CHAPITRE iV
Charité envers Dieu. — Nécessité de cette vertu. — Sa pratique. — Présence de Dieu. — Penser à Dieu. — Parler de Dieu.— Agir pour Dieu. — Haïr ce qui l'oiTense. — Procurer sa gloire.
77. — ^Nous ne saurions mieux commencer ce chapitre que par les belles paroles sur Tamour de Dieu que nous empruntons à Bossuet. Pensons en les lisant que ce n'est pas à des prêtres, mais à une assemblée de simples fidèles qu'elles sont adressées. Cette considération, d'où jaillit rargumentd foriion dans toute sa puissance, doit nécessairement produire dans nos esprits une impression profonde.
a Aimons, aimons Dieu de tout notre cœur : nous ne A sommes pas chrétiens, si du moins nous ne nous cfj» forçons de Taimer, si du moins nous ne désirons cet » amour, si nous ne le demandons ardemment à ce di- » vin Esprit qui nous vivifie. Je ne veux pas dire que nous
ï) soyons obligés , sous peine de damnation éternelle , » d'avoir la perfection de la charité. Non, fidèles, nous » sommes de pauvres pécheurs : le sang de Notre-Sei- » gneur Jésus-Christ excusera devant Dieu nos défauts, » pourvu que nous en fassions pénitence. Je ne vous » dis donc pas que nous soyons obligés d'avoir la pery) fection de la charité ; mais je vous dis et je vous assure » que nous sommes indispensablement obligés d^y tendre, V selon la mesure qui nous est donnée > sans quoi nous » ne sommes pas chrétiens. Courage, travaillons pour » la charité. La charité, c'est tout le christianisme: » quand vous épurez votre charité, vous préparez un » ornement pour le ciel. Il n'y a , dit saint Paul , que la » charité qui demeure au ciel : la foi se perd dans la » claire-vue ; l'espérance s'évanouit par la possession » effective : « il n'y a que la charité qui jamais ne peut » être éteinte : Charitas nunqnam excidit^, »
Si ces paroles sont rigoureusement exactes pour le commun des chrétiens, et nous devons croire qu'elles le sont, d'après l'autorité de celui qui les profère, quel surcroît d'énergie n'acquièrent-elles pas si on les applique aux prêtres! Pouvant dire avec vérité aux simples fidèles que s'ils ne sont pas obligés d'avoir la perfection de la charité, ils sont indispensablement obligés d'y tendre, sur quel fondement solide pourrait s'appuyer un prêtre pour justifier sa conduite , si non-seulement il ne s'appliquait pas à perfectionner sa charité, mais s'il la refroidissait tous les jours par une multitude de résistances à la grâce dont il ne tiendrait aucun compte?
78. — Aimer Dieu ! comment se soustraire à cette obli- » Sermon pour le jour de la Pentecôte.
galion qui surpasse toutes les autres^ ou plutôt qui les renferme toutes et contient la plénitude de la loi, selon cette parole de l'Esprit saint : Plenititdo legis dilectio ? Assurément, du moins, ce n'est pas le prêtre qui aura le droit de s'affranchir de ce devoir essentiel. Qui ne voit en effet que les raisons qui obligent tout homme et tout chrétien d'aimer Dieu , pèsent sur lui de tout leur poids, puisqu'il est homme et chrétien lui-même? Mais qui ne voit aussi que son titre de prêtre ajoute à l'obligation commune une obligation nouvelle, dont aucune puissance au ciel ou sur la terre ne saurait le dispenser?
Que disons-nous aux fidèles pour les attacher à Dieu par le lien de Tamour? Nous leur rappelons le grand précepte du Deutéronome : Diliges Dominum Deum tuum ex ioto corde tuo , et ex totâ anima tua , et ex totâ fortitudine tuâ, précepte expressément renouvelé par Jésus-Christ dans la loi nouvelle. Nous leur démontrons qu'ils ne sont créés que pour aimer Dieu, qu'il ne pourrait lui-même les dispenser de cet amour, qu'il est leur centre nécessaire et le principe de leur étemelle félicité, qu'il est souverainement digne d'être aimé à raison de sa bonté sans bornes, de son incomparable beauté et de ses perfections infinies. Nous leur faisons voir qu'ils ont des obligations toutes particulières de l'aimer, parce qu'il est pour eux tout cœur et tout amour, parce qu'ils ont reçu et qu'ils reçoivent tous les jours encore de sa munitiéence une multitude de grâces et de faveurs, générales et particulières, pour le corps et pour l'âme, comme hommes et comme chrétiens. Nous leur rappelons que cet amour de Dieu pour eux a été éternel et gratuit, qu'il les a créés malgré la prévision de leur ingratitude future; que pour récompenser leur innocence conservée ou leur innocence réparée par le
repentir^ il leur a destiné un poids immense de gloire dans son propre royaume; qu'ayant mérité cent fds d'être privés de Tétemelle béatitude , il leur a, de préférence à des mijliers d'autres, conservé l'existence et accordé des grâces puissantes pour leur procurer les moyens d'éviter l'enfer et de reconquérir le ciel.
