‹ Le saint prêtre ou nécessité et moyens d'acquérir ou de perfectionner la sainteté sacerdotaleChapitre 36 sur 51 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

L'Oraison.— Son impérieuse nécessité. — Conduite ordinaire des prêtres à l'égard de l'oraison.— Règles pratiques.

245. — Après avoir fait, à son réveil, le signe de la croix avec de Veau bénite, invoqué Jésus, Marie et Joseph, et donné affectueusement son cœur à Dieu, le prêtre commence sa journée par Toraison; et c'est d'elle aussi que nous allons parler tout d'abord.

Appuyé sur le témoignage de tous les saints, de tous les docteurs, de tous les maîtres de la vie spirituelle, sur l'enseignement formel d'un grand nombre de Souveraijoi^ Pontifes, de plusieurs canons de conciles, de tous les évéques dans leurs diocèses respectifs, sur la pratique constante et universelle de tous les séminaires, de toutes les communautés, congrégations, sociétés plus ou moins religieuses, et généralement de tout ce qui a quelque autorité dans l'Église, nous pouvons afBrmer comme un fait incontestable, que l'oraison entretient la vie de l'âme comme la nourriture matérielle entretient celle du corps, et que, pcmr le prêtre surtout, elle est si absolument nécessaire qu'il ne semble pas moralement possible que, sans elle, il remplisse les grands devoirs qui lui sont imposés, de manière à assurer le salut de son âme.

Effectivement, si Ton y fait attention, oi^ voit tout à rheure qu'il en doit être ainsi. Une affaire très-sérieuse, très-grave, et qui doit nécessairement avoir pour résultat ou d'immenses avantages ou d'affreux désastres, n'exige-t-elle pas, pour être bien traitée, qu'on s'y applique avec un soin proportionné à sa haute importance? Ne demande-t-elle pas qu'on s'en occupe fréquemment, qu'on rétudie à fond , qu'on prévoie les obstacles qui s'opposent à son heureuse issue , qu'on recherche et qu'on emploie pour la mener à bien les moyens les plus efficaces? Assurément tout homme sage et judicieux conviendra de ces principes. Or les avouer, ces principes, n'est»<5e pas proclamer la nécessité de l'oraison , surtout pour le prêtre?

Quelle affaire peut-on avoir à traiter sur la terre, qui soit aussi importante que celle que le prêtre s'est iro* posée au jour de son sacerdoce? Non-seulement il est chargé comme tout le monde de sauver son ftme, mais il est chargé en outre de sauver celles dea autres, ou du moins de s'employer activement à les sauver. Médiateur perpétuel entre Dieu et l'homme, agent responsable de l'Église qui lui confie ses enfants et ses pouvoirs, employé aux travaux et au ministère même de son divin Chef, lumière du monde, miroir des peuples ^ prédicateur de l'ËvangUe, dispensateur des sacrements, immolateur quotidien de la chair et du sang de Jésus-Christ : quelle charge! quelles fonctions! quel accablant fardeau! Où trouver, en dehors du sacerdoce, un homme qui ait è traiter des attires de cette importance?

Or, ces affaires ou plutôt ces emplois tout divins n'oût rien de matériel , rien de terrestre; c'est toujours dans la sphère de la foi , c'est toujours en Dieu , avec Dleti,

pour Dieu et au fiom de Dieu qu'ils s'éxeroetil. Le prêtre, abandonné à lui>-inéme ^ est absolument itioaptible de remplir une seule de ces obligations avec la sainteté qu'elles exigent. A chaque instant le secours divin lui est indispensablement nécessaire J privé de ce secours, ou il ne fera point ce qu'il doit feire, ou il le fera mal; et dans ces deux ctts , la perte étemelle des âmes sera le résultat infaillible de son incurie , de son aveuglement ou de son ignorance^

Où le trouvera-t-il donc, ce secours dont il ne peut se passer, si ce n'est dans l'oraison? Quelles lumières aura-t4l pour s'éclairer et éclairer les autres, s'il n'est pas homme d'oraison? Quelle ardeur aura4*il pour courir après les brebis égarées de son troupeau , s'il n'est pas homme d'oraison? Quel courage âura-t-il pour lutter contre les obstacles que rencontrera son zèle, s'il n'est pas homme d'oraison? Quelle force aura-t-il pour combattre les tentations que lui suscitera l'esprit de ténèbres ^ s'il n'est pas homme d'oraison? Quelle ferveur aura-t^il pour s'unir à Dieu en faisant l'œuvre de Dieu, s'il n'est pas homme d'oraison? Quelles consolations aura-t--il pour contre-balanoer les peines et les ennuis qui l'attendent, s'il n'est pas homme d'oraison? Que fera-t-il en chaire, au saint tribunal, au lit des mourants, à l'autel , s'il n'est pas homme d'oraison?

Le saint prêtre, dans ces divers(ss fonctions , glorifie Dieu, sauve des milliers d'âmes et se sauve lui*même : pourquoi? Parce qu'il est homme d'oraison. Otez^lui l'oraison > le voilà sans ferveur, sans lumière > sans «èle, sans onction , sans piété : il ne court plus dans dans les saintes voies de la perfection , il s'y traîne péniblement dans la compagrtie du prêtre tiècife et relâché 5 et qui «flit^ hélas! si , en renonçant à l'oraison , il n'aboutira

pas bientôt au gouffre où le mauvais prêtre n'est tombé que pour avoir abandonné ce saint exercice?

246. —En présence de ces considérations, ne soyons plus surpris d'entendre tous les saints nous recommander Toraison comme un exercice absolument indispensable. Ne soyons plus surpris d'entendre, par exemple, saint Liguori prononcer ces paroles si graves et si judicieuses : «Celui qui ne médite pas les vérités » éternelles ne peut sans miracle vivre en chrétien; car » sans Toraison mentale on est sans lumère, on marche » dans les ténèbres. Les vérités de la foi ne pouvant » être aperçues par les yeux du corps, mais seulement » par ceux de Tâme lorsqu'on les médite, celui qui ne » les médite point ne les voit point, et marche par conx> séquent dans les ténèbres, et alors il est tout naturel » qu'il s'attache aux objets sensibles et qu'il méprise )) les biens étemels. »

Ne soyons plus surpris d'entendre une sainte Thérèse , le grand modèle de l'oraison mentale , comme l'appelle saint Liguori, prononcer cette énergique sentence : «Celui qui abandonne l'oraison mentale, n'a x> pas besoin de démons qui le poussent en enfer; il y va » de lui-même. »

Ne soyons plus surpris que le savant P. Suarez , qui estimait beaucoup plus la piété que la science, nous ait légué cette belle et sainte parole : « J'aimerais mieux » perdre toute ma science qu'une heure d'oraison » mentale. x> C'est ce fervent religieux qui avait &it trois parts de sa journée : huit heures de prière , huit heures d'étude, et huit heures pour le sommeil, les repas et la récréation. Huit heures de prières I retenons ceci.

Ne soyons plus surpris enfin que plusieurs vénérables

pontifes , profondément convaincus de la nécessité de Toraison pour le prêtre, aient adopté le saint usage de ne promouvoir au sacerdoce que ceux qui s'engagent à consacrer tous les jours un temps plus ou moins long à la méditation.

Examinons maintenant la conduite ordinaire des prêtres, relativement à l'oraison.

247. — Le mauvais prêtre fait-il oraison? Non, jamais. S*il la faisait, il ne serait pas mauvais prêtre; il ne Test devenu que parce qu'il a renoncé à cet exercice. Ceci est très-important , et nous prions nos pieux lecteurs de peser attentivement toutes nos paroles. Dévient-on mauvais prêtre parce qu'on abandonne Toraison? ou bien abandonne- t-on Toraison parce que Ton est mauvais prêtre? En d'autres termes, par quoi commence-t-on quand on devient mauvais prêtre? Commence-t-ton par les péchés qui rendent mauvais prêtre? ou commence-t-ton par le renoncement à Toraison? Consultons l'expérience, c'est elle qui va résoudre ces questions.

