‹ Le saint prêtre ou nécessité et moyens d'acquérir ou de perfectionner la sainteté sacerdotaleChapitre 42 sur 51 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Lecture spiritneUe. — Ses grands avantages. •» Conduite ordinaire des prêtres à l'égard de cet exercice.— Règles pratiques.

S74. — Nous connaissons les grands avantages de la lecture spirituelle. Nous savons que Dieu s'en est servi en mille circonstances pour le salut des âmes^ et que

souvent une simple lecture^ faite par hasard et sans intention d'en tirer aucun fruit, a été pour plusieurs pécheurs endurcis le principe d'une conversion éclatante et solide. LTiistoire fourmille de traits de cette nature. Mais ce qui est également démontré par une expérience constante et universelle, c'est Tutilité de la lecture pour nourrir Pâme qui s'est déjà donnée à Dieu, pour rattacher à son service, pour la purifier de ses moindres souillures, pour entretenir et exciter la ferveur de sa dévotion. Voilà pourquoi tous ceux, même parmi les simples fidèles, qui veulent sincèrement embrasser la vertu et la perfection de la vertu , s'arrangent de manière à faire chaque jour une pieuse lecture. Voilà pourquoi dans toutes les sociétés religieuses , dans tous les séminaires, et même dans les maisons d'éducation bien tenues, la lecture spirituelle est constamment en usage.

Puisque cet exercice est si salutaire, puisque, même dans le monde, de pieux laïques y ont recours pour devenir plus pieux encore , ne convient-il pas que nous prêtres qui, selon saint Thomas, devons être plus parfaits que les religieux eux-mêmes, nous nous aidions de ce puissant moyen pour acquérir la perfection que le sacerdoce nous impose?

S7S. — Nous serions d'autant plus inexcusables de ne pas adopter cette sainte pratique, que , de tous les exercices spirituels, il n'en est point qui égalent celuici quant à la facilité de l'exécution. Quoi de plus simple, quoi de plus aisé à faire qu'une lecture? C'est ce que nous avons fait observer aux gens du monde dans la Pratique du christianisme. « Pour assister à la messe, leur disons-nous, on quitte sa maison; pour faire une

prière, on se met à genoux; pour $e préparer à la confession 9 on scrute sa conscience par un examen sérieux. Mais pour faire une lecture^ on reste chez soi, on ne se met point à genoux, on ne s'impose point la recherche de ses misères : que fait -on donc? On allonge le bras pour prendre un livre, on le lit, et les grâces s'en échappent à flots pour arriver au cœur, conune naturellement et sans effort» Et pourtant la bonne lecture est une prière j c*est vrai , mais c'est la plus aisée de toutes les prières, c'est une prière qui saute aux yeux, qu^on nous passe cette expression. Le livre ouvert, l'âme commande aux yeux de lui procurer la divine nourriture qu'il renferme; les yeux obéissent, et la nourriture arrive avec une merveilleuse abondance; et la lecture faite, on sent qu'on y a puisé un surcroît de lumière , de courage, de force et de consolation qui attache au service de Dieu et engage à reprendre bientôt le livre qui a produit des eiïeis si heureux.»

276. — Après avoir lu ce qui précède , on devrait croire que la lecture spirituelle est, pour tous les prêtres, un exercice quotidien; on (teyrait penser que ceux-là mêmes qui, malheureusement, ne font point oraison ou qui la font rarement et fort mal, doivent du moins chercher dans la lecture de quelque bon livre une espèce de supplément à la méditation qu'ils n'ont pas le courage de faire»

Nous le disons à regret, non, tous les prêtres n'agissent point ainsL Non, la lecture pieuse n'est point pour tous les prêtres un exercice habituel. Quelque aisée qu'en soit la pratique, on lui trouve encore je ne sais quoi de rebutant quand on n'a pas, à l'égard de la perfection, un vrai fonds de bonne volonté.

- uia -

Celui qui a le désir sincère d'être ^yt à Dieu , qui se sent vivement pressé du besoin de l^aimer^ et qui, selon l'expression du divin Sauveur, a faim et soif de la justice y n'a pas besoin qu*on lui allègue de fortes raisons pour le déterminer à adopter Tusage de la lecture spirituelle. Il embrasse cet exercice avec une sainte ardeur, heureux de s'imposer chaque jour utie pratique pieuse qui contribue si puissamment à le conduire à son but. ti veut aller à Dieu et y aller à pas de géante il veut être un saint prêtre afin de glorifier Dieu abondamment et de sauver des âmes par milliers et la sienne avant toutes les autres; pas de moyen qu'il n'emploie pour réaliser ses fervents désirs. La lecture spirituelle le nourrit, l'écîaire, le fortifie et Fembrase; la lecture spirituelle est immédiatement adoptée avec ce sentiment de bonheur que Ton éprouve toujours quand on trouve le moyeg d'arriver à la possession de ce qu'on désire.

