CHAPITRE y
Charité envers le prochain. ^ Sa nécessité toute spéciale pour le prêtre.
88. — La charité envers le prochain^ érigée par Jésus-Christ en vertu rigoureusement obligatoire^ et prescrivant^ sous peine do réprobation, d'aimer en Dieu et pour Dieu tous les hommes quels qu'ils soient , supérieurs^ égaux, inférieurs, fidèles, infidèles, bons ou méchants, amis ou ennemis , au ciel, en purgatoire, ou sur un point quelconque du globe; la charité, disons-nous, embrassant dans un amour surnaturel Thumanité tout entière, à Texception seulement des réprouvés en enfer, est une vertu ravissante et qui , seule , suffirait pour décorer d'une éternelle gloire la religion qui rinscrit en tête de ses préceptes.
Le monde le plus corrompu trouve jusque dans sa fange des éloges pour cette divine vertu. Il la viole souvent, il est vrai , mais il Tadmire chez ceux qui la pratiquent. Et comment, en effet, ne pas exalter une vertu qui dit à l'homme : « Abstiens-toi constamment, même dans tes pensées les plus intimes, de tout ce qui peut offenser ton semblable, et, autant qu'il t'est possible, délivre -le des maux qu'il souffre et prociu*e-lui le bien dont il manque. » La vertu qui tient à l'homme ce
langage s'exerce sur la terre, mais c'est assurément du ciel qu'elle est descendue.
Oui, c'est Jésus, le bon, le tendre, le miséricordieux Jésus qui a puisé dans le sein de son Père cette ineffable vertu; c'est lui qui s'est chargé de la révéler au monde; et cette révélation a été complète , car il l'a publiée par sa doctrine et par ses exemples.
Par sa doctrine,; écoutons : Diliges proximnm tuum sicut ieipsum, — Ifaec mando vobis ut diligatis invicem. — Hoc est prœceptum meiim ut diligatis invicem, — Mandatum novum do vobis y ut diligatis invicem , sicut dilexi vos. — In hoc cognoscent omnes quia discipidi meiestis, si dilectionem habneritis ad invicem.
Par ses exemples : transcrivons TÉvangile et le Nouveau Testament tout entier, si nous voulons les connaître; car qu'est-ce que l'Évan^le et tous les écrits des apôtres, sinon le récit des actes de charité de Jésus-Christ envers les hommes, depuis la crèche où commence la manifestation de son amour, jusqu'à la croix qui en est l'expression sanglante et la consommation sur la terre? Natus est vobis hodie Salvatoi\ — Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego refidam vos, — Misereor super turbam, — Sinite parvulos venir e ad me. — Virtus de illo exibat et sanabat omnes. — Videns ctvitatem , flevit super illam. — Cum dilexisset suoSj in finem dilexit eos, — Accipite et manducate^ hoc est enim corpus meum quod pro vohis tradetur. — Baptismo habeo baptizari et quomodo coactor usquedum perpciatur I — Amice^ ad quid venisti? — Pater ignosce illis, nesciunt enim quid faciunt, — Dilexit me et tra^ didit semetipsum p*o me, — Exinanivit semetipsum , fonnam servi accipiens. — Pertransiit benefaciendo et sanando omnes,
Voilà la charité dans son principe et dans sa divine source. Le cœur de Jésus , voilà le foyer d'où s'échappe incessamment le feu de Tamour^ ce feu qu'il est venu apporter sur la terre et dont il veut voir l'ardeur perpétuellement entretenue : Ignem venimittere in (erram, et quid volo nisi ut accendatur?
89. — Les réflexions que nous venons de faire sur la charité envers le prochain , s'appUquent généralement à tous les fidèles; mais combien ne sont-elles pas plus étroitement applicables aux prêtres qui ^ par état^ retenons ce mot, sont consacrés au divin ministère de la charité , sous quelque forme qu'on l'envisage !
Partout où il y a une misère spirituelle ou corporelle, le prêtre doit se trouver là pour la soulager.
Le pauvre endure les rigueurs de la pauvreté : quel est, dans une paroisse , le vrai père des pauvres, si ce n'est le prêtre?
La souflrance, diversifiée de mille manières, torture sans relâche une multitude d'infortunés : quel est le consolateur des affligés, si ce n'est le prêtre?
Les passions tyrannisent le cœur des hommes et les exposent à d'effroyables dangers : qui s'oppose à leurs ravages? qui fait voir la fausseté de leurs promesses? qui met à nu l'illusion et le vide de leurs grossières jouissances, si ce n'est le prêtre ?
