leçons contiennent l'abrégé de sa vie au point de vue de la sainteté. Au troisième, l'Église contemple la récompense qu'il a reçue, et exalte l'état glorieux dans lequel il est entré. Ici, nulle autre leçon qu'un évangile relatif au royaume de Dieu , avec une explication des saints docteurs , suivie du cantique d'action de grâces.

Dans chacun de ces nocturnes, le point de vue est fixé par les leçons; mais les antiennes et les psaumes s'y adaptent sans peine, et souvent même avec bonheur. H est vrai qu'en choisissant les psaumes, on n'avait pas, probablement, dans l'esprit un pian si précis. Il est vrai encore que l'ordre numéral, qu'on a voulu conserver assez souvent, a mis quelque entrave dans le choix. On l'a fait néanmoins suivant les convenances du sujet avec une liberté suffisante, puisqu'il a pu s'étendre, pour chaque office, du premier psaume au cviiP*.

Ce que nous venons de dire suffirait pour diriger un esprit attentif dans l'intelligence des psaumes et dans leur application à l'Office. Toutefois, pour prévenir toute hésitation et rendre superflue toute recherche, nous ne laisserons pas d'indiquer d'une manière détaillée et précise l'idée principale de chaque psaume, telle qu'elle résulte de la

^ Ainsi ces psaumes sont choisis entre tons ceux qui composent les Matines des sept Jonrs de la semaine. On sait qu'ils vont du i" au cvin» sans Interruption, ceux des Laudes et de Prime exceptés.

place qu'il occupe dans le plan indiqué , et du sens de l'antienne qui l'accompagne.

Nous n'avons pas besoin de rappeler que ces psaumes sont toujours à nos yeux l'expression des sentiments du Sauveur, que Jésus-Christ est le modèle de tous les prédestinés, et qu'aucune disposition surnaturelle ne peut exister dans les membres de l'Eglise qu'elle n'ait été préalablement d'une certaine manière dans le chef.

COMMUN DES APOTRES I" Nocturne. — L'apostolat dans les idées de Dieu.

Ps. XVIII. Cœli enarrant : Mission donnée à l'apôtre pour

évangcliser le monde.

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