Mais quand on est froid ou seulement tiède dans le service de Dieu, quand cm n'estime point la perfection, quand on s'en éloigne de plus en plus par des infidélités continuelles, quand on place son bonheiu* dans des frivolités et des bagatelles ^ alors les exercices de piété sont à charge , on les trouve fatigants et insipides, on s'en acquitte avec un fonds d'ennui et de dégoût, et bientôt on les abandonne.

277. — Ce qui vient d'être dit explique la conduite du mauvais prêtre et du prêtre tiède à l'égard des pratiques pieuses en général, et à l'égard de la lecture spirituelle en particulier. L'un et l'autre s^abstiennent de ce saint exercice, qui pourrait cependant leur être très-utile comme il l'a été à tant d'autres.

Quant au bon prêtre^ comme il n'a point pour les pratiques de piété le dégoût dont nous venons de parler, il ne renonce pas absolument à la lecture spirituelle; il la fait même quelquefois assez volontiers, et il reconnaît que quand il s'en acquitte avec les dispositions qui en garantissent le succès^ il a toujours lieu de s'applaudir de sa fidélité. Malheureusement cette fidélité n'est pas constante. Il fait sa lecture quand il sent pour elle un certain goût, et il s'en dispense sans façon quand ce goût vient à disparaître ; il lit tantôt un livre et tantôt un autre ; il fait une longue lecture quand elle lui plaît, et il en fait une très-courte quand elle l'ennuie; il s'y prépare convenablement quand il a quelque ferveur, et il la fait sans préparation, et par conséquent sans profit, quand la ferveur lui fait défaut. En ce point comme en plusieurs autres, c'est le goût, le caprice, l'inspiration du moment, et non la vraie et solide piété qu'il prend pour règle. De là vient son inconstance, de là vient le peu de fruit d'un exercice qui pourrait ^ s'il le voulait, lui procurer de si grands avantages.

278. — Le saint prêtre seul profite de ces avantages. Nous ne saurions dire le surcroît de ferveur qu'il trouve dans ses lectures. Souvent en les faisant il se sent plus touché que dans l'oraison même. Quand, avec sa tendre pitié, il se recueille profondément et cherche Dieu, comme saint Augustin , sous Fécorce des lettres. Dieu qui ne veut que s'épancher avec amour dans Pâme fidèle , lui parle par chaque mot et l'attendrit quelquefois jusqu'aux larmes. Dans l'ivresse de son bonheur, il baise pieusement le livre qui l'a si fortement ému, et les fruits de sa lecture se manifestent ensuite par

Tardeur toute nouveHe avec laquelle il remplit les diverses fonctions de son ministère.

Ceci n'est point une exagération. Les laïques euxmêmes .attesteraient^ au besoin, que les douces émotions dont nous venons de parler ne sont point chimériques. Un jour, bien jeune encore, j'entrai sans frapper dans une chambre où je trouvai deux jeunes personnes qui fondaient en larmes. L'une d'elles tenait un livre, et je vis bien que c'était leur lecture qui produisait l'attendrissement dont j'étais témoin. Curieux, je m'ap^ proche, et je vois avec édification que le livre qui impressionnait si vivement ces deux ferventes chrétiennes était un livre de piété. Si Dieu se communique avec tant de tendresse aux âmes du monde , combien plus tendres encore seront ses épanchements dans l'âme d'un saint prêtre qui lui est bien plus chère !

279. — Mais pour produire ses effets dans toute leur plénitude, la lecture spirituelle, comme tous les exercices , exige des dispositions que nous allons maintenant indiquer. En les exposant, nous révélerons le secret du saint prêtre.

Un point fondamental en cette matière, c'est d'avoir le désir sincère de profiter de cet exercice pour s'avancer dans la perfection; si nous n'avons pas ce vif désir, la lecture pourra bien quelquefois le feire naître, mais presque toujours elle sera stérile et nous laissera dans l'état où nous étions avant de la faire. Pas de goût, pas d'onction, pas de ferveur^ ennui peut-être, froideur et presque dégoût pour cette sainte pratique, ce qui sera cause que nous l'abrégerons et que bientôt même nous y renoncerons.