Il ne s'agit point ici du mauvais prêtre qui Ta toujours été , même au moment de son ordination. Cet usurpateur audacieux du sacerdoce s'est jeté, malgré Dieu , dans la carrière ecclésiastique parce que toutes les autres 4ui étaient fermées. On peut dire que jamais, même au séminaire, il n'a fait oraison; il y assistait comme les autres, parce qu'il y était obligé; mais assister à Toraison, ce n'est pas faire oraison. Or, il ne faisait pas autre chose pendant le temps de son séminaire ; il y était de corps, mais il n'y était point d'esprit et de cœur. A bien plus forte raison s'en dispensa-t-il quand, devenu son maître, il put s'affranchir d'un exer-

dce qui loi était à cluffge et dont il avftH hftie de se débarrasser.

Non^ ce n'est point de cet infortuné que nous paN Ions ici. L'oraison^ s'il l'eût bienfidte^ eût été le principe de son salut ; aujourd'hui même encore j s'il la voulait faire et bien faire, elle le replacerait dans une voie, toujours inquiétante il est vrai, mais seule capable de calmer sa conscience.il fait donc lui-même, sans le savoir, l'éloge de l'oraison ; il en démontre péremptoirement la nécessité par sa conduite tout indigne qu'elle est.

Mais plaçons -nous dans les conditions les plus ordinaires; parlons du mauvais prêtre qui ne l'a pas toujours été et qui ne l'est devenu que par degrés. Il ne fait plus oraison , c'est un fait; mais quand y a-t-il renoncé ? Nous osons affirmer, et nous sommes certain qu'il ne nous démentira point, que tant qu'il fit régulièrement son oraison, il ne fut point à proprement parler un mauvais prêtre. U put commettre de loin eu loin quelques fautes, même assez notables; mais les grâces de l'oraison dont il continuait l'usage, lui en faisaient voir la grièveté et lui en faisaient chercher aussitôt le remède , sans lui permettre jamais de consommer son œuvre d'iniquité par le sacrilège.

Comment donc en vint-il à ce déplorable terme? Le voici : les premières fautes dont nous venons de parler, quoique anéanties par les heureux effets de l'orai*son, laissaient cependant dans son âme un certain fonds de faiblesse; le goût de la piété , et par conséquent de l'oraison, s'altérait en lui de plus en plus. Cette oraison qu'il n'avait peut-être jamais faite avec beaucoup de ferveur, il la faisait après ses chutes avec beaucoup moins de ferveur encore; bientôt, n'y trouvant presque aucun goût^ il s'en dispensa de temps en temps sans

aorupule : le» Joiffs oti il la Mèêii eficofe^ il eii abrégf^ait la durée ^ et il ne tarda pas à se contenter de quelques réflexions Tiques et superficielles, qui couronnaient une ipnèxe vocale toute de routine et qui ne méritaient déjà plus le nom d'oraison. Enfin ces réflexions elles-mêmes, dont il voyait parfaitement Tinutilité, ftirent supprimées^ ©t il ne fit plus ni oraison, ni rien qui ressemblât à l'oraison. D'un autre côté, les divers exercices spirituels auxquels il attachait beaucoup moins d'importanœ qu'à la méditation, ayant été sacrifiés longtemps avant elle^ il se trouva qu'il n'y avait plus dans sa journée, en flSt d'œuvres pieuses, que le saint sacrifice de la messe, célébré précipitamment, sans pitié , sans préparation ni action de grâces, et le saint ofiicé (car nous voulons croire qu'il le disait encore ) récité de manière à irriter Dieu plutôt qu'à l'apaiser.

Les Choses étant ainsi, que se passatt-îl dans la région des tempêtes? Uennemi du salut qui, comme un lion dévorant, rôde sans cesse autour des âmes, et surtout des âmes de prêtre, pour en faire sa proie, négligeait^l Toccasion d'attaquer celle-ci et de la vaincre? La voyant totalement désarmée et privée surtout du secours si efficace de la prière en général et de Toraîscn en particulier, avait-il pitié de sa faiblesse, et n'en profitait-il pas au contraire pour Tentraîner dans Pabîme en lui suscitant des rencontres mauvaises , des images dangereuses , des dégoûts pour la vertu , des attraits pour le vice et des tentations de toute espèce?. ..

N'allons pas plus loin; le reste n*est, hélas! que trop aisé à deviner. Oui, voilà, sans aucun doute, la triste voie que parcourt le prêtre quand il renonce à Toraison. Elle le soutietit quand il y est fidèle ; il tombe quand il Fabandontie ; elle le relève quand il recourt à elle après

une chute ; elle continue de le diriger quand il continue de la prendre pour guide ^ et il ne s'établit fixement dans le mal que quand il Ta définitivement répudiée.

Quel éloge de l'oraison ! quelle démonstration de son utilité , ou plutôt de son incontestable nécessité !

Où en sommes-nous^ vénérables confrères^ où en sommes-nous sur ce point capital? Que voyons-nous dans notre âme au flambeau de l'expérience qui nous est en ce moment proposé ? Ah ! si nous avons tant soit peu négligé Toraison, hâtons-nous^ hâtons-nous de la reprendre puisqu'elle est évidemment notre unique sauvegarde.

248. —Le prêtre tiède et relâché feit-il oraison? Oui, pour l'ordinaire; mais il y manque souvent et il la fait fort mal.

li y a des prêtres tièdes et relâchés qui ne deviennent jamais de mauvais prêtres proprement dits. Nous sommes convaincu que c'est l'oraison qui les soustrait à cet affreux malheur. Ils la font mal , il est vrai; mais enfin ils la font , et Dieu les récompense de leur demifidélité en les maintenant sur le bord de l'abîme où ils passent leur triste vie. Ils l'omettent quelquefois et même assez souvent; c'est vrai encore, et voilà pourquoi ils n'ont qu'un pas à faire pour tomber dans le gouffre ; mais comme ils n'ont pas entièrement renoncé à ce moyen de salut, comme ils font encore oraison plus souvent qu'ils ne l'omettent, elle a tant de puissance qu'elle les préserve de la catastrophe finale.

Le mauvais prêtre a séjourné dans l'état de tiédeur avant de se fixer dans celui du crime. Quelle différence y a-t-il eu entre lui et le prêtre tiède qui a refusé de le suivre? L'un a fait divorce avec l'oraison, l'autre n'y a

pas entièrement renoncé : voilà , selon nous, l'explication de ce mystère.

Du reste, si Toraison imparfaite et souvent interrompue du prêtre tiède Tempêche de devenir un mauvais prêtre, jamais, tant qu'elle sera ce qu'elle est, elle n'aura la puissance de le rendre 1x)n prêtre. Qu'il fasse un généreux effort pour lui donner les qualités qui lui manquent, et il verra si elle ne le conduit pas du degré inférieur. où il languit, au degré supérieur qu'occupe le bon prêtre, peut-être même au suprême degré où Dieu fait goûter au saint prêtre de si douces jouissances. n a la preuve de ce que nous disons pendant les heureux jours d'une retraite, et pendant le temps malheureusement trop court où il en conserve les fruits. Alors la tiédeur est bannie de son âme : pourquoi? Parce qu'il est redevenu fidèle à l'oraison. Qu'il persévère , et la même cause produira sans aucun doute la continuité des mêmes effets.

