CHAPITRE II
Continuation du même sujet. — Nouvelles preuves de la nécessité de la sainteté sacerdotale.
16. — En présence des graves et nombreuses considérations qui précèdent , faut-il s'étonner si les autorités les plus imposantes insistent avec une énergie'^ toute particulière sur la nécessité de la sainteté sacerdotale?
Si nous voyons en mille endroits de l'Ancien Testament tant de sainteté requise pour un sacerdoce figuratif, quelle perfection ne doit pas exiger le sacerdoce réel qui, de l'aveu de tout le monde, est autant audessus du premier que le ciel est au-dessus de la terre !
Aussi, que nous dit l'Esprit saint à cet égard? Saint Paul est son organe, et quel est son langage? Il nous ordonne d'être irrépréhensibles, comme étant les dispensateurs et les économes de Dieu; il nous défend d'être orgueilleux y colères y sensuels y avides d'un gain sordide ; il nous prescrit au contraire d'être doux^ affables, sobres y justes et saints; il nous impose l'obligation d'édifier les fidèles dans nos discours^ dans noire conduite envers le prochain, dans notre charité, notre foi, notre chasteté : il revient h la charge et nous rappelle avec toute la vigueur de son zèle la nécessité où nous sommes d'établir en nous le règne de la piété et de toutes les vertus, par ces énergiques paroles : « Homme de Dieu , fuis ce que Dieu déteste :» Tu autem, 6 homfi Dei^ hase fuge; sectare verô justitiam, pietatem, fidem , charitatem , patientiamymansuetudinem. Craignant enfin que toutes ses recommandations ne soient regardées que comme des conseils , il fait entendre de la part de Dieu non plus le langage de l'apôtre qui exhorte, mais la parole du maître qui commande, et il nous dit avec une autorité toute divine et une solennité d'expression qui ne lui est pas ordinaire : Principio iibi , coràm Deo qui vivificat omnia, et Çhristo Jesu qui testimonium
reddidit sub Pontio Pilato^ bonam confessionem
Qu'allez-vous ordonner, grand apôtre, à la suite de cet imposant début? Praecipio tibi.,,. ut serves mandatum sine macula, irreprehensibile usque in adventum Domini nostri Jesu Christi,
Quand TEsprit saint nous parle de la sorte, comment croire que nous sommes des prêtres selon le cœur de Dieu, si nous menons une vie tiède et languissante ?
17. —Héritiers de la doctrine du grand Apôtre, que nous disent ou plutôt que ne nous disent pas les saints Pères et les docteurs sur Tindispensable nécessité de la sainteté sacerdotale ! Ici, nous aurions à citer des volumes, et jamais, en fait de citations, nous n'avons éprouvé rembarras du choix comme nous l'éprouvons en ce moment.
Ces saints personnages, nos maîtres et nos guides , commencent par nous rappeler la suprême dignité de notre profession, avec cette énergie d'expression qui montre la haute idée qu'ils s'en forment.
Saint Ambroise rappelle une profession déifique, deifica professio, et il ajoute qu'elle surpasse infiniment toutes les grandeurs de ce monde : Nihil excel" lentius in hoc sœculo. Il la met au-dessus non-seulement de celle des rois et des empereurs, mais même au-dessus de celle des anges : Prœtulit vos y sacerdotesy regibus et imperatmnbus , prœtulit vos angelis.
Saint Grégoire de Nazianze dit, et saint Thomas l'a dit après lui, que les anges eux-mêmes vénèrent le sacerdoce : Sacerdotium ipst quoque angeli vefierantur; et en eflfet, ajoute saint Uguori, tous les anges du ciel réunis ne peuvent pas absoudre d'un seul péché.
Saint Augustin, contemplant la dignité du prêtre à l'autel, a écrit ces paroles > que nous ne traduisons pas dans la crainte d'en altérer le sens, mais que nous re-* commandons au lecteur de peser avec attention : 0
venerabilts sanctitudo manuutn I à felix exercittum I Qui creavit me sine me ^ ipse creavit se mediante me* Quel langage! et quelle hauteur il révèle dans le prêtre à qui il s'adresse !
Le pape Innocent III, considérant les immenses pouvoirs du prêtre, ne balance pas à le placer, en ce point, au-dessus de la très-sainte Vierge elle-même : Licety dit-il, beaiissima Virgo excellentior fuit apostolis, non tamen illiy sed istis Dominus claves regni cœlorum cornmisit; et saint Bernardin de Sienne , si renommé pour sa tendre piété envers la divine Mère, ose s'adresser à elle-même, et lui dire : Virgo benedicta, excusa me, quia non loquor contra te^ sacerdotium prœtulit super te.
