CHAPITRE XI
Administration des sacrements. — Dispositions qu'elle exige. — Gomment elle peut être un moyen puissant de sanctification pour le prêtre.
308. — Si nous parlons ici de l'administration des sacrements , ce n'est pas pour traiter à fond cette matière, ni pour exposer en détail les règles à suivre pour que les sacrements procurent à ceux qui les reçoivent les grâces dont ils sont la source. Ceci n'entre point dans le plan que nous nous sommes tracé. En parcou-
tant les exercices spirituels et les œuvres sahites dtl prêtre, nous avons principalement en vue sasânctiflcatioti propre et, secondairement seulement, la sanctification des fidèles. Nous nous bornerons donc à lui rappeler quil ne doit pas administrer mécaniquement les sacrements, ni croire que tout est bien quand îl s'est conformé aux principes théologiques qui étt assurent la légitime administration , slnquiétant fort péU de faire de cette fonction si importante une œuvre de sanctifia cation pour lui-même.
Le saint prêtre qui profité de tout pour s'élever chaque jour davantage dans l'échelle de la perfection, pourrait-il conférer à chaque instant à ses frères les grâces abondantes attachées aux sacrements qu*il administre, sans y chercher un avantage réel pour luî-tnême? Évidemment cela ne peut pas être , et en effet cela n^est point. Le saint prêtre ne se laisse jamais dérober par routine les fruits de son divin ministère. Même dans les œuvres dont la sanctification des peuples est le but primaire et direct, il pense à Itd-mèilie et se fait de chacune de ces œuvres autant de moyens eflScaces de progrès spirituel et de perfectionnement. Entrons dans ses vues, et prenons sa conduite pour règle de la nôtre.
309. — La première pensée qui doit nous occuper relativement à l'administration des sacrements, c'est leur éminente sainteté. Jésus-Christ en fondant l'Église ne lui a rien confié de plus précieux, de plus saint que les sacrements. Les deux prodiges qui exciteront éternellement l'admiration des anges et des hommes, nous voulons dire le pouvoir de remettre les péchés et de nourrir les âmes du corps et du sang de Jésus-Christ, ne constituent-ils pas deux sacrements? Nous le disons
tous léi îùiXtÈ aujt peuples , tes sâcitemeilte sont les sourdes, les canaux qui conduisent là gtâce dans lés âmes; et toutes les grâces nous étant acquises au prix du sang de Jésus-Christ, nous ne pouvons rien imagînei» de plus saint que le§ sâdt^ments qui les confèrent.
Or, comme les choses saintes doivent être traitées saintement^ selon la doctrine formelle du quatrième concile de Carthàge i Qui sancH ma sunt, sancta tractare non dêbent, il s'ensuit que le prêtre chargé de traiter* ce qu'il y a de plus Saint dans l'Église , doit être lui-même un vase d'élection et de Sainteté. Aussi saint Paul nous rappelle-t-il expressément que la peritection de notre vie doit être telle que les peuples eux-mêmes en la voyant reconnaissent que notis sommes dé dignes dispensateurs des divins mystèi*es t Sic nos exiMimd homo ta minùtfôs Ckrùtiy et dispensatoreê myst&Hjorv/nt Det.
310. — Ce qui doit ftôiîs frapper ensuite en cette importante matièite, c'est la déplorable familiarité que nous contractons si aisément âveC les choses les plus saintes, quand nous ne ravivons pas incessamment notre foi par les œuvres dé la foi, par la méditation assidue des vérités qu'elle propose, et par l'harmonieux ensemble d'une vie vraiment sacerdotale. Même en vivant de la sorte, le saint prêtre gémit encore de se surprendre quelquefois loin de Dieu en faisant Tœuvre de Dieu. Que doit-ce donc être, nous ne dirons pas du mauvais prêtre, mais du prêtre tiède, négligent, relâché, qne les choses les plus saintes laissent insensible? Cette familiarité avec les augustes mystères que nous dispensons, dessèche jUsqu^à la racine la {nété du prêtre qui
a le malheur de s'en &iie une habitude. D'où lui viendront les impressions vives qui^ seules , opèrent de grands effets dans Tàme, s'il n'est nullement touché de ce qu'il y a de plus sacré dans les fonctions qu'il remplit? Déclarons donc une guerre incessante, une guerre impitoyable à la routine. Faisons souvent des sacrements que nous administrons la matière de nos lectures et de nos méditations^ et si nous remarquons seulement l'ombre de la familiarité avec nos saintes œuvres^ adressons-nous une réprimande sévère, rappelons-nous quelque vigoureuse pensée de foi» et faisons du moins une courte réflexion sur la sainteté du sacrement que nous avons un instant oubliée.