Qu'il ne s'abuse pas, au reste, sur l'état où il se trouve. Qu'il ne se glorifie pas de voir un petit intervalle entre lui et le mauvais prêtre. Si l'oraison imparfaite dont il conserve l'usage, le préserve des péchés graves qui font le mauvais prêtre déclaré, peut-être ne Tempêche-t-elle pas d'être très-misérable aux yeux de Dieu. Quoique moins coupable que le mauvais prêtre, peut-être l'est-il assez pour mériter ces écrasantes paroles : Nomen habes quod vivas et mortuus es : à coup sûr, du moins, celles-ci lui conviennent : Quia iepidus es , incipiam te evomere de ore meo.

Ck)ncluons de ce qui précède que le prêtre tiède et relâché fait aussi, à sa manière, l'éloge de l'oraison, et qu'il en démontre par sa conduite les avantages et la nécessité*

249, -^ ho bm prêtre foiHl Qr^Jwaî Owi, et il est très-rare qu'il y manque; seulement, il n'en tire pas tous les fruits qu'il en pourrait tir^, p^rce qu'il ne la fait point avec les saintes dispositions qu'il devrait y apporter.

Le bon prêtre est estimé de Dieu et des hommes ; il fait du bien et même beaucoup de bien dans l'Église, Il y exerce un ministère honorable ; ses mœurs sont à l'abri de tout reproche ; il remplit généralement ses de^ voirs avec édification et régularité; il ne voudrait pour rien au monde commettre avec délibération une faute notable; il veut se sauver, et il ne veut pas se sauver seul dans son saint état; il prêche ^ il catédiiise, il confesse avec un vrai désir de gagner des âmes à Dieu, et enfin , par Tensemble de sa conduite , il fait dire et il mérite en effet qu'on dise de lui qu'il est un doit prêtre.

Cependant^ à côté de ces qualités précieuses se trouvent quelques imperfections 9 quelques défauts même qui , n'ayant pas une gravité considérable, ne lui ravissent point l'estime et la confiance des peuples. Ces imperfections et ces défauts^ il ne s'en fait pas un grand reproche et ne pense même presque pas, du moins sérieusement, à s'en corriger. Ce sont, par exemple, des impatiences et des vivacités assez fréquentes ^ des critiques, des railleries, quelques paroles de vanité, des susceptibilités ombrageuses, de petites rancunes, des négligences dans le service de Dieu , peu de zèle pour des œuvres extraordinaires, et nulle auties choses de cette nature qui mettent des bornes à sa sainteté, diminuent la somme de bien qu'il pourrait opér^ dans l'Église, et l'empédxent de prendne rang parmi tes $aini$ prêtres qui» eux» s'abstieAnent» autant que la ââUesae

bmaâioi^ la p^met^ àm peUtes mUèr^ que nous venons de signaler.

Ceci était nécessaire pour faire bien voir la conduite du bon prêtre relativement à Toraison.

Nous l'avons dit^ il est fidèle à cet exercice ; il le fiût tous les jours ^ et Dieu récompense sa fidélité sur ce point, en le préservant non-seulement des afireux égarements du mauvais prêtre^ mais encore de la tiédeur du prêtre relâdié. Pourquoi donc tfarrive-t-il point au degré du saint prêtre , et passe-t«il toute sa vie dans l'état que nous venons de décrire? C'est encore dans l'oraison qu'il fait , que nous allons trouver Texplication de ce nouveau mystère.

Qu'il y fasse attention, et il verra qu'il n'apporte point à l'oraison les dispositions nécessaires pour qu'elle produise pleinement son effet. Tous nos défauts, surtout quand nous ne travaillons pas sérieusement à les dé« truire, sont de puissants obstacles aux grands fruits de l'oraison. Or, ces défauts, comme nous l'avons dit plus haut f sont assez nombreux chez le bon prêtre , et il fait bien peu d'efforts pour s'en corriger. De là viennent ses froideurs dans Toraijson , parce qu'il n'aime pas assez Dieu; ses sécheresses, parce qu'il. n'est pas assez humble ; ses distractions , parce qu'il n'est pas habituellement recueilli^ ses ennuis et ses dégoûts, parce qu'il accorde trop à la vie des sens et pas assez à celle de l'esprit, et ainsi du reste.

S'il faisait oraison avec l'intention bien arrêtée de l'employer comme un moyen efficace pour se corriger de ses défauts, ce serait excellent; mais il n'en est pas ainsi. 11 fait oraison tous les jours, il est vrai, mais tous les jours aussi il la fait sans se proposer une fin spéciale et bien déierminée. Pour lui, l'oraison est un but, elle

— ssu —

n^est pas un moyen de sanctification ; c'est comme un chemin sans issue dans lequel il vient se promener chaque matin , sans se proposer autre chose que la récréation spirituelle qu'il y prend dans la compagnie de Dieu, récréation, au reste, qui n'en est pas toujours une. Quand il a pu se dire : j'ai fait mon oraison, j'y ai passé ma demi-heure ou mon heure ordinaire, j'ai combattu les distractions qui sont survenues, il est content. Cependant, malgré cette oraison, qui assurément n'est pas sans mérite, les défauts persévèrent, la sainteté reste bornée, le zèle n'acquiert point de nouveaux développements , la somme de bien ne grossit point, et plusieurs vertus, quelques-unes du moins, restent des années entières à l'état d'imparfaites ébauches.

Que faudrait-il donc pour faire disparaître ces inconvénients? Il faudrait des oraisons bien faites , des oraisons précédées de la double préparation, é oignée et prochaine, des oraisons pendant lesquelles on eût devant les yeux les divers défauts auxquels on est sujet, des oraisons appliquées spécialement à la destruction de ces défauts, des oraisons à la fin desquelles on prit des résolutions non pas vagues, générales et superficielles, mais précises et bien particularisées, relativement aux principales infidélités qui choquent l'œil de Dieu dans la conduite habituelle. Or, c'est ce que l'on ne fait point , c'est même ce que l'on ne pense point à faire, puisque , comme nous l'avons dit , on Vit avec ses imperfections et ses défauts sans se les reprocher et sans avoir un vrai désir de s'en corriger.

Que les bons prêtres à qui nous parlons en ce moment et que nous environnons de notre parfaite estime, suivent les conseils que nous prenons la liberté de leur

donner ; qu'ils fassent désormais leurs méditations conformément aux règles que nous venons de tracer, et très-certainement ils feront par leur conduite le plus magnifique éloge de Toraison.

250. — Enfin les saints prêtres font-ils oraison et comment la font-ils ? Oui, les saints prêtres font oraison , et Dieu seul cx)nnaît les grâces abondantes dont elle est pour eux l'inépuisable source. Leur ôter Foraison, ce serait leur ôter la vie. Ils y entrent avec bonheur, ils s'y reposent avec délices, et ils en sortent avec regret. Saint François de Borgia, après cinq ou six heures d'oraison, demandait encore comme une immense faveur un quart d'heure de supplément au frère qu'on lui avait donné pour modérer sa ferveur. Nous avons peine à concevoir cette insatiable avidité pour un exercice qui nous semble toujours un peu long, quelque court qu'il soit, et pendant lequel nous goûtons ordinairement fort peu de consolations. Soyons des saints ou, moins que 'cela, ayons simplement le vif et sincère désir de travailler sérieusement à le devenir, et nous comprendrons ce que nous n'avons pas compris jusqu'à ce jour.

L'oraison est un entretien, une communication intime avec Dieu. Aimons-le de tout notre cœur, attaquons nos défauts qui lui déplaisent et le refroidissent à notre égard ^ ne commettons jamais un péché quelconque avec délibération, et nous verrons si Dieu, dont l'amoureuse bonté ne demande qu'à s'épancher, ne s'épanche pas en effet dans notre cœur comme dans celui des saints.