Le péché entraîne tous les jours des milliers d'âmes au fond des enfers : quel est l'ennemi déclaré du péché? quel est Thomme obligé pendant toute sa vie de combattre le péché par tous les actes de son ministère, si ce n'est le prêtre?
Nous défions que l'on nous montre un besoin , une douleur, une adversité, un mal, une misère quelcon-
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que soit da corps, soit de rame, que le prêtre n'ait pas mission de soulager. Héritier de la charité de Jésus- Christ, perpétuel instrument de son œuvre, prédicateur de sa doctrine, ministre de ses volontés, qu'est-il si son cœur est vide de la charité que son divin Maître lui a léguée? On peut encore l'appeler prêtre, dit Pierre deBlois, puisqu'il en porte le caractère ineffaçable; mais on ne peut pas dire qu'il l'est réellement par ses œuvres : Sine ckaritate, sacerdos dici potesty esse non potest.
90. — Ce qui oblige encore spédalement le prêtre à avoir beaucoup de charité pour le prochain, c'est que le zèle n'est pas pour lui une vertu simplement conseillée; le zèle lui est impérieusement commandé. Qu'estce qu'wi prêtre sans zèle aux yeux de Dieu et des hommes? Or quel zèle aura-t-il si la charité n'en est pas le principe et la base ?
Le zèle est la flamme de la charité. Expliquons cette pensée. La charité, c'est le brasier; le zèle, c'est la flamme qui s'en échappe. Le brasier ne s'étend point ou s'étend bien peu pour alimenter son ardeur; il ne va point chercher le combustible qui l'entretient, i! feut qu'on le lui apporte. Mais la flamme, c'est tout autre chose, la flamme est active de sa nature; elle s'étend , elle s'élève^ elle se replie sur * elle-même comme pour se développer davantage, et elle semble chercher sans cesse de nouveaux objets à dévorer ; elle est donc plus mobile, plus agissante, plus communicative que le brasier. Et cependant qtfest-elle sans lui? n'est-ce pas de lui qu'elle part? Et s'il s'éteint, ne vat-elle pas s'éteindre aussitôt elle-même? On le voit, le brasier, c'est la charité; la flamme, c'est le zèle. Les
paroles du divin Sauveur : Ignem vent mittere in terraniy et quid volo nisi ut accendaiurj se prêtent fort bien à l'explication qui vient d'être donnée. Je suis venu ap^ porter le feu sur la terre: voilà le brasier de la charité; et quel est mon désir , sinon qu'il s'allume ? Voilà la flamme du zèle.
Or, pour revenir à notre point de départ, le prêtre étant, par la nécessité de sa profession, un homme de zèle, et étant, si l'on peut ainsi parler, d'autant plus prêtre qu'il est plus zélé, il est clair qu'il doit être rempli d'amour pour le prochain, puisque le zèle est le produit de cet amour, ou, en d'autres termes, puisque la flamme du zèle n'est alimentée que par le brasier de la charité.
91. — Peut-être dira-t-on, ou du moins pensera-ton que nous donnons trop d'étendue aux exigences de la charité ; qu'il n'est pas nécessaire d'aimer le prochain par le cœur, mais par les œuvres, et que l'autorité du devoir suflit pour faire remplir le précepte de Tamour du prochain, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter qu'on doit Taimer réellement, c'est-à-dire par un acte affectif du cœur.
A cela nous répondrons d'abord, que toute discussion sur ce point nous est interdite par l'évidente clarté des termes dans lesquels est conçu le précepte de la charité. Jésus-Christ, qui en est l'auteur, n'entre point dans de subtiles distmctions; ses paroles sont formelles : Diliges, vous aimerez^ et sachant bien qu'il n'y a point en nous d'amour plus tendre, plus cordial et plus vrai que celui que nous avons pour nous-mêmes , il ajoute que c'est aussi comme nous-mêmes que nous devons aimer notre prochain : règle sublime que la
philosophie elle-même ne se lasse point d*admirrr ; Diliges proximum tuum sicut teipsimi.
Sans doute Tamour du prochain ne sera pas seulement un amour de sentiment; le précepte de l'amour aura pour corollaire le précepte des œuvres que Tamour inspire; et le même législateur qui nous dit : Diliges proximum tuum sicut teipsvm , saura bien nous dire aussi, et avec une épouvantable énergie : Ite, maiedicti, in ignem xtemum; et pourquoi. Seigneur? a J'ai » eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai » eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire...» Et le reste qui nous est si bien connu.