311. — Ces avis sont d'autant plus importants que non-seulement nous nous sanctifierons en nous y conformant» mais que» par une suite nécessaire» les fidèles trouveront dans la sainteté de nos dispositions un supplément de grâces pour eux-mêmes.
Nous ne sommes jamais saints pour nous seuls ; toujours notre sainteté se communique» en une certaine mesure» à ceux qui en sont témoins. Mais c'est surtout dans l'administration des sacrements que ceci se remarque. Quelle différence entre un prêtre qui les administre avec la pieuse dignité que donne l'esprit de foi» et la froide insouciance de celui qui les administre machinalement et par routine! L'un touche et édifie par sa gravité imposante, par l'accent pénétré de sa voix, par son extérieur pieux et recueilli; l'autre ne fait aucune impression ou en fait une mauvaise par sa légèreté» par sa précipitation» et par je ne sais quoi qui annonce qu'il pense à peine à la divine fonction qu'il exerce.
Voyez un saint prêtre et un prêtre tiède au tribunal
de la pénitence ou auprès d'un moribond. Tous les deux vont administrer les mêmes sacrements ; mais quelle différence dans la manière dont ils vont accomplir ces actes si importants de leur auguste ministère ! Les pénitents du saint prêtre vont être émus et attendris; les pénitents du prêtre tiède vont rester froids et insensibles; les malades visités par le saint prêtre vont être, par ses exhortations onctueuses^ remplis de douleur à la vue de leurs fautes^ mais pleins d'espoir en la miséricorde de Dieu ; les malades du prêtre tiède vont être en quelque sorte abandonnés à eux-mêmes^ les paroles qu'il leur adresse n'étant point imprégnées de cet esprit 46 foi et de piété qui, seul^ a le secret de toucher les cœurs.
312. — Mais que devons-nous faire pour administrer les sacrements avec les dispositions qui rendent leur administration sanctifiante pour nous-mêmes et pour ceux qui les reçoivent ? Puisque c'est une œuvre éminemment sainte, elle requiert, comme toutes les œuvres de cette nature, une préparation éloignée et une préparation prochaine.
La préparation éloignée consiste dans une vie habituellement pieuse et bien réglée. Jamais un prêtre tiède et relâché n'administrera les sacrements avec la perfection qu'ils exigent. Il ne sera point frappé de leur excellence; il n'aura que des idées vagues et superficielles sur les grands effets qu'ils opèrent ; il ne sentira point la nécessité d'assurer et de multiplier par la sainteté de sa vie les fruits qu'ils produisent; il n'aura point la haute idée de son ministère que lui inspirerait une foi vive, s'il méditait à sa lumière ce qu'il y a de sublime dans la fonction de dispensateur des mystères de
Dimy^i il aurft moins encore ce profond KOémithisement dont la pensée lui serait toujours présente^ si toujours il mettait sa bassesse en regard de réminence de ses fonctions. Le saint prêtre seul a de tels sentiments ; nous devons donc être saints comme lui pour les avoir nous-mêmes.
La préparation éloignée consiste encore dans l'haMtude de la ferveur et d'un entier dévouement à l'oeuvre du salut des âmes. L'administration d'un sacrement qudconque est une œuvre de zèle et une œuvre du plus grand prix. Le saint prêtre qui se multiplie potu* sauver des âmes, s^it son zèle s'enflammer quand il trouve l'occasion de s'y employer par l'administration d^un sacrement. Là, plus qu'en toute autre circonstance, il se considère comme tenant la place de Jésus-Christ même. Se souvenant que ce divin Sauveur n'a rien épargné pendant sa vie mortelle pour sauver des âmes, et qu'il nous a confié les sa(^ments pour que nous continuions par leur moyen son divin ministère^ il les administre avec les dispositions que l'on doit attendre de la ferveur habituelle du zèle qui l'anime. Quel trait de ressemblance pourrait avoir avec lui un prêtre insouciant qui verrait d'un œil sec le triste état de tant de pécheurs qui l'environnent? Sauver cespéoheurs^ voilà la fin; les attirer aux sacrements de pénitence et d'eucharistie) voilà le moyen : quel zôle^ quelles dispositions aurait-il pour l'emploi du moyen^ si la fin ne le touche point?