Au reste, ce ne sont pas seulement de douces jouissances que l'oraison procure au saint prêtre. Ces vives lumières qui Péclaîrent dans toute sa côhduile, cette

force contre 1^ tentetioi), ce zè}e ardent pour le ^alut des âmes, cet attrait pour Tordre et pour la règle, cet amour de U retraite et de l'étude, ce dégoût Usa baga^ telles et des frivolités, cette vie entière si pleine de bonnes œuvres, si édifiante et si sainte; que sont toutes ces choses, sinon les fruits des excellentes oraisons où tous les jours le saint prêtre vi^nt retremper son Wfm dans rélément divin? Otez-lui l'oraison, et vous verrez de quelle stérilité sera suivie cette merveilleuse jibonr dance!

Non-seulement nous ne comprenons pas les joies de l'oraison, mais, sans vouloir Tavouer, nous ne sommes pas peut-être bien cppvairicus des grands avantages qu'elle procure, et nous serions asse? portés à croire que, dans les pompeux éloges qui se font de cet exercice, il se mêle quelque teinte de pieuse eimgération. Cela se conçoit : n'ayant point reconnu par notre propre expérience la réalité de ces précieux avaatages; n'ayant jamais fait oraison avec la pureté d'intention et les fervents désirs des saints prêtres, elle p'a produit dans notre âme que des fruits restreints et proportionnés aux dispositions que nous y apportions. Ces fruits n'avaient même rien de bien saillant; ils étaient beaucoup plus négatifs que positifs; nos oraisons nous faisaient plutôt éviter le mal que pratiquer le bien, et de même que les oraisons très-imparfaites du prêtre tiède l'empêchaient seulement de devenir mauvais prêtre, de même les nôtres se bornaient ^ peu près à nous empêcher de devenir des prêtres relâchés; et jcet avantage étant peu remarquable, nous n'en tenions presque aucun compte, et nous ne l'attribuions pas même à l'oraison. Mais essayons de faire désormais nos méditations avec la volonté généreuse de devenir plus saints et plus parfiûts.

el Mentit nous èerdt)^ étonnés de^l Ihiitâ qtie Toi^aison (nrodttltft chez nous comme chez le saint prétife.

A noitë avis, c'est là que f;ît tout le secret de l^oraièon. Elle abonde en une multitude d'excellents fruits, c'est ti»ès-vitii 5 mais elle ne les produit pas malgfé nous, et pour les produire elle exige des dispositions favorables à leur développement. Il en est comme du grain de blé. Il est très-bon en lui-même, mais quelque bon qu'il soiti il ne produira jamais rien s'il n'est pas déposé dans une terre capable de développer la fécondité de son germe. Nous cherchons de bons livres de méditation > nous courons après des méthodes d'oraison, nous nous indignons contre nos froideurs et nos distractions; tout cela est louable sans doute et annonce quelque fonds de bohne intention; mais si nous nous bornons là, nous n'arriverons jamais à l'essentiel.

Voulons-nous ; oui ou non , nous corriger de nos défeuts^ les attaquer avec vigueur et atteindre à la perfection des saints prêtres? Si nous le voulons sincèrement et fermement, toutes nos méditations seront excellentes, et elles nous aideront puissamment à réaliser nos bons désirs. Mais si, au fond, nous ne le voulons pas, tous les livres de méditation, toutes les méthodes d'oraison, toutes nos indignations contre nos distractions ne produiront pas une réforme que nous nous refusons à opérer.

Voyez un grand pécheur du monde qui se convertit : hier la prière lui était insupportable; pourquoi? Parce qu'il était, hier, attaché au péché : aujourd'hui, au contraire, il prie avec délices; pourquoi? parce qu'il a pris aujourd'hui le péché en haine. Est-ce donc à dire qu'il faille omettre la prière ou l'oraison parce qu'elle n'opère pas en nous tous les fruits qu'elle pourrait pro-

duire? non assurément. Ck)ntinuons de la faire puisqu'elle nous empêche de devenir pires; mais faisons-la de manière qu^elle nous rende meilleurs^ et ne neutralisons pas son action par une résistance opiniâtre et une espèce de parti pris de conserver malgré elle nos imperfections et nos défauts.

251. — Nous ne donnerons pas ici de méthode particulière d'oraison. Ce que nous venons de dure est^ selon nous, la meilleure de toutes les méthodes. Nous sommes loin cependant de désapprouver celles qui nous ont été léguées par nos maîtres dans la vie spirituelle. Elles sont très-bonnes et très-utiles pour ceux surtout qui^ n'ayant jamais fait oraison, ont besoin de quelques règles qui captivent leur esprit et les empêchent de se perdre dans des évagations sans fin. Mais comme nous parions à de pieux confrères qui sont depuis longtemps au fait de l'oraison, nous ne leur indiquerons point de méthode particulière , méthode qui poun*ait fort bien ne leur pas convenir et qu'ils trouveront, s'ils le veulent, dans une foule de livres qui traitent cette matière ex professa. Nous dirons seulement, par forme d'avis, à quiconque veut sincèrement tirer de l'oraison des fruits abondants :

l"* De vivre habituellement dans la disposition de mourk plutôt que de commettre un péché véniel de propos délibéré;

2" De préparer la veille le sujet de méditation pour le lendemain, et d'y penser le soir avant de s'endormir;

3° De choisir pour sujet de méditation ce qui sera le plus en rapport avec les besoins spirituels de chacun, et ce qui disposera pi^hainement à se corriger de ses défauts;

4** De faire toujours une excellente préparation prochaine à Toraison;

5* De faire son oraison dans un lieu convenable, c'est-à-dire dans un lieu favorable au recueillement et aux réflexions graves auxquelles on va se livrer;

6** De se tenir pendant Toraison dans une position respectueuse et modeste, ce qut contribue beaucoup plus qu'on ne pense à Faction de la grâce;

T De renvoyer impitoyablement les distractions à mesure qu'eUes se présentent, et de recourir à un livre si Ton ne peut pas s'en débarrasser autrement;

8° De diriger toujours son oraison vers les défauts principaux auxquels on est sujet, et d'en demander souvent à Dieu la destruction par de ferventes prières et aspirations;

9° De prendre pendant son oraison, et surtout en la terminant, des résolutions précises et parfaitement déterminées, relativement aux fautes que Ton commet habituellement et dont on entrevoit déjà l'occasion pendant la journée qui commence ;

10" Enfin, de consacrer, si Ton en aie courage, une heure entière à l'oraison, ou du moins une demi-heure en sus de la prière vocale qui la précède. Si nous éprouvons quelque répugnance à faire une oraison de cette longueur, concluons à coup sûr que, pour cela même, nous en avons un besoin tout particulier.

Puisse le sujet que nous venons de traiter être de quelque secours à nos dignes confrères ! S'ils le veulent, rien peut-être, dans tout cet ouvrage, ne leur sera aussi utile que le peu que nous leur avons dit sur la matière si importante de l'oraison mentale.

Il iiltilMO T AgMKlfe

tttAt^iTiiE m.

La sainte Messe.— Son etcellenee.— Conduit» otâinftirt déê prdtns à l'égard du saint Sacrifiée. —Règles pratiques.

252. — «Jamais^ dit saint Liguori, lé plféit^ tpA » n^est pas pénétré de la grandeur du sacl*tfice de la » messe, ne l'offrira convenablement. Jésds^jibridt li'ft » rien fait de plus grand ni de plus sublime Stit la têlte.»

cr Celui-là, même, dit le saint concile de TiiSflte, qui » s^oflHt sur la croix, est offert à l'autel par le lâlnistëre des prêtres : » Idem nunc offerens scucerdotum MôltSfeftd qtd mpBum turtc in cruce obtultt.