Que disons-nous encore aux fidèles pour exciter leur amour envers Dieu? Nous leur faisons connaître Jésus- Christ, vrai Fils de Dieu et Dieu comme son Père, lequel ne pouvant souffrir comme Dieu, et voulant cependant souffrir pour sauver l'homme, a conçu dans sa sagesse, et réalisé dans sa miséricorde le dessein de se faire homme lui-même, pour pouvoir souffrir et appliquer à l'humanité déchue le mérite de ses souffrances. Nous leur décrivons les abaissements profonds du Yerbe éternel dans l'Incarnation, et cette espèce d'anéantissement si vivement exprimé par saint Paul : Exinanivit semetipsum formam servi accipiens ; nous leur dépeignons successivement sa naissance dans la pauvre étable de Bethléem, sa fuite en Egypte, sa vie pénible et obscure à Nazareth , sa vie apostolique et ses excursions de zèle dans la Judée, son ineffable amour dans l'institution de l'adorable Eucharistie, puis enfin sa passion si étonnante et si cruelle dans laquelle il boit jusqu'à la lie le calice des humiliations et des souffrances, et tout cela par pur amour pour l'homme.
De cet amas de considérations, nous formons un faisceau d'arguments à l'aide desquels nous faisons ressortir avec toute l'énergie possible la nécessité indispensable d'aimer un Dieu qui nous a témoigné tant d'amour, et nous laissons tomber sur la tête de l'ingrat le foudroyant anathème de l'Apôtre : Si quis non amat Dominitm nostrum Jemm Christum, sit anathema.
79. — Toutes ces raisons si concluantes, si fortes, si pressantes, ne donnent assurément encore qu'une bien faible idée de Timmensité d'amour qui déborde du cœur de Dieu et tombe à flots dans le cœur de l'honmie.
Cependant bornons-nous là, et en présence des hautes vérités que nous venons de rappeler, recueillons-nous et réfléchissons. Quand nous composons un discours sur cette riche matière; quand nous entassons raisons sur raisons pour convaincre nos auditeurs de la nécessité d'aimer Dieu; quand nous augmentons la force de ces raisons par les ressources de l'éloquence et par la chaleur du débit, faisons-nous secrètement une exception pour nous-mêmes? Ne croyons-nous à l'obligation de la loi d'amour que pour les autres? Revendiquonsnous, pour nous soustraire à cette loi, le bénéfice de quelque dispense? Et si nous la violons, cette loi, pensons-nous que l'anathème de saint Paul ne nous atteint point?
Nous trouvons certainement toutes ces questions absurdes, et les suppositions qu'elles insinuent nous révoltent. Nous savons en eflet que les lois générales du christianisme nous obligent comme tous les chré* tiens, puisque nous sommes chrétiens nous-mêmes et que nous en porterons éternellement le sacré caractère.
Malheureusement, nous avons tellement l'habitude de traiter les grandes vérités de la foi; nous sonmies, pour ainsi dire, si familiarisés avec elles; nous en faisons si fréquemment Fapplication aux autres, que nous en tirons communément fort peu de fruit pour nousmêmes. Si nous ne les fixons pas profondément dans nos esprits par des méditations sérieuses et dans des retraites bien faites, elles effleurent à peine la surface de notre
âme , «ans y produire jamais une impression vive et profondément sentie. Faisons-y attention, et nous verrons que telle de ces vérités que nous croyons fermement, que nous démontrons théologiquement, que nous prêchons éloquemment, et qui, bien présentée, saisit, émeut et bouleverse tout un auditoire, nous laisse nous-mêmes^ si nous ne sommes pas de saints prêtres, dans un état de froideur et d'insensibilité; de sorte que cette vérité , qui va peut-être éclairer et convertir plusieurs pécheurs endurcis, ne va pas opérer le pUis léger changement dans notre propre conduite, ni nous inspirer même la pensée de combattre plus efficacement les défauts auxquels nous sommes sujets.
Dissipons cet aveuglement, et tâchons de nous bien convaincre que tontes les vérités que nous prêchons aux peuples avec tant de chaleur, sont autant de charbons ardents que nous amassons sur nos têtes, si nous n'en profitons pas les premiers, pour réformer ce qui en nous-mêmes a besoin de réforme.
Convainquons-nous en particulier de la nécessité où nous sommes de payer Tamour infini de Dieu pour nous par notre ardent amour pour lui, et appliquonsnous Tune après Tautre toutes les raisons qui assujettissent les fidèles à la loi de l'amour, puisque cette loi les oblige comme hommes et comme chrétiens, double dignité dont nous sommes investis comme eux.
80. — Mais étendons l'horizon de nos pensées ; faisons quelques pas de plus vers les hauteurs de notre foi, ou pluUH élançons-nous à son sommet, et voyons si c'est un amour ordinaire que Dieu demande à celui qu'il établit — dispensateur de ses mystères , sauveur des âmes — et sacrificateur de son Fils.