Nous répondrons, en second lieu, à l'objection proposée , que nous ne faisons bien que ce que nous faisons par goût, par inclination, et surtout par amour. L'autorité du devoir est puissante, sans doute; aussi nous gardons-nous bien de l'affaiblir; mais quand, poussés déjà par cette autorité, nous nous sentons entraînés par le cœur, qui nous imprime la même direction que le devoir, alors l'obéissance n'est plus un poids qui accable, elle est un charme qui attire.
Ne donnez à une mère que l'autorité du devoir et la rigueur du précepte, pour la déterminer à s'attacher à son enfant et à lui prodiguer les soins qu'il réclame; puis donnez à une autre , outre l'autorité et la rigueur du précepte, une affection tendre et expansive : de laquelle de ces deux mères voudriez-vous être l'enfant?
Ne donnez à Xavier que l'autorité du devoir, et arrachez de son cœur cet amour saintement passionné qu'il a pour les âmes ; vous verrez s'il quitte tout ce qu'il a de plus cher au monde, pour aller à quatre mille lieues de sa patrie convertir un million de pauvres sauvages.
Ne donnez à Claver que la sèche autorité du devoir,
et éteignez dans son eœur le feu de la charité qui Tembrase ; vous verrez s'il va se consacrer à Carthagène au service des nègres , leur rendant les services les plus bas et les plus pénibles , les servant avec une tendresse incroyable, le jour, la nuit, dans les prisons, dans les hôpitaux , sans se rebuter jamais de e^ quil y a de dégoûtant dans les fonctions qu'il s'impose.
Ne donnez à Vincent de Paul que J^autorité du devoir pour stimuler son zèle, et remplacez par un cœur froid ce cœur brûlant, vrai foyer d'amour, qui lui inspire des œuvres de charité auxquelles rien , en ce genre, ne peut se comparer, et vous verrez si les pauvres vous béniront du changement que vous aurez opéré dans le cœur de leur père.
Mais, pour dire quelque chose qui nous touche de plus près, plaçons à la tête de deux paroisses deux pasteurs chargés de les conduire. Ne donnons à Tun que l'autorité, la conscience du devoir qui lui rappelle l'obligation où il est d'instruire des ignorants, de travailler à la conversion des pécheurs, d'assister les pauvres et d'édifier tout le monde : point d'amour tendre pour son troupeau ; point de charité dans le cœur pour les affligés et les pauvres 3 point d'ardeur vivement sentie pour travailler à la conversion des pécheurs ; rien de tout cela : l'autorité seule du devoir imposé à un pasteur de paroisse.
Donnons maintenant à son fervent confrère , outre l'autorité et la conscience du devoir comme au précédent,, un amour vrai et vivement senti pour les âmes en général , et particulièrement pour celles dont il a la charge, une charité compatissante pour les pauvres et pour tous les affligés de son troupeau, une vive dialeur dans l'âme pour tout ce qui est œuvre de dévouement ,
de zèle et de charité, un cœur qui n'exclut personne et qui s'ouvre au contraire à tout le monde , sans distinction de riches et de pauvres , de savants et d'ignorants, d'amis et d'ennemis , un cœur enfin qui soit dans la paroisse comme une vaste fournaise de charité rayonnant de tous côtés, et méritant d'être appelé un vrai cœur de pasteur et de père : nous le demandons, le ministère du premier de ces pasteurs ne sera-t-il pas, toutes choses égales d'ailleurs, incomparablement moins fructueux que celui du second?
Donc, dilatons notre charité, puisque c'est elle qui fait les saints et qui opère les grandes œuvres , d'où résultent avec abondance la gloire de Dieu , le salut des âmes , et notre salut à nous-mêmes : Dilatentur spolia charitatis.
92. — La charité envers le prochain est encore tout particulièrement nécessaire au prêtre, parce que, s'il comprend bien la nature de son emploi , il doit savoir qu'il est prêtre pour les autres beaucoup plus que pour lui-même. Voici une considération à laquelle nous ne réfléchissons pas avec assez d'attention. Essayons de la mettre en relief.