Saint Jean Chrysostome, avec son accent de toi vive^ disait : aQuand vousvoyezleprêtreoflfritleàftlntsacrifloe^ » oubliez que c'e^t un prétre> et tigurez-voUB voii* la » propre main de Dieu invisiblement étendue 6Ur Fau- » tel : » Citm videris sacerdoteni offerentem^ )rum sàcerdotent esse putes, sed manum Dei invisibilem extehsam.

« Chaque prêtre, dit le même saint, devrait desoen^^ p dre de Tauteltout enflammé de Tamour divin, et faire » peur à Tenfèr : » Fanquàm leones ignem spirante8,ab illâ mensâ recedamus, facti diabolo terribiléS.

0 veneranda sacerdoium dignitas , s'écrie Sttlttt Augustin, ifl quorum manibus velut in utero Virginie Filius Dei incamatur I

Voilà les pensées, voilà les sentiments et le langage de rÉglise et des saints à l'égard de l'auguste sacrifice

àt nos û\Mi. Qtieltjue énei*giquë (}tfll âolt, cfe laîigagé, il fitUl contenir quMl est bien ftiible etieoi^ quand on pense à llileflfable niystèi^e quMl exalte. Saint Thotnas, regrettant eb quelque sorte de ne pouvoir rien dife de lu divine Eucharistie qui Soit ett Rapport avec son excellence, nous adresse ces paroles dans lesquelles se peint son impuissance à m égard t é AtteigncÈ , en fait de ]* louanges^ les bornes du possible, jamais vous ne » louerez ce mystère comme il mérite d'être loUé; » VOUS en êtes absolument incapable; »

iiuantùm potes, tantùm aude, Quiainajc^^^nitiilaude, Hee laadArè ettfflcid^

Et c'est nous, prêtres dé JéSus-Christ , qui, chaque jour, ôpéroils cet étonnant prodige qUe toute langue humaine eât impuissante à célébrer !

îf nus avons souvent pensé, et quiconque y voudra sérleuSetheiit rêflétihir pensera comme hoUs, quil est vraiment humiliant pour hotre pauvre nature de Voir qu*elte se ^miUarise avec te mystère tout divin, au point de rester sans émotion vive dans le moment même de sa célébration. De bons prêtres, de saints prêtres nàéme sdttt loin d'éproUver toujours cette émotion saisissante. A la vérité, elle n'est point exigée ; mats elle semble si naturelle, si nécessaire , que c'est réellement line humtliatlbn pour nous de ne la point ressentir. Puissions-n'ôils sinon être émus, du moins être saintement disposés à remplir la fonction de sacrificateurs qui nous est imposée!

Nous ne pourrons jâthaîs ni penser, ni dire à quel degré dte pêTffedion Dieh étl^Églîse Voudraient que tous

les prêtres fussent élevés pour célébrer dignement le très-saint sacrifice de la messe. Si, dans la loi ancienne^ il fallait que ceux qui portaient seulement les vases sacrés, fussent sans tache : Mundamird qui fertis vasa Domird, combien, dit Pierre de Blois, ne doivent pas être plus purs ceux qui portent Jésus-Christ même dans leurs mains et dans leur poitrine ! Quanta mundiores esse oportet, qui in manibus et in corpore portant Christum I

« Il faut avouer, dit le concile de Trente (pesons » bien ces graves paroles), que Thomme ne peut pas » faire une œuvre plus sainte et plus divine que celle » de célébrer le redoutable sacrifice de la messe : » Necessarium fatemur, nullum aliud opus adeo sanctum et divinum tractari posse quàm hoc tremendum mysterium. «Donc, ajoute le même concile, le prêtre doit » s'employer tout entier à le célébrer avec la plus » grande pureté de conscience possible. » L'énergie de ces paroles est vraiment remarquable; comment n'en être pas vivement frappé quand on pense surtout à l'imposante autorité d'où elles émanent? Satis appa- 7'et omnem operam' in eo esse ponendam ut quanta MAXIME FiERi POTEST, inteviori cor dis munditiâ peragatur,

253. — Voyons si nous nous conformons exactement aux prescriptions qui nous sont faites sur ce point si important de nos obligations.

Le mauvais prêtre oflre-t-il le saint sacrifice de la messe, et comment l'ofifre-t-il? La réponse à cette question est si horrible qu'il nous répugne de la consigner ici. Ayons cependant le courage et la douleur de le dire, oui le mauvais prêtre monte à Tautei; oui il y monte le péché mortel dans Tâme; oui il y

monte avec tremblement d^abord, avec moins de saisissement ensuite , avec un calme de plus en plus profond à mesure qu'il s^enfonce dans l'abîme du sacrilège !

Déjà sans doute, avant de profaner l'autel pour la première fois, il avait endurci son âme par le renoncement à l'oraison et à toutes les pratiques de la piété; déjà il avait émoussé Taiguillon du remords par une multitude de péchés dont la grièveté allait chaque jour croissant; déjà, par des communions suspectes et plus que suspectes, il s'était en quelque sorte exercé au sacrilège. Cependant, quand il se détermina la première fois à le commettre avec certitude, il frémit et sembla pour ainsi dire reculer d'horreur. Semblable à Judas qui, lui aussi, avait sans doute lutté contre bien des remords avant de trahir son bon maître, il hésita, il trembla, il crut entendre gronder la foudre sur sa tête coupable. Heureux s'il se fût arrêté sur le bord du précipice, et s'il n'eût pas paralysé le dernier effort que la grâce faisait pour le sauver ! Mais non, il s'enhardit par le criminel espoir de l'impunité, et quand il vit qu'en effet la colère de Dieu ne l'avait pas broyé comme il méritait de l'être, les ténèbres se firent dans son âme souillée, et vérifiant en sa personne les paroles de l'Apôtre, il s'endormit du sommeil de la mort : Qui manducat et bibit indigne y judicium sibi manducat et bibit, Ideo inter vos multi infirmi et imbecilleSy et dormiunt multi. Le lendemain, son trouble avait notablement diminué; Satan le rassurait, car Satan avait pris dans son âme la place de Dieu : Post buccellam introivit Satanas. Le second sacrilège compléta l'endurcissement préparé déjà par le premier, et alors, roulant d'abîme en abîme, abyssus abyssum invocat^ il s'assit sans re-

iTidfdS dàtisi «on Iniquité : tn nfnbrâ friorîis èèdit. tMre tout le tnal qu^il fit ensuite, tous les devoir ddtit il s^âfifranchit, tous les vices aux(Juels fl s^adonna, toutes les âmes qu'il pervertit, tous les sacrilèges qu'il cottittiit chaque jour, c'est ce que lui seul pourrait ftous raconter, ou plutôt c'est ce qu'il ignore lui-même ; car le mal qu'il fait et qu'il fera longtemps après sa tnort dans les paroisses où il aura exercé son fatal ministère, n'est bien connu que du démon qui le lui fait opérer, et de Dieu qui l'observe pour le châtier dans sa fûreUl- quand son jour sera venu : Vultus Domini super facientes mala.

Ainsi vit cet infortuné ! Renouvelant tous les jours ce que Judas ne fit qu'une fois, il marche tête levée dans l'assemblée des justes, jusqu'à ce que son évéque, instruit de ses désordres, l'arrache au sacrilège par une suspense, comme on arrache la mauvaise herbe du milieu du boh grain au développement duquel pHo s'oppose.

Bénissons Dieu, vénérables collègues* de ce que, plus heureux que les apôtres, qui avaient un traître dans leur sacré collège composé de ddUze membres seulnment, nous n'avons, nous, que quelques rares Judas épars çà et là dans nos saintes et innombrables phalanges.