Quel cœur ce serait que celui d'un prêtre , s'il était tel que Dieu veut qu'il soit !
Quand on a médité sur la dignité du chrétien et sur les prérogatives étonnantes de cette dignité, si l'on vient à considérer la grandeur, la sublime élévation du sacerdoce, le chrétien s'efface en quelque sorte devant le prêtre; mais quand on voit ces deux dignités associées dans le même homme, alors l'admiration manque de formules pour exprimer la ferveur de son enthousiasme.
Il y a tant de disproportion sous le rapport de la dignité, entre le simple fidèle et le prêtre, qu'il semble pour ainsi dire que ce soient deux êtres distincts, cachés, il est vrai, sous la même enveloppe, mais essentiellement différents sur tout le reste. Qu'on en juge plutôt :
Voici pour le prêtre un lieu de préparation , un vrai noviciat où, séparé du monde, il passera trois années pour étudier sa vocation, nourrir sa piété et acquérir la science. — Rien de semblable pour le simple fidèle qui se destine dans le monde à une profession quelconque.
Voici dans l'âme du prêtre un caractère sacré, imprimé par un sacrement spécial, ineffaçable comme celui du baptême à côté duquel il brille d'un éternel éclat. — Rien de semblable chez le simple fidèle.
Voici le prêtre qui s'annonce comme ambassadeur de Dieu, domine du haut de la chaire évangélique la multitude silencieuse qui Tenvironne, et fait retentir les divins oracles avec la plus imposante solennité. — Rien de semblable chez le simple fidèle ; il écoute , mais dans la maison de Dieu il n'a pas le droit de se faire entendre.
Voici le prêtre qui , avec une autorité évidemment
divine, étend la main pour bénir, incline la téta pour sanctifier les personnes et les choses par des insufflations mystérieuses. — Rien de semblable chez le simple fidèle; il s'agenouille devant le prêtre pour recevoir sa bénédiction; mais qui est-ce qui s'agenouille devant un laïque? qui est-ce que ce laïque bénit de sa parole, de sa main et de son soufile?
Voici le prêtre qui s'installe au tribunal sacré où il rend la justice au nom du Dieu qui l'envoie , et ses arrêts ont pour effet de fermer Tenfer et d'ouvrir le ciel aux pécheurs repentants qui lui font Faveu de leurs misères.— Où trouver rien de semblable chez le simple fidèle?
Voici le prêtre qui monte à l'autel : des légions d'anges lui font escorte, le ciel est attentif à l'œuvre qu'il va faire. Sa parole, comme un glaive tranchant, immole l'auguste Victime, et cette victime est celle du Calvaire, c'est Jésus-Christ lui-même! Il descend du ciel à la parole de son prêtre; il se donne en nourriture à son prêtre et, par la main de son prêtre, à la multitude des chrétiens qui implorent à genoux la divine Eucharistie dont il est le dispensateur. — Quel est le simple fidèle, quel est l'ange même qui opère rien de 3emblable?
Que dirons-nous enfin? Voici le prêtre, confident intime de Jésus, son ami de prédilection, dépositaire de ses trésors, de ses mystères, de ses mérites, de ses grâces, de son corps, de son sang, de son Évangile, de ses âmes et de tout ce qu'il a de plus précieux; le voilà chargé par état de le remplacer en tout, de présider, de gouverner, de prêcher, de catéchiser, de sanctifier, de consacrer et d'absoudre en son nom ; le voilà investi du pouvoir de continuer et d'achever sur la terre l'œuvre
ineffable de la rédemption du monde^ en faisant exactement et à la même fin les fonctions toutes divines que remplissait Jésus-Christ pendant sa vie mortelle. — Quel fidèle oserait s'arroger un seul de ces pouvoirs? £t tout cela ne nous obligera pas à un surcroît d'amour! Et Dieu ne nous demandera pas trois fois, comme à Pierre^ si nous avons pour lui plus d'amour que n'en ont de simples laïques : Diligis me plus his? Dfsons-le^ cela ne peut être ; ce serait donner à l'Évangile un démenti formel^ puiscpie c'est l'Évangile qui nous déclare qu'tV sera demandé beaucoup à celui qui aura beaucoup reçu.
81. — Au reste 9 il est inutile d'insister davantage sur un point dont l'évidence est si frappante^ et que nos lecteurs^ quels qu'ils soient, ne penseront pas mémo à révoquer en doute. 11 en est de la vertu de charité comme de toutes les autres; on Tadmet en spéculation , on la froisse dans la pratique; et cependant , nous le savons^ c'est la pratique et non la spé<3ulation qui nous sauve.
Si nous étions totalement dénués de charité^ nous aurions horreur de nous-mêmes, et ce sentiment d'horreur opérerait sans doute un prompt changement dans notre conduite; mais quand nous nous rendons le témoignage que nous possédons cette vertu, du moins h un certain degré ^ l'amour-propre qui nous aveugle ne manque jamais de nous persuader que nous avons, en fsii de charité, ce qui est rigoureusement suflSsant; et la lâcheté qui se contente de peu nous fait rester dans un certain état qui, sans nous donner une sécurité par&ite, ne nous semble pourtant pas de nature à compromettre notablement le salut de notre ftme.
