‹ Le saint prêtre ou nécessité et moyens d'acquérir ou de perfectionner la sainteté sacerdotaleChapitre 5 sur 51 · RAT ETIAM RELIGIONIS STATUS · texte numérisé non relu

RAT ETIAM RELIGIONIS STATUS

Nous le demandons, peut-on rien dire de plus précis ? Peut-on rien dire qui prouve plus péremptoirement et plus théologiquement combien il est nécessaire pour le prêtre de mener une vie sainte, jHie vie qui soit en

rapport avec réminence des fonctions qu'il remplit ?

20. — Au reste, nous avons, pour prouver la nécessité de la sainteté sacerdotale, une autorité plus imposante encore que celle des docteurs et des théologiens : c'est celle de FÉglise. Qui pourrait énumérer les conciles et les canons de conciles où la sainteté est prescrite à tous les membres de notre auguste corporation? Partout et toujours, sans se lasser jamais, elle se préoccupe de sanctifier les prêtres par les règles de perfection qu'elle leur trace, par les dangers qu'elle leur signale, par les obligations étroites qu'elle leur impose.

Qui sancti non sunt, dit le quatrième concile de Carthage, sancta tract are non dehent,

Eam vos virtutem induite^ dit le quatrième concile de Milan, ut videant alii^ quasi lumen aliquod^ vesiram sanctitatemelucere, Quas si magna in aliis vitdechristianœ institutis requiritur, certè in vobis, qui mysieriorum Dei ministri divinœque graûiœ dispensatores estis^ major inesse débet,

Moneant episcopi^ dit le saint concile de Trente, suos clericos in quocumque ordine fuerinty ut conversationCy sermonCy scientiâ^ Dei populo prœeant, memores ejus quod scriptum est : Sancti estote, quia ego sanctus sum. Et pour que l'on ne croie pas que cette sainteté exigée du prêtre ne consiste que dans l'exemption des péchés graves, le saint concile ajoute ces mots que nous devrions avoir sans cesse présents à la pensée : Levia etiam delicta, quœ in ipsis maxime essenty effugiant sacerdotes.

Decet tmninoy nous dit encore PÉglise par le même concile, clericos in sortem Domini vocatoSy vitam mo* resque componere) ut habitUy gestUy incessu, sennone

altisque omnibtÂS rébus y nil nm grave, moderatum ac religione plénum prœ se ferant.

Ailleurs^ le saint concSe, à propos de la plus auguste de nos fonctions, la célébration de la messe, nous rappelle ce qu'elle a de saint et de divin, et part de là pour nous faire voir quelle perfection elle exige du prêtre qui Texerce : Necessarium fatemur^ nullum aliud opus adeô sanctum et divinum tractari posse quàmhoc tremen-dura mystermm. Salis apparet omnem operam in eo esse ponendam, ut quanta uaxime fieri potest, mrsRiORi cor-

DIS HCJKDITU PERAGATUR.

On le voit, tout ce qu'ont dit les docteurs et les théologiens sur la sainteté du prêtre est exact et ne renferme aucune exagération, puisque leur langage est le même que celui de TÉglise.

21. — Ne soyons plus surpris si cette sainte Église étant animée de tels sentiments, ne se borne pas à les exprimer dans les canons de ses conciles, mais corrobore ses paroles par ses actes, et ne croit jamais en trop faire quand il s*agit de sanctifier ses prêtres et de les rendre de plus en plus dignes du ministère divin qu'elle leur confie.

Pourquoi les sépare-t-elle de la masse laïque en leur imposant des règles à part, en faisant pour leur sanctification des statuts et des ordonnances qu'elle ne fait point pour les simples fidèles, si ce n'est parce qu'elle veut que, chefs du troupeau de Jésus-Christ, ils atteignent un degré de sainteté plus élevé que celui des brebis qu'ils sont chargés de paître?

Pourquoi leur inculque-t-elleavec tant d'insistance le renoncement aux vains plaisirs et aux folles joies du siècle auxquels elle leur fait dire adieu dès leur premier

Googk

pas dans le sanctuaire en leur imposant le surplis^ symbole de rinnocence^ et en leur faisant dire quand ils le prennent qu'ils ne veulent que Dieu seul pour la portion de leur héritage : Domtnuspars kxredttatis meœ et calicis met f Cette cérémonie, faite solennellement au pied des autels par un des princes de l'Église, n'est-elle de sa part qu'une formalité vaine, et n'annonce-t-elle pas le vif désir qu'elle a de travailler, dès le principe, à sanctifier ses ministres ?