Si par hasard les lignes que nous venons dé tf acer passaient sous les yeux de l'un des malheureux confi^ères auxquels elles s'adressent, noUs le supplierions avec les plus vives instances et par les entrailles de Jésus-Christ, m visteribus Chrtsti , de les méditer quelques instants devant Dieu, après avoii* imploré ses lumières et ses grâces par une fervente prière. Suivra-t-il notre avist L'endurcissement et l'aveugle-

^^Bî; quj sont les deux traits caractériiçtiques du mauvais prêtre, ne rendroiit-iU pas Je§ efforts qpe mm faisons poujc le sauver complètement inutiles, con^oje tant d'awtpes grâces dont ij a jusqi^'ici criminellement abusé? Nous Je cpaignons beaucoup, c^ si cette septei)Qe de la siùnte Écrjturp, Perversi difficile corriguntur, a jamais sa rigoureuse application, c'est sans aucun doute ^ l'égard du mauvais prêtre aveuglé et endurci par l'habitude du sacrilège. Qu'il sache cependant que le Pieu hom qui donnait à Judas le titre d'amj, le lui donne ^ Jpi-ipême , et qu'il est prêt à déppser la foudre pour le recevoir avec mjséricorde, s'S veut tomber à ses pieds, le cœur brisé d'un repefttjr sincère.

254. — Le prêtre tiède et relâché offre-t-il Je ^t sacrifice de la mes§.e, et commept J'gffre-t-il? C'est epcor^ une tris^ réponse que nop§ avons à faire à cette question. Oui le prêtre tjèdp et relâché céjèbrejte saint sacrifice, Ce n'est pas pourtant qu'ij se fasse le moindre scrupule de manquer à cette célebratioii. Comme il est sans ferveur, sans piété, s.^ps amppr pour Dieu, il ne tient pas beaucoup à monter à Tautel, sar chant bien d'ailleurs qu'il y reçoit peu de grâces et qu^il n'y goûte aucune consolation ; il se dispense donc de célébrer pour des raisons frivoles qui ne feraient aucune impression sur le saint prêtre. Mais quand iJ célèbre, comment le fait- il? Il }e fait comme jl fait tout ce qui se rattache au service de Dieu, c'est-à-dire ayec une insouciance, une lâcheté, une froideur et un dégoût qui n'annoncent que trop combien cette menace lui est applicable : Quia tepidus es, incipiam tçavom^re de ore meo»

Le prêtre tiède ne tient qu'à une chose, et souvent encore il y tient assez faiblement, c'est à pouvoir se dire avec une conviction telle quelle qu'il n'est pas évidemment en état de péché mortel. Quand il peut se donner cette assurance, il est tranquille; et pour se la donner, au lieu de penser au mal qu'il fait et au bien qu'il devrait faire, il ne pense qu'au mal qu'il ne fait point et au peu de bien qu'il fait Rien ne le rassure comme les affreux désordres du mauvais prêtre : Je ne suis pas comme lui^ se dit-il en secret Rien ne le trouble comme l'édifiante ferveur de ses pieux confrères : Que je suis loin de leur ressembler l se dit-il avec confusion.

S'il y voulait réfléchir, il verrait beaucoup mieux encore combien il est loin de Dieu, puisqu'une seule communion suflSsant pour rendre saint celiii qui la fait, il communie tous les jours depuis des années entières sans sortir du triste état où la tiédeur Pa placé. Gomment pourrait-il en être autrement, puisqu'il n'apporte à la célébration des saints mystères presque aucune des dispositions qui en développent les fruits? « L'usage des sacrements, dit fort bien Bour- » daloue, ne peut être utile qu'autant qu'il est saint ; » et il n'est saint qu'autant qu'on y apporte les » dispositions convenables. » Or, quelles dispositions le prêtre tiède apporte-t-il à la célébration du saint sacrifice ?

Pour préparation éloignée qu'ofire-t-il à Dieu? Des oraisons très-courtes et très-froides quand elles se font (car elles sont souvent omises); le saint office récité sans le moindre sentiment de dévotion ; du reste, plus de lectures spirituelles, plus de visites au Saint Sacrement, plus d'examens de conscience, plus d'œu\Tes de

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pénitence et de mortification; et pour remplacer ces pieux exercices, une vie de désordre, une habitude de dissipatioii, un temps futilement employé, des courses, des voyages, des jeux, des festins presque continuels, et au milieu de tout cela une multitude innombrable de péchés qu'il se permet sans scrupule, parce qu'il se persuade toujours qu'ils ne sont que véniels, quoique peut-être, aux yeux de Dieu , ils aient quelquefois un autre caractère. Quelle préparation ! et quels fruits peuton réellement en attendre ?

Quant à la préparation prochaine, que peut-elle être de la part du prêtre relftché qui se conduit habituellem^it comme il vient d'être dit? Il célèbre,. mais quels signes de dévotion montre-t-il, soit avant le saint sacrifice, soit pendant qu'il Toffre, soit dans l'action de grâces qui le doit suivre? Il se rend à Téglise sans savoir pour ainsi dire ce qu'il y va faire; il se revêt des ornements sacrés tout en conversant avec ceux qui Fentourent; il monte à Tautel comme il monte à sa chambre ; il tronque presque toutes les cérémonies ; il précipite la célébration comme s'il avait à faire quelque chose de plus important quand il aura fini; il produit confusément et vaguement quelques actes en forme d'action de grâces; il retombe ensuite dans son indifférence habituelle et passe toute la journée sans se souvenir une seule fois qu'il a offert le matin le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ que la Cour céleste a contemplé dans l'extase de l'admh'ation, tandis qu'il remplissait avec une froide insensibilité sa redoutsile fonction de sacrificateur. Quel triste spectacle ! et comment ne pas voir les réformes que doit subir une telle conduite !

255. — Le bm prêtre ofifre-t-il le saint sacrifice et comment l'ofifre-t-il? Ici, du mams, noua aUons trouver des semences d'édificatka. Oui le boa prêtre ofiiP9 le saint sacrifice, et il l'offre glorieusement pour Diêo^ utilement pour TÉglise et pour lui-même. Non*seule« ment U vient au saint autel avec une consciebce pure, mais il y apporte des vertus ^ dea habitudes pîeuM», une contenance grave, respectueuse, modeste el re* cueillie qui lui valent un regard de eompUisai^a de la part de Dieu, et chaque jour uA surcrc^ d'estime delà part des peuples.

Nous dirons cependant à quelquesHins de oeft dignes confrères > qu'ils feraient bien de donner un peu plus de temps qu'ils ne font à la préparation et à TacîicNQi de grâces. Nous leur conseillerons de faire^ autant que possible, ces deux exerdces coram pùpulo^ les prièfes de sacristie étant ordinairement fort peu ferventes. Noos leur recommanderonsausside s'observer davantagesons le rajqMxrt des càrémonies. H y a de boÀs prêtres qui les traitent t(yti mal. Combien n'en voit-on pas, pat ea^mple, qui disent habituellement les prières du Canon à haute voix, quoique le contraire soit rigoureusement prescrit I Nous les engage(ms à relire attentivement k Traité des samts mystères , par CoHet, et surtout 1'»* tîcleXX des Appaiidices à la fin du deuxième volume, dans lequel sont teumérées les fautes qui se eommetteirt le plus fré^iemment dans la célébration dek masse.

Enfin Bouskinr recommanderons de se tenir bi^ mt garde tcoàte la célébration trop rapicfe. Il y a de hem prêtres dont ks messes sont trop courtes. Cela offense les âmes pieuses, et nous pouvons ajouter que cela réjouit les prêtres relâchés et les mauvais prêtres^ qui

sont heureux d'avoir au moins un trait de ressemblance avec quelques-uns de leurs pieux confrères.