Or cette disposition est très-fàcheuse; elle est même un mal réel et un très-grand mal. Car enadmettant^ ce qui peut fort bien n'être pas vrai, que Ton possède la charité au degré absolument nécessaire, toujours est-il que^ si elle était plus vive, elle donnerait infailliblement plus de courage pour combattre les tentations^ plus de force pour supporter les peines, plus de grâces pour féconder le ministère, plus de zèle pour courir après les pécheurs, et plus d'ardeur pour travailler à sa propre sanctification. Qui osera dire qu'un prêtre^ embrasé d'amour pour Dieu, ne sera pas mille fois plus utile aux autres et à lui-même que celui qui n'aura, sous ce rapport, que ce qui est rigoureusement nécessaire pour n'être pas en état de réprobation?
Appliquons-nous donc à perfectionner notre cbarité, et prenons pour résolution de ne jamais dire conune les lâches : C'est assez; mon âme, repose-toi : Anima, requiesce.
Du reste, pour mieux nous assurer du succès en une affaire de cette importance, essayons de nous rendre compte de nos dispositions à Fégard de la charité, et pour cela voyons si nous trouvons en nous les traits principaux qui la caractérisent.
82. — Pensons-nous à Dieu?- — Oui assurément nous y pensons, si nous l'aimons. Comment, quand on aime, ne pas penser à l'objet aimé? Même au milieu des occupations les plus sérieuses , quand l'esprit fait effort pour s'appliquer à un travail indispensable, le cœur vient encore le distraire et l'entretenir de l'être qu'il chérit. N'en soyons point surpris, c'est le cœur bien plus que l'esprit qui dirige les pensées; c'est pourtant l'esprit qui en est le siège, c'est même lui qui les forme;
oui, mais c'est le cœur qui les lui commande. Uesprit est, en ce point comme en tant d'autres, Thumble esclave du cœur; le coeur Tassiége à chaque instant et ne Foccupe que de l'objet de ses affections. Voyez la mère; éloignée de son enfant, voyez T^xilé saluant de loin sa patrie, voyez le prisonnier séparé de sa famille; ont-ils plusieurs pensées? Non, on peut presque dire qu'ils n'en ont qu'une, tant elle est fixe, permanente et continue; et cette pensée, qui cherche-t-elle , qui vat-elle trouver par ses élans perpétuels, sinon l'objet aimé?
Ah ! si nous aimions Dieu ; si nous l'aimions d'un amour tendre, généreux et constant; si nous l'aimions conome les saints l'aimaient; si^ comme un David, par exemple, qui était pourtant si loin de notre sacerdoce puisqu'il n'était pas même chrétien, nous pouvions exprimer avec vérité ces sentimens qui débordaient de sa grande àme : Quid mihi est in cœlo et à te quid volui super terram.... Deus cordis met et pars mea Deiis in setemum; quel bonheur ce serait pour nous de penser à Dieu, d'y penser sans cesse, d'y penser avec cette sainte ardeur qui dessèche jusque dans sa racine toute affection étrangère !
Quand on aime véritablement Dieu, on pense à lui naturellement et sans effort : l'amour suggère les pensées, et les pensées entretiennent et ravivent l'amour; et tout cela se fait aussi simplement que le jeu des poumons pour entretenir la vie par des aspirations in* cessantes.
£hbien! donc, pensons-nous à Dieu? y pensonsnous, non pas vaguement, confusément, froidement, transitoirement et comme par hasard, mais pieusement, amoureusement, habituellement, et avec un sentiment
de bonheur qui pénètre l'ftme^ et lui fait voir sans ombre que Dieu et Dieu seul est son centre, son élément et sa vie? Si nous pouvons répondre aflSrmativement à cette question^ rassurons-nous^ nous aimons Dieu.
Mais allons {dus loin. Pensons-nous à Dieu avec tant de joie^ que ce qui nous distrait de cette pen^ nous soit à chai*ge? Ainsi, par exemple, pour ne pas nous priver des fruits et de la douceur de cette sainte pensée, fuyons-nous les réunions bruyantes où le devoir ne nous appelle point? Renonçons^ous à ces festins où se dissipe et s'évapore la céleste onction de la piété? Ab« horrons-nous ces jeux fréquents et beaucoup trop prolongés où l'âme, absorbée dans un sentiment de plaisir passionné, oublie qu'elle est l'ftme d'un prêtre, et laisse s'écouler des heures entières sans penser une seule fois au Dieu d'amour qui devrait être à chaque instant Tobjet de ses affections les plus tendres ?
Coïoment croire que nous aimons Dieu comme Taiment les saints prêtres, si nous recherchons ce qui nous en dérobe la pensée, et si nous fuyons ce qui nous la rappelle ?