Pourquoi leur impose-t-elle avec une inflexibilité si ferme et si invariable la loi du célibat, cette loi qui fait la gloire du prêtre catholique et qui lui concilie Vestime du sauvage lui-même le plus abruti ? Pourquoi cette loi, si ce n'est pour rappeler au prêtre qu'il n'y a plus rien de commun entre ses œuvres spirituelles et divines, et les œuvres charnelles; que le sacrement de mariage, tout saint qu'il est, ne Test pas assez pour lui ; que sa chair ne doit être en contact qu'avec celle de Jésus- Christ; que la partie corporelle de son être est en quelque sorte spiritualisée, divinisée, depuis qu'elle est devenue le tabernacle vivant où Jésus-Christ s'enferme chaque jour, et dans lequel ce divin Sauveur ne veut voir ni souillure, ni apparence de souillure?

Pourquoi l'Église nous fait-elle porter un habit si difl^érent de celui des laïques? Pourquoi ne dédaignet-elle pas d'en prescrire elle-même la couleur et la forme? Pourquoi nous menace- t-elle de peines, quelquefois très-graves, quaûd nous déposons cet habit sans une raison suffisante ? Pourquoi tout cela, si ce n'est pour que ce vêtement, auquel nul autre ne ressemble, soit en quelque sorte le signe particulier de notre sainteté, pour qu'il nous serve de moniteur perpétuel, et nous rappelle, par sa couleur lugubre, que

nous sommes morts au monde et à nous-mêmes^ et par sa forme, que nous devons retracer en nos personnes la modestie de notre divin Sauveur et la faire éclater aux yeux des peuples : Modestia vestra nota sit omnibus hominibm. Oui, très-certainement ce saint habit, dans les intentions de TÉglise, doit être comme renseigne de la sainteté de celui qui le porte.

. Pourquoi cette même Église possède-t-elle dans son sein ces établissements si vénérables, connus sous le nom de Séminaires y et qui sont comme les pépinières du sacerdoce? Pourquoi, après les avoir fondés, les entretient-elle avec tant de zèle et exige-t-elle que tout aspirant à la profession cléricale passe dans ces saintes maisons trois années entières? Eh! nous le savons bien, son intention est évidenunent que ceux qu'elle appelle au sacerdoce, viennent puiser dans cette divine source la science et la vertu qui leur sont nécessaires.

L^Église n'établit point de séminaires pour ceux de ses enfants qui se destinent à des carrières profanes. Ils ne se séparent pas du monde ceux qui veulent étudier le droit, la médecine ou le négoce : non , c'est au milieu des villes les plus populeuses et les plus bruyantes qu'ils vont chercher les connaissances spéciales dont ils ont besoin. Des moyens ordinaires suffisent aux enfants de la terre qui n'aspirent qu'à des fonctions communes.

Mais quand il s'agit de former un prêtre, la scène change : l'importance de l'œuvre réclame la puissance des moyens. L'Église fonde des maisons spéciales; elle y place les prêtres les plus recommandables par leurs talents et leurs vertus; elle fait fleurir dans ces saintes retraites la piété, le recueillement, la régularité la plus édifiante; et c'est là, c'est au fond de cette solitude si

propre à féconder la semence sacerdotale y qu'elle forme à la vertu et à la science ses jeunes lévites, et les dispose à recevoir aussi dignement que possible les ordres sacrés qui les élèvent comme par degrés jusqu'au sacerdoce.

En vérité, chers et vénérés confrères, tout cela ne nous prêche-t-il pas éloquemment la sainteté? Tous ces moyens de sanctification ne sont-ils pas comme autant de bouches par lesquelles la sainte Église de Jésus- Christ nous crie sans cesse : Soyez saints ! Sancti estote; purifiez-vous de plus en plus vous qui prétendez à l'honneur de porter non-seulement les vases du Seigneur, mais le Seigneur lui-même : Mundamini qui fertis vasa Domini,

22. — Qu'ils comprenaient bien ces hautes vérités, ceux qui, frappés de la grandeur du sacerdoce et de la sainteté suréminente qu'il exige, reculaient avec fi*ayeur devant le lourd fardeau qu'on voulait leur imposer! Qu'il était beau de voir des hommes , et quels hommes ! saint Cyprien, saint Athanase , saint Martin, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, saint Fulgence, prendre la fuite pour échapper aux sollicitations pressantes du peuple et du clergé ! Qu'il était édifiant de voir un Alexandre, un Anatolius, un Augustin et tant d'autres, consacrés en quelque sorte malgré eux! On m'a fait violence, s'écrie le grand évêque d'Hippone : Vis mihi fada est merito peccatorum meorum.