Le choix du livre est encore un point d'une haute

importanee* liie un Uvrequi iDsttuii plus qu'il n'énieut , c'est faire une étude et non un exercice de [Hété* lire un livre qui pique la curiosité^ c'est satisfaire Tesprit aux dépens du cœur. lire un livre brillammept écrite c'est très-souvent rechercher plutôt l'agrément du style que le suc de la dévotion. Lire cei*tains livres^ bons il est vrai^ mais trop exclusivement historiques > c^est quelquefois plutôt un amusement qu'un fruit réel de ^ce et de salut.

Règle générale : Lisons le livre qui nous touche davantage, decette sainte émotion qui donne plus d'amour pour DieU; plus d'éloignement pour tout ce qui l'offense, plus d'attrait pour la pratique exacte de la vertu. Voilà, pour nous, le bon livre, quel que soit son style ou le titre qu'il porte.

Il va sans dire que la lecture de nos Livres sainU doit passer avant toute autre. Reprenons, si nous l'avons abandonnée, l'habitude du séminaire de lh*e chaque jour, avec une pieuse et respectueuse attention un chapitre du Nouveau Testament; ajoutons-y même un chapitre de l'Ancien, suivant la pratique des saints prêtres, et pour les imiter jusqu'au bout, lisons quelques versets au moins de l'excellent livre de Y Imitation.

280. — La préparation prochaine à la lecture spirituelle est indispensable. Ce ne sera que par hasard qu'elle produira quelque fruit si elle n'est pas précédée de cette préparation. Nous affirmons de la manière la plus positive qu'il y a une différence considérable entre une lecture faite ex abrupto, et celle avant laquelle on s'est recueilli quelques instants devant Dieu -pour lui demander le secours de sa grâce et disposer son âme à la recevoir.

Lire posément et bien peser ce qu^on Ut^ est encore une condition de succès de la lecture spirituelle. Une lecture précipitée est improductive. Ce n'est pas à flots, c^est goutte à goutte comme la rosée que chaque mot doit sinsinuer dans Tâme pour la pénétrer et la sanctitier. La précipitation dans la lecture annonce presque toujours peu de ferveur 'et de piété, du moins peu de désir de profiter actuellement de ce qu'on lit. Quand on est ému en lisant, on s*arréte volontiers pour goûter ce qui émeut j maïs quand on ne Test point, on dévore un grand nombre de pages pour trouver à chaqiie instant du nouveau et échapper à l'ennui.

Suspendre un moment sa lecture quand on se sent frappé, est une pratique excellente que recommandent tous les maîtres de la vie spirituelle. Il est même à propos de ne pas attendre le coup de la grâce, maïs de le prévenir et de le provoquer, en faisant de temps en temps des pauses attentives pour considérer avec esprit de foi quelques vérités fortes exposées dans le livre. C'est presque toujours dans de tels moments que le fruit de la lecture se produit. Rien d'ailleurs ne rompt la routine comme dès réflexions de cette nature.

Enfin on ne doit jamais terminer cet exercice sans prendre, à l'oceàdiôil dé eé qu'on â lu, quelques résolutions pratiques qu'il faut ensuite s'efibrcer de réduire à l'acte, selon la méthode de saint Éphrem, qui reproduisait dans sa conduite le fruit de ses lectures : Pingehat aciibus paginam guam legerat.

281. — Est-il possible, nous le demandons, qu'une lecture spirituelle faite régulièrement tous les jours de la manière qui vient d'être indiquée, ne soit pas féconde en heureux résultats ? Si surtout les autres exercices

lui prêtant leur concours, nous trouvent constamment fidèles à les observer tous, comment n'arriverions-nous pas rapidement au degré du saint prêtre? Quelle joie, quel bonheur si nous y parvenons! quelles grâces abondantes couronneront nos efibrts ! et, par une suite nécessaire, quelle abondance de fruits nous produirons alors dans le champ de l'Église !

Adonnons-nous donc à la lecture, et que chacun de nous regarde comme dites à lui-même ces paroles de TApôtre : Attende lectioni. Faisons non des lectures frivoles qui dissipent, mais des lectures pieuses qui édifient; non des lectures qui refroidissent, mais des lectures qui embrasent; non des lectures qui dégoûtent du service de Dieu, mais des lectures qui le fassent aimer; non des lectures qui énervent et amortissent le zèle, mais des lectures qui en ravivent incessamment l'ardeur; et souvenons-nous de ce mot de saint Athanase par lequel nous terminons : Sine legendt studio^ neminem ad Deum intentum videos.

Page 1