Voulons-nous savou* ce que nous aimons, ce qui occupe la place d'élite au fond de notre cœur? Voyons ce c[ui fait l'objet habituel de nos pensées. Le saint prêtre, dès le moment de son réveil, pense h Dieu sans effort, le bénit avec amour, se consao^e tout entier à son service, et déjà considère en esprit ce qu'il va faire pendant ce nouveau jour pour procurer sa gloire et le salut des âmes. Tout rempli de ces salutaires pensées, sGù zèle s'afiflanmie dans une oraison fervente, il s'enflamme plus encore au saint autel. Comme son cœur est plein de Dieu, si l'on peut ainsi parler, c'est à Dieu qu'il pense sans cesse, c'est pour Dieu qu'il travaille
sans reiftche. Ainsi s'éeonle cette journée^ ainsi s'écoule toute la vie de ce saint homme : il pense toujours à Dieu parce que Dieu ne cesse jamais d'être Tunique objet de son amour.
Mais supposez que ce prêtre, ébloui par Torgueil, remplace subitement dans son âme le goût qull a pour Dieu et pour son service par le vif désir des honneurs et des dignités. Le voilà devenu Je suppose^ un prêtre ambitieux. Quelle triste métamorphose ! Tout occupé de lui-même et du po^ élevé qu'il convoite, c'est là, c'est uniquement là que vont ses pensées, du moins ses pensées les plus ardentes et les plus vivaces. Dieu ne possède plus la place de choix dans ce cœur orgueilleux; il y est remplacé par une passion qu'il déteste.
Ainsi en serait-il de Tamour du monde, de l'intempérance, de l'avarice, et généralement d'une vie quelconque. Oui, dès qu'une passion, quelle qu'elle soit, envahira le cœur d'un prêtre, elle absorbera toutes ses pensées au préjudice de Dieu ; elle deviendra son trésor; et la parole du divin Sauveur se vérifiera en la personne de ce ministre infidèle : Ubi est thésaurus tuus, ibi est et cor tuum.
83. — Parlons-nous de Dieu ? — Oui encore, si nous l'aimons. Aimer une personne, l'aimer tendrement surtout, et n'en parler jamais, est-ce naturel? On ne répond pas à cette question. Qui ne sait, en ^et, que, sans nous en apercevoir, nous fatiguons ceux avec qui nous conversons, par les éloges, souvent exagérés, que nous faisons à tout moment des personnes qui nous sont chères? D'où vient cet interminable discours qui n'intéresse quelquefois que celui qui le tient? d'où
vient-il, sinon de la vive affection dont son cœur est plein pour le tendre ami qui en estFobjet?
Du reste, le Maître Fa dit, Magister dtxif, et sa divine parole vaut infiniment mieux que toutes les nôtres : a La bouche parle de l'abondance du cœur : » Ex abundantiâ cordis os loquitur. Les mondains ne parlent que de bagatelles, parce que leur cœur ne goûte que les frivolités. Les saints n'aiment à parler que de Dieu et de so!> service, parce que leur cœur ne bnMe que du feu de son amour : Ex abundantiâ cordis os loquitur.
Supposez un prêtre entraîné par une inclination forte, par un goût prédominant vers le jeu, la bonne chère, la dissipation, la frivolité enfin, car ce mot dit tout. Supposez que ce n'est ni le besoin d'un peu de récréation, ni une raison de nécessité ou du moins de convenance qui le porte de fois à autres à s'accorder ces délassements, mais qu'il y est poussé par un penchant naturel, qu'il s'y livre avec ardeur, qu'il bâille et s'ennuie quand il n'a point l'occasion de se satisfaire par ces futilités, et que, cette occasion, il fait tout ce qui dépend de lui pour la faire naître.
Voilà, ce nous semble, en peu de mots, le portrait d*un prêtre frivole dont, grâce à Dieu, on ne trouvera l'original nulle part. Mais enfin supposons un prêtre ainsi disposé ; nous le demandons à nos lecteurs, l'amour de Dieu occupera-t-il dans son cœur une large place? Non. Y occupera-t-il la place principale, la place réservée aux affections tendres et chaleureuses? Non assurément Son cœur étant vide de ce divin amour et n'ayant d'attrait que pour les bagatelles, enverra-t-il à sa bouche les paroles ferventes qui s'échappent à flots de celle du saint prêtre ? Nous osons dh*e que c'est moralanent impossible. La frivolité forme la stérile abon-
dance de son cœur, c'est elle qui fournira comme nécessairement la matière Iiabituelle de ses entretiens; il^ sera donc léger, curieux, badin, jovial peut-être, imprudent quelquefois, et d'une fécondité inépuisable en fait d'inutilités et d'inepties : Ex abtmdanHâ cordis os loqmtur.