Cette sainte frayeur était si grande chez quelquesuns, qu'elle les poussait à des excès vraiment étonnants. Ainsi nous voyons un Éphrem contrefaire l'insensé ; un Ambroise qui ne craint pas de porter lui-même atteinte à sa réputation , en essayant de répandre des

nuages sur la pureté de ses mœurs; un Ammonius qui, après s'être eoupé les (oreilles, noeuace de se couper la langue si Ton insiste encore pour Télèver au sacerdoce.

Je ne trouve pas un seul saint ^ dit Cyrille d'Alexan* drie, qui n'ait redouté le poids énorme du divin ministère : Ornnes sanctos reperio, divini ministerii ingert' tem veltiti molem formidantes.

Et ne croyons pas que de tels sentiments ne se soient manifestés que dans les beaux jours du christianisme ^ dans ces jours où la foi était aussi vive que les mœurs étaient pures : non, c'est dans tous les siècles que les saints ont frémi à la pensée de la dignité sacerdotale et de la perfection qu^elle demande. Qui ne connaît les étonnantes paroles de saint Vincent de Paul : « Il était B si pénétré , dit le pieux Abelly^ son historien , des sen- » timents d'estime , de Texcellence et de Téminence du D caractère sacerdotal et de l'obligation indispensable » qu'elle impose à ceux qui l'ont reçu de mener une »vie toute pure, toute sainte et tout angélique^ que, B depuis, on lui a souvent ouï dire : Si je n'étais pas ^ prêtre y jamais je ne pourrais me résoudre à le deve^ » «tr, m'en estimant très'indigne. »

23. — Arrêtons- nous : assurément nous n'avons pas épuisé la matière si importante qui vient de nous occuper. Cependant, nous avons peine à nous persuader que ce que nous avons dit ne fasse pas , avec le secours de Dieu, quelque impression favorable sur nos pieux lecteurs. Nous aimons à croire que, s'ils sont déjà saints, ils s'appliqueront à devenir plus saints encore, et que, s'ils avaient le malheur de ne l'être pas, ils pousseront un profond gémissement sur le passé, et prépareront sans délai un avenir réparateur et vrai-

ment digne de lîh sainteté de leur divine profession.

Placés sous Toeil de Dieu, en face de notre conscience ouverte devant nous comme un livre, interrogeonsnous, bien-aimés confrères, et que chacun de nous se demande : Suis-je un prêtre selon le cœur de Dieu, si je languis nonchalamment dans les voies de la sainteté , au lieu d'y courir avec cette généreuse ardeur que Dieu me commande et que les peuples eux-mêmes veulent voir chez les pasteurs de leurs âmes?

Suis-je saint de cette sainteté vraiment sacerdotale dont la nécessité vient de m'être démontrée, si je suis immortifié, sensuel, avare, oisif, dissipé, amateur du jeu et de la bonne chère?

Suis-je saint au degré où je le dois être, si je me familiarise avec mes défauts au point de ne pas même penser à les combattre, ou si, loin de fortifier mes &ibles vertus, je les vois s'affaiblir encore chaque jour davantage sans m'en émouvoir?

Suis-je saint de cette sainteté communicative et sympathique qui entraîne les populations dans la voie du salut, si, sous mes yeux, une multitude de pécheurs se précipitent dans les enfers sans que je semble m'inquiéter de leur perte étemelle?

Donnez-moi dix prêtres zélés, dit saint Philippe de Néri, et le monde est converti.

0 Dieu! versez, nous vous en conjurons, versez à flots vos grâces les plus abondantes sur votre sainte Église, et spécialement sur ses ministres qui en sont les colonnes, et qui, par leur sainteté, doivent en être Fornement et la gloire.

Page 1