313. -^ La préparation prochaine consiste d'abord dans l'état de grâce; ceci seul nous prouve combien les sacrements sont saints^ puisqu'il faut être en grâce pour les administrer. On frémit en pensant à la sériede
profanations sacrilèges que Ton commettrait, en s'ingérât^ coupable de péché mortel^ dans Tadministration des sacrements. L'occasion de les conférer se préseaitant à chaque instant, et la nécessité de les conférer étant souvent impérieuse et n'admettant pas le moindre délai, quel malheur si Ton n'était pas continuellement disposé à les administrer sans crime!
La préparation prochaine consiste* encore dans une prière fervente, et non dans une prière de routine pendant laquelle on ne pense à rien moins qu'aux sentie ments qu'elle exprime. Ne serait-il pas vrain>ent pitoyable de passer d'une œuvre quelquefois toute profane, d'une lecture frivole, par exemple, ou d'une conversïh tion plus frivole encore, au saint tribunal de la péni-» tence, où Ton va prendre place pour conférer le saere^ ment de la réconciliation à une multitude de pénitente^ 3an% avoir imploré l'assistance de Dieu dans un mini&t tère si saint et si formicteble? Ce^ n'est pas ainsi que se conduit le saint prêtre. Dès qu'il s'agit d'administré un sacrement quelconque, àrinstont même une pensée d^ foi saisit son âme et lui rappela la sainteté de l'acte qu'il va opérer. Sous l'influence de cette salutaire p«a-» sée, il se recueille profondément , il s'abîme dans le sentiment de sa bassesse, il se place entre lesmaiBs da Dieu coname un indigne instrument, et, comblé de ses grâoes. Dieu opère par lui des prodigues de misério^de et de salut.
La préparation prochaine consiste encore dans la pureté de l'intention. Déjà la panière dont «eus venons de parler produit cette intention pure ; mai& on doit la raviver encore , surtout à l'occasion de ceïiains saiafements où il serait si aisé d'en avoir une toute diâëreate» Ne voir que des âmes à sauver, s'oublia pour ne peu-
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ser qu'à Dieu, s'unir, se confondre en quelque sorte avec Jésus-Christ dont on est l'agent, accueillir les pauvres comme les riches, voler avec empressement quelle que soit la personne qui réclame la grâce d'un sacrement : voilà des marques de l'intention pure sans laquelle on aurait comme nécessairement des intentions tout humaines, des intentions souillées par Fesprit d'intérêt ou par les inspirations de la vaine gloire.
ËnHn la préparation immédiatement prochaine consiste dans la composition de l'extérieur. Rien n'est plus édifiant que la contenance grave , modeste et recueillie du saint prêtre quand il se prépare à conférer quelque sacrement. Chaque mouvement qu'il fait est comme un acte de foi qu'il produit j on devinerait le saint prêtre quand on ne saurait pas qu'il est saint en effet. La modestie de son regard, sa pieuse lenteur en se rendant au saint tribunal, ou aux fonts sacrés, ou à l'autel pour y distribuer la sainte Eucharistie, l'ensemble de sa personne extérieure, tout cela saisit, tout cela pénètre de respect et même de foi les fidèles qui l'observent. En serait-il ainsi du prêtre qui formerait avec son fervent confrère un éclatant contraste? Si l'un hispire le respect et la piété, celui-ci n'inspirerait-il pas des sentiments tout contraires?
Attention donc sur nous-mêmes, et méditation firéquente de ces redoutables paroles : Maledictus qui facit optes Dei negligerUer!