Ah ! si nous aimions Dieu ; si nous ne respirions que son amour, que de paroles de feu semblables à de vives étincelles jailliraient à chaque instant de nos cœurs enflammés, et communiqueraient notre sainte ardeur aux cœurs engourdis et glacé3 des pécheurs! Recueillons et méditons profondém^it cette divine sentence tombée des lèvres de Jésus-Crist même' : Bmtts homo de bono thesauro cordis sut profert bonum : et mains homo de malo thesauro profert malum. Exabundantiâ enim cordis os loquitur.
« Saint François Xavier, dit le P. de la Colombière » dans sa Retraite spirituelle, parlait de Dieu en toutes » rencontres, à toutes sortes de personnes. Sa première » pensée, quelque part qu'il se trouvât, était : Quel ser- » vicepuis-je rendre à mon prochain?
»I1 y a cent occasions, ajoute le même auteur, de » porter les hommes à Dieu, et souvent on y réussit » mieux par de pieux entretiens que par la prédication. » Personne ne s'entretenait avec Bercmans qu'il n'en fût » tout enflammé. De quoi nous entretenons-nous avec » les séculiers dans nos récréations?... Je parle peu de » vous, mon Dieu; c'est que je pense peu à vous, c'est » que je ne vous aime guère. »
Faisons notre profit de ces dernières paroles, qui sont un résumé parfait de ce qui vient d'être dit : « Je parle » peu de vous , mon Dieu ; c'est que je pense peu à vous , » c'est que je ne vous aime guère. »
84. — BenonoùnS'fious à tout ce que nous savons être péché, offense de Dieu f-^ Oui encore, si nous l'aimons.
Rigoureusement parlant, on peut penser àDieu, môme assez fréquemment^ sans Faimer. Il y a des âmes dures que Dieu poursuit en dépit de leurs résistances, et auxquelles il se montre à chaque instant tantôt comme père, et tantôt comme juge, pour les abattre par la terreur^ s'il ne les subjugue pas par Tamour.
On peut également parler souvent de Dieu sans Taimer. L'hypocrite sait usurper le pieux langage de l'amour. L'homme frappé d'aveuglement spirituel^ quand cet aveuglement n'est pas le fruit d'une ignorance invincible, peut penser ii Dieu , parler de Dieu, se croire aimé de Dieu, et cependant n'être rien moins que ce qu'il croit être. C'est de tels hommes que le divin Sauveur disait avec une si énergique précision : Non omnis qui dicit mihiy Domine, Domine , intrahit in regnum cœlorum. Ceux-là sans doute ont la pensée de Dieu dans l'âme et son adorable nom sur les lèvres, et pourtant ils n'aiment pas Dieu, et Dieu ne les aime point, puisqu'il les exclut de son royaume.
Quelle est donc la marque, la pierre de touche du véritable amour? Les œuvres : Afructibus eorum cognos-^ cetis eos. Les pensées et les paroles sontdes feuilles et des fleurs; les œuvres seules sont des fruits pour le ciel : ... Sed omnisquivAcnvoluntatem Pairis mei*.,, intrabit in regnum cœlorum.
Aimer Dieu et faire ce qui l'offense , quel horriblecontraste ! Chose étrange ! ce n'est qu'à son égard que l'on croit pouvoir opérer cet odieux amalgame. Un ami veille avec soin sur ses paroles, sur ses actions, sur ses démarches, pour éviter ce qui peut non-seulement offenser, mais simplement froisser son ami ; et si quelquefois
ce froissement a lieu, on peut dire h coup sûr qu'il est involontaire. Dieu seul est offensé sans que les auteurs de Toffense croient déroger notablement à la foi fondamentale de Tamour, qui veut que Ton évite avec soin tout ce qui choque Tobjet aimé.
Ceci nous révolte, même de la part de tout chrétien et de tout homme quel qu'il soit. Mais que serait-ce , grand Dieu , si le prêtre lui-même se rendait coupable d'un tel aveuglement! Descendons au fond de notre conscience et écoutons sa voix. Plusieurs fois le jour, dans nos prièi*es, nous crions : Seigneur, Seigneur ! C'est fort bien; mais nos œuvres sont-elles ce qu'elles doivent être? sont-elles des œuvres d'amour?
Ces parties de jeu fréquentes et prolongées dont les laïques eux-mêmes font la matière de leurs censures , sont-ce des œuvres d'amour?
Ces festins où nulle convenance ne fait un devoir d'assister, et où, sans parler de la perte de temps qu'ils occasionnent, la vertu de tempérance est froissée si elle n est pas scandaleusement violée , sont-ce des œuvres d'amour?
Ces lectures frivoles qui dérobent au travail des heures si précieuses , et à la piété sa vive ardeur et son onction suave, sont-ce des œuvres d'amour?
Ces visites sans but, sans motif tant soit peu légitime, que l'on ne fait que pour échapper à Tennui que l'oisiveté traîne après elle, visites qui malédifient souvent ceux-là mêmes à qui on les fait, sont-ce des œuvres d'amour?
Ces conversations prolongées et bruyantes , où l'humiUté, la charité, la douceur, la modestie et d'autres vertus encore font si souvent de tristes naufrages, sont-ce des œuvres d'amour ?