Quant aux dispositions intérieures^ nous devons dire^ pour être exact, que plusieurs bons prêtres ne tirent point encore de la plus sainte fonction de leur ministère, tous les fruits qu'elle produit chez ceux qui favorisent le développement de ces fruits par une vie sainte et parfaite. Ils veulent communier et bien communier, c'est vrai; ils veulent en communiant faire une œuvre agréable à Dieu, c'est vrai encore; ils veulent être utiles aux âmes en général et à la leur en particulier, tout cela est incontestable; mais quelque bonnes que soient leurs intentions, sont-ils disposés de manière à progresser sans cesse dans la piété et dans la ferveur par le moyen des messes qu'ils célèbrent? La divine Eucharistie produit-elle dans leur âme la perfection toiyours croissante qu'elle produit chez ceux qui ne mettent aucun obstacle à ses opérations? S'efforcent-ils d'arriver au sommet dé cette perfection? Leurs communions ont-ailes d'autre effet que de les maintenir dans l'état où ils sont^ et ne sont-elles pas plutôt des œuvres de conservation que des œuvres de progrès? CSette nuée d'inq;>erfections et de péchés véniels habituels, que commet encore le bon prêtre, comme nous Tavons dit en parlant de Toraison , se dissq>e-t-elle au contact de la chair et du sang du divin Sauveur?

Hélas! il faut bien en convenir, non, ces heureux effets ne sont point ordinairement produits par la communion des bons prêtres. ËUe les maintient bons prêtres, mais elle les fait rarement devenir saintsfvèiceSy et peut-être «'api^audissent-ils de ne pas descendre au bas étage de» tièdes, q/xuad its devraient s'humilier de

n'être pas encore arrivés au degré des parfaits, après tant de communions qui les y devaient conduire.

D'où vient donc ce malheur? car c'en est un d'étouffer une partie des fruits que la sainte Eucharistie est de nature à produire. En se donnant tous les jours à nous avec tant de bonté, le divin Sauveur veut assurément nous rendre des saints; si nous ne le devenons pas, la faute n'en peut être qu'en nous et en nous seuls; defectus non in cibo est, sed in sumente^ dit le cardinal Bona. a Une âme bien disposée, dit le Père » Lallemant , reçoit dans une communion une faveur » incomparablement plus grande que n'ont été toutes » celles des visions et des révélations que tous les saints » ensemble ont jamais eues. » Mais, remarquons-le bien, cette abondance de dons spirituels lui est accordée parce qu^elle est bien disposée; c'est donc parce que nous ne le sommes pas 'aussi bien, gue nous restons toujours après nos communions ce que nous étions avant de les faire.

Cela n'est malheureusement que trop vrai. Parce que nous avons la conscience tranquille en ce qui touche le péché mortel, parce que nous nous regardons comme de bons prêtres, parce que nous voyons au-dessous de nous les mauvais prêtres et les prêtres tièdes auxquels nous serions désolés de ressembler, nous restons ce que nous sommes, et nous n'employons aucun moyen puissant et énergique pour rendre nos communions plus ferventes et plus saintes.

Que fait , à vrai dire , un bon prêtre ordinaire pour profiter des messes qu'il célèbre? Il s'abstient du péché mortel et de certains péchés véniels un peu notables; il mène une vie régulière quant à l'essentiel ; il fait quelques exercices spirituels dont il a contracté l'habitude :

tout cela est fort bien sans doute ^ et c'est tout cela qui le rend bon prêtre, c'est tout cela qui fait que ses communions ne sont point des sacrilèges et qu'elles peuvent même être appelées de bonnes communicflb. Mais les petits défauts auxquels il est sujet, les vivacités, les railleries, l'orgueil, la dissipation^ les susceptibilités, les rancunes, les négligences dans le service de Dieu et plusieurs autres misères semblables qui devraient être la matière d'autant d'holocaustes dans la fournaise eucharistique, les regarde-il comme des obstacles réels aux fruits du saint sacrifice? S'efiforce-t-il chaque jour de s'en corriger pour rendre ses communions de plus en plus fructueuses? Disons plus, y pense-t-il même? et quand il a l'idée de se préparer à la sainte messe, s'occupe-t-il d'autre chose que de réciter quelques prières ou de produire quelques actes qui, étant tou* jours les mêmes, dégénèrent en routine et n'opèrent jamais de grands effets ?

Voilà, convenons-en, voilà pourquoi nous sommes stationnaires dans les voies de la vertu ; voilà pourquoi la divine Eucharistie n'opère que peu de chose dans notre âme en comparaison des merveilles qu'elle pourrait y produire; voilà pourquoi nous n'arrivons jamais à l'heureux état du saint prêtre où nous trouverions comme lui des joies ineffables, des vertus complètes, une ferveur toujours croissante et des grâces pour ainsi dire infinies, qui en nous sanctifiant sanctifieraient par contre-coup une multitude d'âmes dont le salut est peut-être attaché, dans les desseins de Dieu, à notre sainteté propre.

Nous nous réjouissons de nos vertus quand nous devrions attaquer nos défauts qui les ternissent; nous cessons d'agir quand il faudrait combattre; nous tra-

TriHons mofiM aoti?em«iit h deirt^A* meinenrs, que le saint prêtre ne travaille à devemr pluts saint encore ; notift nous reposons enfin quand Dieu nous dit à diaque instant : Sil^ffe grandie enim tihi restât via. Obéissons à cette divine parote^ et nous aussi nous de?ien« drons des «saints.

156. — Ckmiment le êoint jH^étre o(fre-t-il ie sacrifice delanMsset

Nous no dem^uodons pas sll ie célèbre^ ce serait une question oiseuse. Tout ie monde sait que le saint prêtre lie s'abstient de célébrer que quand il est physiquement ou moralement obligé de s'imposer cette pénible abstention. Jamais une raison légère ou même un peu sévmise m le prive du bonbeur quil goûte à Tautel et des grâces précieuses qu'il y recueille.

Dirons«*nous qu'il célèbre avec dignité^ modestie et ferveur? Dirons-nous que, dès qu'il se montre, l'édification générale commencé, et qu'elle dure longtemps encore après qu'il a disparu ? Dirons-nous queceux4à mêmes qui ne l'ont jamais vu laissent édiapper^ dès qu'ils l'aperçoivent, cet éloge spontané : Voilà on «dnt prêtfte, comme on disait ep voyant célébrer saint Vincent de Paul : VoUâ un saint , voilà un ange? Dironsnous, enfin , que sa messe est plus qu'une mesee, qu'elle est une vraie et très^éloquente prédication ipû a souvent converti des pécheurs endurcis? Oui, nous dirons tout cela, parce que tout cela est vrai, et aussi parce que tout cela est souverainement édifiant et trèspropre à nous inspirer le désir d'imiter cet exodlent ccmfrère.

Chose étonnante ! (qu'on nous permette cette oourte digpessi(H)) »ous estimons tous et nousestinnons infini-

ment ce saint prêtre ; sa piété nous édifie, ses vertus nous ravissent^ son amabilité nous séduit^ nous savons la haute estime dont il jouit^ nous sommes témoins des fruits étonnants de son ministère, nous avons la certitude qu'il est aussi heureux qu'on peut Pêtre dans les saintes fonctions qu'il exerce; et tout cela ne produit en nous qu'une admiration stérile ! et chacun de nous reste dans sa voie au lieu de la quitter pour entrer dans la sienne! et le mauvais prêtre reste mauvais prêtre ! et le prêtre tiède reste tiède ! et le bon prêtre lui-même qui n'a qu'un pas à faire pour marcher de front avec son saint ami, n'a pas le courage de pratiquer ce qu'il admire!