Quand notre divin Sauveur établit le sacerdoce, que se proposa-t-il? Rien autre chose assurément que de perpétuer le ministère sacré qu'il avait lui-même exercé sur la terre. C'est dans ce but qu'il choisit ses apôtres > qu'il mit Pierre à leur tête, qu'il leur adjoignit les soixante-douze disciples et qu'il instruisit cette sainte assemblée , berceau visible de l'Église, par sa doctrine et par ses exemples qui ne respiraient que la charité la plus tendre envers les hommes. C'est dans ce but aussi qu'il leur confia les éminents pouvoirs du sacerdoce >
pouvoirs semblables à ceux qu'il avait reçus lui-même
de son Père : Sicutmisit me Pater, et ego rnittovos
Accipite Spiritum Sanctum.
Le prêtre est donc réellement et dans la pensée intime de Jésus-Christ, le continuateur de son œuvre. Or pendant sa vie mortelle , et surtout pendant ses trois dernières années, qui ont été plus spécialement les années de son sacerdoce, que faisait-il? Il instruisait les ignorants, il cherchait les pécheurs pour les convertir, il consolait les affligés, il effrayait le vice, il encourageait la vertu , il gagnait tout le monde par le charme de sa douceur, et il voulait que ses apôtres et ses disciples fussent sans cesse témoins des prodiges de charité cfu'il opérait tous les jours, afin qu'ils se souvinssent, quand ils seraient investis de la dignité du sacerdoce, des leçons et des exemples de charité qu'il n'avait cessé de leur donner. Évidemment , en remplissant sous leurs yeux le ministère de pasteur charitable et dévoué, il voulait se donner à eux comme type et comme modèle : Exemplum dedi vobis, ut quemadmodum egofecivobisy ita et vos faciatis,
V^3.— Mais si nous considérons plus particulièrement encore l'exercice des pouvoirs sacerdotaux qui nous ont été confiés, nous verrons, à n'en pouvoir douter, combien est véritable ce que nous avons dit plus haut, que nous sommes prêtres pour les autres bien plus que pour nous-mêmes.
Quelles sont dans l'Église de Dieu les grandes, les principales fonctions du prêtre? Faire des chrétiens par le baptême ; — les régénérer par la pénitence ; — les secourir spirituellement par la prière ; — les assister corporellement par l'aumône; — les éclairer et les in-
struire par la prédication ; — les sanctifier par les fruits du saint sacrifice de la messe et par le corps et le sang de Jésus-Christ qu'ils y reçoivent ; — les préparer, à leurs derniers moments, au terrible passage du temps àTétemité.
Voilà, très-certainement, les fonctions capitales que le prêtre exerce au sein de FÉglise. Or n'est-il pas évident que toutes ces fonctions s'exercent au profit du prochain, et que la charité en fait comme le fond et la substance? Bien plus, ces fonctions, du moins pour la plupart, ne seraient-elles pas totalement suspendues et anéanties quant à leur exercice, si le prêtre cessait d'être en contact avec le prochain ?
Dans l'ordre temporel et social, les diverses professions s'exercent aussi, il est vrai, au profit des membres de la société; mais les fonctions ecclésiastiques ont un cachet de charité bien plus prononcé que les fonctions profanes. Le jurisconsulte, par exemple, est jurisconsulte pour les autres sans doute; mais il l'est aussi pour lui-même : s'il est injustement attaqué, il plaidera sa propre cause devant ses juges. Le médecin est assurément médecin pour la société à laquelle il appartient; mais il est aussi médecin pour lui-même : aidé de sa science, il pourra se prémunir contre la maladie dont il sentira les premières atteintes, et l'arrêter à son début.
En est-il ainsi du prêtre dans ses fonctions les plus importantes? Évidemment non. C'est au profit de ses frères seuls qu'il les exerce. Il baptise les autres et il ne pourrait se baptiser lui-même; il réconciUe les pécheurs avec Dieu par le sacrement de pénitence, mais il ne peut pas s'administrer ce sacrement à lui-même ; et si dans d'autres fonctions il recueille lui-même des grâces
semblables à celles qu'il procure au prochain^ comme au saint sacrifice de la messe, par exemple, TÉglise^ même alors ^ lui rappelle que^ dans la célébration de ce divin sacrifice, il doit s'occuper tout particulièrement de ses frères, comme elle le fait voir par les paroles qu'elle lui adresse au jour de son sacerdoce : Accipe potestatem offerre sacrificium Deo missasque celébrare tXm pro vivis quXm pro defunctis , m nomine Domini.