314. — Quand on est fidèle aux recommandations qui viennent d'être faites, on n'administre pas un sacrement, quel qu'il soit, sans en tirer un profit particulier pour soi-même. Malheureusement c'est ce qui n'a pas toujours lieu. En général nous ne pensons
guère^ en conférant les sacrements, qu'aux fruits qu*ils vont produire en ceux qui les reçoivent; quelquefois même la routine nous dérobe cette pensée ^ et alors nous agissons, comme nous l'avons dit plus haut, mécaniquement et machinalement dans le plus saint ministère qui puisse être.
Pour la détruire, cette routine, et pour faire notre profit particulier des sacrements que nous conférons, il fout nous habituer à n'en pas administrer un seul sans faire à son occasion un retour sur nous-mêmes et quelques réflexions personnelles. Expliquons notre pensée en disant un mot de chaque sacrement.
315. — Je suis appelé, par exemple^ pour administrer le saint baptême. Si j'ai adopté, en pratique, les principes qui viennent d'être exposés, je penserai tout d'abord que je vais arracher une âme au démon et la donner à Dieu, ce qui est une œuvre immensément importante aux yeux de la foi. Pénétré de cette pensée que j'entretiendrai dans mon esprit pour exciter mon zèle et nourrir ma piété, je ferai certainement une prière préparatoire exceÛente; je serai grave, modeste et recueilli pendant la cérémonie; toujours influencé par ma pensée primitive^ je me rappellerai que> moi aussi^ j'ai été régénéré par le baptême et arraché au démon; je penserai au malheur que j'ai eu de violer mes saints engagements par mes nombreux péchés, et à la grâce que IKeu m'a faite de me conférer un second baptême par la pénitence.
D'un auUre côté, considérant l'administration de ce sacrement comme une œuvre de zèle , je prierai pour la petite créature dont je deviens le père spirituel, je la recommanderai tout spécialement à Jésus, à Marie,
aux saints qu'on lui donne pour patrons et à son bon ange gardien que je verrai ^ par ma foi ^ présent à la cÀ:^onie.
Enfin mon zèle me suggérera sans doute quelques paroles d'Mi0cation qui, proférées avec l'accent d\me foi vive , feront toujours quelque impression sur les assistants, que Je laisserai pénétrés de respect po«r la religion et pour son ministre , ce qui évidemment n'aurait pas lieu si je finsais tout le con^aive de ce qn) vient d'être dit.
316. — 8*agit-il du sacrement de pénitence? Les circonstances sont différentes, mais le fond de ma conduite sera toujours le même si je lui ai donné pour pivot les principes ci-dessus posés. Quand je devrai me rendre au saint tribunal , au lieu de dire vaguement et sans aucune pensée de foi : Je vais confesser, à peu près comme un ouvrier dit : Je vais travailler, ou un médecin : Je vais voir des malades, je me dirai tout d'abord : Soyez béni, mon Dieu, voici des âmes à sauver ! Tout plein de cette pensée, jlrai promptement et non lâchement, j'irai de bon cœur et non de mauvaise grâce, j'irai d'un air joyeux et satisfait, et non en grondant et en murmurant.
Voulant me sanctifieF en sanctifiant les autres, je ferai au pied de Pautel une prière aussi fervente que posi&le. Outre la prière vocale ordinaire, je tarai quelques réflexions, quelques imrocations, quelque bonne direction d'intention , et je déposerai mon cœur dans celui de Jésus pour qu'il TenÂrase des ardeurs du zèle.
Je me rendrai ensuite au saint tribunal avec une modestie angâique; je m'y conduirai comme un père
plutôt eneore que comme un juge; je me tiendcai constamment mA à I^u^ dont jimplorerai Fassistance dans les dMBcuHés et les embarras qui se présenteront.
Mais pour me rendre la confession plus directement profitable, je penserai à mes propres péchés en entendant ceux des autres i je me rappell^ai avec un profond gémissement que j'en al commis de plus gi^aves encore que ceux qu'on me déclare, ou je bénirai Dieu de m^avolr préservé par sa grâce des crimes énormes dont on me fera Fhumlliant aveu.