18. —Quand nos maîtres ont exalté la grandeur de notre auguste profession,' avec quelle puissance ne nous démontrent-ils pas la nécessité où nous sommes d'être des saihts, et des saints éminents en perfection I Tâchons de bien peser chacune de leurs expressions*
a Oui, dit saint Âmbroise, la sainteté du prêtre doit » remporter de beaucoup sur celle des laïques; bien » plus, le prêtre, sur ce point, ne doit avoir rien de D commun avec la multitude : » Nihil in sacerdote commune cum multitudine, Vita sacerdotis prœponderare débet y sicut prœponderat gratia.
Saint Chrysostome, après avoir fait ressortir comme les autres la sublimité du sacerdoce et avoir placé le prêtre au-dessus des anges par sa dignité, ajoute ces paroles que nous ne saurions trop méditer : Nonne accedentem ad altare sacerdotem , sic purum esse oportet ac si in ipsis cœlis coUocatus^ inter cœlestes illas virtutes médius staretf
Quœro ex te, dit-il ailleurs , quorum illum (sacerdO' tem) in ordine collocabimus f quantam verô integritatem ab €0 exigemus? quantam religionem? Considéra enim^ quales manus hœc administrantes esse oporteat , qualem linguam quae verba illa effundat !.,., quo solari radio non puriorem esse oportet manum camem Christi dividentemf linguam quae tremendo nimis sanguine rubescitF,...
SacerdoSy dit - il encore en un autre endroit, débet vitam habere immaculatam, ut omnes in illum , veluti in aliquod exemplar excellens, intueantur. Idcircô nos elegit Deus ut simus quasi luminaria et magistri cxtero^ ruvfty ac velut angeli versemur in terris.
Que doit penser le prêtre tiède en entendant ce langage?
Saint Augustin nous déclare positivement que tout clerc, en s'engageant dans la cléricature, fait profes^ sion de mener non une vie imparfaite , mais une vie sainte : Clericus duo professus est : sanctitatem et clancatum.
Saint Grégoire dans son Pastoral, qui devrait être le manuel du prêtre, prononce cette sentence : Necesse est ut sacerdoSy mjortuus omnibus passionibus , vivat vitâ divinâ.
Magna digniias sacerdotum^ s'écrie saint Laurent Justinien, sed magnum est pondus. In alto gradu positif oportet quoque ut in virtutum culmine sint erecti.
19. — Terminons ces citations choisies entre mille et dix mille que nous pourrions produire encore, et bornons-nous à rapporter ici non plus les expressions des saints docteurs, que quelques lecteurs seront peutêtre tentés de regarder comme des foi^ules oratoires
plutôt que comme des décisions rigoureusement exactes^ mais les paroles graves et imposantes du prince des théologiens, de Tange de Fécole. Nous prions instamment nos dignes confrères de ne pas lire ce qui suit avec une demi-attention.
«Les prêtres, dit saint Thomas (et n'oublions pas qu'il parle ici en théologien), ne doivent pas seulement être vertueux, ils doivent être parfaits en vbrtu : » Perfectiin virtute esse debent; et expliquant davantage sa pensée. Or dînes sacriy dit-il, prœexigunt sanctitatem; undè pondus oi^dinum imponendum parietibics jam per sanctitatem desiccatis^ id est y ab humore vitiorum. Pesons bien les deux raisons qu'il allègue pour appuyer sa décision. La première est que, « comme celui qui » est ordonné devient supérieur aux laïques par sa di- » gnité, ainsi doit-il leiu» être supérieur par sa sain- » teté : » Ad idoneam execufionem ordinum non sufficit
BONITAS QDALISCUMQUE, SED REQUIRITUR BONITAS BXCELLENS,
ut sicut un quiordineni suscipiunt^ super plebem constituuniur gradu ordinis; ità et superiores sint merito sanctitatis, La seconde raison, c'est que « Tordination » donnant le pouvoir d'exercer les plus hautes fonc- » tions à l'autel, il est nécessaire que celui qui les rem- » plit ait plus de sainteté (remarquons bien ceci) qu'il » n'en faut même pour l'état religieux : » Quia per sacrum ordinem aliquis deputatur ad dignissima ministeritty quibus ipsi Christo servitur in sacramento altaris, ad quod requiritdr major sanctitas interior quam requi-