Ces méditations tronquées et faites seulement pour la forme , ces oflSces récités à la bâte et sans attentionnées messes célébrées sans préparation ni action de grâces et avec une précipitation qui choque les mondains mêmes, sont-ce des œuvres d'amour?
Ah! si nous aimions Dieu, que de suppressions dans nos œuvres ! que de réformes dans notre conduite ! que de perfectionnements dans nos vertus mêmes !
Ce n'est pas ainsi que se conduit le saint prêtre. Il a adopté une règle invariable, et, copfime David, il aprèsque I juré d'y être tîdèle : Juravi et statut. Cette règle, c'est du divin amour qu'il la tient, la voici : Jamais je ne consentirai à commettre un péché quelconcpie , soit mortel, soit véniel , avec une pleine délibération.
Adoptons-la tous cette excellente règle, et soyons convaincus que tant que nous serons fidèles à l'observer, nous observerons par là même le précepte de l'amour.
85* — Agissons-nous pour Dieu , et sommes^ous heureux de pratiquer à chaque instant ce qui lui plaît ? — Oiri encore, si nous l'aimons»
Renoncer à ce qui offense Dieu, c'est déjà beaucoup sans doute; mais il est certain qu'on ne s'en tiendra pas là, si l'on a pour lui un véritable amour. En effet, dans l'ordre commun des choses , ne serait-ce pas un amour froid , et même un amour suspect que celui qui ne serait jamais ou presque jamais accompagné de témoigrages de bienveillance, ni d'actes de générosité, ni de démonstrations de dévouement et de cordiale affection envers l'objet aimé? Quelle différence n'y aurmt-il pas entre deux fils , dont l'un se contenterait de ne pas offenser son bon père^ et l'autre non-setilement ne Toffen-
serait pas , mais ferait constamment et avec bonheur tout ce qu'il croirait lui être agréable !
Ainsi en est-il à Fégard de Dieu. Quand nous l'aimons véritablement, nous évitons avant tout le péché qui l'offense; mais nous nous appliquons, enputre, à faire une multitude d'œuvres où se peint à tout moment Pamour que nous avons pour lui. Et quelles sont ces œuvres?
C^est d^abord l'observation fidèle des commandements qu'il nous impose : Qui servat mandata mea, ille est qui diligit me; commandements généraux, qui nous sont faits conmie aux simples fidèles; commandements particuliers, qui nous regardent spécialement comme prêtres et comme pasteurs : messe, oflSce divin, administration des sacrements et toutes les œuvres du ministre.
C'est ensuite une série d'actions , dont Dieu ne nous fait pas peut-être un commandement rigoureux, mais qui lui plaisent infiniment quand nous les lui offrons avec amour, et comme le jet spontané d^un cœur qui lui est tout dévoué.
Ce sont des œuvres de pénitence et de mortification que nous nous imposons pour racheter nos propres péchés, et pour arracher à Tenfer les âmes dont nous avons la chaîne*
Ce sont des actes de patience et de résignation, par lesquels nous sanctifions les peines que Dieu nous envme^ les tentations et les humiliations par lesquelles il nous éprouve, les maladies et autres accidents plus ou moins pénibles qui, selon les vues de sa providence, sont des sources abondantes de grâces et de mérites.
Ce soat des œuvres de zèle que nous embrassons avec une sainte ardeur^ afin de converti ou de perfec-
iionner les âmes pour le salut desquelles son divin Fils a versé tout son sang.
Ce sont même des œuvres communes, des œuvres terrestres et animales de leur nature : les repas, le sommeil^ les récréations et autres semblables, qu'il accepte très-volontiers quand c'est l'amour qui les lui présente.
Oui, toutes ces œuvres, animées d'une intention pieuse et d'un vif désir de plaire à Dieu, touchent son cœur, procurent sa gloire, et l'engagent à récompenser abondamment celui qui les fait, parce qu'il voit en chacune d'elles la preuve évidente du tendre amour qui les inspire.
Est-ce ainsi que nous agissons? Nos jours sont-ils remplis d'œuvres saintes et saintement faites? Ces œuvres sont -elles complètement bonnes, c'est-à-dire bonnes ou du moins indifférentes en elles-mêmes, mais relevées, ennoblies, sanctifiées par l'intention pure qui doit les faire entreprendre, et surtout par l'amoiu* dont elles doivent être les fruits? S'il en est ainsi, réjouissonsnous, car nous sommes de ceux dont l'Esprit saint luimême fait l'éloge quand il dit : Etdiespleniinvenieniur in eis.
86. — Combattom-nom le péché chez autrui comme chez nous-mêmes? — Oui encore, oui toujours, si nous avons pour Dieu l'amour qu'il nous commande.