Quand je confesserai quelque sainte âme qui pleurera sur des fautes qui en méritent à peine le nom, je m'humiHeral profondément à la vue de fautes plus graves que je commets tous les jours sans scrupule. Témoin à chaque instant des prodiges de grâce dont je suis Tinstrument, je me rappellerai tout naturellement que , moi aussi, j'ai été la conquête de la divine miséricorde, et yen remercierai Dieu. L'étude pratique du cœur humain qu'a me fiiudra ftiire, me fera rentrer en moimftoie, et tA j'agis toujours par esprit de foi et non par routine, des lumières nouvelles jailHront incessamment de l'âme des autres dans naon âme propre. Cette source de sanctification personnelle est inépuisable pour le saint prêtre.
C*est donc une grande erreur de croire que l'administration des sacrements n'est profitable qu^à ceux qui les reçoivent. Soyons des saints , et chaque sacrement que nous conférerons sera pour nous-mêmes le principe d\tne sainteté de plus en plus éminente. Un prêtre vèfiérd[>le nous disait un jour : « Quand je n'aurais d'au- » tre preuve de la divhiité de la Religion que les chan* » gmients étonnants qui se sont opérés sous mes yeux au » saint tribunal, c'en serait assez pour me donner la foi. x>
317. — L'administration de la sainte Eucharistie n'est-elle pas encore pour nous , nûnistres de ce sacre* ment, une mine féconde que Tesprit de foi nous fait exploiter pour la sanctification de notre ftme comme de celle des autres?
Après avoir &it la part du zèle en employant tous les moyens possibles, et au saint tribunal, et dans la chaire^ et dans les entretiens particuliers, pour déterminer les fidèles à recevoir fréquemment l'auguste sacrement de rEucharistie; après leur en avoir fait connaître les fixdts et leur avoir rappelé les dispositions nécessaires pour les recueillir^ n'y a-t-il aucun enseignement pratique pour nous-mêmes dans l'administration de ce sacrement? On serait presque tenté de le croire en voyant avec quelle précipitation , avec quelle apparente indifférence on agit quelquefois en cette circonstance si imposante et si solennelle.
Mais ici encore le saint prêtre nous apprend que la ferveur moissonne là où la routine ne trouve rien à cueillir. Il s'approche de l'autel avec sa modestie ordinaire, il y monte plein de saintes pensées , il ouvre le tabernacle avec un pieux firémissement, il fait une génuflexion lente et mesurée dans laquelle se peint la piété qui l'anime , il se retourne pour bénir avec esprit de foi ceux qu'il va nourrir, il prend la sainte Hostie avec le saisissement du respect et de l'amour, et il profère les mots Ecce agnus Dei, d'un ton si pénétré qu'on croit qu'il voit réellement le Dieu qu'il annonce; il descend de l'autel conune un ange qui descendrait du ciel, et en donnant la sainte communion, miUe pieuses pensées se succèdent dans son âme. Il pense aux communions nombreuses qu'il fait lui-même; il pense à Tamour infini dont ce sacrement est le foyer; il pense
au zèle toujours égal qui anime ce divin Sauveur pour toutes les âmes quelles qu'elles soient , et il donne à son propre zèle le caractère de celui de Jésus; il recommande à ce tendre Pasteur les brebis qu'il nourrit de sa chair adorable; il pense qu'il est escorté de plusieurs légions d'anges qui adorent le Dieu qu'il tient dans sa main. Quand il retrouve à la Table sainte les âmes ferventes qui l'ont tant édifié au saint tribunal^ il s'humilie de nouveau en voyant qu'elles le surpassent en sainteté quoiqu'il communie plus souvent qu'elles , et il retourne à l'autel , riche d'une nouvelle moisson de grâces et de mérites.
Quelle différence entre une telle conduite et celle du prêtre tiède, indifférent et distrait qui. pense à peine à la sainte fonction qu'il remplit, et qui traite froidement ce qui tient la cour céleste en extase !
Qui n'admirerait les généreux sentiments qu'insph*e une foi vive au cœur du saint prêtre !
318. — Et quand il s'approche du lit d'un mourant pour lui administrer le dernier sacrement que Jésus- Christ a institué pour préparer l'homme à son dernier passage, ne pense-t-il qu'à celui qui va le recevob? Sans doute il lui prodigue avec effusion tous les trésors spirituels dont il est le dispensateur; il l'exhorte au repentir, à la confiance et à l'amour avec l'ardeur du zèle dont il est embrasé; en présence de l'éternité sur le seuil de laquelle il le voit placé, prêt à y faire son îiTévocable entrée , il redouble d'efforts pour le disposer à soutenir sans effroi le regard de son Juge; par les paroles onctueuses et pénétrantes qu'il lui adresse, il remplit son âme de consolations et attendrit jusqu'aux •larmes ceux qui assistent à cette douloureuse cérémonie.