Mais revenons à l'autel où nous avons laissé le saint prêtre. Les fruits abondants qu'il y moissonne ne sont connus que de Dieu seul. Ils sont la récompense des excdlentes dispositions qu'il apporte à la célébration des saints Mystères. Sa vie tout entière est une préparation continuelle au divin sacrifice qu'il oflVe chaque jour. Dieu se donne à lui avec tous ses dons, parce qu'il se donne à Dieu avec tout l'amour dont son cœur est capable. Tandis que le mauvais prêtre, le prêtre tiède et même quelquefois le bon prêtre, descendent de l'autel dans Tétat où, ils étaient en y montant, il en descend, lui, tout brûlant de ferveur, animé d'un nouveau zèle pour sa propre sanctification et pour celle des autres. Ayant levé tous les obstacles qui s'opposaient aux effets de la divine Eucharistie, elle opère en lui des prodiges de grâce dont il ne connaît pas même l'étendue.

Quand on célèbre avec de saintes dispositions, ce n'est plus l'homme qui opère, c'est Dieu qui fait son œuvre dans le cœur du prêtre, a Alors, dit le Père Lai-

» lemant^râme se change et se perfectionne; Notre- D Seigneur emporte toutes ses faiUesses, essuie ses » taches, arrache ses mauvaises habitudes^ déracine ses » passions et éteint en elle le feu de la concupiscence » selon la mesure des dispositions qu'elle apporte. » L'action' de grâces qui^ pour plusieurs^ est un temps long^ pénible et presque fastidieux, est pour le saint prêtre un temps d'inefiEables jouissances, a Une seule » communion^ disait saint François de Borgia^ me rend » infiniment plus heureux que si je jouissais de toutes » les délices de la terre, fussent-elles éternelles. »

Qui nous donnera de sentir ce que sent le saint prêtre? qui nous donnera de célébrer comme il célèbre? Ayons le courage de vivre comme il vit, et nous aurons le bonheur de goûter ce qu'il goûte, a Nous faisons des » pertes immenses^ dit encore le Père Lallemant, faute X) de connaître les biens que nous avons dans TEucha- D ristie et de nous y préparer. Notre stupidité en cda

» est déplorable Nous qui avons le bonheur d'ap-

D procher tous les jours des saints autels, nous devrions D nous préparer chaque joiu* à la conununion du len- » demain. Notre vie ne devrait être qu'une continuelle D préparation à dire la messe et à communier. »

257. — Donnons quelques avis pour aider nos confrères à réahser en eux ce qu'ils admirent chez le saint prêtre.

V Soyons habituellement détachés de tout péché et déterminés à mourir plutôt qu'à en commettre un seul avec délibération, quelque léger qu'il soit : Ab omni specie malâ abstinete vos.

^ Exerçons-nous sans cesse à la pratique de toutes

— Môles vertus et cultivons la piété qui en est l'assemblage : Exerce teipmm ad pietatem,

3* Ne mettons jamais de bornes à notre perfection et ne disons jamais : C'est assez, mon âme^ repose-toi : Anima, requiesce; mais imitons saint Paul qui ne pensait pas même au bien qu'il avait fait, ne voulant s'occuper que de celui qui lui restait à faire : Quae rétro sunt obliviscens, ad ea quœ sunt priora extendens meipsurriy ad destinatum persequor.

4* Faisons toujours une préparation prochaine excellente. L'oraison, bien faite, est déjà une fort bonne disposition, mais ajoutons-y toujours une préparation proprement dite, et nous remarquerons certainement que cette préparation sera récompensée d'un supplément de grâces et de ferveur.

5" Ayons toujours, outre la direction d'intention générale, le désir ardent d'appliquer les fruits du saint sacrifice dont nous pouvons disposer pour nous-mêmes, à la destruction de quelques défouts particuliers ou au perfectionnement de quelques vertus.

6^ Imposons-nous l'obligation rigoureuse de ne pas dire un seul mot inutile avant la sainte messe, surtout à la sacristie, et de ne nous occuper d'aucune action matérielle, pi^ofane, frivole et dissipante de sa nature, a Quand je monte à l'autel, disait saint François de Sa- » les, je perds de vue toutes les choses, de la terre. »

!• Ayons habituellement une heure fixe pour la célébration de la sainte messe, et choisissons l'heure la plus conunode pour les fidèles.

8*" Marchons gravement et les yeux baissés en nous rendant de la sacristie à TauteL N'imitons pas ces prêtres qui secouent leur chasuble à chaque pas qu'ils font, par suite de la précipitation de leur marche.

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-4ae —

9p Ifottldng à r&utel lentement M dans Fatlittidc d'un homme profondément occupé du rôdoutâbla 8aerifio5 qu'il va eéI4l)rep; et redeieendcms pour dire las prières du pied 4e l'autel avec une modestie par&ite et un r»* oueiliement toujours croissant.

i(f Dès la conunencement de la messe, prononc<Hi8 chaque mot tpèsrcorredenoent et soyons en garde contre la i^éoipits^ion de la langue. Ne semblons pas rivaliser de vitesse avec le répondant; cela donnerait déjà une .faible idée de notre piété, s Les prêtres, dit saint Li- » guori, qui o(mimeneent la messe d'une manière pré* » cipitée, Tachèvent de môme; ils consacrent, ils pren- » nent le corps de Jésus-Christ entre les mains, iU » communient comme si le corps de ce divin Sauveur » n'était qu'un simple morceau de pain. » Le Père Avila dit un jour à un de ces prêtres : « Par charité, traitez-le » avec plus d'égards, c'est le Fils d'un bon Père, a

il* Faisons aussi bien que possible toutes nos céré* monies qui sont si saintes, si belles et si mystérieuses dans leur signification. Le peuple ne nous juge souvent que par ses yeux ; il nous proclame saints prêtres quand nous rédiflons par nos actes, et surtout par notro pieuse dignité à l'autel.

4d^ Donnons tout le temps convenable à la célébra* tien de la sainte messe. Ne dépassons pas une demiheure, mais ne descendons point au-dessous de vingtcinq minutes. 81 nous le faisons, tenons pour certain que nous avons tronqué plusieurs cérémonies ou que nous avons récité les prières, et surtout celles €fA se disent à voix basse, avec une promptitude qui serait trësrpeu séante si elle avait lieu en conversant avec une pa*sonne honorable.

iS"" Retn*onSHrM>us de l'autel avec un extérieur pur-

faitement modeste , pieux et recueilli , ignem spiranies et diabolo facti terribiles.

44° N'omettons jamais Taction de grâces et donnonslui un quart d'heiure au moins, a L'action de grâces, dit » saint Liguori^ dans une acception étendue, ne doit se » teiTOiner qu'avec le Jour. Quelle pitié , dit-il , quel dés^ » ordre, quel scandale ne causent pas les prêtres qui , » après avoir à peine achevé de dire la messe et récité » quelque courte prière à la sacristie, ^sans attention ni » dévotion , se mettent de suite à discourir de choses x> inutiles ou d'affaires du monde, ou sortent aussitôt de

> l'église et vont porter Dieu au milieu de la rue ! d iA° N'oublions pas que le temps qui suit immédiatement la célébration de la messe est le plus saint de notre vie, et celui pendant lequel nous pouvons obtenir le plus de grâces pour nous-mêmes et pour les autres. Gravons profondément dans notre esprit ces paroles de saint Bonaventurepar lesquelles nous terminons : « Si » après la communion vous ne ressentez pas quelques

> effets de la nourriture spirituelle que vous avez prise, » c'est signe que votre âme est malade ou qu'elle est » morte. Vous avez mis du feu dans votre sein, et vous » n'en sentez pas la chaleur; du miel dans votre bouche, » ei vous n'en sentez pas la douceur. »

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