Oui, le prêtre est, par la nature de ses fonctions, rhonune de la charité. Quand il assiste les pauvres par ses propres aumônes et par celles que les riches lui confient; quand il récite son office au nom de TÊglise j quand il instruit les enfants, quand il menace les pécheurs, quand il perfectionne les justes, quand il visite les affligés, quand il se penche sur la couche des mourants ; partout et toujours il est l'ange de la charité , il s'efface, il s'oublie en quelque sorte pour épancher sur les autres les trésors de la charité; tout ce qu'il pense, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait n'a qu'un principe et qu'un but : la charité, la charité, toujoiu's et en tout la charité!
C'était ce qu'exprimait énergiquement le gmnd Apôtre, quand il disait aux Corinthiens avec ce débordement d'amour que nous ne saurions trop admirer : « Tout ce que je possède est à vous, ô Corinthiens! bien » plus, moi-même je ne m'appartiens point; non; moi » et mes collaborateurs nous sommes à vous tout en- )) tiers; et quand la charité nous a unis à vous, nous Dallons tous, par Jésus-Christ, nous perdre et nous D abîmer en Dieu qui est le terme et la consommation » de la charité : » Omnia vestra sunt, stve PauluSy sive ApoliOf sive Cephas, sive mwidus, sive vita, sive inors.
sive praesentia, sive futura; omnia vesira sunt; vos autem Christl; Christm autem Dei.
Qu'on dise après cela si la charité pour le prochain n'est pas, par excellence, la vertu du prêtre!
94. — Enfin nous devons pratiquer et pratiquer plus que jamais cette vertu si éminemment chrétienne et si éminemment sacerdotale. Pourquoi? pourquoi surtout plus que jatnais? Parce que, notons bien ceci, jamais peut-être, depuis les temps apostoliques, la charité n'a été, du moins chez nous, aussi universellement pratiquée qu'elle Test de nos jours. Grâces immortelles en soient rendues à l'esprit d'amour qui féconde l'Église de son divin souffle! le vent de la charité enfle toutes les voiles. Paris, qui en est le vaste centre et l'ardent foyer, embrase la province de son feu , et sur le terrain de la charité, un concours inouï, une rivalité sans exemple se manifeste de toutes parts. La charité se popularise dans notre belle patrie; l'avarice a honte d'elle-même, et le froid égoïsme n'ose se produire. Des laïques de tout âge, de tout sexe et de toute condition s'organisent en sociétés dont la charité est l'âme , et tous reconnaissent avec étonnement que les ressources de cette charité sont immenses conmie les trésors de la divine Miséricorde dont elle est un écoulement sur la terre.
Otj quelle honte, quel opprobre pour le prêtre, s'il se tenait froid et immobile conmie un bloc de glace au milieu des brasiers qui l'environnent I Quelle humiliation confondante pour le sacerdoce, si ceux qui en sont décorés voyaient chez les laïques de leurs paroisses plus de zèle pour convertir les pécheurs et soulager les pauvres qu'ils n'en déploient eux-mêmes !
ATœuvre donc, bien-aimés confrères, à l'œuvre! Plaçons-nous à la tête de ces innombrables phalanges qui ont la charité pour drapeau; soufflons, soufflons de tous côtés le feu de Tamour, puisque c'est spécialement à nous qu*est confié le soin de Tenlretenir. Pour l'honneur du Dieu de charité qui nous a faits ce que nous sommes; pour Thonneur de la religion dont nous sommes les ministres, montrons que, mieux que personne, nous savons réaliser Tardent désir de notre divin Maître : Ignem vent mittere in terram , et quid volo nisi ut accendaAtr? Ne craignons point les obstacles, les vexations, les persécutions, de la part des peuples au milieu desquels nous exerçons le saint ministère; ayons la charité pour bouclier et nous serons invulnérables; aimons, aimons nos frères; aimons-les sans doute s'ils nous aiment, mais aimons-les surtout s'ils nous détestent; désarmons-les par l'amour; aimons les pécheurs que nous voyons de tous côtés exposés à une ruine imminente et éternelle; aimons les affligés, les malades et les pauvres. Que notre charité éclate aux yeux du monde; pas d'orgueil sans doute, mais édification générale par la charité; appliquons à la charité ce que dit saint Paul d'une autre vertu , et disons avec lui non plus seulement modestia vestra^ mais aussi charit as nostra nota sit omnihm hominibus.
Quel ministère fructueux et abondant nous exercerons dans l'Église, si nous méritons par nos œuvres la réputation de vrais, de dignes ministres du Dieu de l'amour qui se définit lui-même par un seul mot : CHA- RITÉ; Deus Charitas est * !
« Il serait injuste de parler aujourd'hui de la charité, sans payer un tribut d'éloges à M. Tabbé Mullols , dont la plume élé-