Mais ce lugubre spectacle, si édifiant pour les autres^ n*èst pas stérile pour lui-même» Un prêtre qui n'a qu'une foi languissante et émoussée, se familiarise avec tout, même avec la vue de la mort qu'il touche en quelque sorte de sa main quand il imprime la dernière onction sur les membres décharnés d'un mourant. Le saint prêtre , au contraire , par la vivacité de sa foi , ra^ vive à chaque instant la pensée de la mort qui tend à s*eflfacer dans son âme. Quand il la voit de près, cette mort, au lit d'un moribond, il pense que bientôt elle le frappera lui-même, et, saisi d'une salutaire terreur^ il s'interroge pour savoir s'il est prêt à recevoir le coup qui le précipitera dans l'éternité avec son poids énorme de responsabilité; il se place en esprit aux pieds de son Juge, et croyant entendre ces formidables paroles: Èedde rationem villicationis iuse, il prépare son terrible compte par un surcroit de zèle, de ferveur et de fidélité.
tJti jour nous entendîmes un saint prêtre , pasteur vénérable que Dieu noua avait donné pour modèle et pour père, proférer, au retour d'une inhumation, ces paroles frappantes que nous n'avons jamais oubliées : a Après quarante années de sacerdoce, après une mul- » tîtude d^inhumations, je ne suis pas encore familiarisé » avec ce sombre spectacle ; je n'entends point encore » sans frissonner la terre tomber lourdement sur un » cercueil ! » La vivacité de sa foi l'avait prémuni contre cette familiarité déplorable. Dieu veuille que la nôtre ressemble k la sienne, et que nous ne soyons pas auprès d*un moribond aussi peu touchés que le sacristain laïque qui nous accompagne, et aussi insensible sur le bord de la fosse que le fossoyeur qui l'a creusée !
31 d. — Il n'est pas jusqu^au sacrement de mariage •
qui ne fournisse au saint prêtre la matière de réflexions utiles pour lui - même. Quand il a édifié tous les assise tants par sa dignité toujours imposante; quand il a cé« lébré les saints mystères avec cette piété vive et saisissante qui pénètre ceux-là mêmes qui n'y assistent jamais et qui ne s'y trouvent ce jour-là que par cérémonie, après avoir fait entendre des paroles touchantes pour donner une haute idée de la sainteté de l'acte dont il est rinstrument , il aime à se replier sur lui-même et à s'élever vers Dieu pour le remercier de Favoir délivré des dangers qui attendent les époux qu'il vient d'unir; il saisit l'occasion qui se présente pour bénir ce Dieu d'amour de l'avoir détourné d'une vie sensuelle, charftelle et terrestre, et de l'avoû* appelé à une vie sainte et presque angélique ; il le bénit surtout d'avoir daigné choisir sa pauvre âme pour épouse au jour de son sacerdoce , et tout en priant avec ferveur pour ceux dont il vient de consacrer l'alliance , il se réjouit avec transport de Talliance bien plus étroite et bien plus auguste qu'il a contractée lui-même avec Jésus-Christ. Tant il est vrai que tout devient or entre les mains du saint prêtre, et que tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu : Diligentibus Deum, omnia cooperantur in bonum,
320. — Au reste, ce n'est pas seulement l'administrations des divins sacrements qui perfectionne le saint prêtre; toutes les fonctions de son ministère produisent cet effet: ses prédications, ses catéchismes, son assistance aux offices publics, ses visites pastorales, son inspection des écoles, ses rapports avec les pauvres, sa vie tout entière et les différents actes dont il la remplit : tout est pour lui matière et moyen de sanctifica-
tion continuelle. Marchons tous sur ses traces et répandons de tous côtés comme lui la bonne odeur de Jésus- Christ, de manière à pouvoir embaumer de cette précieuse odeur tout ce qui nous entoure , et à pouvoir dire avec TApôtre : Christi bonus odor summ.