Ce n'est pas seulement dans notre âme que nous devons détruire l'empire du péché. Si nous aimons véritablement Dieu, nous devons poursuivre l'iniquité partout où nous voyons qu'elle se commet. Ministres de Dieu, nous sommes les promoteurs de sa gloire et les vengeurs de sa majesté outragée. Serait-ce ainier celui qui nous croit son ami, que de refuser lâchement de le
justifier si une odieuse calomnie flétrissait devant nous sa réputation? Par la même raison^ serait-ce aimer Dieu que de le voir offensé sans se sentir ému, et sans rien faire pour prévenir autant que possible le renouvellement de cette offense ?
Que les saints étaient admirables en ce point ! Quel feu s'allumait subitement dans Tâme d'un David^ quand il voyait la loi de Dieu violée par le péché ! Tabescere me fecit zelus meus y s'écrie-t-il dans un transport d'amour mêlé d'indignation, quia obliti sunt ver^ba tua . inimici met. Vidi prœvaricantes , dit-il ailleurs^ et tabèscebam, quia eloquia tua non custodierunt. Ailleurs encore, il s'adresse à Dieu même et le prend à témoin de la vive horreur que le péché lui inspire : Nonne qui oderunt te. Domine^ oderam, et supei* inimicos tuos tabescebam?.., Proba me, DeuSj et scito cormeum, intei^roga me et cognosce semitas meas, et vide si via iniquitatis in me est. Aimons Dieu comme David, et conune lui nous aurons ces généreux sentiments et ce langage de feu.
Un saint personnage dont le nom nous échappe disait avec l'accent d'une foi vive : « Quand je n'aurais, pen- » dant toute la durée de mon existence, produit d'autre » bien par mes travaux, mes peines et mes prières que » d'empêcher de commettre un seul péché , ce serait » pour moi le sujet d'une grande joie. »
Saint Lîguori, dès Tâge le plus tendre, s'amusant dans un jardin avec ses jeunes camarades, entend l'un d eux proférer une imprécation. Aussitôt le pieux enfant se trouble comme s'il était lui-même le coupable; il quitte le jeu , s'éloigne et disparaît. Après l'avoir longtemps cherché, on le découvre enfin, et que fait-il ? Attendri jusqu'aux larmes, il est humblement prosterné
devant une image de Marie qu^il portait toujours sur son cœur, et il fait amende honorable du péché que son petit camarade vient de commettre.
Saint Gaétan, comme nous le disons dans la Pratique du zèle, d'après saint Liguori, se trouvait à Naples pendant la grande révolution de 1647. A la vue du grand nombre d'âmes que le péché précipitait en enfer à l'occasion de cette révolution, il éprouva tant de tristesse et d'accablement que son cœur se brisa et qu'il en mourut de douleur.
De nos jours, une simple fille, morte tout récemment en odeur de sainteté, Julie Postel, institutrice des Sœurs des écoles chrétiennes de la Miséricorde, au diocèse de Goutances, toute jeune encore, fit éclater la vivacité de sa foi et l'ardeur de son amour en une circonstance remarquable. Au moment d'un de ces épouvantables orages qui glacent d'effroi les plus intrépides , la petite Julie se livrait à la joie. Ses parents étonnés lui en demandent la raison, a Que je suis heureuse ! répond-elle]: » en ce moment du moins Dieu n'est pas offensé ; les »plus grands impies n'osent blasphémer son saint Duom; ils l'invoquent plutôt avec respect : Ah! je » voudrais qu'il tonnât toujours! * » Et c'est un enfant qui parle ainsi ! ô amour, de quels beaux sentiments tu pénètres les cœurs qui brûlent de ta flamme!
87. — Et nous aussi, chers confrères, aimons Dieu; aimons-le de tout l'amour dont nos cœurs sont capables, et ne nous laissons pas devancer dans la voie de l'amour par des femmes et des enfants.
f Vie de Julie Postel ^ par M. l'abbé Detamare, vicaire général de GotttaDoes.
Aimons Dieu de toutes nos forces, nous qui apprenons aux autres à Taimer. Donnons -leur en quelque sorte la surabondance de notre amour, et que notre cœur, comme le bassin, soit toujours rempli et toujours débordant.
Aimons Dieu de toute notre âme, nous qui la nourrissons chaque jour de la chair et du sang de Jésus- Christ, et qui portons gravés dans cette âme trois caractères ineffaçables qui , tous les trois , nous commandent l'amour.
Aimons Dieu, puisque nous avons un cœur qui a besoin d'aimer comme il a besoin de battre, et que si nous n'aimons pas de Tamour qui sauve , nous nous exposons à brftler de Tamour qui corrompt et qui damne.
Aimons Dieu, puisque nous sommes par état des sauveurs d'âmes y et que nous ne les sauverons que par le feu de Famour et Tardeur du zèle.
Aimons Dieu d'un amour effectif, et sanctifions par l'amour nos pensées, nos paroles, nos actions, nos prières , nos souffrances et tous les actes de notre ministère. * '
Aimons Dieu enfin, et ne nous lassons point de répéter la sentence de Bossuet : « Je vous dis et je I) vous assure que nous sommes indispensablement » obligés de tendre à la perfection de la charité, selon » la mesure qui nous est donnée j sans quoi nous ne » sommes pas chrétiens. »